WTAGE DANS LA LUNE. SOS
Franck , tu parlais des Picolins de la lune.... Ah ! m'y voilà ! Dam ! j'ai tant d'histoires dans la cervelle qu*il est aisé de s* embrouiller.
Vous saurez qu'il y eut querelle. — Les femmes dirent d*arrachcr les vignes , les Picolins refusèrent ; les v'ià tous dans un champ , demandant le vin et la culotte. — Pas plus que ça pour commencer. — C'était une révolte.
On en compta 10 millions et deux ( Faut toujours dire le nombre au juste , sans quoi l'histoire mentirait ).
Fine-Finette vint avec grande armée , portant fusils brillans comme de l'argent ; elle avait 17 mille et 6 canons chargés de mitraille.
Mes gaillards n'avaient jamais vu ces instrumens , m entendu cette musique. — Tout partit en même temps et ne fit qu'un coup ; — 100 mille tués et 400 mille blessés , ni plus ni moins, chose étonnante.
Les autres se mirent à genoux , demandant pardon et grâce , disant : L'homme est le bétail de la femme. — La femme commande , l'homme obéit.
La vigne fut arrachée. — Eh bien ! c'est aujourd'hui le pays le mieux cultivé de la lune. — Si vous ne me croyez pas, allcz-y voir , c'est ce que je demande. Mais ne dites pas que c'est un conte.
Franck , dirent les femmes , fais donc ça chez nous.
C'est mon projet , répond le petit. — Pourtant je ne veux pas déculotter les bons laboureurs , bons ouvriers , jeunes gens qui vont à l'école.
Mais ces vieillards donnant mauvais exemple à la jeunesse ; — ces maris faisant enrager les femmes et ruinant la maison ; — ces pères de famille montrant la route du vice à leurs enfans. — Pensez-vous que ça durera! — Et non , non , cent mille fois non , — ils porteront le cotillon.
ne L'XGRICULTQRE PO^JLAIRE.
Ces jeunes gens joueurs , coureurs , ivn^nes et faindans ; • — ces routiniers qui écrasent la terre et feraient périr le pauvre monde de faim , seront-ils nos mitres t — Et non , non , non , cent mille fois non- , ■■ — ils porteront le cotillon.
Franck , reprirent les femmes , cfaange-les donc de pays , de femmes et de maison.
Sans doute, r<^pliqua l'enfant. — Faites-vous faire des culottes ; car en 1840 la ballade commencera.
Toutes crient en même temps : je donne le mien pour un sou , moi pour deux liarda , un denier , une pite , un patard , pour rien , pour rien qui veut la mauvaise bête la prenne !
Vous l'entendez , dit Franck , ce n'est pas l'almanach qui parle. — Ainsi , maître Edouard Ducrocq et Gaudidiean, écrivez ça , afin qu'on ne dise pas que c'est moi qui l'invente. ■ — C'est fait , répondent-ils.
LES CÀRIOKIKIS.
A présent voici l'histoire des Cariokikis , haute et grande nation des Trois-Bourdons. — ^Un joiir de Saint-Mathieu. . . . Fuyez ! fuyez I — Nous sommes perdus. — V*là les Cariolukis , avec leurs 28 cornes et 36 pattes.
Et tout le monde fuyait , criant : nous sommes perdus !
Arrive sur la place une voiture attelée de six chevaux et chargée de caisses. — Un grand homme la conduisait , im plus petit était derrière. Ils n'avaient pour tout vêtement , ^*une espèce de pantalon , venant à la moitié des cuisses ; puis corps et têtes , jambes et bras , tout était nu. — On aurait dit des espèces de sauvages.
Franck vole à eux, cause un instant, et le plus vieux le met sur sa tête. — Le petit appelle les fuyards de la voix et de la main. Le peuple s'arrête et regarde ; les plus braves reviennent et le reste suit.
Chacun disait : ils viennent des Trois-Bourdons , ou bien de la Poussinièrc , je le parierais. — Franck seul, savait que cela n'était.
