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TRISTE AVENTURE DU ROUTINIER SERINGUET

Sais-tu, Franck , dit Seringuet, que Rosette a bien parlé?. . ta crois ça , répond Rococo ? . . . Oui , M. le diable. Je perds sur mes bœufs , petit profit sur mes jumens , n'y a que sur Iss brebis que je gagne. — Mais il en crève souvent, faute de nourriture... Laisse-les crever, répond Rococo.

LAGRICULTURB POPULABE.

diâ^ ce qu'on fait au village

— .^ux pnsDuier» pluies d'apût ou de septembre , on sème ;.a **" 'fc rtatnai sur la terre qui a porté froment , seigle, ^^vine .'u jmllar^.

J'a :î«nie :!«Mn'enc :»ns labourer ; d'autres labourent , her- ?«M ^.gBsttine ec sèment ^rès. — D'autres passent une beise i wentsae lier :î«r lesaLlkHS et sèment. — 3Iais après qu'on 1 a«iMt . .'a !» aense point.

J'é "rede jxcanmc vi»ii partout où peut venir le trèfle ^a lUaBow et le sainfoin. Mais si l'eau tient sur s& cîk Le oNiTre seulement 5 a 6 jours , le trèfle

tt >utttTe ai) 1 âO livres par boisselée ; ça De m ^ott la livre au plus ; il produit beuh . \aw 'AHâEeke en donne pour 40.

e^vtMttme Le :samJiuin et ne germe pas la seconde tut iinumira^ :î«aier la ;?mne nouvelle. ^m0m; ^ver . isceilenc pâturage pour le mouton, : 'Mxt:i\i ti^ "^tes i cornes , et le cochon dont • .-, --u^f tttiijiie !u !ii:ure d'un vieil ivrogne. -wsa* ';*t;r II e ixiii paître souvent en mars ; ou ^« frt m 4\ril ; ou bien on le fauche en

•i«to :ut TMi'ait bon , dit Seringuet , j'en sezi 'JKÙ6 infernal , s'écrie Rococo , fai- !^ - ,iA ;tca;^ ie haut f N'y a pas de trèfle ai

o^iv * vus. 'nchez pas , répond le routinier;

JA •is*--* ;utf ^.* v.»st le pré des fainéans : qui ^.>4. ^i -<*i. — On sème aussi de la pimpre-

ùaos les terres à sainfoin. On

lait pâturer les moutons là-dessus , toute l'année ^ même en ihrer.

Ça pourrait être bon , reprend Seringuet. . . . As-tu donc oas les almananchs dans le ventre , maudit routinier , s*éne Rococo.... Mossicu le diable, Valmanach n'est pas Bsavais. ... Tu crois ça !

On sème encore , lui dis-je , du raigrass d'Ecosse ou l'Angleterre , en août ou en septembre , comme le trëfle nearnat ; mais après un labour. On sème en même temps m peu de trèfle blanc. C'est pour les terres fortes , humi-* lès , argileuses , 10 à 12 livres de raigrass par boisselée , it ime à deux livres de trèfle. C'est un très-bon pâturage , pi'on fauche si on veut. — Le raigrass d'Italie n'est bon pe dans les terres noires , humides et qu'on peut arroser *éCé.

Tout ça n'est pas mauvais , dit Seringuet... Tu es un j^rand laboureiur , reprend Rococo , d'un air riant ; faut qu'tm Mmme comme toi soit marqué et connu de loin.

II s'approche , et zest, lui coupe une oreille, l'emporte Blfbît. — Quand Seringuet se voit une oreille de moins , il le met en colère , crie , trépigne , tapage et veut tuer tous les iiables. — Abrenimtio , satanas , s'écrie-tr-il ; abrenuntio , tons les ivrognes , fainéans , joueurs et routiniers , abrenuntio. — J'aurai mon oreille , vous me paierez mon oreille ; Pranck , veux-tu mé recevoir dans la compagnie des bar- Sons t . . . Oui , Seringuet. . . Eh bien ! j'en suis. Il saUte sur un fine et le lance au galop , criant : abrentmtio , abrenuntio , vous me paierez mon oreille. — Abrenuntio. Il était MEOme un fou.

