VOYAGE DANS LA LUNE
Point de roi, dans ce pays; mais il y avait une jolie petite reine , âgée de 18 ans , qui se nommait Fine-Finette.
Monsieur le géant , me disait-elle , corrigez-donc ce» Picoliiis; car je ne sais plus qu*y faire.
J'attèle mes corbeaux et parcours le royaume. — Partout on venait voir le géant , ses chevaux et sa voiture. — Je les prêchais , je les sermonnais , et mes gaillards se moquaient. Je leurs fis un almanach qu'ils mirent en pièces^ d'après le conseil des cabaretiers, pères nourriciers.
Je revins en colère au palais , et dis à Fine-Finette : reine des Picolins, ce peuple est incorrigible, il faut frapper un coup.
J*explique mon affaire , et Fine-Finette enchantée , riait , sautait, chantait, dansait et m'embrassait. — Nous commançâmes le jour même.
On chasse les hommes du palais; on appelle 20 femmes par commune , en tout 200 mille. Nuit et jour on travaillait. — Tantôt une moitié sortait , ime autre entrait , et cela pendant 40 semaines : jugez de l'ouvrage qu'on fit.
Arrive enfin la grande journée , la fête des cabaretiers , pères nourriciers r la Saint-Grégoire. Les Picolins passaient trois jours au cabaret, soûls d'im minuit à l'autre.
Tout était préparé ; chaque femme savait ce qu'elle devait faire. — A 10 heures , on défonce les barriques dans les maisons. — A midi , les femmes et les filles étaient soldats , joliment habillées ; pentalons , vestes , gilets et schakos sur l'oreille ; — sabre au côté , lance à la main et moustaches retroussées en petit mauvais sujet.
Un régiment rouge , un autre bleu , un jaune , \m vert , ou rose , ou gris. On n'a jamais vu plus belle armée. — Puis fifres , tambours et musique à ravir.
A 3 heures , les régimens vont dans les villes , lesbatail-
loDS dans les bourgs , compagnies aux villages. Tous tes cabarets sont entoures , bloqués , et les ivrognes sont pris cpmme une souris dans la ratière.
Le soldat entre en fureur au cabaret , défonce les barriques , casse les bouteilles , met tout à sec. — On écrit sur la maison : cabaret à l'eau claire.
Puis , à grands coups de sabre et de lance : sortez , marchez , ivrognes et cabaretiers ! — On les jette dans les maisons , on en remplit les chambres , pêle-mêle , comme des moutons.
Et toute la nuit ils entendaient : garde à vous , sentinelle ! — Sentinelle , garde à vous ! — Qui vive ! . . . Ronde major ! — Avance à l'ordre I — Hors la garde !
De temps à autre le tambour battait , et l'on criait : — En bataille ! — En bataille !
Ah mon Dieu ! disaient les Picolins , nous sommes perdus , ces gens viennent d'im autre monde. — Pour eux tout était nouveau ; n'ayant point de guerre , ils n'avaient pas de soldats, et jamais vu d'armée.
Enfin , on fit si bien , si bien , que dès le lendemain il n'y eut pas une goutte de vin dans tout le royaume des Picolins. — C'était autant de gagné ; mais ce n'est pas la lin de l'histoire.
Au point du jour , la garde amène tous les ivTognes en face du régiment. — Allons , obéissez , canaille : — Quittez la culotte et prenez le cotillon ; — laissez la veste , endossez le casaquin. — A bas le chapeau , voici la coiffe.
Ces pauvres Picolins avaient l'oreille basse , ils firent tout tranquillement. — Vous n'avez jamais vu si petites vilaines femmes ; c'était attifé , bouchonné , débraillé à faire mourir de rire.
Quand tout est cotillonné , casaquiné , embéguiné , on les
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lie deux à deax; ensuite on les disperse dans le royaume , les changeant tous de pays , de femme et de maison.
Depuis ce jour , jamais homme n'a porté de culotte , ni femme de cotillon. ^- Fine-Finette fit des lois superbes. On supprima les trois quarts des foires et des marchés. Les fcnmies faisaient les affaires , achetaient , vendaient , payaient , recevaient , étaient mdtresses , et les hommes travaillaient.
La femme fut préfet , sous préfet et maire , juge de tribunal et juge de paix , percepteur , greffier , notaire ; enfin les femmes étaient tout et les hommes n'étaient rien. — C'est qu'on s'en trouva dix mille fois mieux.
A 21 ans , les garçons étaient conscrits , et les filles à 18 » mais pour le mariage.
Y avait-il 10 filles à marier dans une commune î On faisait venir de loin 10 jeimes gens. — Ils arrivaient joyeusement, bien habillés, portant rubans et broderies. — N'hésitant point , ils n'avaient que leur gentil corps pour tout potage.
Les filles étaient en militaire. — Le jour dit , tout le monde était là dans un grand pré : les garçons au milieu , les filles devant et sur une file.
Le maire mettait 10 billets dans le schako ; chaque garçon en prenait un , l'attachait à sa coiffe.
Ensuite on venait aux filles ; chacune tirait aussi son billet. -*- Celle qui avait le nmnéro 2 se mariait avec le garçon numéro 2. — Le numéro 5 avec le numéro 5. — Ainsi des autres.
Aussitôt le garçon se jetait aux pieds de la fille et disait : L'homme est le bétail de la femme. — ^La femme commande , l'homme obéit. — Puis la fille le relevait , et le mariage était fait.
td4 L AGRICULTURE POPULAIRE.
Dans nos pays , on se marie pour argent. --On demandé' qu'a-t-il f — On demande qu*a-t-elle î — Et plus on a , pli» on vaut. Cest Tamonr aux écus. — En fait de promesses , a\-ant le mariage , c'est mi ruisseau qui déborbe; après, c'est une rivière à sec. ~ Aussi quand est fait le marché , la marchandise ne con\ient.
Dans la lune , ces mariages de hasard sont toujours bons. Jamais de tapage dans le mâiage. — Point de tromperie, chacun le sait : — la femme porte la culotte et le mari le cotillon. Ci dit tout.
Pour les noces , les maries ne se ruinaient ; chacun apporlaii pain ei pitance ; tout le jour on dansait , et le soir on $>n allait. — Mais cabaret à Teau claire.
On ne restait pas comme chez nous , pendant deux à trois grindes joumoes , mangeant , buvant , se soûlant le jour et la nuit.
Nouveau ménage a petit argent. — Faut acheter le gnl>at , la pocle et la marmite , puis table , chaises et chan* dn>n , le Kms . le linge et la farine. — Un ménage ne finit
Oommciit l vous mangez . dans une journée, de quoi \ î\ ro louio lannoo ? — ^\\^us faites noces à la Ramponeau , \r\>\^]oxiT> au vin ol le rvste à Teau; — Après , vous ne j\^;:\ 02 aohrtor un poclon , pour fSûre la bouillie au poupon.
Mt'^ amis . vous ètos fous ; la gloriole vous chavire la loh^ - KaiU's donc 7j nocf du M6ou , tout seuls dans un \\\\\ u\^\\ : — ou vx^lîo dos Pioolins : chacun paie sa dé- |s n>o ou |vno sor. jviin . vin et pitance. — On ne doit |,im;us , oi> so mariant . manger tout son argent.
IVaiu k > .«^mio — iXi on suisse ! dit-il , tout effrayé.— \ o\ï> |v;n*l;UN jo dos Oanokikis , nation que j'ai vue dans les J I^MU\lon> . x\\u i\ *-î8 oonios et 36 pattes !.... Non, non,