Excusez , dit-il , de quelle nation êtes vous î . . . Je suis
Fatagon....f) Quel âge avez- vous t.. . Beaucoup plus jeune que vieux , 160 ans... Voulez-vous qu'on vous mesure t... Je le veux , on le fait partout.
Il se place au pignon de la grange de Bouchard; Franoet Brisson, charpentier du village, prend une échelle, et fak une marque au-dessus de la tête du Patagon. — (Elle y efit encore). — 21 pieds 13 pouces 5 lignes , dit-il , justemott au piedjnétrique. . . — Il est plus grand , crie-t-on de toutes parts. . . Non , non , dit Franck . — (Il est vrai qu'il paraissait avoir 30 pieds ; mais ce n'est pas trop mal comme ça).
Ce jeune honmie est votre fils !.. . C'est le petit fils du petit fils de mon fils. — Douze ans et 10 pieds de haut; ça grandira. — Chez nous, l'enfant tête pendant 9 ans, comme l'éléphant.
Père Patagon., dit Franck, que voulez-vous de nou&î Demandez et vous aurez. ... A l'occasion , je ne refuse. — Qui se croit indépendant est un sot: chacun a besoin de tout le monde. — Le plus grand du plus petit. — Le plus fort du plus faible. — Nous sommes tous enfans du bon Dieu , venus sur la terre pour nous aider à travailler.
Très-bien , dit chacun.
Dieu m*a dit: tu marcheras pendant mille ans , de même que le juif errant , enseignant la culture. — Malheiu* à qui ne t' écoutera.
(*) J'entendis un mossicu , causant avec un laboureur, il lui disait : — J'ai fait le tour du monde. — J'assure que les Patagons sont les plus grands hommes de la terre ; comme les Lapons sont les plu5 I)etits , environ de la taille des Picolins.
J'ai aussi vu les Amazones , peuple où les femmes commandent ei font la guerre, tandis que les hommes travaillent.... Vous me faites plaisir , dit le laboureur.
Avez-vous vu le pays de Cocagne et le pays de Misère?.... J'y suis allé trois fois.... Tant mieux , répondit notre homme , car il y a de mauvaises langues à la ville comme au village qui disent que ces paj^ n'existent pas.
LES CARIOKIKIS. fOf
Bet caisses , il tire mangeoires et râteliers , ensuite de petits animaux ayant figures de personnages de bêtes.
V'ià la fortune du laboureur , dit-il ; puis il crie d'une voix de tonnerre : L'agricultiire est dans trois mots.
Qui ne le croira périra, lui, ses enfans et sa race. — Dieu amis sur la terre plus de monde qu'autrefois. — Il a dit : Changez ; ce que vous faisiez ne peut plus se faire. A mesure que mon peuple augmente, il faut augmenter le bétail. — C'est la bête qui nourrit l'homme, parce qu'elle fertilise le sol.
Peut-être bien , dit-on de toutes parts : Longs livres , longs discours sont maintenant inutiles. Ucugriculture est dans trois mots, — * C'est la loi du Patagon , qui a marché eent années et marchera neuf cents.
Père Patagon , voudriez-vous nous dire ces mots. Prés, bétail et fumier, — Plus tu as de fumier , plus ia terre donne ; moins tu en as , moins elle produit.
Le pré repose la terre du blé , donne du fourrage , nourrit le bétail , fait du fumier.
Le fumier donne le grain , la paille , le foin , toutes les récoltes , et revient encore en fumier.
Plus tu as de fumier , plus tu en auras , plus tu récolteras, plus tu t'enrichiras. Je puis donc dire : L'agriculture est dans un mot. — C'est encore la loi du Patagon qui a marché cent ans et marchera neuf cents.
Avez-vous assez de prés naturels pour fumer toutes vos terresf Sur une ferme qui a ce qu'il faut , il y en a mille qui en manquent. — Eh bien I c'est le pré qui fume le blé ; c'est lui qui produit tout , nourrit l'homme et la bête.
