UN GRAND BAL EN ENFER
ixriye un courrier qui remet une lettre à Franck. — a lit tout bas. — N'ayez pas peur, dit-il, restez et ne îgnez rien ; vous allez voir les diables. )e suite, on entend musique d'enfer; 10 mille diains conduisaient cent mille personnes, escortées par bons laboureurs , crainte de surprise.
é^ diablotin Fretilloti était le commandant; il faisait sauts , des bonds , pirouettes et cabrioles ; arrivé près petit Franck, il lui donne une poignée de patte et te dans un ormeau.
lessieurs et mesdames , dit-il, quand le grand Lucifer ifer a su que les filles du bocage vendéen (Deux-Sèvres, idée et Maine-et-Loire) allaient au cabaret avec les çons, il a ri comme trois bossus. — Et quand le ble rit le cabaretier bat sa femme.
Elles y vont les jours de foires et de marchés , fêtes et lanches. — Us sont tous là, pêle-mêle» dans une mbre, riant, chantant, dansant, buvant, — et le te. — Ça n est-il pas charmant , ajoute le diablotin ? Le grand Lucifer a dit : •/<? lexir donne un bal. —
t20 L'AGRICULTURE POPULAIRE.
Pars Fretillon, amënes-cn la dixième partie, et bon noml'^ de nos amis.
Les v'ià , messiems et dames , les v'ià. Vous monnaîtrez chaque nation à sa décoration.
Arrivent les filles du bocage vendéen ; — elles avaient un joli collier , au bas duquel était un gobelet de cabaret. — C'est im présent de Lucifer , dit Fretillon , — toute fille qui boit dans ce gobelet , au cabaret , est à nous corps et âme ; à sa mort , nous la griffons et remportons.
Viennent après les filles publiques de Niort et celles de Saint-Maixent. — Elles avaient le portrait de dix hommes sur Tcstomac. — Total des portraits : 8,970.
Elles sont filles de grande vertu , dit le diablotin; — mais les filles de moyenne vertu et celles de petite vertu ne sont là ; elles apprennent le métier. — Elles savent déjà qu'à petite occasion le loup prend le mouton, et n'en ont peur.
Un certain maître Jacques (c'est le vieil ours da Chalouë) voulait qu'on chassât ces vertus. — Nenni vraiment ont dit les diablotins ! on en a besoin pour instruire la jeunesse. D'ailleurs la liberté le défend , et vive la liberté ! — C'est la liberté du vice , vous comprenez , liberté de crapule, débauche et corruption. — Liberté du diable , seule et vraie liberté.
Oh ! le bon temps ! sécrie Fretillon ; avec ces honnêtes filles et les cabaretiers, Lucifer régnera sur la terre comme en enfer.
Je le crois, dit maître Jacques entre les dents; tout est organisé pour abrutir , corrompre , dégrader et ruiner le pauvre peuple.
Via les cabaretiers , portant un chapelet de fausset de bamque autour du cou. — Ce sont, dit Fretillon , les plus grands amis du diable. — Il les embrasse et caresse.
UN GRAND BAL EN ENFER. ilSI
«Arrivent les ivrognes , qui avaient dix-huit bouteilles en Adoulière et douze chopines à la ceinture. — C'est, dit retillon , le plus beau troupeau de bêtes qu'on ait vu. — egardez ça; c'est joli comme Tas de pique. Viennent les gourmands, coiffés d'une casserole et portant roche à rôtir.
Qpif^lle est cette nation qui arrive , demande Franck à ^Vetîllon.... Tu ne devines pas!... Non.... C'est celle des linéans. A quoi leur servent les brast A rien du tout; c'est our eux meuble inutile , qui ne fait que les embarrasser ; je ense qu'il faudrait les couper. N'ayant eu le. temps , je les ti liés autour du corps , et mis la blouse dessus , les manbes en-dedans. — Ça fait des hommes sans bras , ou des linéans en uniforme.
Voici les joueurs , avec un grand roi de pique sur la poirine et un valet de carreau à leur chapeau. — Ceux-là sont îen à nous , dit Fretillon ; car , cinq cents fois par jour , ils e donnent à tous les diables.
Gare ! gare ! v'ià les routiniers. — Ils sont à cheval sur m bâton, et traînent un chat par la queue. — Le chat, en olère , est hérissé , fait jpouf^ miaule , se cramponne à la erre et la.boure.
Quand les huit nations furent passées en revue , Franck lit à Fretillon : pourquoi donc ces gens ont-ils , sur l'épaule, m M et un A longs comme la moitié du brast
C'est qu'ils sont de la grande et belle famille desmtn^ wgent, répond le diablotin. — Us font avec l'argent, et pour l'argent , des tours surprenans , curieux et amusans.
Moi , dit l'un , v'ià ce qui m'arrive: vous me mettez dans la main une poignée de cent sous, — .Vous les voyez de droite et de gauche , — je l'ouvre , et rien n'y a plus.
Si j'avais de l'argent sur moi , je le saurais, dit maître Jacques.
$n LAGiOCULniRÊ POPULAIRE.
A cela ne tienne , répond le père Sapin , marchand bétail à Parthenay. — J'enlère d^nain vos moatons
v'ià les écus.
Eh bien I donnez , donnez à Franck » dit le bonhomno^ Jacques; nous mettrons les tours des mine-argent Talmanach.
Franck pèche dans la bourse , met une pcMgnée d*^ dans la main du mine-ùrgeni. **- On lui tenait le poigneL^S tout le monde le voyait; — * il ouvre la main , et rien n* — ' avait. — Et maître Jacques songeait.
