CHANT
Je jouis, quand je vois, au sortir du sommeil, . D un rayon de gaieté briller son doux réveil. Je jouis, quand, le soir, prolongeant ma lecture, J*endors près de son lit les douleurs qu'il endure. Je jouis, quand, le jour, appuyé sur mon bras, Mes secoiu^ attentifs aident ses foibles pas. Dans des liens nouveaux ma jeunesse engagée, Par deux objets chéris se verroit partagée ; L'amour lui voleroit u|}e part de mes soins; Je laimerois autant, je le soignerois moms. Won , j en jure aujourd'hui par l'ombre de ma mère. Rien ne pourra jamais me séparer d'un père. » Tel étoit son langage. Et m^i, puissent mes chants Nourrir, entretenir ces vertueux penchants !
Doux et sublime emploi du bel art que j'adore. Art charmant ! c'est ainsi que le mcmde t'honore , Et que du Iptb sacré les sons religieux Sont l'amour de la terre et les échos des cienx. Et si c est un àmi que le malheur oppresse , ^umi ! ce mot seul dit tout à la tendresse :
^Ws-même à ce tribut vous vous êtes soumis :
Le sort fait les parents, le choix fait les amis. Le jour qui vous unit d'une chaîne commune, L'im à l'autre engagea vos soins, votre fcHtune ; Et la loi d'amitié, 'ce doux contrat des cœurs, D'avance à votre charge a mis toua ses malheurs^ Mais qui ^ait acquitter celte dette sublime ? Ah ! c'est toi, de mesjnaia compagne magnanime,.
O toi ! Finspiratrice et lobjet de mes chants (■ ^),
Qui joins à mes accords des accords si touchants !
Hélas ! lorsque mes yeux, appesantis par Fàge,
S'ouvrent à peine au jour, plus d'un charmant ouvrage
Étoit perdu pour moi 9 mais à ma cécité
Ta secourable voix en transmet la beauté.
Des filles de Milton, qui ne sait la tendresse{'^)?
Je n eus ni ses talents , ni sa lâche foiblesse :
Admirable poëte, et mauvais citoyen,
Il outragea son maître, et j ai chanté le mien('^).
Mais, comme ce grand homme, au sein de sa famille,
En toi, dans mon exil, je retrouve une fille.
Dont Forgaoe enchanteur, les sons mélodieux
Ravissent mon oreille, et remplacent mes yeux.
Déjà de ton ami douce consolatrice,
Dirai-je envers les tiens ta bonté bienfaitrice,
Et comment en secret tes soins attendrissants
D un père vertueux soulagent les vieux ans?
Ah ! tu m en es plus chère, et ta noble indigence
Rit plus à mes regards que la fière opulence.
Qui , répandant au loin ses flots dévastateurs , 9^
Va soudoyer le vice et corrompre les cœurs.
Tel un torrent fougueux, élancé des montagnes,
De ses flots débordés va noyer les campagnes ;
Tandis que dans son cours un modeste ruisseau,
Disti'ibuant sans bruit son mince filet d eau,
Dans le champ paternel s'insinue en silence.
Et dç sa pauvreté fait naître T^d^ondance :
Les bois, les fruits, les fleurs accompagnent son cours. Ainsi, répartissant ses vertueux secours, La tendre Pitié souffre et jouit dans les autres. Toutefois c'est trop peu de soulager les nôtres : L'étranger a ses droits sur un cœur généreux. Mais ne Foubliez pas : toujours le malheureux Ne vient point au grand jour, dans les places publicpes, Étaler le tableau de ses maux domestiques.
Renfermant son secret dans le fond de son cœur, Le malheur a sa honte et sa noble pudeur ; Seul , et réfugié dans son asile sombre , Aux regards indiscrets il se cache dans lombre. Sachez donc le trouver dans son réduit af&eux ; Épiez les moments et les hasards heureux.
De la douce Pitié la consolante gloire, Ainsi que le Génie, ainsi que la Victoire, A ses instants choisis , envoyés par le ciel ; Sachez donc les saisbr. Voyez-vous ce mortel ('4) Qui, les yeux égarés, comme au bord d'un abîme, Hésitant, frémissant, reculant près du crime, Tout-à-«oup emporté d'un mouvement soudain, D'un vol dont il rougit vient de souiller sa main? Il fuit : suivez ses pas ; sous le toit du coupable Pénétrez avec lui. Quel tableau lamentable !
Des enfants demi-nus, sur la terre couchés, ' Inunobiles de froid ,^ besoin desséchés!
Menacés de la mort, si près de leur naissance. Ils ignorent les jeux de la folâtre enfance.
T. XU. MAUiSim ST riTIÉ. 3
Sur le sein maternel leur frère appdle en vain Quelques gouttes d'un lait consumé par la faim. Autour d eux, des murs nus ; hier, un encan funeste, D'un vil ameublement a dispersé le reste ; Et, pour comble de maux, de leurs derniers débris D'avides créanciers ont dévoré le prix. • "
Par-tout le dénuement, le deuil et le silence. D'un désespoir muet domptant la violence ^ ' ' Leur père à côté d eux, triste, p&le et défait. Tourmenté par la faim, moins que par son forfait, JEn détournant ses yeux d\m tableau qui Taccable ,' ^ Leur jette, et se refuse un aliment coupable,^ Que leurs avides mains se disputent entre eux ; Puis, d'un air, d'un regard, d'un accent douloureux, Où son cœur déchiré tout à-la-fois exprime Et l'excès de ses mau3^, et l'horreur dé son crime : « O vous ! qui violez l'asile du malheur, * ^
Étranger, venez-vous épier ma douleur? ^ Eh bien ! vèiiez, voyez ces enfants, cette mère: Suis-je assez^ malheureux d'être homme, époux et père ; Hélas ! jusqu'à ce jour mon sort fîit moins cruel ; rétbis infortuné, mais non pas criminel. * ' Allez, révélez-tout Ije bénis mon suppUce ; '
Vos lois me feront gracé enme faisant justice. Que sais^je ? une autre fois mon funeste destin Peut-être d'un brigand feroirvBl assassin.
Allez, délivre^moi du jour et de moi-mêmei »
 ces mots, il succombe à sa douleur extrême.
Vous , heureux d'adoucir Tinjustice des dieux , L or tombe de vos mains, les larmes de vos yeux ; Vous consolez ses maux, vous réparez son crime, Et recueillez tout bas cette leçon sublime :
a Qui prévient les besoins, prévient donc les forfaits ! » L'un s'applaudit d avoir trouvé de vieux palais, L autre un peuple inconnu, lautre une ile féconde, Herschel un autre ciel, Vespuce un nouveau monde ; Et vous, par un hasard plus doux pour votre cœur. Vous avez découvert et servi le malheur : • N'abandonnez .donc pas vos recherches heureuses.
Mais les^ cris du malheur, ses plaintes douloureuses. Au milieu des états et des rangs confondus , Dans nos. vastes cités trpp souvent sont perdus. Dans ce pompeuxfracas sa voix meurt égarée ; Dans le sein des hameaux , la douleur éplorée Moins souvent se dérobe à l'œil compatissant : Cherchez donc , secourez le malheur intaocent. Je sais que, de nos jours, en crimes trop fertiles, Les champs ont imité le désordre des villes ; Le culte saint, la paix et la simplicité Sont bannis du hameau, comme de la cité.