A quoi bon dire: fais telle chose, ou fais ça. — Est-ce qu'on commence une maison par la couverture! — Qui n a fiût le premier pas ne fera le second.
SIO L'AGRICULTURE POPULAIRE.
Commence donc par le pré , améliore la terre et ne Tépuise pas. — U agriculture est dans un mot.
Le bétail donne de Targent. — Qui a du bétail fait deux récoltes; la première dans les champs, la seconde dans les marchés. — Qui n'a que le bétail de travail n'en fait qse la moitié d'une.
Entendez-vous ces paroles! faut-il que je voos fende la tête pour vous les fourrer dedans !
Non , non , père Patagon ; nous les mettr<»s dans Talmanach.
L'un élève , l'autre nourrit. — C'est à merveille. — Soigne bien ces petits enfans de bêtes ; ne les laisse pas languir , souffirir avec le poil hérissé ccHnme chat qui se fâche. — Le commencement est tout; — première année vaut deux.
Cultive pour tout le monde , pour l'homme et le bétail. — Ce n'est pas tout de songer à soi, faut encore songer aux autres. — Oh ! si la bête parlait , que de dioses elle dirait ! — Puis elle t'étrillerait , si elle pouvait , et bien elle ferait.
Venez voir le bétail qu'on engraisse. — A mesure que nous examinions il remuait, mangeait ou le semblant; les petits tétaient, c'était joli. — Le petit Patagon , qui a tété neuf ans, comme l'éléphant, tirait peut-être ime ficelle: nous ne le savons.
Vous voyez, dit le vieux, ces bœufs dans im pré; c'est ainsi que l'on engraisse dans les marais, en Normandie, dans les bons pâturages. — Ils fournissent à la consommation pendant six mois d'été.
Voici retable. — Ces bœufs sont engraissés l'hiver au foin , à la betterave , et l'on finit par du grain cassé.
Ces bœufs limousins sont engraissés au foin et aux navets; puis on finit par du blé noir cassé, du seigle à
LES GARIOKIKIS. 244
moitié moulu. — Quelque&-uns donnent Tavoine bouillie , et s'en trouvent bien.
Voici des bœufs de Cholet; on leur donne une pannerée de navets, une brassée de foin, une brassée de feuilles de choux , — toujours de même et jamais de grains.
Aillears, c'est du foin et de la pomme de terre crue, avec du son. — Mais ceux qui ne donnent pas de grain cassé n'engraissent pas à fin ; ils vendent aux nourrisseurs le bénéfice.
Aux environs de la Mothe, c'est du foin- seul pendant long-temps; ensuite de la jarosse blanche cassée et du seigle à moitié moulu. — Quelques-uns donnent la pomme de terre crue avec du son , ou le son tout seul pendant qu'on nourrit au foin.
Y'ià deux bœufs engraissés à la façon du Patagon. — Du foin, ils en mangent peu; mais de la ponrnie de terre cuite au four, tant qu'ils en veulent. — C'est ce qu'il y a de mieux.
Engraissez vivement et au meilleur marché possible ; — sinon le bénéfice est petit.
Je suis pressé , venons aux moutons. — Ceux-nn s'engraissent dans les herbages , ainsi que les bœufs. — Ceuxlà pendant l'hiver. — On leiu* donne des regains; des * secondes coupes de trèfle; des troisièmes de luzerne; puis deux rations de betteraves,, navets, choux, pommes de terre crues; enfin ce qu'on a.
Vers la fin de l'engraissement , des jarosses blanches fauchées aux trois quarts mûres , pailles et grains , ou de la jarosse en grain , le blé noir, l'orge et l'avoine; ce qui est au plus bas prix,
*Le Patagon fait autrement ; il donne les regains et deux rations de topinambour.