On recommence , - — et même cérémonie.
Bah! ce n* est rien, dit un autre. — Moi, je les manpi^ comme une croûte de pâté. — Voyons, dit Franck; — îl lui donne im cent sous. — Le mine-argent Tentame d'an coup de dent , le rogne , le croustille et Tavale lestement.
— Puis un autre , jusqu'à 20 , — au grand étonnement de l'assemblée. *— Et maître Jacques songeait.
Bah ! ce n'est rien , dit un autre. — J'ai la main eoffime vous tous; mais pour l'argent , elle est percée; il passe à travers comme Teau dans un crible. — Voyons ça, dit le petit. Le mine-argent tend la main, et maître Jacques fourre son chapeau dessous. — Franck vers€dt, versait; l'argent disparaissait. — Puis, dans le chapeau, rien n'y avait. — Et maître Jacques songeait.
Bah ! ce n'est rien, dit un autre; l'argent se fond dans ma main conmie le plomb dans une cuillère de fer sur on grand feu , puis s'envole en fumée. — C'est curieux , dit le petit. — Le mine-argent tend la main , relève les doigts.
— Le bonhomme fourre encore le chapeau. — Franck versait; l'argent fondait, bouillonnait. — On recommençait.
— Tout le monde était ébahi. Puis rien dans la main, rien dans le chapeau. — Et maître Jacques songeait.
UN ORAND BAL EN ENFER, 9t3
Stth! cen'estrîen, dit un autre. — Vous mettez une pile
±^^cnB sur la table; j'avance le doigt , dès qu'il y touche pas
plus fort' qu'un musset qui s'appuie , l'argent disparait. —
Je ne sais ce que j'ai dans les doigts , l'argent que je touche
9* envole. — Franck mit une pile d'écus sur la table. (Le
bonhomme se place devant, étend sa blouse comme une
femme son tablier) , le mine-argent avance le doigt douce-
Baent, doucement. — Paf l'argent s'enva, rien dans la
blovise. — Et maître Jacques songeait.
Hah! ce n'est rien, dit un autre. — A trois pas, je souffle dessus, et l'argent file. — C'est plus fort, dit le petit. — ■ Il place une pile d'écus, le mine^rgent souffle à trois V^, — tout disparaît. — Et maître Jacques songeait.
Bahl ce n'est rien, dit un autre. — Moi, il suffit que je ^oie l'aident. Videz la bourse sur la table , et d'un regard j'envoie tout dans les airs. Je ne puis voir d'argent sans . qu'il disparaisse.
Maître Jacques fait un saut de six pieds , tombe sur le père Sapin, criant: Serrez la bourse; ces Tniites^argent me mineraient.
Voyons, Franck; qu'est-ce que ça me coûte t — Dix écus!... Un petit plus.... 45 à 50 francs!».. Un petit plus encore.... Combien donc î... 900 francs.*.. Tu dis 100 firancsf... JedisSOO, êtes-vous sourd t
Le vieux flanque son sabot à la couige contre une pierre et casse le sabot. — Tu ne seras pas seul , dit-41 ; en trois coups Fautre eat en deux. — Fretillon riait et faisait la grimace. — Le bonhomme jette son grand bâton de quatre pieds six pouces après le diable; Fretillon le saisît.
900 francs , disait-il ! trente moutons gras I Franck , saistu ce que c'est que trente moutons grasf... Vingt4iuit et deux.... Mais pour les engraisser.... Il faut des regains et des topinambourgs î . . .
2i4 L AGRICULTURE POPULAIRE.
Maudits mine<argerUl s'ils étaient encore morts de ^ clavelée ou du tournis. . . Les moutons ou les mine-argent^^' - Les uns et les autres. — Je ne fais plus d'almanach.
Les mine-urgent yù\}& rendront ça.... Nous ne rendro^c^s jamais , dirent-ils; mais des billets tant qu'on en veut.. - - Eh bienl dit le petit , un billet vaut de l'argent; c*est plus facile à serrer , moins lourd à porter. — Donnez bUlet.
Us le font et Franck le lit.
** A vue , le diable paiera à maître Jacques , ou ord 900 francs , valeur de trente moutons gras. (Date et si gnature.)
Te! dit le vieux, un billet sur le diable!... Comment répond Fretillon , c'est de l'or en barre. Il y en a main de cette trempe qui courent le monde... Tu crois ça, mauvais diablotin! — Il jette son chapeau dans l'ormeau^ et Fretillon le saisit.
Franck dit à Fretillon: garderas-tu ces gens en enfer!... Non vraiment , ils sont trop utiles ici pour éduquer la jeunesse. — Le bal durera trois jours et trois nuits. La première contredanse sera de 1,500 cabaretiers avec 1,500 filles de Vendée. — Lucifer jouera du violon. — A tout seigneur , tout honneur.
Les loueurs danseront avec les grandes vertus de Nia et Saint-Maixent ; ça se connaît. — Rococo jouera d violon. — Après viendront les ivrognes avec les diablessei qui remueront un peu ces mauvaises bêtes. — Je te con teraitout quand je reviendrai.
Fretillon s'approche du bonhomme et fait le câlin. —
suis un petit diablotin gros comme le poing , dit-il , prêt tout pour vous plaire... Que veux-tu, demande le vieux! - Les quatre moitiés de sabots et votre blouse... Qu'en fe tu?... J'ai le bâton et le chapeau; je raccommode L