Par-tout la soif de ror,i'audàce, la hcence, ^
De son dernier asile ont chassé l'innocence ; Et moi, qui célébrai le bon peuple des champs. Je ne reconnois pfus le sujet de mes chants.
L'esprit fort, en patoi^, prêche contre les prêtres ; Gros^eâ* fait le procès au Dieu de ses ancêtres ;
Plus d un Mathieu Garo s^érige en novateur,
Lucas est usurier, Colas agioteur ;
.Et déjà, des cités affectant lopulence,
Ces parvenus des champs en ont pris l'insolence.
Mais peu se sont souillés de ces excès honteux :
Plaignez le criminel; aidez le malheureux.
Que tantôt, du travail l'appareil nécessaire
Aux mains de l'industrie , écarte la misète ; J
Tantôt, dhm luxe heureux des heureux qu'il a faits.
Sous un faste apparent déguise les bienfaits ;
Tantôt, de la bonté que la marche secrète
Surprenne l'indigent au fond de sa retraite.
C'est peu : les ouragans , et la grêle, et les feux
Exercent trop souvent leurs fléaux désastreux :
Alors, ahl c'est alors que le besoin réclame
La Pitié que le ciel imprima dans notre ame.
Cette Pitié, du ciel présent consolateur.
Si douce au malheureux, plus douce au bienfaiteur!
Le vertuçux Mopsus en offre im noble exemple.
Du bonheur, ^es veï*tus , son chaume étoit le temple : L'aurore, tous les jouri, le voyoit le premier Quitter, pour ses travaux, son rustique foyer; I?e soir, pour son retour, sa femma vigilante Préparoit du sarment la flamme pétillante ; Ses eiîfants l'attendoient, et briguoient sur le seuil Et son premier souris, et son premier coup d'œil. Leurs cœurs étoient heureux, quand d'un noir incendie La flamme, dans son cours par les vents agi^mdie.
Dévora leur cabane, et dans ses tourbillons Engloutit le produit et Fespoir des sillons.
L'année avoit perdu le prise tle sa culture , La flanune avoit détruit la: semence future ; • Et leurs cœurs , aux regrets mêlant le désespoir,
îTosc^ent se souvenir, et trembloient de prévoir.
Pour comble de malheur, ces animaux utiles.
Qui paissoient dans leurs champs, ou les rendoient fertiles.
Se débattant en vain sous leurs toits embrasés.
Ensemble avoient péri, par leur chute écrasés.
Us pleuroient , quand Thonneur et Famour du village.
Le sensible Dormond, dans ce triste ravage.
Source pour lui de joie ainsi que de douleurs.
Vit le touchant espoir d essuyer quelques pleurs.
Tandis que sous ses toits leur misère est soignée.
Dans le riant enclos d'une ferme éloignée
Il prépare en secret, par un art tout nouveau.
Un plaisir pour son cœur, pour ses yeux un tableau.
Un constructeur arrive, et soudain, ô merveille !
Une maison s'élève , à leur maison pareille.
Ses murs, vieillis par l'art, offrent même coup d'œil \
Semblable en est Feutrée, et semblable est le seiiil.
C'est leur même buffet, c'est leur modeste table :
Nombre égal d'animaux a peuplé leur étable ;
Et jusque dans leur cour un nombre égal d'oiseaux
Est perché sur les toits, ou nage dans les eaux.
Seulement leur vieux coq, qu'avoient sauvé ses ailes.
Ne reconnoissoit plus ses amantes nouvelles.
Le jour arrive enfin ; le couple infortuné
Vient, voit, doute d'il veille, et recule étonné :
De réduits en réduits leurs yeux charmés s'égarent.
Tel, si les grands objets aux petits se comparent('^),
Des Troyens, autrefois jetés sous d'autres cieux,
nion imité charmpit encor les yeux ; ^
Et du Xanthe sacré , sur un autre rivage , .
Leurs coeiirs avec transport reconnoissoient l'image :
Tel le couple admiroit son chaume accoutumé,
Et son armoire antique, et son âtre enfumé ;
Et, comme ces refnparts qu'Hector ne put défendre,
Leurs humbles murs aussi renaissoient de leur cendre.
De ses hochets perdus , son unique trésor.
Seul , leur plus jeune enfant se désoloit encor ;
On apaise ses cris. Cependant la chaumière
A repris du travail Factivité première ;
Les roseaux avec art s enlacent aux roseaux ;
J'entends tourner la roue, et rouler les fuseaux. .
Là, l'heureux fondateur de l'heureuse peuplade
Aimoit à diriger sa douce promenade.
Là, de ses soins.touchants il recevoit le prix :
Sm* leur boi^he, à sa vue, erroit un doux souris ,
Et laccent du bonheur, de la reconnoissance.
Ainsi que leur hommage, étoit sa récompense.
Tant, de l'instant propice ardente à se saisir,
La bonté sait changer un désastre en plaisir !
Bnetf
(') Nous plenroiu , quand Danloai , dans la fosse fatale , iHonge, tirante eDCor, sa charmante Vestale.
Le poëte ddsîgne ici le beau tableau de Danlouz, exposé aa salon de i8oa, avec quelques autres du même maître, et qtii représente le supplice d'une vestale. Danloux s'étoit retiré en An^eterre, dans les premières années de la révoludon ; et c'est là qu'il fit le porticait en pied de Ddille, qui, reproduit, grâce aux soins de madame Delille, dans une très belle gravure, orne aujourd'hui le cabinet de l'amateur des lettres et des arts.
{*) L'antel de la Pitié fat sacré dans il|^ènes.
Hylus, fils d'Hercule et de Déjanire, étant poursuivi par Èuristfaée, se réfugia à Athènes, où il fit bâtir un' temple à la Miséricorde ou h la Pitié. Les Athéniens voulurent que les malheureux, et même les criminels, 'trouvassent dans ce temple un asile assuré. Les anciens peignoient la Pitié sous les traits d'une, femme, dont le teint étoit d'une blancheur éclatante, et le ne^ un peu aquilin; elle portoit une guirlande d'olivier autour de la tête; son bras gauche étoit déployé; elle tenoit un rameau de cèdre à sa main droite; à ses pieds od voyoit une corneille, oiseau, dit Horus Apollon, que les l^lfyptiens révéroient particulièrement, comme plus enclin à la compassion que les autres animaux. -
Les autels de la Miséricorde furent long-temps sacrés dans Athènes; son culte devoit être touchant, et les Athé-
QnidinaiieFe bovet, etc. .
Voyez la traduction de Saint-Ang^e, tome IV, page 337. Elle n'est point indigne ici du parallèle. ^
C) Ta n'as donc jamaii yn les peintnres d'Hogarth ?
Allusion aux Scènes de cruauté, où ce peintre, célèbre par Foriginalité de ses compositions, s'est montré avec tant d'intérêt l'avocat des animaux. On rapporte qu'un passant voyant un charretier frapper inhumainement ses chevaux, s'écria : Jfialhewreux ! tu rfas donc pas vu le tableau dHogarth? — William Hogarth étoit né à Londres, en 1697, et y mourut le :t6 octobre 1 764.
(^) O toi ! qui , consolant ta royale mattresM ,
Jus<pi'au dernier soapir lui prouvas ta tendresse.