Remarquez qu'il faut toujours , toujour:» , toujours donner
aux bêtes à cornes et à laine , qn*on engraisse , des rations de sec et des rations de frais , chaque jour et alternativement. — Si on ne donne que du sec , la bete s'échauffe, se dégoûte , mange peu , s'engraisse moins vite et coûte plus. — Ainsi, faites des racines; n'y manquez pas , je vous l'ordonne. — C'est la loi du Patagon.
Un cheval écorché, qui n'a que les os, s'engraisse en cinq semaines, avec le fom, la ponmie de' terre cuite au foiu* , ou de petites farines dans un baquet.
Voici la mule. — Animal sobre , qui mange de tout , et s'engraisse difficilement.
Ménage la bête pendant qu'elle travaille; — nourris-la bien, donne lui double ration, si tu dois l'engraisser l'hiver.
Dès qu'elle est à l'écurie , donne-lui trois à quatre fois par jour du pain de baillarge , un peu d'orge d'hiver ou de maïs en grain , puis le sainfoin , le trèfle et la luzerne. Change souvent, mais reviens toujours au sainfoin.
Cinquante jours doivent suffire , si la bête est en chair. — Trois semaines avant de la mener aux foires , supprime le pain et le grain , ne donne que du foin. — Le corps grossit, la bête devient pesante; c'est bon pour le vendeur; puis elle soutient mieux la route , se nourrit bien dans le trajet; c'est encore bon pour l'acheteur.
S'agit-il d'une petite mule que tu vends de 10 mois à un an ? — donne-lui du pain et du grain dès qu'elle est née. ^ Aux champs , le berger la caresse , lui en présente dans le creux de la main , l'habitue à cette nourriture. — A l'écurie, elle en a dans un petit baquet, que la mère ne peut joindre - La bête vient comme pâte en met; une année en vaut deux- Joli conseil, dit Franck; — c'est tromper le laboureur - Puis l'enragé jurera , dans les foires , que la mule n'a mang^ que du foin. — Mais tout vendeur est menteur.
LES CARIOKIKIS. 213
Saigne toujours les animaux que tu engraisses (excepté la mule d'un an). Le bœuf deux fois; la mule quatre et le mouton trois (on coupe au mouton un nœud de la queue).
— La saignée rafraîchit Tanimal, lui donne de Tappétit, le dispose à l'engraissement , prévient les coups de sang et la foiurbure.
Voulez-vous savoir comment les animaux prennent la graisse. — Le cheval s'engraisse également et partout à-lafois. — Le bœuf conmience par un côté ; c est ordinairement par le gauche. — ^^Le mouton finit par un petit bourlet de graisse qui vient à chaque côté de la queue. — La mule commence toujours par la crinière , qui vient d'une grosseur énorme. Ensuite la graisse passe au cou, puis aux épaules , après au corps , enfin à la croupe ; mais le tout lentement et fort lentement.
Quand tu cesses de nourrir, la crinière diminue; mais la graisse file toujours. — Elle entre vraiment par la crinière et sort par la queue.
Alors, dit Franck, faut nourrir de longue main; car on regarde les filles par devant et les mules par derrière.
Père Patagon, reprend le petit, que dites- vous du sonî
Mon enfant, c*est de la sciure de bois; il nourrit moins que la paille. — Le son ne vaut que par la farine qu'il contient, et dans un sac il n'y en a qu'une poignée.
Le boulanger met le son dans un tas , puis il le brasse et le tamise 3 à 4 fois , le rend sec comme la peau du diable.
— Les premières farines vont dans le second pain , et il te vend les autres. Mais le son n'est que de la sciure de bois.
Il y a pourtant, dit le petit , des gens qui s'en trouvent bien.
Ça ne m'étonne , répond le Patagon. C'est qu'ils le mouil-
lent , et la bête échauffée se rafrûchiit ; alors elle moDg; mieux ce qu'on lui donne. — Fais moudre qudques boisseaux de gros blé ; mets dans le son un tiers , une moitié de farine , mouille également et tu verras.
