MARCHÉS
Partout où passait Rococo, dans la plaine et k bocage , il établissait des cabarets. — Mais en telle quantité , que c'était pitié.
Venant après lui , nous lisions : Cabaret de Rococo , ibaret de Fretillon , cabaret de Routinet , cabaret de ourmands, cabaret de fainéans, cabaret du diable, ibaret d* enfer.... Dans chacun il y avait une affiche ortant : un bon ivrogne boit dans dix cabarets par mr.
Ces cabarets se réunissaient, demandaient des foires.
— Rococo les accordait toujours pour cause , l'une pour endre la poule qui avait la pépie, l'autre pour la rebis galeuse ; celle-ci pour le petit cochon ladre , cellei pour le cheval borgne, beaucoup pour les bêtes à hagrin.... Mais toutes pour les ivrognes et les fainéans.
— C'était écrit dans la pancarte.
Quelques-unes avaient de grands privilèges; on les iHnmait foires de Taribara , où Trompe-qui-peut. — gBB fripons s'y rendaient pour duper les braves gens.
n accordait aussi des marchés à qui en voulait , pourvu QEie 3 douzaines d'ivrognes promissent de s'y soûler toutes 98 semaines; — et la promesse ne manquait.
Il disait ensuite , dans son conseil : Je taille de la caogne aux gens de l'almanach ; ils seront fins s'ils léiraisent les cabarets , foires et marchés. — Raison l avait ; iV en reste bon nombre , tous à la Rococo , kmt Maître Jacques a le mal de tête.
HISTOIRE DE FRETILLON.
C'était un petit diablotin , gros comme le poing; mais tîn , usé, malin , brave et grand général. Fretillon était partout m l'on se battait , donnant le premier coup de sabre et rarelient le recevait. Il avait pourtant perdu sa queue à la bataille , la moitié d'une oreille et 2 griffes de la patte gauche.
Un jour que Marionla pansait un- de nos blessés , pendant
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qu'on se chamaillait, elle trouva Fretillon presque mourante Elle le mit dans la poche de son tablier , l'emporta , le pansa^ le guérit et le renvoya.
Trois semaines après , elle allait chercher de Teau à le fontaine, tout près du camp, avec quelques soldats. V'ià qu'ils sont entourés , saisis , enlevés par im parti de diablotins , qui étaient cachés derrière un buisson.
Sitôt que Fretillon voit Marionla dans son camp , il loi donne une garde d'honneur. — Veux-tu rester avec nous, lui dit-il î . . . . Non , non répondit-elle , en pleurant.
Il parle à Rococo. — Prend 100 mille grenadiers diablotins , une charrette attelée de 100 bœufs , place dessus Marionla , avec les prisonniers , et le cortège arrive diei nous.
Fretillon était debout sur la tête des bœufs de devant, le sabre à la patte. — Je vous rends Marionla, dit-il; me recevrez-vous quand je viendrai vous voir!.. Toujours bien, répondîmes-nous.
Ils furent traités à bouche que veux-tu , et reçurent de grands présens.
De ce jour-là, quand on ne se battait pas, Fretillon était chez nous. Marionla lui donnait mille friandises, surtout du vin sucré qu'il aimait. — Maître Fretillo% était gourmand comme \m petit chat , buvait comme un petit trou , et pourtant ne se soûlait.
Ce qui m'étonne, c'est que je n'ai jamais vu de diables soûls, malgré qu'ils bussent comme des ivrognes. Ils s'arrêtent à propos; c'est à remarquer. — Nos Boisansoif ne sont pas de même.
Fretillon eut vitement fait connaissance avec nos soldatif mais il leur jouait cent mille tours. — Il jetait ici une casquette dans la marmite ; . — ailleurs de vieux souliers , — ou
bien trempait la soupe à Teau claire , — ou bien donnait la potée de lard au chat , — ou bien d'une culotte en faisait une casaque , — ou bien aiguisait un sabre en taillant des cailloux.
Etait-il découvert? Il fuyait vers Marionla. . . . Toujours elle le soutenait , disant à nos gens : Vous êtes plus malins que lui. — Et le vin sucré allait son train.
En avait-il bu un petit coup de trop? il était crâne et querelleur, tirait volontiers le sabre. — Il regardait son homme entre les deux yeux , et devinait ce qu'il allait faire. — Voulait-on le tailler ou le pointer? il était à côté , devant ou derrière , et blessait son ennemi. — C'était un petit argent-vif. — Marionla défendit le sabre.
U faisait tendre une corde , à 12 pieds de haut , et sautait par-dessus.
Deux soldats tenaient la corde ; il courait dessus. Mais toujours donnait une tape à Tun. — Bien fin qui ne la recevait.
Souvent mille et plus l'entouraient , pendant qu'il contait une histoire. — Paf , à six pas et d'un saut , il appliquait un soufflet. — On n'y voyait que du feu. — Une mouche te piquait , disait-il et la v'ià morte. — C'était vrai.
n faisait jpettre 5 à 6 mille hommes en rond , et courait sur leurs têtes plus vite que l'hirondelle qui vole. — Mais faisant semblant de tomber , il en attrapait un aux oreilles et tirait ferme.
Il avait ça de bon , que jamais il ne faisait de malices qu'à ceux qui lui en faisaient.
C'était un petit espion ; mais il nous était utile. Quand il Virait bu , il parlait , jasait , bavardait , et nous devinions ce qu'on allait faire.
C'est qu'un secret sur le bout de la langue d'une femme
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ou d'un ivrogne , est un oiseau sur la branche , toiy prêt à s'envoler.
Fretillon est-il ici ce matin, demandaient les soldats!... Non... Eh bien ! il y aura du qu'as-tu dans la journée.
— Ça no manquait pas. Le soir il arrivait crotté^ harassé , couvert de boue ou de poussière; quelques^ fois blessé. — Vous v'ià M. le malin , disait Marionla; voyez comme il est fait ce petit enragé ; il se fera tuer. — Les friandises et le vin sucré roulaient.
Fretillon était le meilleur général de l'armée de Rococo , toujours commandait l'avant-garde ou soutenait la retraite. — Avait-il été battu par un de nos rumens d'enfans , il arrivait le lendemain , le passait €0 revue. — Vous êtes des braves , leur disait^il » je m'y connais. — Il faisait venir de chez Marionla deux barriquei de vin sucré, les buvait avec eux.
Vous pensez bien que nos gens aimaient Fretilloû.
— Cest qu'il faudrait dix almanachs pour conter sea malices et sa bravoure.