‹ ŒuvresChapitre 46 sur 145 · ROCOCO SE GAGE CHEZ RIGOLET LE BOSSU · texte numérisé non relu

ROCOCO SE GAGE CHEZ RIGOLET LE BOSSU

Ces paysans, disait-il en se promenant, sont plus fins que? le diable; faut que j'apprenne la culture pour l'enseigner a contre-poil et faire mon almanach.

Dis-donc , Rigolet (qu'il trouve à sa porte) , veux-ta de moi pour ton valet! . . . Tout de même ; que demandes-ta! . . . Rien que ma vie.... Est-elle forte ta vieî... Du tout, du tout. — Au déjeûner, je ne mange que 3 douzaines d'oies, 25 cannes et 50 poulets , poules ou chapons , étant bien repu de la veille; mais je bois 60 bouteilles de vin. Croisk tu que c'est trop!... Non vraiment.

An diner , 36 aimes de boudin , 2 douzaines d'andonilles avec un bœuf à la broche , farci de 15 cochons de lait; mais je bois cent bouteilles de vin. Ne te gêne pas , fautril ôter un petit cochon t . . . Rien du tout. . .

Au souper , presque rien , un cochon de 300 , six veaux de lait et douze montons gras, le tout à la sauce poivrée; mais je bois 150 bouteilles de vin. Si tu crois que c'est trop, j'ôteraiim gigot... Ce n'est pas la peine... Fais attention, Rigolet, qu'il n'y a ni collation, ni réveillon; c'est autant d'épargné... Je l'ai bien remarqué.

Ah I s'écrie Rococo : les bossus valent mieux que les borgnes ; marché fait.

A si bon valet faut xme pièce, dit l'autre; je vas te la donner. — Il attrape une fourche. — Comment, grand vilain

LA BÉELLB HISTOIRE Dl] DIABLE LABOUREUR. 464

^^le, tu mangerais dans une semaine ce que j*ai gagné ^*^ïis ma vie , décampe ou je te rosse.

Ke nous fâchons pas , dit Rococo ; les petits enfans n'ont P^tout ce qu'ils demandent. Que veux-tu me dcmner!... ^^ te prends à l'essai pendant 5 à 6 jours , tu mangeras ^^mme nous. Si je suis content, nous verrons. . . Accepté dit ^ diable , j'aime les bossus.

Le premier jour, il fut au labourage, et fit des sillons Vertus, bossus, se gênant fort, voulant apprendre; mais le Niable fait tout de travers.

Le second (c'était au commencement d'avril) , Rigolet va lierser sesblés et semer ses prés... Ah 1 dit tout bas Rococo, v*Ii qui est superbe. Le gaillard laboure ses blés, sème dessus des grains d'herbes : il n'aura rien et crèvera de faim . — Puis il travaillait , travaillait , croyant mal faire.

Le troisième , Rigolet plâtre ses prés. .. Oh ! oh ! disait en hi-même Rococo, il laboure ses blés, jette sa farine sur ses prés ; il manquera de pain et crèvera de faim. Farinons , fiurinons, criait-il , honneur à Rigolet , qui fait la lessive en son bonnet.

Pois , dans trois sauts , le v'ià dans la plaine de Niort. Il siffle six fois, viennent 60 mille diablotins. — Allez, courrez , volez chez les routiniers , dit-il ; faites labourer , faites fiffiner. — Lui-même travaillait et battait tous ceux qui ne {usaient comme Rigolet. Au bout de six jours il se lasse et oongédie son monde.

ROCOœ s'associe avec chevalin le BOrTEUX.

A présent je suis content, disait-il , je sais la culture, la >Taie culture du diable , qui fait crever les gens de faim. — Je vas me promener pour l'annoncer.

n rencontre en chemin le maquignon Chevalin, qui

iù^ L*AGRICULTXJRE POPULAIRE,

menait un paquet de chevaux en foire, — Veox-tu, nsoir^ cousin, que nous soyons de moitié, dit Rococo... As-tu de«« l'argent, reprend Chevalin?... De Targent, est-ce qu'il en j faut au diable! J'achète cher et ne paie pas ; je vends à bas-^ prix et j'empoche. . . C'est la manière , dit l'autre. Eh bien I -3 je m'associe avec toi, si tu montes Biribi, la demiferc"* jument de la bande, qui a déjà fait casser le cou à maquignons.

RococQ la détache et monte dessus , elle ne bouge : il lus fait sauter fossés et buissons , la bête est douce comme va» mouton. C'est qu'elle connaissait le diable.

