DU CHANT QUATRIÈME
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GoBTRiicni pu la peur, rifnesi pu Ict ropplicn. QailqDci ibni foDI plice à dei milhcan pitu grandi , El d» djbrit d'an roi luiucni mille tyriDi.
Dès qne le tr&ne iiit renverse, l'autorité se partagea entre les membres de la ConveatioD et ceux de la Commune de Paris. Je suis las de ma portion de tyraimie, s'À:ria un jour le député Rabaut de Saint-Ëtienne. Il n'étoit point de club qui ne s'associât aussi h l'exercice de la puissance ; et la France en comptoit plus de vin^ mille. Depuis que le peuple avoit été proclamé souverain , tout le monde von* loit être peuple: cbaque groupe se eonsidéroit comme le peuple souverain, et nous avons vu tout-à-conp s'élever plus de cent mille peuples, tous égaux en droits, tous rivaux de pouvoirs, et toujours prêts à appuyer leurs prétentions par la violence. Au milieu de (^ épouvantable chaos, diaque commune avoit son gouvernement, chaque quartier son tyran; et toutes les factions, toujours divisées entre elles, ne sembloient se réunir que pour donner la mort.
{■) LiFran»,qii-Bitio>«il1ani
lionxroirinei,
ottttmiaa.
De un corpi ^puuupit «ule
enTunl'orgDcil,
eidedenU.
H C'est ici qu'il faut se donner le spectacle des choses humaines. Qu'on voie, dans l'histoire de Rome, tant de guerres entreprises, tant de sang répandu, tant de peuples
détruits, tant de triomphes, tant de politique, de constance, de courage; ce projet d'efiYaJiir tout, si bien soutenu, si bien fini, à quoi aboutit-il, qu*à assouvir le bonheur de cinq ou six monstres? Quoi! ce sénat n'avoit fait évanouir tant de rois, que pour tomber lui-même dans le plus bas esclavage de quelques uns de ses plus indignes citoyens, et s'exterminer par ses propres arrêts ! On n'élève donc sa puissance que pour la voir mieux renversée ! Les hommes ne travaillient à ^ugioent^r leur pouvoir, qu? pour le voir tomber contre eux^^méxaes dans de pkw heureuses mains!» (Montesquibu, Grandeur et Décadence des Rihmains y chap. i5.)
{^) Voy9 le triste Hébreu, etc.
S'il est dans notre histoke moderne une époque qui puisse se comparer à la captivité des Hébreux sous un ciel étranger, cfest l'époque sans doute, où des milliers de Français, exilés de leur patriej, devenue la proie ou le tombeau de ses prc^pres enfiants , allèrent porter leurs talents , leur fbi^ tune, et surtout leurs regrets, dans les contrées lointaines. Qu'on le^r prête maintenant les sentiments qui animoient le peuple hébreu; qu'un poète distingué, partie lui-même de oe ikobleexil, prenne alors sa lyre; qu'il se transporte sur les rives de l'Euphrate, qu'il chante les malheurs de Sion, et nous pourrons avoir une idée du Super fiiimma Babyhnis, c'est-à-dire de la plus belle él^e, du morceau le plus touchant que nous offire l'antiquité. Cette idée, Delille nous la donne parfaitement ici.
(4) En ccHTDett, à ton tour, Desprëaax est roulé.
Allusion à ces vers de Boileau :
Etj'ai tout Pelletier Rouli dans mon office en cornets de papier.
I Sat. ID, ▼. 127.
(i) O toi, premier appui de la tociëté ,
Qui , seul des immortels restant au Capitole , Après le roi des dieux, fus sa première idole. Dieu Terme ! que dis-tu de ces barbares lots?
Le dieu Terme étoit la divinité qui présidoit aux limites des champs. Lorsque les dieux voulurent céder la place du Capitole à Jupiter, ils se retirèrent dans les environs par respect ; mais le dieu Terme demeura à sa place. On ne lui ot'froit aucun sacrifice sanglant, comme étant un dieu de paix et de concorde; mais sa vengeance étoit dénoncée contre ceux qui osoient empiéter sur les biens d'autrui. {Ovim.Fast. //, 639.)