Madame, fille de Louis. XV^I, avoit reçu de son frère un chien qu'elle emmena avec elle en sortant du Temple. Ce fidèle compagnon de ses infortunes l'avoit suivie jusqu'en 1801. Étant tombé du haut d'un balcon, dans le palais de Poniatowski, à Varsovie, il expira sous les yeux de sa mattresse.
Le prince Poniatowski, qui reçut alors avec beaucoup de politesse la famille royale de France, voulut qu'un monument fût élevé dans son jardin à la mémoire d'un animal qui rappeloit de si grands souvenirs ; et le roi, Louis XYIII, daigna écrire lui-même à Delille, une lettre charmante et pleine de bonté, pour que ce poëte composât l'inscription^ du monument. Cette inscription fut aussitôt envoyée par Delille, qui étoit en Angleterre; mais la police de Buonaparte s'étendoit alors dans une grande partie de l'Allemagne, et la lettre que le poète écrivoit à son roi fut saisie à Bareuth, lors de l'arrestation, dans cette ville neutre, de Précy, d'Imbert Colomès, et d'autres Français émigrés.
Il ne sera peut-être pas hors de propos de rappeler ici quelques exemples de fidélité donnés parles chiens, dans les
DU CHAiJT I. 4Z
jours malheureux de la révolution. Une brochure, publiée en 1796, parle ainsi d'un de ces animaux qui avoit appartenu à la reine:
« Marie-Antoinette avoit au Temple un chien qui Favoit constamment suivie. L(^^u'elle fut transférée à la Goncier^ gerie, le chien y vint avec elle ; mais on ne le laissa pas entrer dans cette nouvelle prison. Il attendit longf-temps au guichet, où il fut maltraité par les gendarmes, qui lui donnèrent des coups de baïonnette : ces mauvais traitements n'ébranlèrent point sa fidélité ; il resta toujours près de Fendroît où étoit sa maîtresse; et, lorsqu'il se sentoit pressé par la faim, il alloit dans quelques maisons voisines du Palais, où il trouvoit à manger; il revenoit ensuite se coucher à la porte de la Gonciei^erie. Lorsque Marie-Antoinette eut perdu la vie sur l'échafaud , le chien veilloit toujours à la porte de sa prison ; il continuoit d'aller chercher quelques débris de cuisine chez les traiteurs du voisinage ; mais il ne se donnoit à personne, et il revenoit toujours au poste où sa fidâité Favoit placé: il y ftoit encore en 1795, et tout le quartier le désîgnoit sous le nom de chien de la reine, n
Un boucher avoit été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire; son chien accompagna la fatale charrette jusqu'à la place de Louis XV : il suivit son maitre des yeux, jusqu'à ce qu'enfin il disparut sous la hache du bourreau. Après l'avoir cherché long-temps, il accompagn e de nouveau la charrette jusqu'à la Conciergerie ; il attend à la porte de la prison; et, le lendemain, il suivoit encore la charrette: il la igîvit ainsi pendant près d'un mois» Ce fait, attesté par plusieurs témoins oculaires, a été consigné dans plusieurs mémoires du temps.
M. D.... étoit en prison ; deux enfants en bas âge alloient voir tous les jours leur père ; ils n'a voient d'autre conducteur que le chien de la maison, qui leur servoit de Mentor dans leur voyage. Il veilloit sur eux, avoit soin de les faire éloigner des voitures, faisoit écarter les passants, et les ra-
menoit toujours par le même chemin, sans qu'ils aient jamais éprouvé le moindre accident.
On pourroit citer beaucoup d'autres traits de la fidélité dç8 chiens. On a parlé de faire l'histoire de ces animaux pendant la révolution ; mais l'humanité auroit trop à rou-
(7) Et moi , qui prcMcririi lenrt honnean fanëraires , etc.
Delille s'étoit élevé, dans son poëme des Jardins, contre les monuments élevés à des chiens :
Dans loiu cet monuments , poîbt de recherches yaioes. PoaveK-yoas allier, dans cet objets tonchants, L'art ayec la donlenr, le luxe «vec les champs? Sor-tont ne feignes rien ; loin ce cercueil factice. Cet Ornes sans douleur, que plaça le caprice; Loin ces vains monuments d*un chien ou d'un oiseau ! Cest profaner le deuil, insulter au tombeau.
La fidélité du chien méritoit la réparation que lui fait ici Delille. L'histoire de ce fidèle animal s'est quelquefois mêlée à l'histoire même de l'homme. Homère, qui avoit chanté les dieux et les exploits d'Achille, ne dédaigne pas de parler, dans VOdysséCy du chien d'Ulysse, qui fut le premier à reconnoitre son maître. L'Écriture Sainte parle du chien de Tobiel
(') Si, vengeant la nature et les droits des humains. Un esdaye, autrefois , fit trembler les Romains.
Spartacus se mit à la tête des esclaves, et sout^t une guerre formidable contre la république romaine.
(9) O champs de Saint-Domingue! 6 scènes exécrables!
Nous n'offrirons point ici le tableau des scènes de désordre et de carnage auxquelles cette colonie a été en proie. Dans un ouvrage destiné, à célébrer les douces émotions de la pitié, il ne faut pas trop recueillir de faits propres à
inspirer l'horreur: il est des détails trop connus pour qu'on les rappelle ; il en est de trop déchirants pour qu'on s'y appesantisse.
(*") Fidëlia le prouve, elle dont Addison A la posl^të transmit raimld>le nom.
Voyea^e Spectateur, n" 449*
(") O toi! Ilntpintrioe et l'objet de met chants, Qni joint à met accords des accords si touchants !
Mademoiselle Vaudchamp , douée d'une voix charmante, et très bonne musicienne, charma long^-temps les chagrins de Delille par ses accents ; elle s'étoit associée à toutes ses peines , et ses soins assidus furent d'un grand secours au poète, pour la composition et la publication de ses ouvrages. U l'appeloit quelquefois son Antigone, et elle méritoit ce titre touchant par son attachement envers son illustre ami, autant que par sa conduite envers son père et sa propre famille. Delille, acquittant envers elle la dette de la reconnoissance, lui donna son nom quelques années avant de mourir.
' (*>) Des filles de Milton , qni ne sait la tendresse?
L'excès de travail auquel JVfilton s'étc^ livré, dès son enfance, lui avoit fait perdre la vue dans un âge peu avancé. Trois filles, fruit de différents hymens, réparèrent, par leur tendresse et leur zélé, cette perte affreuse pour un homme qui faisoit son unique bonheur de l'étude. Elles apprirent à lire et à bien prononCîer huit langues qu'elles n'entendoient pas, afin d'être en état de faire à leiJr père les lectures dont il avoit besoin.
('') U outragea son maitre, etfai chanta le mien.
