‹ ŒuvresChapitre 58 sur 145 · PAYS DE COCAGNE · texte numérisé non relu

PAYS DE COCAGNE

La porte s'ouvre et nous entrons. — De suite on écrit

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TOTAGE ^EN PATS DIVERS. 1 93

*^otre âge , nos noms , nos sigflalemens ; puis , on compte ïiotre argent. Cela fait, nous fumes libres.

Je fais 5 à 6 pas , et vois un arbre couvert de boudins. .. Qu'est-ce que c'est, demandai-jeî... L'arbre aux boudins, ïne dit-on... Est-ce boni... Goûtes-en, et tu le sauras.

J'en cueillis un , on le fit griller. Jamais personne n'a r-ien mangé de meilleur.

A côté, l'arbre aux andouilles; puis les arbres |iux poulets , aux canards , aux oies , aux perdrix , aux bêchasses , cailles et oisillons. Tous ces oiseaux étaient pendus par le bec, faisaient aller leurs ailes et pondaient tous les jours : c'était charmant.

Me promenant curieusement, je voyais un arbre aux lièvres , un autre aux lapins , aux cochons de lait , aux cochons gras , aux veaux , moutons , bœufs et vaches ; on venait traire les vaches , soir et matin.

Dès qu'on avait cueilli un de ces animaux , de suite il en sortait un autre qui croissait rapidement. Les gros étaient attachés à de fortes branches , les petits à de plus Cûbles , vous comprenez.

Auf^rès des rivières , je trouve l'arbre à la carpe , aux gougeons , anguilles , gardons , tanches , perches , brochets , etc. , tout cela remuait , grouillait et frétillait. Il y en avait de gros et de petits : j'en ai vu de trente livres.

Sur le bord de la mer , des arbres portant des milliers de poissons de toutes espèces. C'était curieux.

Je gravis une montagne et vis des arbres qui produisaient des poêles , d'autres des poêlons , d'autres des broches à rôtir , des chaudrons , oofuteaux , cuillers , fourchettes , plats , assiettes , verres à boire , et le reste ; car il y avait de tout , et de bonne qualité.

Plus loin , l'arbre aux souliers , chapeaux , casquettes ,

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bâÊà^, poBÊiir^BS, idS/^ÊB^r Uoascs, habits, mouchoirs, dr^, toûem^ et rubonis-. in ne nuMpiait.

E aj aTsii «bac p^ de pommes là-bas, demande Fneocin . eomae&C ^ répond Franck , il y en avait à ne âo^oir ({a* en ^iie d'on bout de Famiée a Tautie. On ne Tojaic qptt eense», poires, pêches, prônes, choux pommés, malades, c'aroctifs. pok et haricots ; enfin tous lès lêgnmes pemius aa b«iit des branches.

El le frooflit, deixBiide m de nos laboureurs... Il n ai mnwiwnît pas. dît le petit. Cétait un arbre de 6 i 7 pîe^ de hanl . eonreit de grains de la tête aux pieds. Les grains étaient gros comme un ceuf d'oie ; on eaasait la coque , et dedans uz&e &rine blanche comme la neige. Fuis, chaque semûne une récolte.

Si j'avais de cette graine, dit M. Routinet, j'ensèmerai.4 ; le froment de Cocagne me parait bon , ce paya me conviendrait fort.

A moi , non , répcmd Boisansoif , un pays sans vin ne vaut non... Alors celui de Cocagne est excellent, et Franck . Chaque cep de >-igne a 13 a 20 pieds de haut, chaque raisin 150 à 200 grains, et chaque grain est une bouteille d'un litre au moins.

Tout cela pend au bout des branches et tombe souvent

jusqu'à terre. — Ce qui m'étonna le plus ce fut de voir

sur chaque bouteille le mois et l'année de sa naissance.

On pouvait boire du vin de cent ans; il était cher,

r * ''^ nouveau ne l'était pas , car on récoltait tous

. Dans ce pays , point d'ouragans ; il plem'ait

faisait beau le jour et pas de gelées.

PUX laboureurs de Matapan étaient venus là pour

lf*r; iln vivaient tranquillement, dépensaient peu,

illt dr In miche.

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trois fois : Misère! Misère! — > La porte s'ouvre et nous entrons.

Toup-à-coup, je vois une grande bête faite comme un ours blanc , aussi haute que 2 chevaux , 5 mules et 3 bœufs, maigre comme im pic; elle avait 40 pattes et 100 griffes à chacune, autour d'elle une légion de misérilloos.

Vous v'Ià ivrognes , dit-elle (car elle parlait). A moi, mes enfans ! caressez cette canaille.

Toiis tombent sur ces malheureux , les plument et les battent sans pitié... Misère ! me tueras-tu, criait Rabistoc?... Non, pas encore; je te ferais souffrir avant.

Pendant que ça se passait , j'étais resté derrière un tas de pierre le sabre à la main. Une trentaine de misérillons m'aperçoivent et foncent sur moi. — Je fais k moulinet , et les oreilles volaient , tombaient comme grèlc.

Les misérillons vont crier à leur mère. Misère arrive en fureur , ouvrant une gueule à m'avaler de travers. Je lui détache un coup de sabre , et lui poche un œil ; elle y porte une patte, et je coupe la patte.

Elle pousse un hurlement et s'assied sur son derrière... Es-tu le diable, me dit-elle?... Non , mais plus fort que lui; demande à Rococo... Ton nom, ton pays, ta profession?... Franck, du village de Tauché, en Sainte- Biandine , faiseur d'almanachs... Je te connais, que veuxtu , parle ! . . . Visiter tes états et sortir. . . Marche et reviens.

Le pays de misère est grand et fort peuplé , mes amis : il y a plus de monde qu'on ne croit. — J'y trompais force laboureurs , routiniers , journaliers , domestiques , maçons , cordonniers , tailleurs de pierres , des garçons rouleurs de tout état, en pile et par millions. Qui t'a uonduit-là, demandai-jc à chacun?... La bouteille, disait l'un... Le cabaret, disait l'autre.

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