‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 9 sur 14 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Ce qui restoit d'illustres personnages, Édiles, consuls, dictateurs.

Magistrats renommés, ou fiers triomphateurs ;

Sitôt que dans leurs paysages Les bosquets paternels reprenoient leurs ombrages; De leur sainte union resserrant les liens.

Chaque jour renouoit leurs graves entretiens. Là n étoient point traités ces objets inutiles , Ces petits intérêts, ces nouveautés futiles, Qui des grandes cités composent les rumeurs ; De la mode du jour le caprice fantasque.

Ou les plis d'une toge, ou les plumes d un casque :

Les bonnes lois, les bonnes moeurs.

Le chemin du bonheur, la route delà gloire ; Les régies de la vie et de Fart oratoire ;

Les grands tableaux de la terre, et des cieux ; Les droits des citoyens, la nature ^es dieux ;, La constante amitié, la trancpiiUe vieillesse ('),

Cueillant en paix les fruits de la sagesse :

Voilà leurs entretiens. De frivoles esprits Aux interlocuteurs ne donnoient point le prix. A Tuscule, à Tibur, aussi bien que dans Rome, De grands hommes toujours écoutoient un grand homme. C'étoient les Cicéron, les Caton, les Brutus;

Les.grànds talents et les grandes vertus.

Tous oublioient, dans leurs riants domaines.

Et les ambitions et les pompes romaines ; Et, dans le fond d'un bois, sous Tabri d un berceau,

Au bord paisible d'un ruisseau^ D où leurs discours pesoient sur les destias du monde , Entre eux se*préparoient, dans une paix profonde.

Ces grands édits et ces puissantes lois Qui commandoient à Rome et maîtrisoient les rois.

D'Athènes, plus galante et moins majestueuse,

L'habitude voluptueuse.

Dans ce séjour des arts et de la liberté, A qui Rome, à regret, cédoit son cher Virgile,

Donnoit souvent à la beauté ,

Sur un auditoire docile.

Une plus douce autorités Sa grâce commandoit à la foule attentive ;

Et sa douceur persuasive, Des plus mâles vertus et des plus hauts talents. Quelquefois, j'eq conviens, arrêtoit les âans ;

Mais plus souvent, d'une austère sagesse.

Son tact, plus délicat, corrigeoit la rudesse ; Du génie, encor brut, polissoit l'âpreté ; Des naturels hautains abaissoit la fierté.

Tous, à ses lois soumettant leur audace.

De leur brillant modèle ils admiroient la trace ; Inspirés par l'amour, par le goût applaudis^ Et discoureurs plus gais, novateurs moins hardis. Ce qu'ils perdoient en force, ils le gagnoient en grâce. Ainsi dans son salon, par les arts embelli^

Encor brillante de jeunesse.

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