(^) Sans doute le Français , malheureux, dépouillé , Peut rentrer sur un sol de carnage souillé.
Ces vers furent composés à l'époque où Bonaparte, devenu maître de la France, permit aux émigrés, qui voulurent se soumettre à ses lois, de rentrer dans leur patrie. Il ne leur fit pas rendre leurs biens, dont la plupart étoient déjà vendus; cependant il est juste de dire que beaucoup de restitutions furent faites de son temps, et qu'il ne s'opposa jamais aux transactions entre les anciens propriétaires et
les acquéreurs.
(7) Et TOUS qui , sans remords ,
ReceYez des bourreaux la dépouille des morts.
Les biens des condamnés par les tribunaux révolutionnaires, qui avoient été confisqués, et qui n'étoient pas encore vendus, furent restitués aux héritiers après la mort de Robespierre ; mais ceux de ces biens qui déjà n'étoient plus dans les mains de la république , sont restés confisqués : ainsi l'aveugle hasard a dirigé cet acte de justice si imparfait; et malheureusement ce furent toujours les plus petites propriétés qui se vendirent les premières , et qui le furent ainsi irrévocablement. Voilà comment de pauvres gentils-
hommes de province ont perdu toute leur fortune pour avoir obéi aux ordres du roi ; tandis que de grands et riches propriétaires sont rentrés dans la totalité de leurs biens.
(') An fils da Tieiix Priam un monstre affamé d'or, etc.
Voyez dans FÉnéide, livre ITI, v. 19 et suiv., le touchant épisode du jeune Polydore. Il y a quelque chose de sublime et d^attendrissant à-la-fois, dans le rapprochement que fait ici Delille, de cette tradition mythologique, ou si Ton veut de cette fiction du poète, avec des faits malheureusement trop avérés, et des calamité irréparables. Le chantre de la Pitié n*a jamais fait de plus beaux vers que ceux qui terminent ce morceau.
(9) Gardei-Tons donc d'offirir la scandaleuse scène De ces cœors généreux punis d*aimer leurs rois.
Ces vers faisoient allusion à l'arrestation dlmbert-Colomès et d'autres émigrés français, qui eut lieu à Bareuth en 1801. Leurs papiers, saisis par ordre de la Prusse, furent remis au général Beumonville, qui étoit alors ambassadeur à Berlin ; et celui-ci les envoya à Paris, où le gouvernement consulaire les fit imprimer sous le titre de Papiers saisis à Bareuth, i vol. in-8°. (On peut consulter sur cet événement l'article Imbert-Coloipès dans la Biographie universelle.)
( ' ^) Un faux amour de paix eofante les orages , Et la faute d'un jour pèse sur tous les âges.
à Lorsqu'on voit, dit Montesquieu, deux grands peuples se. faire une guerre longue et opiniâtre, c'est souvent une mauvaise politique de penser qu'on peut demeurer spectateur tranquille. Les Romains eurent à peine dompté les Carthaginois, qu'ils attaquèrent de nouveaux peuples, et parurent dans toute la terre pour tout envahir. » ( Grandeur et Décadence des Romains. )
(**)' O Virgile ! ô mon matcre ! 6 délioet da monde !
Les imitations de Virgile se reproduisent en foule, et toujours avec le mène bonheur, sous la plume de son traducteur. Nous venons de voir Fépisode de Polydore : c'est maintenant la généreuse Didon , c'est le bon roi Aceste, qui accueillent, qui comblent de bienfaits les Troyens fugitifs, et poursuivis de mers en mers par la haine de Junon et le courroux des vents, comme les Français exilés par les fureurs révolutionnaires; mais accueillis et protégés, comme les Troyens, par des rois et des princes, sensibles à leurs nobles infortunes.
(") Avec peine échappe des coups de Polypbème.
Voyez, dans V Enéide, livre III, v. 558 et suiv., l'intéressant épisode du Grec Achéménide, dont la situation rappelle celle de Théoclymène, au livre XV de FOdyssée.
(*') Pontife des liégeois, accepte mon hommage; Le plus près da volcan , tu défias Forage.