Les torts politiques de Milton ont été très bien caractérisés dans l'article que lui ont consacré les auteurs de la
iè NOTES
Biographie universelle y et il nous sufBra d'en présenter un extrait.
uMilton fut jeté dans toutes les passions des indépendants, et en partageant leur fanatisme, il s'égara jusqu'à justifier leurs crimes. Un livre attribué à Charles l«', et publié sous le titre de Portrait du Roi, a voit redoublé l'indignation publique contre le parlement et le tribAial régicide ; Milton y répondit par une diatribe injurieuse. Ces attaques contre un roi qui n'étoit plus, ces poursuites audelà du jugement, ces insultes au-delà de l'échafaud, avoient quelque chose d'abject et de féroce , que l'éblouissement du faux zélé cachoit à l'ame enthousiaste de Milton. On a souvent parlé du scandale à-la-fois odieux et bizarre de son débat contre Saumaise, qui avoit publié, pour défendre la mémoire de Charles, un livre peu digne d'une cause si belle et d'une si grande infortune. La réponse de Milton est hérissée d'une sauvage érudition. C'est le génie pédantesque du seizième siècle, enflammé d'un implacable fanatisme de liberté, et mêlant les noms de Brutus, de Samuel, et de Judith pour justifier le crime de Cromwell et d8 Bradshaw. Milton étoi^presque aveugle lorsqu'il commença cet ouvrage ; et il se glorifioit de perdre la vue en achevant cette œuvre odieuse qu'il croyoit patriotique. Aigri par les haines qu'il avoit ni^ritées, il fitparoitre, en i654, une nouvelle Défense du peuple anglais. C'étoit le titre qu'il donnoit à l'apologie de quelques hommes, tyrans de l'Angleterre, et désavoués par elle; enfin il mit au jour sa propre défense {Defensio auctoris)^ et l'on doit avouer que, s'il s'étoit emporté, dans ses attaques, à des violences odieuses, il se défend avec calme et dignité. En réponse à ses adversaires, qui lui avouent appliqué le vers de Virgile:
MoDstmm borrendam, ioforme, ingent, cui lumeD ad«mtiiiii,
il donùe une espèce de description de sa vie, et même de
sa personne. On voit, par ce récit, que les bassesses de Fin* térét ne se mêlèrent jamais aux passions politiques de Milton. Fanatique de boone foi , il avoit sacrifié sa médiocre fortune en dons patriotiques, pour la cause du parlement. Au républicanisme théologique de son siècle , il joignoit d'autres illusions puisées dans ses études chéries, et dans Tadmiration de la belle antiquité. La scolastique violente • des puritains, la dictature du Long-Parlement, lui sembloient une imitation de Péloquence et de la liberté romaines. Son imagination révoit TafFranchissement de la Grèce par les armes de la république d'Angleterre. 11 se livre sur-tout à cette espérance, dans une lettre qu'il adresse à Philaras, savant Athénien, qui voyageoit alors en Europe, fuyant la honte de son pays et la tyrannie des Turcs. Milton, qui, toujours préoccupé de l'antiquité littéraire, se regardoit lui-même, en acceptant les bienfaits du parlement, comme un Grec nourri dans le Prytanée pour prix de ses services, auroit voulu inspirer aux Anglais la pensée d'aller secourir la véritable Athènes, et de ramener dans ses murs la liberté, la gloire, et les arts. Mais Milton devoit avoir peu de crédit sur les conseils de Cromwell ; et cet habile usurpateur trouvoit, sans doute, plus facile et plus sûr de s'emparer de la Jamaïque. Après l'expulsion du Long- Parlement, Milton, comme beaucoup d'autres indépendcuUs, conserva, près de Cromwell, l'emploi qu'il avoit occupé sous la république; et ce fougueux républicain > se trouva le secrétaire d'un tyran. » {Biographie universelle ^ t. XXIX, page 64. )
(*4) . Voyex-vous ce mortel
Qui , les yenz ^s*^éa, comme an bord d'un abîme , Hésilaot, frémittant, recalant près du crime-, etc.
Ce trait, rapporté par M.^e Salo,^ premier auteur du Journal des Savants, a été le sujet d'un drame jo^ au théâ-
tre Feydeau , sous le titre de ta Famille indigente. Le peintre Danloox, entendant les vers de Delille, fut frappe du tableau qu'ils offiroient à son imagination ; et s'ëtant aussitôt mis à y travailler, il Tezécuta avec le plus grand succès. '
(*') Tel, ti les grands objets aux petits se oomparent. Des Troyens, aatreCdis jetés sons d*aatres deux, Ilion imité charmoit encor les yenz.
Allusion à l'épisode si heureusement amené, et traité avec un goût si exquis , de la rencontre imprévue d'Énée et d'Andromaque en Épire. {Énéid, , liv. III ^ v. 294 et suiv.)
CHANT DEUXIÈME
t. XII. MALHE€B BT TÏTIÛ.
POEME
CHANT DEUXIÈME
Maintenant, Ô Pitié ! redouble de courage ! * D un sort plus rigoureux je vais peindre Rmage. Au sein de ses amis , auprès de ses parents , Les plaisirs sont plus doux, et les malheurs moins grands : Quelle douleur résiste aux soins d'une famille, Aux souris d une épouse, aux larmes d une fflle? Je chante Thomme en proie à des maux plus cruels. Qui, loin de ses amis et. des toits paternels. Perdant de ses foyers la douceur domestique.
Attend ou la justice ou la pitié publique.
Viens donc, 6 ma déesse ! entrons dans ce séjour. Où rhomme, dans les fers, languit privé du jour. Hélas ! tandis qu auprès de leurs jeunes compagnes. Dans les riches cités, dans les vertes campagnes. Ses amis d autrefois amusent leurs loisirs ; Lorsque, donnant à tous le signal des plaisirs. L'airain retentissant et Faiguille muette , Du temps qui la conduit vagabonde interprète. Marquent au laboureur la fin de ses travaux , Aux mineurs harassés une trêve à leurs maux;
Appellent chaque soir la jeunesse folâtre Aux délices du bal, aux pompes du théâtre, Ou, d un moment plus cher annonçant le retour, De l'heure fortunée avertissent lamour :
Le temps, par la douleur, lui mesure les heures. Réduit, pour seul plaisir, dans ces noires demeures ('), A lire quelques mots, où d autres, avant lui. Sur ces terribles murs ont tracé leur ennui, 41 est seul : dans un long et lugubre silence. Pour lui le jour s'achève, et le jour recommence ; Pour lui plus de beaux jours, de ruisseaux, de gazon : Cette voûte est son ciel, ces murs son horizon. Son regard, élevé vers le flambeau céleste, Vient mourir dans la nuit de son cachot funeste ; Rien n'égaie à ses yeux sa morne obscurité;
Ou si, par des barreaux avares de clarté.
Un foible jour se glisse en ces antres funèbres. Il redouble pour lui les horreurs des ténèbres ; jEt, le cœur consumé d'un respect sans espoir. Il cherche la lumière, et gémit de la voir.
Toutefois, en ces lieux plus d'une cause amène Les malheureux captifs gémissant dans leur chaîne. D'un créancier cruel jouet infortuné.
L'un dans ce noir séjour soupire emprisonné.
Ah ! rendez-le à son fils, à sa fenmie chérie ! Votre luxe d'un jour peut suffire à sa vie :
Dieu vous voit ; le malheur vous béçit ; et ses vœux Du fond de son cachot vont retentir aux cieux.
Non loin est un mortel que la mélancolie , Ou Taffreux désespoir, a frappé de folie.
Pouve&vous , sans pitié pour son malheur affreux, Gomme nn vil criminel traiter un malheureux?
SU estinfortuné, faut-il être barbares?
Q est, qui le croiroit ? de ces parents avares Qui, par les longs ennuis d une triste prison, Achèvent d'étouffer un reste de raison ; Dont la feinte pitié, qu'un lâche intérêt souiUe, D un parent relégué s'assure la dépouille ; Et, de leur sang qui crie étouffant la douleur. Calcule la misère, et jouit du malheur.