Croyez-moi , n'achetez plus de son. — Rompez îa fouasse et la mauvaise coutume ; et ne jetez pas votre ai^nt par ignorance ou entêtement.
Dites-moi ^ vous qui avez marché cent années et nmrdierez neuf cents , si on peut ei^raisser des aimnaux seulement avec la betterave » le navet , le chou , le topinambour et k pomme de terre crue.
Non , mon enfiant » tu vas le comprendre. (Slence , écoutez tous , dit le petit. )
Je prends le foin naturel pour exemple. — Mais il y en a de bien mauvais qui ne vaut pas la paille ; il y en a aussi de très-bon dans les terrains secs qui n'en donnent guères. — Je laisse ceux-là et prends un foin ordinaire.
En voici 100 livres :
27 livres de froment nourriront autant que 100 livres de
foin.
De jarrosse blanche.
De seigle.
Orge et baillarge.
Maïsetgarouil.
Avoine.
Sainfoin sec.
Trèfle sec.
liUzeme sèche.
Raigrass d Ecosse , sec.
Tr^ incarnat, sec.
Topinambour.
Pommes de terre cuites au four.
Pommes de terre crues.
LES CARIOKIKIS. ÎI5
Cardties. 300
Betteraves. 380
Navets. 600
Feuilles de choux verts. 700
Paille de froment, seigle , baillarge, orge et avoine. 400
Je sui^pose qu'il ne reste pas un seul grain dans la paille. — Mais comme il en reste beaucoup dans la paille de baillarge ( ofge de printemps } , un peu dans celle de froment et d*avoine , et rien dans celle de seigle , cette dernière a toujours passé pour mauvaise.
Ainsi , à cause du grain , 3 livres un quart à 3 livres et demie de paille de baillarge et froment nourriront autant qu'une livre de foin.
Tu vois pourquoi la bête qui n'a que de la paille a le ventre gros , maigrit toujours. — S'il faut 20 livres de foin pour la nourrir , elle ne mangera pas 70 à 80 livres de paille , même pas la moitié. — Tu vois encore que la paille qu'on achète pour nourrir est plus chère que le foin.
J'ai nourri deux chevaux aux carottes ; un tout petit en mangeait 85 livres par jour et 3 livres de foin. Un autre plus gros y 115 livres et 5 livres de foin. Mais dans 16 jours ils furent gras.
On ne donne guères plus de 48 à 50 livres de betteraves au bœuf et à la vache , en trois rations ; ce qui les nourrit comme 13 à 14 livres de foin.
En navets et feuilles de choux , on donne à peu près l'équivalent de 15 à 16 livres de foin.
Mais ces racines vertes excitent l'appétit des animaux et font merveille.
La pomme de terre crue ne vaut rien ; l'eau qu'elle contient est acre. Cette eau fait mal k tous les estomacs de beies et de gens.
t\è LAGRICULTURE POPULAIRE.
Mais pariez-moi de la pomme de terre cuite ;-^ c'est un pain tout fait, c'est le pain du ion Dieu , le pam de la Providence. -^Depuis le musset jusqu'à l'éléphant , tout le monde en mange.
Les enfans l'aiment mieux que le pain. Œnquante millions d'hommes , en Europe , vivent de pommes de terre pendant sept mois de l'année. — On a trouvé partout que trois livres de pommes de terre cuites nourrissaient autant qu*ime livre de pain de froment de toute sa fleur. — ^Ehbien! elle fait sur l'animal le même effet que sur l'homme. — faut être je ne sais quoi poiu* ne pas cultiver la pomme de terre , et ne pas la donner cuite aux animaux.
On ne peut donner plus de 28 à 36 livres de pommes de terre crues aux vaches et aux bœufs. — Encore leur doiinet-elle la colique et le dévoiement. — Et bête qui digère mal n'engraisse pas, animal ou chrétien.