Le prince évéque de Liège se montra , dès le commencement de l'émigration, l'un des plus empressés à secourir les malheureux Français obligés de quitter leur patrie ; mais ses généreux secours ne leur furent pas long-temps utiles ; le prélat vit bientôt ses états envahis, et il fut lui-même obligé de fuir devant les ennemis de la religion et de la monarchie.
('4) Mon vers par tes faveors n'est point décrédité.
Heureuse expression, empruntée de Boileau, qui avoit dit dans l'épttre VIII, au Roi^ v. 79:
Et que par tes présents mon vers déanédité N'ait point de poids pour toi dans la postérité.
(>^) Mais Yons, soyez bénis, vous, penples magnanimes, Qui de nos oppresseurs réparâtes les crimes ! Toi , snr-tont, brare Anglais , libre ami de tes rois.
Lorsque ce poëme fut publié en France, pour la pre-
mière fois, en 1802, le parti révolutionnaire se déchaina contre l'auteur et contre ces vers avec la plus extrême violence. Le gouvernement de ce temps-là ^ui en avoit permis la publication, se flattant quHl produiroit peu d'effet par le moyen des suppressions qu'il avoit exigées , fut effrayé de la sensation que firent les seuls passages qu'il avoit permis, sur les crimes de la révolution, et principalement sur les malheurs de la famille royale ; mais il n'étoit plus temps de l'arrêter ; déjà le poème étoit dans toutes les mains. La police, ne pouvant plus employer d'autres moyens, le fit critiquer amèrement par tous ses journaux ; elle fit même composer contre l'auteur les libelles les plus dégoûtants.
Le passage contre lequel on se déchaina le plus, fut cet éloge si mérité de la générosité que les Anglais ont montrée à tous les Français qui sont allés chercher un asile dans leur pays.
Les secours qu'ils leur accordèrent alors, sont continués à une grande partie de ceux qui n'ont pas recouvré leur fortune par la restauration : la plupart de ceux qui avoient été ramenés en France avec le roi, soit par l'espérance d'y trouver un meilleur sort, soit par l'amour de la patrie, sont retournés en Angleterre, où ils continuent à recevoir le traitement qui leur avoit été accordé pour les services qu'ils ont rendus au roi de France.
(•6) Pour corriger encor la fortune ennemie , Do vénérable Oiford Fanliqae académie Multiplia ponr vous ce yolume divin Qae Thouune infortuné ne lit jamais en vain.
L'université d'Oxford a fait imprimer la Bible, pour en distribuer les exemplaires aux ecclésiastiques français émigré, qui se trou voient en Angleterre.
('7) Non, non : je l'ai promit à l'aimable Glaireste; Beau lien , qui nourrissoit ma poétique ivresse !
Glairesse est un village sur le lac de Bienne, dont le pay-
sag€ est très pittoresque- DeliUe l'a habité pendant quelques mois, «n lygô,
(**) Ces bosquets de Saint-Pierre , île délicieuse, Qa'embellit de Rontseaa la prose harmonieuse !
« De toutes les habitatioDS où j'ai demeuré) dit Rousseau dans sa cinquième promenade, aucune ne m'a rendu si Téritablemeot heureux, et ne m'a laissé de si tendres regrets que nie de Saint-Pierre, au milieu du lac de Bienne. Cette petite ile, qu'on appelle à NeufcbAtel, File de la MoUe, est bien peu connue, même eu Suisse: aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle est très agrâible, et singulièrement située pour le bonheur d'un homme qui aime à se circonscrire ; car, quoique je sois peut-être le seul au monde à qui sa destinée en ait fait une loi, je ne puis croire être le seul qui ait un goût si naturel, quoique je ne l'aie trouvé jusqu'ici chez nul autre.
