‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 20 sur 80 · MOLE · texte numérisé non relu

MOLE

A L*OCCA8IOII DE LA NAISSARCE DE MOKSIEUn DE CHAMPLATREUX.

Précipite, grand Dieu, dans la nuit étemelle Du superbe oppresseur la race criminelle ; Ensevelis son nom dans loubli du tombeau ; Et que de ses palais l'édifice fragile ,

Brisé conmie l'argile, De ses derniers enfants écrase le berceau.

Mais conserve, ô mon Dieu, sous ton aile puissante Des humains bienfaisants la race florissante : Qu'ils étendent au loin leurs rejetons nombreux; Que des fruits immortels de leur tige féconde

Ils nourrissent le monde.

Et couvrent l'orphelin de leurs rameaux heureux.

Famille des Mole, triomphez d'âge en âge;

Bravez, bravez des ans l'injurieux outrage;

Que la gloire vous porte à l'immortalité.

Ombres des demi-dieux, puissent mes chants profanes,

i POÉSIES

Sans offenser vos mânes, Se mêler aux accents de la postérité !

Des siècles et des temps je franchis la barrière; De vos pas lumineux empreints dans la carrière, Jusqu'à votre berceau la trace me conduit:

Tel un astre, élancé de la céleste voûte,

Vole et marque sa route Par des sillons de feu , qui brillent dans la nuit.

Quel est ce magistrat (') dont le mâle corwage, Tranquille, inébranlable au milieu de lorage. Affronte la fureur d'un peuple impétueux?

Je le vois, au milieu du trouble et des alarmes.

Des flambeaux et des armes.

Arrêter d un regard ces flots tumultueux.

Ainsi de TÉtemel la sagesse profonde

Choisit dans ses trésors, pour les besoins du monde.

Ces héros destinés aux siècles malheiu'eux;

Et, parmi les débris des trônes qui succombent.

Des empires qui tombent.

Commande à l'univers de s'appuyer sur eux.

O jours infortunés! temps affreux! temps barbares! Les peuples s'égorgeoient pour des monstres avares;

(») Matthieu Mole , procureur-général en i6i4; premier président le 19 novembre i64i ; g^arde-des-sceaux le 3 avril i65i ; mort le 3 janvier i656.

La licence émoussoit le fer sacré des lois ;

Et, d un glaive perfide armant sa main sanglante,

La discorde insolente Livroit à des tyrans la couronne des rois.

France, tu ne crains plus ces tempêtes cruelles; Us ne sont plus ces temps , où tes enfants rebelles De leurs coupables mains te déchiroient le flanc. Le Français , plus heureux que ses tristes ancêtres,

S'inmiole pour ses maîtres.

Et contre ses rivaux va prodiguer son sang.

Mais^ dans ces jours brillants, dans ces jours de ta gloire. De tes anciens appuis tu chéris la mémoire; Les Mole pour jamais sont gravés dans ton cœur; Tu vois avec transport Théritier magnanime

De leur vertu sublime , Dans le temple des lois veiller à ton bonheur.

Hélas! de ce grand nom c'est l'unique espérance ! Périra-t-il, grand Dieu! ce nom cher à la France? Nous laisses-tu jouir de ses derniers bienfaits? Et verrons-nous tarir dans son antique source.

Ce fleuve dont la course Répandoit parmi nous l'abondance et la paix?

Ces héros, descendus dans les royaumes sombres. Se cachent de douleur dans la foule des ombres :

L orphelin coostemé gémit sur leur tcmibeau, Et craint que de la mort Thaleine dévorante

De leur race expirante N'éteigne pour jamais le glorieux flambeau.

O nuit, dissipe-toi; le jour est prêt d'éclore; D'un demi-dieu naissant je vois briller raurore : De Téclat de son front le ciel s'est embdli; Cet auguste palais arrosé de nos larmes

A repris tous ses charmes, Et ses marbres fameux de joie ont tressailli.

Noble fils des héros, douce et frêle espérance. Si le sort loin de nous eût placé ta naissance Dans ces temps fabuleux, la honte des humains. Des prêtres, entourés de victimes sanglantes.

Dans leurs veines fumantes Auroient interrogé les décrets des destins.

De tes jours fortunés annonçant les miracles, La Sibylle du Tibre eût rendu ses oracles ; La Perse eût assemblé tous ses mages fameux ; L'Élide eût fait parler de ses forêts antiques

Les chênes prophétiques; Et pour toi Babylone eût consulté les cieux.

Moi, j^aurois de ton nom consulté le présage; Du bonheur des Français ce nom seul est le gage;

L'héritier des Mole doit au monde un héros.

Déjà je vois Thémis qui, pleurant d'alégressc,

Dans ses bras te caresse , Te sourit tendrement, et te parle en ces mots :

« Rejeton précieux d une tige adorée, Le ciel enfin t'accorde à Thémis éplorée ; Ma bouche te promet le destin le plus beau :

Souviens-toi seulement qu'au jour de ta naissance

J'ai reçu ton enfance; Que mon temple sacré t'a servi de berceau.

« Ah ! sans doute le Dieu qui préside à la guerre , Jaloux de mon bonheur et du bien de la terre, Osera t 'inviter à marcher sur ses pas :

Sans doute il t'offrira Féclat de la victoire,

Les palmes de la gloire; Mais qu'il n*espère point t'arracher de mes bras.

« Que ses barbares mains, en ravages fécondes. Des 'fleuves de l'Europe ensanglantant les ondes, Changent ces beaux climats en de vastes déserts; Sous son sceptre d'airain que les arts se flétrissent,

Que les peuples gémissent; Avec moi, cher enfant, rends heureux l'univers.

« Déjà le crime tremble, et le foible pupille Contre l'usurpateur te demande un asile;

Entends ces cris de joie élancés vers les cieux ; Et, de l'astre du jour si ta foible paupière

Peut souffrir la lumière , ^ Contemple ces palais où régnoient tes aïeux.

« C est là qu'ils protégeoient la timide innocence : Là Fauteur de tes jours enchaîne la licence; Tu baiseras ces mains qui domptent l'oppresseur; Dans ses embrassements tu puiseras la flamme

Qui brûle dans son ame; Et son cœur tout entier passera dans ton cœur.

« Et toi, pour cet enfant épurant ta lumière, Soleil, va préparer son illustre carrière; Ouvre pour lui du Temps le palais inunortel; Choisis tes jours d'azur dans ces riches demeures;

Que la troupe des Heures Se rassemble en riant sur ton char éternel.

« Que l'innocent plaisir sur leur front se déploie; Que leurs yeux, embellis des rayons de la joie, Écartent pour jamais le chagrin ténébreux; Viens, descends, ô bonheur, sur leurs brillantes ailes:

Et que leiws mains fidèles Forment des plus beaux ans l'enchaînement heureux . »

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