Ah ! si le ciel a mis la pitié dans votre ame. Pour ces infortunés ma muse la réclame.
Adoucissons leur sort, traitons avec bonté Ces malheureux bannis de la société ; De ces mânes, exclus des scènes de la vie, Laissons errer en paix la libre fantaisie ; Par de durs traitements ne leffarouchons pas ; Que des objets riants se montrent sur leurs pas ; Entourons-les de fleurs ; que le cours des fontaines Roule, nouveau Léthé, Fheureux oubli des peines ; Et, dans des prés fleuris, sous des ombrages verts, Offrons-leur l'Elysée, et non pas les enfers.
Le crime même enfin a des droits sur notre ame : Souvent, pour expier un attentat infâme.
Des pensers généreux le funeste abandon.
Pour remonter vers eux , n'attend que le pardon ;
Et le vice, épuré par un remords sublime,
 nos cœurs étonnés sait ^rachpr lestime.
lielçvez, s'il se peut, son courage abattu :
Le remords quelquefois JFait mieux que la vertu.
Eh ! qui ne connoît pas le consolant spectacle (^)
Qu'étale des |;)andits ce vaste réceptacle,
Cette Botany-Bay, sentine d'Albion,
Où le vol , la rapine et la sédition
En foule ^nt vomis ; et, purgeant l'Angleterre,
Dans leur exil lointain vont féconder la terre.
Là, l'indulgente loi , de sujets dangereux
Fait d'habiles colons, des citoyens heureux;
Sourit au repçntir, excite l'industrie, .
Leur rend la liberté, des mœurs, une patiîe.
Je vois de toutes pa^ts les marais desséchés,
Les déserts embellis, et les boia défrichés.
Imitez cet exemple : à leur prison stérile
Enlevez ces brigands, rendez leur peine utile ;
Et, qu'arrachant aux fers le reniords vertueux.
Le paf doc change en biens des i\iaux infructueux.
Ou, s'il f^ut par sa mort ({ue le crime s'expie.
Ah I piréparez son cœur : sur cette tête impie
Que la grâce divine épanche ses trésors.
Et sauve au moiAs sop ame, en nous livrant son corps.
Dieu lui-même en pitié preiid déjà 1^ victime ;
Dieu chérit la vertH, mais mourut pour le crime :
Par la terre proscrit, son refuge est au ciel.
Quels qu'ils soient, n'allçz pas , stérilement çri^el,
Dans le fatal séjonr où la loi les eûle, Agraver leurs malheurs d un malbear inutile.
Rendre leurs fiers plus lourds, et sans nécessité Joindre la solitude à la captivité. Dans ce triste abandon, où lui-même s abhorre, Par ses pensers cruels le malheur se dévore.
Ah ! laissez arriver ses chers consolateurs.
Et que des pleurs du moins répondent à ses pleurs ! La justice est coupable alors qu elle est crueUe. Ton ame leconnut, ce noble et tendre zèle, Howard ! dont le nom seul console les prisons (^. Qu on ne me vante pkis les malheurs vagabonds De ce roi voyageur, père de Télémaque, Cherchant pendant dlxans son invisible Ithaque. Avec un but plus noble, un cœur plus courageux. Sur les monts escaipés, sur les flots orageux, Dans les sables brûlants, vers la zone inféconde. Où languit la nature aux limites du monde.
Aux lieux où du croissant on adore les lois.
Aux lieux où triompha Tétendard de la croix.
Par-tout où Ton connoit le malheur et les laimes, Suivant d'un doux penchant les invincibles charmes, Le magnanime Howard paircourt trente climats. Est-ce la gloire mx lor qui Conduisent ses pas ? Hélas ! dans la prison , triste sœur de la tombe , Sa main vient soutenir le malheur qui succombe. Vient charmer ces cachots, dont Faspect fait frémir, Dont les échos jamais n ont appris qu'à gémir.
Oubliant et le monde et ses riantes scènes,
Il marche environné du bruit affreux des chaînes ,
De grilles , de verrous, de barreaux sans pitié,
Que jamais n'a franchis la voix de Tamitié;
Par cent degrés tournant sous des voûtes horribles.
Plonge jusques au fond de ces cachots terribles ,
Habités par la mort^ et pavés d^ossements.
D'un funeste trépas funestes monuments ;
T mène le pardon, quelquefois la justice.
Et par un court trépas abrège un long supplice ;
Prête, en pleurant, Toreille aux maux qu'ils ont soufferts :
S'il ne peut les briser, il allège leurs fers.
Tantôt, pour adoucir la loi trop' rigoureuse ,
Porte au pouvoir l'accent de leur voix douloureuse;
Et, rompant leurs liens pour des liens plus doux,
Dans les bras de l'épouse il remet son époux.
Le père à son enfant, l'enfant à ce qu'il aime.
Par lui, l'homme s'élève au-dessus de lui-même.
Les séraphins surpris demandent dans le ciel
Quel ange erre ici-bas sous les traits d'un mortel.
Devant lui la mort fuit, la douleur se retire.
Et l'ange affreux du mal le maudit et l'admire.
Reviens, il en est temps ^ reviens, cœur généreux :
Le bonheur appartient à qui fait dès heureux.
Reviens dans ta patrie, en une paix profonde.
Goûter la Uberté que tu donnois au monde :
Ton œil chez aucun peuple, au palais d'aucun roi.
N'a rien vu d'aussi rare et d'aussi grand que toi.
Toutefois, quelques soins dont ses mains généreuses Aient tempéré Thorreur de ces maisons affreuses, Je m'éloigne , je vole aux asiles pieux , Des besoins, des douleurs abris religieux, Où la tendre Pitié, pour adoucir leurs peines. Joint les secours divins aux charités humaines. EUe-méme en posa les sacrés fondements*; Mais de ces saints abris, ouvrage des vieux temps, Souvent la négligence, ou Tinfame avarice A fait de tous les maux répouvantabltffaospice. Là, sont amoncelés, dans des murs dévorants.
Les vivants sur les morts , les morts sur les mourants. Là, d'impures vapeurs la vie environnée.
Par un air corrompu languit empoisonnée.
Là, le long de ces lits où gémit le malheur.
Victime des secours plus que de la douleur, L'ignorance en courant fait sa ronde homicide ; L'indifférence observe, et le hasard décide.
Mais la Pitié revient achever ses travaux , Sépare les douleurs , et distingue les maux ; Les recommande à l'art que sa bonté seconde ; Tantôt, les délivrant d'une vapeur immonde, Ouvre ces longs canaux, ces frais ventilateurs. De l'air renouvelé puissants réparateurs.
Par elle un ordre heureux conduit ici le zèle ; La propreté soigneuse y préside avec elle.
La vie est à l'abri du souffle de la mort ; Grâce à ses soins pieux, sans terreur; sans remord,
58 MALHEUB ET PITIÉ.
L agonie en ses bras plus doucement s aôbève ; L'beureux convalescent sur son lit se reléye^ Et revient, échappé des horreurs du trépas, D un pied tremblant encor former ses premiers pas. Les besoins , la douleur, la santé la bénissant ; La terre est consolée, et les cieux<applaudissent. Que puissent à jamais les maux , la pauvreté , Dans ces asiles saints bénir la charité !