« Les rives du lac 4e Bienne sftnt plus sauvages et plus romantiques que celles du lac de Genève, parceque les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près, mais elles ne sont pas moins riantes. S'il y a moins de culture, de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdures naturelles, plus de prairies, d'asiles ombragés, de bocages, des contrastes plus fréquents, et des accidents plus rapprochés. Comme il n'y a pas, sur ces heureux bords, de grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs, mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s'enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux , et le roulement des torrents qui tombent de la montagne. Ce beau bassin, d'une farme presque ronde, enferme dans son milieu deux petites lies, l'une habitée et cultivée, d'environ demi-Ueue de tour; l'autre, plus petite, déserte et en
friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de la terre qu^on en ôte sans cesse, pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande. C'est ainsi que la substance du foible est toujours employée au profit du puissant.
ull n'y a dans l'Ile qu'une seule 'maison, mais grande, agréable et commode, qui appartient à l'hôpital de Berne, ainsi que l'Ile, et où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques; il y entretient une nombreuse basse-cour, une volière et des réservoirs pour le poisson. L'ile, dans sa petitesse, est tellement variée ^ans ses terrains et ses aspiects, qu'elle offre toutes sortes de sites, et souffre toutes sortes de culture; on y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets ^ et bordés d'arbrisseaux de toute espèce, dont le bord des eaux entretient la fraîcheur. Une autre terrasse, plantée de' deux rangs d'arbres, borde l'ile dans sa longueur; et, dans le milieu de cette terrasse, oh. a bâti un joli salon, où les habitants des rives voisines se rassemblent, et viennent danser les dimanches, durant les vendanges. »
(*9) O bordi infortunes ! en vain nos oppresseurs Nons ont de votre asile enrié les douceurs; Et , menaçant de loin vos frêles républiques , Ont lancé contre nous leurs arrêts tyranniques. . .
Le Directoire a souvent poursuivi les émigrés jusque sur les terres étrangères, et plus d'une fois le gouvernement de la Hollande et de la Suisse, et même des souverains que leur puissance devoit rendre plus indépendants, reçurent l'ordre de les chasser de leur territoire. Ce fut toujours la première condition des traités conclus avec la république, et ceux-là même qui avoient épousé avec le plus de chaleur la cause des royalistes en France, n'hésitèrent pas à en abandonner hautement les défenseurs les plus dévoués, lorsque la défaite de leur parti n'a plus offert à Tambition au-
cuD moyen de succès. Les persécuteurs eux-mêmes ont été quelquefois plus généreux.
('") Sparte , ne parie plut de tes trois cents guerriers ; Un seul de leurs combats égale tes lauriers.
Toute l'Europe a parlé de l'armée de Condé : nous ne citerons donc qu'une seule des nombreuses actions qui ont également signalé sa valeur et sa générosité.
Le<i9 juillet i794> quatre-vingts gentilshommes, commandés par M. le chevalier de Saignes, maréchal-de-camp, reprirent à la baïonnette la redoute de Belhem, défendue par un bataillon de grenadiers. L'armée de Condé fit, pour la première fois, des prisonniers. Ceux-ci, qui avoient été témoins de la férocité avec laquelle on avoit massacré les camarades des braves gens à qui la Providence les liyroit, s'attendoient à être les victimes d'un droit de représaUles qui leur paroissoit naturel et inévitable, lorsque le prince de Conaé, après avoir visité ses blessés, se rendit au milieu d'eux, leur parla avec une bonté rassurante, et ordonna devant eux aux chirui^iens de les traiter avec les mêmes soins que les gentilshommes et les soldats de son armée.
(") Et, prodigues d'an sang chéri de la victoire. Trois générations Tont ensemble à la gloire.
Le même champ de bataille a vu souvent se distinguer par les mêmes exploits, le père, le fils, et le petit-fils de cette Ulustre maison de Condé, que nous voyons près de finir si malheureusement, pour la gloire et l'honneur de la France ! Les beaux vers de Delille sont ici tout-à-fait historiques. On sent qu'ils n'avoient pas pu être publia en France, dans les éditions précédentes. Cependant l'usurpateur du trône de saint Louis ne s'étoit pas encore couvert du sang du duc d'Enghien ; mais il sentoit déjà que ce jeune héros pourroit un jour apporter des obstacles à ses projets, et déjà il songeoit aux moyens de l'immoler à son ambition.
{**) Qnmid parut votre roi, vdtre compagnon «farmet.
