VOYAGE DANS LA LUNE
Ecoutez, mes amis, dit Franck. — Vons croyez peutêtre que je fais des contes en Talmanach?... Il y en a bien qui le disent , répond-on. ... On a tort , reprend le petit. — Les cabarets ne sont-ils pas une invention du diable t.. . Ça pourrait-être. . . . Est-ce que le pays de cocagne ne mène pas au pays de misère .^. . . Oh ! c'est certain.
Vous voyez donc que je dis la vérité. — Voici une petite histoire qui est encore vraie. — Tout le monde écoute.
Il y a long-temps et bien long-temps, l'hiver fut rude en nos climats. — On vit dans nos plaines , des milliers de corbeaux de la grande espèce , grds comme des moutons, méchans, affamés, dévorant tout. — Ils mangèrent les brebris de Saugrenu , les jumens de maître Routinet , les vaches de Painpcrdu , tous gens de routine , nourrissant mal.
Allons , dis-je , prenons des fusils et tuons ces vilaines bêtes. — Que voulez-vous î Pas de moyen. — Le corbeau sent la poudre , comme l'ivrogne le cabaret ; mais l'im fuit et l'autre approche; c'est le malheur.
Alors je fis faire 300 mille cornets de papier. On mit un
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gens et de bêtes. Vous croyez que ces mondes ont été faits pour vous. Le bon Dieu serait bien bon d'avoir fiEÛt tant de si belles choses pour les routiniers, cafetiers, cabaretiors, — pour des ivrognes- et des fainéans , — pour des joueurs et des gourmands. — Humiliez-vous et changez , mauvaise race et sotte engeance , sans quoi le diable vous griffera. — Franck vous le dit et Tassure ; le petit le sait bien.
Je visitai les trois Bourdons, un petit bout de la Ponssinière , et filai dans la Lune.
J y comptai 27 royaumes , tous séparés par une muraille de fer de 300 mille et cinq pieds de haut. — C'est i merveille , disai-je , ces nations ne peuvent se joindre. — Ce n'est pas comme chez nous, où, pour un rien, et sans se connaître , on se bat comme des chiens , on se tue comme des féroces ; et celui qui a le plus dépeuplé la terre est le victorieux. — Oh ! volaille , canaille et marmaille ! vous ne valez pas les deux oseille» d'une taupe, ni les savates à*xm musset.
Je m'arrêtai dans^le royaume desPicolins, parce qu'il y avait à faire , et que je vis beaucoup de mulots pour nourrir ma cavalerie.
J'ai aujourd'hui 8 ans, 8 mois, 8 jours, à l'heure qu'il est. Eh bien ! ce petit bonhomme de peuple me venait alors à la ceinture , et chacim se dressait , levait la tête pour me regarder.
Dam! c'était là des routiniers; ils mettaient la charrette devant les bœufs , attelaient les chevaux par la queue et ne les montaient.
Ivrognes à 36 carillons , ils visitaient , trois fois par jour, monseigneur le cabaretier, qu'ils nommaient le père nourricier.
Fainéans , joueurs et gourmands , ils se croisaient les bras : aux femmes , tous les travaux.