Rococo fit battre le rappel , et chacun rentre en son eamp. Le lendemain matin , les diables et les routiniers Étaient partis , s' enfonçant dans le bocage. — Nous les sui-

ilk L'AGRICULTURE POPULAIBE.

vîmes. —^Pendant 5 grands mois nous coorâmes ce pavs,

allant de Parthenay à Bressuire et Chatillon , venant souvent sur la Sèvre nantaise , nous battant tous les jours. . Mauvais chemins , mauvaises cultures. — Nous faismi souvent une demi-lieue sans trouver une terre ensemencée ; tout était genêts , ajoncs , pâtis , ronces , épines et fxnr gères. Mais tous les champs clos , ce qui est fort bien.

C'est un pays de fainéans et de sauvages , disions^ioQs. Si toute la France était cultivée de la sorte , dès demain le monde crèverait de faim.

Nous avions pris plus de mille diablotins à Rococo ; de son côté il avait pris quelques enfans. — Nous proposâmes de tout changer troc pour troc , il accepta.

Il vint avec trois mille diables et routiniers , et se mit en ligne en face du camp. Nous sortîmes avec pareil nombre, l'échange se fit. — Point de bataille jusqu'au lendemam.

Nous fimes apporter pain , vin et pitance ; c'est œ qnib voulaient. — Après le repas nous causâmes avec les rooti* tinicrs. .

Le petit bonhomme Courtibus, — Vous ne labourez presque pas, dans ce pays, lui dis-je....

Non , répondit-il.

Aussi la récolte est petite î . . . Oui.

Le revenu n'augmente guère! . . . Non.

Il est comme il y a 500 ans î... Oui.

Nourrissez-vous plus de bétail qu'autrefois?.. Non.

Si vous faites plus d'argent , c'est qu'il est plus cher!... Oui.

Combien une ferme de 100 boisselées (ou 15 hectares} a-t-elle de charrues î . . . Une.

Combien celle de 200 ( ou 300 hectares) t . . . Une.

Celle de 300?... Une.

Celle de 400 t... Une.

* Celle de 500 t... Une.

Celle de 600 t... Une.

Si tu avais une commune , un canton , tout le pays , combien en aurais-tu t.. . Une, réponditr-il encore. Trouves-tu ça bien t.. . Oui.

Ne faut donc pas augmenter les charrues , quand on aug* mente de terre î... Non.

Zjepère Coutumet. — Cet homme ne parle guère ^ dis-je en le quittant... Il ne s'appelle pas Courtibus pour rien, dit le père Coutumet ; il ne dit jamais qu'un mot, c'est sa coutume.

Dis-moi donc , toi , pourquoi vous ne labourez pas vos terres t ... Ce n*est pas la coutume.

Semant peu , vous avez peu de paille et peu de fumier î . . . C*est la coutimie,

. Si vous faisiez des prés vous auriez du foin pour nourrir à retable. . . Ce n est pas la coutume.

Plus vous avez de terre , moins vous semez t.. . C est la coutume.

Vous auriez le double , faisant trois fois plus de fumier , cultivant autrement. . . Ce n'est pas la coutume.

Je crois que vous êtes un tantinet fainéant. . . C'est la coutume. Fuyez-vous les foires et les cabarets t ... Ce n'est pas la coutume.

Michel Lembrouillé. — Explique moi , l'Embrouillé ,. pourquoi vous labourez si peu dans ce pays , demande un de nos laboureurs. . . Le voici répondit-il :

Ce pays , je ne sais trop , veut être cultivé je ne sais comment. Ce qu'on fait ailleurs , je ne sais pourquoi , peutil se faire ici , je ne sais pas. Mais ce que je sais bien , si je sais un petit, ou je ne sais rien, c'est qu'on cultive ici.

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comme on cultive. Si je sais quelque chose, c'est la meil — leure raison que je sache.

Bien expliqué , dit le laboureiu* , tu es un habile homme

Ah I répond Bredouillard , je vas vous conter ça , dit-Sl qui dit. — Un jour je rencontrai chose de chose, qui dit ^ dit-il , écoute Bredouillard , qui dit , avant de choser us champ , dit-il , qui dit , il faut le laisser en chose , qui dit, dit-il , pendant dix ans , dit-il , qui dit , comme ça.

Tout le monde se mit à rire , et Bredouillard , qui se croyait le plus fin , riait le plus fort.