Ce fiit en 1795, que le feu roi Loais XVItl, venant de Vérone, se rendit à Farmëe de Gondë, qui étoit alors campée sur les bords du Rhin, dans le Brisgaw.
('^) Tel ne Ait point ton cœur, toi , coarageox ami.
M. Marin, que Delille a présenté ici sous des couieurs aussi flatteuses, avoit servi dans l'armée de Gondé; et ses talents en musique, que le poëte a vantés avec tant de chaleur, avoient charmé plus d'une fois ses compagnons d'armes.
(M) Combien l'Enrope a yu d'illustres ourriers
S'exercer avec gloire aux plus humbles métiers !
Plusieurs émi^^rés ont su employer dans leur exil les talents que réducation leur avoit donnés; quelques uns ont embrassé des professions mécaniques; d'autres ont enseigné le dessin et la musique ; les hommes instruits ont am[>ris aux étrangers les principes de la littérature et de la langue française. La langue française et le goût de notre littérature sont beaucoup plus universellement répandus en Europe, qu'ils ne Fétoient il y a trente ans : on le doit aux émigrés, et sur-tout aux ecclésiastiques. En rentrant dans leur patrie, ils y ont rapporté les connoissances qu'ils ont puisées chez les étrangers : et les langues étrangères, telles que l'italien, l'anglais et l'allemand, sont aujourd'hiii beaucoup plus répandues chez les Français, à qui on reprochoit de ne savoir que leur propre langue.
Les femmes émigrées ont fait connoître aux étrangers nos arts agréables; elles leur ont donné nos goûts, et les talents qu'elles avoient cultivés sont devenus pour elles una ressource dans les malheurs de l'exil.
{*^) De son Y<temcAit d*or un Canmont rembellit, Et de son luie hanreui mon art s'enorgneUlit.
M. de Gaumont, maréchal-de-camp, s'étoit fait relieur
à fjondres , et il étoit devenu un des plus habiles ouvriers dans ce genre.
(>6) Telle je Dourritaoit ma douce rêverie ,
Lorsque de deux Français le sort miraculeux M'apprend que le destin réalise mes TGeiix.
Delîlle, après avoir terminé cet épisode, apprit que tout ce qu^Jl a voit imaginé étoit arrivé, avec la différence cepen* dant, qu'il place la scène dans l'Amérique méfidionale, sur les rives de l'Amazone, et qu'elle s'est passée dans l'Améri^ que septentrionale.
En 1793, M. et madame de Latour-du-Pin parvinrent k s'échapper de Bordeaux, en s'embarquant sur un vaisseau américain. Ils abordèrent à Boston , avec M. de Chambeau , leur compagnon d'infortune. Peu de temps après leur arrivée, ils eurent la douleur d'apprendre tous les trois la mort de leur père : M. de Dillon , M. de Latour-du-Pin ex* ministre, et M. de Chambeau, avoient péri le même jour sur l'échafaud. Cette affreuse nouvelle ne fît que fortifier la résolution qu'ils avoient prise, d'aller vivre loin d'un pays où ils venoient de perdre tout ce qu'ils avoient de plus cher. Il leur restoit cinq cents louis pour toute ressource ; il falloit en déterminer l'emploi , sans délai et sans méprise ; il falloit sur-tout aller chercher, dans la solitude et dans une vie laborieuse, un asile contre les souvenirs trop déchirants de la révolution française. Leur parti fut bientôt pris, et le plan fut exécuté avec autant de courage que d'intelligence. Qu'on se figure deux jeunes époux, qui avoient vécu à la cour, comblés des dons de la nature et de la fortune, élevés dans la magnificence du luxe, instruits dans tous les arts agréables, et tout-à-coup tombés dans une situation où tout ce qu'ils avoient appris leur devenoit inutile, et où ils étoieut obligés, pour ainsi dire, de recommencer leur vie. Ils arrivèrent chez un paysan du comté de New-York, recommandés par le général Hamilton, et plus encore par
leur malheur. Us prièrent le fermier de les recevoir en pension, pour sUnstruire à son école des détails de l'exploitation d'une ferme, et de la culture des terres en Amérique. Ils passèrent ainsi six mois chez leur hôte, devenu leur instituteur et leur ami ; ils allèrent ensuite s'établir sur les bords delà Delaware, à quelques lieues d'Albani; là, aidés de deux n^resses et d'un nègre esclaves, M. et madame de Latour-du-Pin n'ont plus connu que les devoirs, les occupations et leS plaisirs de la vie champêtre; ils partageoient avec leurs nègres tous les travaux de la ferme.