Mais quel génie affreux de la France s emparç? De la destmolion le délire barbare Se promène en tous Ueux, et, dans ses noirs transports, Tourmente les vivants , les mourants et les morts. Le berceau, le tombeau, la cité, le village, Le temple somptueux, le modeste ermitage, Tout subit sa iftireur. Vous tombez avec eux, Des maux, de Tindigence, ô refuges pieux !
Où des saints fondateurs la charité sublime Consacroit la richesse, ou racbetoit le crime. Je ne vois plus ces sœurs, dont les soins déUcats(^) Apaisoient la souffrance, ou charmoi^it le trépas ; Qui, pour le malheur seul connoissant la tendresse, Aux besoins du vieil âge immoloient leur jeunesse. Leurs toits hospitaliers sont fermés aux douleurs, Et la tendre Pitié s enfuit les yeux en pleurs. Le pauvre, des bienfaits voit la source tarie, Et Fenfant vient mourir sur le seuil de la vie. Mais quel secours nouveau, céleste, inespéré, A lexil indigent ouvre un port assuré?
Salut, 6 Soipmerstowii, abri cher à la France ! Là, le malheur encor bénit la Providence ; Là, nos fier$ vétérans retrouvent le repos, Et le héros instruit les enfants des héros :
Là, près d'un Dieu sévère éclate up Dieu propice. Qud riche bîenfaisaut a fondé cet hospice?
A la voix de Carron le luxe s attendrit (^).
Sa vertu les soutient, et soir nom les nourrit. Par li|i^ pour l'indigent, la douce bienfaisance Trouve le superflu, même dans Tindigence ; Et, parmi les bannis , ses pieuses moissons De Favare opulence ont surpassé les dons.
Et vous, se^e charmant, nourri dans les délices, Que vous faites à Dieu de touchants sacrifices ! Votre zélé pieux donne lexemple à tous^ Affronte le^ dangers, surmonte les dégoûts, Visite des souffrants les demeures obscures ; Vient soigper une plaie ou fermer des blessures. De cette mçme main, dont TAmour eût fait choix Pour tresse^ sa couronne, ou remplir son carquois. La foi, rhumanité sont par^tout sur vos traces ; Et le lit de douleur est veillé par les Grâces. Mais quels accents plaintifs ont frappé mes esprits ? J entends, je reconnois vos lamentables cris. Enfants infortunés, famille illégitime.
Que le crime a fait nakre, et qu'immola le cçime. Ah ! si les sages même ont pleuré quelquefois L enfant né sous le dais, dans la pourpre des rois.
Et si, pour lui, du sort Os ont craint les injures,
Qui peut voir sans pitié ces frêles créatures,
Ces enfants de Tamour, que la honte a proscrits ?
De leur mère jamais ils n auront un souris ;
Ils n'auront point leur part aux caresses d'un père ;
Loin d'eux ces noms si doux et de sœur et de frère :
Condamnés en naissant, dans leur triste abandon.
Us ont reçu le jour, sanS'recevoir un nom.
D'autres, de leurs aïeux recueillent l'héritage :
Votre pitié, voilà leur unique partage !
Que dis-je? A leur naissance, incertains d'un berceau,
D'une goutte de lait, d'un abri, d'un lambeau
Qui de leurs membres nus écarte la froidure !
Ah ! que la Pitié parle où se tait la Nature !
Ne la refusez pas à ces infortunés.
Menacés de mourir au moment qu'ils sont nés.
Nos frères dans le ciel, ils sont ce que nous sommes ;
Peut-^étre ces enfants nous cachent de grands hommes.
De l'intérêt public écoutez donc la voix.
Du sage agriculteur voyez les doux emplois ;
De l'orme adolescent il soigne la jeunesse.
Du chêne décrépit rajeunit la vieillesse.
C'est peu : si quelque arbuste, à ses regards offert,
Languit abandonné dans le vallon désert.
Aux arbres, de son clos enfants héréditaires.
Il aime à réunir ces tiges étrangères ;
Et la plante orpheline, en son nouveau séjour,
Avec ses plants chéris partage son amour.
Sages législateurs, voilà votre modèle.
Remplacez par vos soins la pitié maternelle ;
Conquérez à Tétat ces enfants malheureux ;
Que Fécole des arts soit ouverte pour eux ;
Donnez, poxu* les rejoindre à la grande famiUe,
Au jeune honune un métier^nme dot à la fille.
Ainsi pour Albion naissent des matelots,
Des bras pour le travail, pour les camps des héros ;
Ainsi la bienfaisance accueille la misère ;
I^e riche est leur parent, la patrie est leur mère.
Cependant, en ces lieux au malheur consacrés. De la tendre Pitié les droits sont plus sacrés. Il est, il est des lieux plus étrangers pour elle. Voyez de loin ces champs où la guerre cruelle Dans un ordre effrayant range ses bataillons , Qui de torrents de sang vont noyer les sillons : Eh bien ! c'est en ces lieux que je vais la conduira ; Mars, le terrible Mars connoitra son empire.
Là, la nécessité, dans sa fatale main Tenant son joug de fer et ses chaînes d'airain. Trop souvent au soldat ordonne le ravage.
Prescrit lembrasement, et promet le pillage.
Mais la douce Pitié suit, en plem*cftit, ses pas ; Elle adoucit ses coups , die arrête son bras ; Au meurtrier farouche elle arrache ses armes, Conserve sa chaumière au laboureur en larmes , Court disputer au feu les hameaux embrasés.
Des escadrons tonnants, dans les rangs écrasés,
6è MALHEUR ET PITIÉ.
Tantôt elle suspend Téponvantable ordge ; Quelquefois, réclamant pour ses droits qu on outrage, . Elle crie : « Arrêtez, impitoyables cœurs, Qui prodiguez le sang ! Maudits soient les vainqueurs Qui font, des malheureux immolés à leur gloire. Le marche-pied sanglaiit de leur char de victoire ! » Le bronze a-t-il cessé de vomir le trépas?
Dans les champs du carnage elle porte ses pas. Rend des honneurs touchants aux morts qu elle console ; De là, plus prompte encore, elle part, elle vole Vers le lit de douleur de ces braves guerriers, Dont le sang des vainqueurs a payé les lauriers ; Des larmes du regret, du suc heureux des plantes, Arrose, en gémissant, leurs blessures sanglantes ; Tantôt, d'un œil craintif, suit l'acier rigoureux Qui s'ouvre dans la plaie un chemin douloureux ; Tantôt leur fonde un temple, et tout près un bois sombre Semble un autre Elysée où vient errer leur ombre. Tel, au bord de la Seine, à nos yeux éblouis (^), S'offre ce monument du plus grand dels Louis. Tel brille ce Greenwich (^), où l'œil des vieux pilotes Voit partir, revenir, et repartir les flottes : Ainsi parlent encor de champs et de vaisseaux, Les vainqueurs de la terre et les vainqueurs des eaux. Tels encor leurs vieux ans content leurs vieux services : L'œil voit avec respect leurs nobles cicatrices ; Leurs maux sont adoucis, leur sang est expié, Et la Victoire en pleurs embrasse la Pitié.