Les v'ià de moitié. Ils vendent tout, achètent quelques chevaux de 3 ans , mais force bêtes de 15 à 20 ans.

De retoiu* au logis : — Allons, dit Chevalin, travaillons la marchandise.

Us lient les jambes des chevaux de 3 ans , les couchent sur le fumier et leur arrachent les coins.

Pourquoi ça demande Rococo 1... De 3 ans je les mets à 4 , dit Chevalin : à cet âge , la vente va mieux , ils sont pins forts et travaillent bien... Les dents repousseront-elles!... Oui , vraiment. . . J'en apprends de belles , dit Rococo , les maquignons sont plus fins que le diable.

Ils couchent de même les vieux chevaux. — Tiens , dit Chevalin , vois ces dents de 3 pouces de long , je les réduis à demi-pouce. — Avec une grosse lime , il rogne et rogne; puis il creuse les coins , brûle le trou avec un fer rouge pour lui donner le charbon , et met pendant 10 jours ces bêtes à la bouillie , car elles ont les dents joliment agacées.

Je vieillis les ims , dit le boiteux , et rajeunis les autres. Ces vieilles bêtes ont maintenant 6 ans prenant 7. C'est ce qu'on appelle, en termes du métier, repasser un cheval... Merveille sur merveille, s'écrie Rococo, les maquignons sont plus fins que le diable.

Cte n'est tout , reprend Chevalin , je vas leur travailler fe casaquin. Ces deux chevaiix n'ont même poil , ils vont l'avoir; je les changerai tous de robes.

Il fait de la teinture en de grands chaudrons, et frotte cinq ^ six fois ces animaux. — Les v'ià de couleur superbe. Que faut-il faire à présent, demande Qievalinî... En vérité, je n'en sais rien, répond Rococo... Des bottes de fouet et des éperons, reprend le maquignon, et ce sont chevaux impayables, qu'on vend aux jeunes gens, grands connaisseurs et grands cabrioleurs (*).

Je n'en reviens pas , s'écrie Rococo; les maquignons sont plus fins que le diable. Les borgnes ne valent rien, les bossus sont impayables ; mais les boiteux sont les plus fins. Tout allait à merveille, ils gagnaient beaucoup; mais Rococo mangeait tout.

Un jour qu'ils avaient 80 chevaux à repasser, le boiteux dit aux diable : je vas en acheter une trentaine en Anjou, pendant que tu travailleras la marchandise. Rococo rêve et pense, songe etréâéchit. — C'est ça, dit-il , garçons , amenez les dievaux.

Armé de bonnes tenailles , au lieu de limer les dents , il les arrache, si bien qu'il n'en laisse pas ime seule à ces pauvres animaux.

Chevalin arrivé , il vit sur le carreau 3 pochées de dents. — Tiens , dit-il , v'ià des manches de canifs ; regarde comme j'ai travaillé.

Le maquignon étonné, saisi, transi, ne dit mot.

Ces dents vont repousser , continue Rococo , nous ven-

(^) L'histoire rapporte que maître Jacques , en sa jeunesse, vendit au grand père de Chevalin un vieux cheval 27 francs , et que , 2 mois après, il le racheta du même pour 27 louis ; mais teint et repassé , il •*en souvient le bonhomme.

Boinot, Sabourin, Gautier et Morillon, de Tauché; Jean Dubois , de la Foret en Sainte-Blandine ; Pierre Penigaud , de Négresauve en Verrines ; Louis , Jacques , Pie; Giraud et Jacques Sanson , tous les quatre de Chaloiie ; pui la petite Marionla , âgée de 9 ans , qui voulut absolumen venir pour faire la soupe.

Nous v'ià partis. Nous faisions halte à Villiers-en-Plaine; quand Pierre Labombe nous rejoignit avec 100 mille bons

laboureurs , et Vadeboncœur avec 50 mille hommes d^ cavalerie. ^

Nous amenons , nous dirent-ils , un noyau dur à casser^ Nous formerons la réserve , et s'il y a du pis nous donne-r rons un coup de collier.

Nous apprîmes-là que le grand diaUe avait mis toa( r enfer à la disposition de Rococo. — Tant mieux dîmesnous , on sam*a qui nous sommes.

J'établis le camp à Saint-Pompain , la droite sur Paye, la gauche siu* Saint-Hilaire. — Nous le fortifiâmes crainte de surprises et fîmes de grands fossés , de hautes murailles.

De part et d'autre ni canons ni fusils ; nous nous battions à l'arme blanche ; fallait s'approcher de près.

Pendant quinze jours, il y eut escarmouche, choc et bagarre pour exercer l'armée.

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