M. de Latour-du-Pin labouroit lui-même les champs, et ahattoit les arbres des forêts: tantôt agriculteur, tantôt architecte et maçon , chaque jour il agrandissoit sa chaumière etétendoit son domaine: il étoit parvenu à faire le meilleur cidre de la contrée. Madame de Latour-du-Pin, qui étoit la ménagère, portoit, au marché d'Albani, les l^umes du jardin et les produits de la basse-cour, qui étoient sous son inspection particulière; elle faisoit elle-même le pain, et s'occupoit de tous les détails du ménage.
C'est dans cette situation qu'ils ont reçu la visite de quelques amis d'Europe, que la révolution avoit, comme eux, fait fuir de leur patrie. Aussitôt que la France est devenue abordable pour les malheureux qui a voient été proscrits, les parents et les amis de M. et madame de Latour-du-Pin, ainsi qi^e la ville qu'ils avoient habitée, se sont réunis pour les engager à y revenir; ce n'est pas sans peine qu'ils se sont séparés de la nouvelle société qui les avoit adoptés.
(*7) Ainsi, jeté mot-méme aux rives étrangères. Je chantois la Pitié, je peignois nos misères. Souris à mes accents, 6 prince généreux !
A qui je dus ma gloire en des temps plus heureux.
S. A. R. Monsieur, comted'Artois ( aujourd'hui S. M. Charles X), s'étoit déclaré le Mécène de notre poète, quelque temps après la publication des Géorgiques. L'abbaye de
Saint-Sëverin, en. Poitou, fut un. des bienfaits du prince dont le poète reconnoissant a plus d'une fois chanté les bontés^
(*') Cett (on heorettz payi qni vit former tenrt rhadnt» , Toi, qui du nord charmé viens de saitir les rênes. Jeune et digne héritier de Tempire des Czars !
Le niarîa(je de S. Â. R. Monseigneur le duc d'Angouléme et de Madame, fille de Louis XVI, s'est fait, en 1798 à Mittau, en Courlande, sous les auspices de Paul l". Peu de temps après , Alexandre lui succéda, et c'est à cet empereur que sont adressés les vers de Deiille, devenus si prophétiques. Un mag^nifique exemplaire, imprimé à Paris dès long-temps, relié aux armes de Russie, et dans lequel ce passage n'a voit pas été supprimé, malgré la surveillance de la police de Buonaparte, fut mis sous les yeux de l'empereur de Russie, deux heures après son entrée à Paris, le 3i mars 18 147 au moment où il venoit placer la couronne sur le front de Louis XVIII.
P. S. L'année même où la mort frappa le chantre de la Pitié, un Anglois(M. Ferdinand Fullerton Weston), poëte distingué lui-même, publioit à Londres la traduction en vers des deux premiers chants de la Pitié, sous ce titre, the Pleasures ofPitj, apoem, in two canios. Cet hommage n'est pasleseut qu'il ait rendu au géniede Deiille; quelques fragments de ï Imagination, et le beau dithyrambe sur rimmor' talité de Carne, imités ou traduits avec le même bonheur, font partie du même recueil. Fixé depuis quelques années en France, M. Weston y a naturalisé sa mnse; et, déjà Français par les sentiments, il a noblement acquitté la dette de l'hospitalité, en traduisant d'abord en beaux vers anglais le poëme de M. le chevalier de Loizerolles, sur le Baptême de S. A. R. te duc de Bordeaux; et nous avons
T. XU. MALB. VIFIT. LA OOHVEBSATIOR. l3
soQs les yeux les âTAiCcEs qu'il Vient de publier iut' le Sâtré de S. M. CHARLES X. Il ti'est guère de poëte français qui ne pût s'honorer de cette pièce, comme sujet dëvouë, et même comme écrivain.
POEME