Toutefois dans les camps sa voix mal entendue^ Pom: des cœurs inhumains est bien souvent perdue. O peuples^ vantez-^nous et vos arts et vos mœurs ! Mars jamais n a coûté tant de sang et de pleurs. Ah ! que Taf freux Huron, en mugissant de joie, Prêt à la dévorer, danse autour de sa proie, Se repaisse en fureur de ses membres tremblants, Et boive avec plaisir dans des crânes sanglants ! Mais quel génie affreux, quel démon du carnage Aux modernes héros souffle toute sa rage ?
Barbares combattants, plus barbares vainqueurs. Tout sentiment humain art-il fui de vos coeurs? Ces bourreaux beaux esprits, ces sages sanguinaires, Au théâtre pleuroient des maux imaginaire^ ; Et, dans des flots de sang se noyant à loisir» D'un massacre inutile ils se font un plaisir I Le front ceint de cyprès, leur hideuse victoire Étale aux nations lopprobre de sa gloire.
Le succès, le bonheur ne les attendrit pas(^) : Sur des captifs tremblants, échappés au trépas, Leur triomphe cruel dirige son tonnerre, Et leur perfide paix ensanglante la terre.
Ah ! si le sort, un jour, aux malheureux Français Envoyoit un moment le pouvoir des bienfaits ! O vous, tristes captifs, délaissés par la France (9), Contez-nous quelle main nourrit votre%digence ; Dites-nous maintenant si ces nobles proscrits Méiitoient vos fureurs, méritoient vos mépris !
Dans leurs persécuteurs ils n ont vu que leurs frères ! Leur misère, en pleurant, a servi vos misères. Bannis par l'injustice, et Français par le cœur, Vaincus, ils ont donné des larmes au vaipqueur. L'étranger s'en étonne, et vos jours de victoire De notre exil à peine ont égalé la gloire :
Ah ! la gloire ^est pas où n est pas la bonté.
Eh ! comment leur triomphe à lennemi dompté Seroit-il indulgent, lorsque leurs mains perfides Portent chez leurs amis leurs fureurs homicides ? De la triste Helvétie écoutez les accents.
Peuples, jadis heureux, aujourd'hui gémissants. Quel bonheur vous manquoit? Dans ses pompes profanes, Le luxe des palais enyioit vos cabanes ; L'oreille avec plaisir écoutoit vos torrents; L'œil, de vos clairs ruisseaux suivoit les flots errants ; Le sommeil se plaisoit au bruit de vos cascades ; Les arts industrieux habitoient vos bourgades ; Le sage les aimoit ; l'orgueil même séduit, Chez vous, pour ses vieux ans projetoit un réduit. Les richesses pour vous couloient nioiiis inégales ; Vos bras étoient guerriers, et vos mœurs pastorales ; L'étranger parmi vous s'arrétoit enchanté ; Et sur vos monts enfin Haller avoit chanté.
Haller, cha^xe divin, frais comme vos campagnes. Doux comn^vos vallons, fier comme vos montagnes. Et qui ne prévit pas que son hymen, un jour.
Du cygne harmonieux feroit naître un vautour (*'') !
Cependant , près de vous ^ondoit Faf&euse gaerre(' ■) ; De moment en moment s'approchoit son tonnerre. Que faisie^vous alors? Vos magistrats muets Dormoient au bruit flatteur des paroles de paix ; Et d'un agent vénal la souplesse odieuse Bordoit d un miel trompeur la coupe insidieuse. En vain le vieux Steiger ('^), digne de jours plus bea]^, Évoquoit vos aïeux du fond de leurs tombeaux ; En vain vos eAnemis, par d'habiles outrages, Essay oient vos frayeurs, et tàtoient vos courages ; La paix, le long oubli des efforts vertueux.
Des folles nouveautés Famour présomptueux, L*égo'isme, fatal au malheureux qui s'aime, Ce monstre, adorateur et bourreau de lui-même, Qui, façonnant au joug les peuples abattus, Sans oser les forfaits, assoupit les vertus : Tout réprimoit des coeurs Félan patriotique!
Mais des traces restoient de Théroïsme antique: Plus d'un brave guerrier, plus d'un vieux sénateur, Rappeloient vos beaux jours. Le peuple agriculteur De la flamme sacrée avoit sauvé les restes ; L'honneur même enflammoit leurs milices agrestes ; Pouvoient-ils oublier leurs amis, leurs parents. Sous de lâches poignards sans défense expirants? Leur sang crioit vengeance, et leurs augustes mines Erroient inapaisés autour de vos cabanes.
Aussi , l'affreux signal à peine a retenti , Du fond de ses rochers tout un peuple est sorti.
T. Zll. MALHEUK BT FITli. 5
Soudain, tel que Y on voit le brasier de la veille Répondre sous la cendre au souffle qui leveille, Tout s enflamme à-la-£9is('^ : femmes, enfants, vieillards, Entourent leurs foyers de leurs vivants rempart- De leurs monts paternels les rocs inviolables Sont moins majestueux et moins inébranlables. ^ Des Français un instant les foudres se sont tiis , Et la fiureur chancelle à Taspect des vertus. Mais napinat paroit('4) , et, contre Idl victimes. Promet aux meurtriers l'impunité des crimes* Soudain, ce vil ramas qni, souillé de forfaits, S'en vient mêler sa lie au pur sang des Français, Vomit ses bataillons dans les champs qu ils inondent : Le fer luit, le sang coule, et les tonnerres grondent. L'écho, qui des bergers redisoit la.chanson.
En répète à regret Tépouvantable son.
Âh ! qui pourroit tracer ces scènes de carnage ('^)? Les vieillards ne sont point protégés par leur âge. Le sexe par ses pleurs, les morts par leurs tombeaux , Et la férqcité veut des crimes nouveaux.
Du sein qu a déchiré leur fureur meurtrière, L enfant avant le temps arrive à la lumière; Sa mère palpitante expire sous leurs pas.
Du malheureux qui meurt ils hâtent le trépas. Prêtres saints, cachez-vous, fermes le tabernacle : Épargnez à mes yeux Teffroyable spectacle De vos corps déchirés sur vos parvis sanglants ! De la viei^e à genoux leur rage ouvre le& flancs.
S'irrite sans obstacle, égoiçe sans colère ,
Et, s'il n est teint de sang, lor ne sauroit lui plaire.
Tout ce qui du passé gardoit le souvenir,
Tout ce qui promettoit un bonheur à venir,
Touice qui du présent accroît la jouissance.
Les monuments des arts, ceux de la bienfaisance;
Tout subit leur fureur. S'il offre un trait humain.
L'airain trouve un bourreau, le marbre un assassin.
En vain, pressant les rangs, et domptant les obstacles,
Leurs bandes des vieux temps rappellent les miracles,
'C'en est fait ! et le nombre accable la valeur.
Ah ! que les arts du moins consacrent le malheur !
D'un côté, montrez-moi les noms, les noms sublimes
De ceux qui de l'état ont péri les victimes:
Qu'ils vivent sur l'airain, que la main des pasteurs .
Les entoure d'ombrage et les pare de fleurs !
De l'autre, sur un roc stérile, affreux, sauvage,
De vos champs dévastés épouvantable image,
Du monstre Rapinat gravez le nom cruel.
Nom maudit par la terre, abhorré par le cid.
Qu'à son funeste aspect les amantes frémissent ;
De loin, en le voyant, que les mères gémissent ;
Que le passant troublé le lise avec horreur ;
Que l'enfant au berceau Pécôute avec terreur;
Que j'entende la sœur lui demander son frère.
