‹ ŒuvresChapitre 32 sur 47 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Mécène, aux laboureurs mes préceptes utiles Enseignent par quels soins on rend les champs fertiles ' , En quel temps sous le joug le taureau doit gémir, Sous quel astre la vigne à l'ormeau veut s'unir ' ,

• Variante du manuscrit :

tnseignent par quel art on rend les champs fertiles.

' Variante de reditioii de Caeii , i8';:3 :

5ous (|ucl aslrc la vigne à l^ornieau doil i\uiir.

Quel secours aux troupeaux doit l'active industrie, Et de l'abeille enfin l'art et l'économie '.

Astres brillans du monde ! ô secourables dieux,

Qui conduisez l'année errante dans les cieux;

Bacchus , et vous Cérès , si les moissons dorées ,

Si les vignes d'Argos , de pourpre colorées,

Pour nous ont remplacé , par vos heureux bienfaits.

Et l'eau des froids torrens et le gland des forêts :

O vous , Faunes légers , qu'adorent les campagnes !

Vous, nymphes , qui peuplez les bois et les montagnes ,

Jetez sur mes essais des regards complaisans ;

Accourez à ma voix , je chante vos présens.

Toi , dont le fier trident fit sortir de la terre

Le superbe coursier , symbole de la guerre ,

Grand dieu desmers, ettoijdontlesnombreux troupeaux,

De Cée , en bondissant , dépouillent les coteaux ;

Toi surtout, dieu pasteur, souverain d'Arcadie,

O Pan , si tu chéris ton heureuse patrie ;

Minerve , si par toi ton peuple favori

' Variante du manuscrit :

Quels secours aux troupeaux prèle la main de l'homme, Et jusqu'où va l'instinct de l'abeille économe.

' Cëe est une des Cyclades , dans laquelle le berger Aristee , fils d'Apollon et de la nymphe Cyrëne , se retira après la mort d'Acte'on , son fils, changé en cerf et dévore' par ses propres chiens.

(JYote de Malfilatre. )

Di:S GEORGIQUES. .>8o

Recul les premiers arts et l'olivier chcr^;

Jeune enfant, qui jadis au genre humain sauvage

Vins montrer la charrue et son utile usage ; ^

Sylvain , dieu des forêts, solitaire Sylvain ,

Dont un jeune cvprès orne toujours la main ;

Je vous invoque tous, dieux, déesses propices.

Soit que les fruits vermeils naissent sous vos auspices ,

Soit que du haut du ciel arrosant les sillons,

Vous nourrissiez la terre et ses germes féconds!

Cinq zones de l'Olympe embrassent l'étendue ' : L'une , par le soleil sans cesse parcoiu'ue , De cet astre de flamme est l'empire éternel. Et voit des deux cotés, près des pôles du ciel, Deux zones , de frimas tristement couronnées , A l'horreur des hivers à jamais condamnées; Et deux que la nature, indulgente aux humains, A su, de part et d'autre, enfermer de ses mains, Entre ces froids climats que le soleil ignore , Et l'espace brûlant que sa chaleur dévore. De ces plages, où régne un air plus tempéré, Par son char vagabond le bord est effleuré , Lorsque ce dieu du jour va , dans un cercle oblique, Visiter tour-à-lour l'un et l'autre tropique.

■ Cint] zones de l'OIrmpe embrassent Ir conlom .

DrLii.i.r.

Plusieurs passages de la ))«'ll<> iiiuliiciion <)<> Dclill»' nou^t'oiil soiiproiuuT que 1rs essais tle Malfilàlrr ne lui étaient pas iiieomnis.

L'habitant du Ryphée « est voisin de ces lieux Où la terre s'élève et s'approche des cieux ; Et Tardente Lybie, et les murs d'Alexandre, La voient, vers le midi, s'abaisser et descendre ». L'un des pôles du monde où souffle l'aquilon , Toujours , par sa hauteur , domine l'horizon ; Toujours l'autre se montre à ces rivages sombres , Où règne le Trépas sur le peuple des ombres. Ici , tel qu'un grand fleuve , en ses vastes détours , Embrasse au loin les champs que féconde son cours , Le dragon tient toujours les deux ourses glacées Dans ses replis divers fortement embrassées ; Les ourses , que jamais les souverains des mers Ne laissèrent descendre au sein des flots amers. Va. pâlit la nature , et, sur ces bords funèbres.

» Les monts Bfphées sont une grande chaîne de montagnes dans la Sarmatie européenne , appelée aujourd'hui la Moscovie ^ on leur donne maintenant le nom de Stolp. {Note de Malfilatre. )

2 M. Auger et le dernier éditeur de Malfilatre ont signalé ce vers comme n'ayant pas la mesure 5 ils veulent que voient forme deux syllabes : l'usage en a décidé autrement. Sans entasser une foule d'exemples empruntés à nos meilleurs poètes , nous nous contentons de l'autorité de Racine , qui n'a pas craint de dire , dans les chœurs d'Esther :

Qu'ils soient comme la poudre el la paille légère Que le venl chasse devant lui.

Page 1