‹ ŒuvresChapitre 25 sur 47 · DES BUCOLIQUES · texte numérisé non relu

DES BUCOLIQUES

Souvent j'ai vu ces pins frappés des feux célestes; La corneille a souvent, du creux de cet ormeau, Par ses cris menaçans effrayé le hameau.

Cette Rome

Au-dessus des cités , élève autant sa tête

Que le hardi cyprès , déployant ses rameaux ,

Porte son front superbe au-dessus des roseaux. ^

Là , j'ai vu ce héros , ce Dieu dont mon encens Parfume les autels douze fois tous les ans.

Veillez sur vos troupeaux; allez, jeunes bergers, Et cultivez en paix vos champs et vos vergers.

O fortuné vieillard I

Ce terrein le demeure et suffit à tes vœux , , Quoiqu'à peine le soc ouvre ce sol pierreux : Les eaux de ce marais, fangeuses et tranquilles, Couvrent les prés de joncs et de roseaux stériles; Mais , exempt de nos maux et libre de nos soins , Pour tes tendres brebis tu ne craindras du moins Ni l'effet dangereux d'un nouveau pâturage, Ni d'un troupeau malsain le triste voisinage. O fortuné vieillard! dans un heureux repos , Ici tu jouiras de la fraîcheur des eau\ , Près du fleuve sacré qui coule dans ces plaines ' , t

• M. <1<* Villcnloii a trouve ce vers assr/. h<»n pour s»- r;j|>|M<)[>i icr.

Et sous les arbres verts qui bordent ces fontaines. Ici , tressés en haie , et plantés de tes mains , Ces saules , de ton champ qui marquent les confins « , T'offriront du sommeil les douceurs passagères , Au murmure flatteur des abeilles légères , Quand l'essaim bourdonnant de ces filles du ciel Vole de feuille en feuille , et ramasse le miel, ^es chants du bûcheron , du haut de ces montagnes. Retentiront au loin dans les vastes campagnes ; La tourterelle enfin , gémissant dans les bois, Aux voix de tes ramiers joindra sa tendre voix ».

M. de Villodon peut-il dire comme Molière , qui avait imité deux scènes du Pédant joué de Cyrano Bergerac : Je prends mon bien où je le trouve.

i Cette inversion est trop forcée. La traduction de ce beau morceau est pâle et négligée. Quel prosaïsme dans cette expression : Veffet dansereux d'un nouveau pdturage. Croit-il avoir rendu : Jlumina nota , fontes sacros et le célhhre frigus opacum , sur lequel on a écrit des volumes. Aucune des images de Virgile n'a passé dans cette longue et froide imitation. Malfilàtre pourtant sentait mieux que personne le charme de ces vers , qui respirent la sensibilité la plus vraie et brillent des plus riches couleurs. « Les vers de M. Gresset , dit-il après les avoir cités dans ses notes , sont brillans sans doute 5 mais j'aimerais mieux que , dans cet endroit , le poète français se fût contenté d'être simple et naturel , comme l'auteur latin , qui n'a songé qu'à nous intéresser par des images douces et naïves et par des vers coulans qui partent du cœur. M. de Fénélon en sentait bien le prix , lui qui disait : Malheur à celui qui n'est pas touché de ces vers :

Fortunate senex ! lue , inter Jlumina nota Et fontes sacros , frigus captabis opacum. 1

' Variante de l'édition de Caen , 1828 : •

An^ voix de les ramiers joindra sa douce voix.

Page 1