PROLOGUE
Ce qui restoit d'illustres personnages, Édiles, consuls, dictateurs.
Magistrats renommés, ou fiers triomphateurs ;
Sitôt que dans leurs paysages Les bosquets paternels reprenoient leurs ombrages; De leur sainte union resserrant les liens.
Chaque jour renouoit leurs graves entretiens. Là n étoient point traités ces objets inutiles , Ces petits intérêts, ces nouveautés futiles, Qui des grandes cités composent les rumeurs ; De la mode du jour le caprice fantasque.
Ou les plis d'une toge, ou les plumes d un casque :
Les bonnes lois, les bonnes moeurs.
Le chemin du bonheur, la route delà gloire ; Les régies de la vie et de Fart oratoire ;
Les grands tableaux de la terre, et des cieux ; Les droits des citoyens, la nature ^es dieux ;, La constante amitié, la trancpiiUe vieillesse ('),
Cueillant en paix les fruits de la sagesse :
Voilà leurs entretiens. De frivoles esprits Aux interlocuteurs ne donnoient point le prix. A Tuscule, à Tibur, aussi bien que dans Rome, De grands hommes toujours écoutoient un grand homme. C'étoient les Cicéron, les Caton, les Brutus;
Les.grànds talents et les grandes vertus.
Tous oublioient, dans leurs riants domaines.
Et les ambitions et les pompes romaines ; Et, dans le fond d'un bois, sous Tabri d un berceau,
Au bord paisible d'un ruisseau^ D où leurs discours pesoient sur les destias du monde , Entre eux se*préparoient, dans une paix profonde.
Ces grands édits et ces puissantes lois Qui commandoient à Rome et maîtrisoient les rois.
D'Athènes, plus galante et moins majestueuse,
L'habitude voluptueuse.
Dans ce séjour des arts et de la liberté, A qui Rome, à regret, cédoit son cher Virgile,
Donnoit souvent à la beauté ,
Sur un auditoire docile.
Une plus douce autorités Sa grâce commandoit à la foule attentive ;
Et sa douceur persuasive, Des plus mâles vertus et des plus hauts talents. Quelquefois, j'eq conviens, arrêtoit les âans ;
Mais plus souvent, d'une austère sagesse.
Son tact, plus délicat, corrigeoit la rudesse ; Du génie, encor brut, polissoit l'âpreté ; Des naturels hautains abaissoit la fierté.
Tous, à ses lois soumettant leur audace.
De leur brillant modèle ils admiroient la trace ; Inspirés par l'amour, par le goût applaudis^ Et discoureurs plus gais, novateurs moins hardis. Ce qu'ils perdoient en force, ils le gagnoient en grâce. Ainsi dans son salon, par les arts embelli^
Encor brillante de jeunesse.