J'ai fait jeûner deux bœufs ; après ils ont mangé chacim 150 livres de pommes de terre cuites au foiu* dans 24 heures, sans être malades. — La moitié de pommes de terre crues les aurait tués.
Il faut cinq mois pour engraisser un bœuf à l'étable. — Avec la pomme de terre cuite au four , 60 à 75 jours suffisent, s'il est en chair quand on l'attache.
J'ai nourri des chevaux et des mules avec la pomme de terre cuite au four et six livres de foin. Us ont travaillé comme des nègres pendant cinq mois d'hiver ; ils étaient plus forts et se portaient mieux que ceux qui mangeaient de l'avoine.
C'est que la pomme de terre cuite est du pain ; et rien ne nourrit comme le pain les bêtes et les gens. — Mettez-vous ça dans la cervelle f).
(*) Quand le pain est cuit , on fait brûler dans un grand four de ferme 5 à 6 fagots de brouille , bourrée ou d'épines. On tire la breise
LES GARIOKIKIS. 217
Le topinambour donne de Tappétit à tous les animaux. — Petite ration de temps à autre fait merveille. — Mais il engraisse le mouton supérieurement ( saignez trois fois la bête pendant qu'elle en mange ).
On le cultive comme la pomme de terre ; — on ne Tarradie qu'à mesure des besoins ; il ne gèle pas et dure jusqu'à la fin de mai.
Tout animal qui n*a jamais mangé d'une chose refuse d'abord. — Que fais-je î Je ne lui donne rien , pas même de litière , et l'attache fortement. — On lui présente la chose trois fois par jour , saupoudrée d'un peu de son. — Chaque fois on lui donne à boire.
Le premier jour , l'animal est le mûtre ; le second , il s'inquiète ; le troisième , il y goûte , dévore et ne veut plus que
ça-
Ne crains rien et ne cède pas , — sois plus têtu que la
bête ; elle ne périra. — Le loup affamé mange de la terre et ne crève pas.
à côté de la gueule. Ensuite on Jette dans le four 40 à 42 pochées de pommes de terre pesant 4 52 livres chacune , en tout , quinze à dixhuit cents.
On ramène la braise devant , et on ferme la gueule du four avec une espèce de porte en télé , qui coûte peu. — Pendant 4 2 à 4 5 heures , on n*y touche pas.
On ouvre et on* prend quelques grosses pommes de terre « surtout celles de dessous qui cuisent moins bien. — On les coupe ; si elles crient sous le couteau » on referme le four. Mais quand elles se coupent comme un fromage , c'est assez cuit. ( Trop cuites , elles sont moins bonnes).
On ouvre le four, on prend à mesure. — Si on a besoin du four , on les met en tas ; on coupe les grosses avant de les donner. — Tout le bétail les mange chaudes.
Si les pommes de terre sont gelées , quand on les met dans le four , elles ne valent pas un denier de moins. — Mais si elles dégèlent à l'air , elles sont perdues.
Quand le four est froid , on dépense seulement les deux tiers du bois qu'on fait brûler pour cuire le pain.
SIS L'AGRICULTUHE POPULAIRE.
J'ai faim , dit le Patagon. — De suite tm lui B|^ortebiiit
cequ'ooa Peine inutile. — Ils prennent chacun uspun
de vingt livres et un seau d'eau ; puis en six bouchées ri trois goigées tout est avalé. — Us partent.
I^ vieux se retourne vers nous , faisant le moulinet avec aoB b&ton. — ( C'était un peuplier de 25 pieds de long , de la grosseur de la cuisse).
Gardez mes paroles , crie-t-il , souvenez-vous-en , ou redoutez ma colère.
L'agriculture est dans trois mots : prés , bétail et fumier. — Ilyaplus de inonde sur la terre qu'autrefois: Dieu vous commande de les nourrir. — Changez , suivez la loi du Patagon , qui a marché cent années et marchera neuf cents ; — sinon je vous fendrai le tête et vous la mettrai dedans.