Nous avions fait demi-tour et partions , quand on entend crier: Hep ! hep ! holà , hé , gens de Falmanach , écoutez.... Qu'y a-t-il , dîmes-nous! ... Je veux vous dire un petit mot, crie Vizenlair. . . Eh bien I parle. Vous dites aux gens de la plaine: Vous labourez trop; à ceux du bocage : vous ne labourez pas assez. Faudrait pourtant choisir; mais vous n'êtes jamais contens » et faites semblant d'être savans. — * Je crois que vous êtes plus bêtes que ceux que vous voalei remontrer. Laissez'-nous faire conmie les anciens , ils ea savent plus que vous.

V'ià les diables et les routiniers de rire et de crier: Cest ça ! c'est bien ! répondez !

Liset Giraud , de Chaloiie , monte sur son grand mulet ; Pierrot, s'avance au galop, faisant brandir son sabre: Apprenez , ditril , qu'il n'y a qu'une chose en culture. — Avec elle , tout vient , et sans elle, on n'a rien. — ^Elle manque dans le bocage et dans la plaine ; elle manque partout.

Qu'est-ce que c'est, demandent-ils î... Du fumier, répond Liset. — C'est le maître laboureur, c'est le grand cultivateur.

Dans la plaine, on croit s'enrichir avec du grain, on sème toujours. Qu*arrive-t-ilî

Le fumier manqne , la terre se lasse , et le laboureur se Toine en travaillant.

Dans le bocage^ on ne sème que la huitième partie des terres, parce qu'on n*a pas assez de fumier. On laisse le reste en pâtis, genêts^ fougères, ajoncs, bruyères, épines, ronces et saletés , comme du temps du père Adam.

Apprenez-le , tous et chacun , le fumier est la richesse du fermier.

Voulez-vous savoir une autre chose , la v'ià : La terre ne s'améliore que par le fumage et le laboiu*age; clouez ça dans votre caboche.

Une terre qu'on laisse inculte pendant 3 ans ou pendant 300 ans , c'est la même chose; elle ne vaut pas mieux au bout de 3 que de 300.

Le chiendent fatigue , épuise , écrase la terre beaucoup plus que les autres cultures. La terre sous le chiendent s'appauvrit tous les ans. — Qui ne laboure pas et ne fume point n'aura ni grain ni foin.

V'ià pourquoi nous disons: Cultivez le bocage comme la plaine; faites des prés partout; ayez bonne provision de {barrage , nourrissez à l'étable , donnez la pomme de terre cuite au four, la betterave, le chou, le navet, les briseaux verts, le trèfle incarnat. C'est ainsi que vous aurez du fumier , six fois plus que vous n'en faites.

Vous donnez à chaque espèce de terre la plante qu'elle veut. Vous semez une graine ici , une autre ailleurs , mais vous cultivez tout. A quoi sert d'avoir des terres , si on ne les cultive pas ou qu'on les cultive malt Le propriétaire est un innocent de le souffrir ; le fermier un imbécille de payer fermages et contributions pour une terre qui ne donne rien.

J'ai servi , j'ai voyagé. Autour des villes , des bourgs et

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des villages , il y a de bonnes terres , pourquoi! C*est (pi* les laboure et qu'on les fume. Les jardins sont partout boora quand ils sont bien fumés , bien labourés.

Les terres éloignées des maisons , qui n'entendent chaster le coq , rapportent peu ; c'est qu'on ne les fume jms assez.

Au village de l'almanach , tout le monde vise au fumier; c'est qu'il y a toujours à prendre après. — La culture est dans le fumier , disent nos laboureurs ; le soupe n'est bonne à l'eau claire , faut la potée de lard; graissons la soope, fumons les champs , c'est la manière.

Liset Giraud retourne à la tête de son régiment, c'est un de nos bons colonels.

Bah ! bah ! dit Rococo , je suis pour les potées de lard et non pour le fumier. — Je ne veux que le fumier d'alouette.

Il est bon , reprend M. Routinet , ôtant son poêlon; niais pardonnez, grand diable de laboureur d'enfer, illustre Rococo, général infernal, excusez, j'en ai découvert un

autre.... Lequel donc?... Le fumier de chien Ah! je

l'adopte ; ce sem le fumier des routiniers 4 à 5 douzaines de ces animaux suffiront dans une ferme Oui, répond Antoine Biré , on leur mettra un sac au derrière.

De suite ils font des brancards , placent dessus Courtibus et l'Embrouillé , Coutumet , Bredouillard et Vizenlair. Ils les portent en triomphe , s'en allant et criant: V'ià les laboureurs , les bons cultivateurs , les amis du diable et des diablotins.

d'oU viennent les cabarets , LES FOIRES ET LES

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