L'orphelin s'écrier: « Qu'as4u fait de mon père? »
Que puisseht tour-à-toûr toutes les nations
T porter lettr tribut de malédictions ;
Et qu enfin sa mémoire, en vengeance féconde,
Aille irriter la haine, et soulever le monde !
Mes vœux sont entendus : lat touchante Pitié
Qui, les yeux attendris, le front humilié,
Pleuroit sur le malheur, consoloit la f oihlesse ^
Dès qu'elle est outragée, implacable déesse,
Se relève en fureur, et, pour venger ses droits.
Terrible, au fond des cœurs fait entendre sa voix ;
Va des cieux indignés allumer le tonnerre ;
Des flambeaux à la main , parcourt toute la terre ;
Appelle la vengeance ; et de ses défenseurs
Arme, en courant, les bras contre ses oppresseurs.
Aux cris de lUelvétie, ainsi l'Europe en armes
Sort de son long sommeil et jette un cri d'alarmes.
Tremblez, vils assassins, lâches déprédateurs :
Les maux paieront les maux , les pleurs paieront les pleurs !
Plus terribles cent fois, et cent fois plus cruelles. Ces guerres où le sang teint les mains fraternelles (*^; Où s'arment en fureur, pour le choix des tyrans. Sujets contre sujets, parents contre parents. Là, sous des traits hideux s'offre la race humaine : Plus forts sont les liens, et plus forte est la haine. Par la main qu'il chérit chacun est égorgé, La nature est souffrante, et le sang outragé ; Son cri meurt étouffé ; plus de fils, plus de père : L'ami dans son ami, le frère dans son frère.
Trouvent un assassin ; et, dans ce choc affreux. Toujours les plus vengés sont les plus malheureux.
Quand le luxe insolent et Finfame licence Ont d'un dieu caunx)ucé provoqué là vengeance, Alors, laissant dormir la foudre dans ses mains. C'est ce fléau cruel qu'il envoie aux humains. En vain Rome à ses lois soumet la terre et Fonde : La Discorde, au milieu des dépouilles du monde. Lève sa tête affreuse, et, s'emparant des cœurs, Du malheur des vaincus vient punir les vainqueurs . Tant l'abus du pouvoir amène lesclavage !
Mais pourquoi recourir aux fastes du vieil âge ?
La Vendée ! à ce nom la nature frémit.
L'humanité recule, et la Pitié gémit.
La funeste Vendée, en sa fatale guerre.
De Français égorgés couvroit au loin la terre ; Et le sujet des rois , l'esclave des tyranis , * De leur sang répandu confondoient les torrents. Enfin entre les camps la trêve se déclare.
Soudain tous ont franchi le lieu qui les sépare, Volent d'un camp à l'autre. A peine on s'est mêlé. Là vengeance s'est tue, et le sang a parlé ('7). A ces traits jadis chers, à ces voix qu'ils connoissent, La tendresse s'éveille, et les remords renaissent; Les mains serrent les mains, les cœurs pressent les cœurs. De leur vieille amitié les souvenirs vainqueurs Leur montrent leurs parents ou leurs compagnons d'armes , Ceux de qui les bienfaits essuyèrent leurs larmes. Ceux qui de leur hymen préparèrent les nœuds. Ceux qui de leur enfance ont partagé les jeux.
Dans leurs embrassements leurs transports se confondent ;
Tjeurs larmes , leurs soupirs, leurs sanglots se répondent ;
Des banquets sont dressés, le vin coule à grands flots,
Les chants de lamitié consolent les échos ;
Tout redevient Français, ami, parent et père ;
L'humanité respire et la nature espère.
Mais du départ fatal le signal est donné ;
Chacun d eux aussitôt baisse un front consterné.
Aux cris joyeux succède un lugubre silence :
Tous, pressentant leurs maux et les maux de la France,
S'éloignent lentement ; et , les larmes aux yeux ,
D un triste et long regard se sont fait leurs adieux.
Mais le remords redouble au milieu des ténèbres ('*) ;
Leur sommeil est troublé de fantômes funèbres :
D un hôte, d'un ami, Tun croit percer le flanc ;
L'autre égorger son frère, et rouler dans son sang.
Enfin le jour renaît, et l'airain des batailles
Fait entendre ce son, signal des funérailles.
Accours, douce Pitié, préviens ces jeux sanglants;
Cours , les cheveux épars, vole de rangs en rangs ;
Dis à ces malheureux : « Cruels, qu'allez-vous faire?
Vos bras dénaturés déchirent votre mère.
Laissez là ces mousquets , ces piques et ces dards ;
La nature a maudit vos affreux étendards.
Hélas ! hier encore, assis aux mêmes tables,
Votre bouche abjuroit ces lauriers détestables.
Avez-vous oublié vos doux serments d'amour?
Le ciel à vos combats prête à regret le jour.
GHANT II. 71
Et moi, si du malheur vous sentez les atteintes ^
Cruels, jefermerai mon oreille à vos plaintes ;
Je resterai muette , et vos justes malheurs ^ "
A mes yeux vainement demanderont des pleurs.
Et vous qui, les premiers, provoquant la vengeance,
Avez des cœurs français rompu Tintelligence,
C est à vous de donner le signal de la paix :
Vos barbares exploits sont autant de forfaits.
Assez, pour féconder les palmes de la guerre,
De cadavres sanglants ont engraissé la terre.
Ah ! revenez à vous ; voyez la France en deuil
Pleurer de vos lauriers le parricide orgueil.
Le chemin qui conduit ses enfants aux conquêtes,
Est teint de notre sang, et pavé de nos têtes ;
Près d'elle sont assis, sur son char inhumain.
D'un côté le triomphe, et de lautre la faim.
Abjurez, il est temps, vos palmes funéraires ;
Aimez-vous en Français , embrassez-vous en frères ;
Et qu aux chants de la mort succèdent, en ce jour.
Les cris de Talégresse et les hymnes d'amour ! » ,
DU CHANT DEUXIÈME
(*) Rëduity poar seul plaiûr, dans cet noires demeores , A lire qaelqnes mou » où d'antres , arant loi , Sur ces terribles mnrs ont tracé leur ennui.
Après le 9 thermidor, on a trouvé tous les murs des prisons de Paris couverts d'inscriptions et de vers, où les victimes a voient exprime à-la -fois leur chag^rin, et Phéroïsme de leur résignation.
(*) Eh ! qui ne connolt pas le consolant specude Qn'étale des bandits ce Taste réceptacle , Cette Botany-Bay, sentine d'Albion.
Botany-Bay , ainsi appelée à cause de la grande quantité de plantes qui s*y trouvent, fut découverte par le célèbre navigateur Gook , à la fin d'avril 1 770. Elle est située sur la c6te de la Nouvelle-Hollande. Le climat en est bon , également à l'abri des extrêmes de la chaleur et du froid. Le pays, dont le sol est formé d'un sable humide et léger, est agréablement coupé de bois et de prairies.
En 1787, le gouvernement britannique désigna Botany- Bay pour y établir une colonie, qui seroit composée de ces membres nuisibles à la société, dont il est nécessaire de la porger, sans cependant que leurs crimes méritent positivement la mort Le 20 janvier 1788, la flotte expédiée d'Angleterre à cet effet, arriva à 9a destination. Les nouveaux colons eurent d'abord bien des difficultés à surmonter, tant