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T. II. GÉORG

242 GEORGICON LIB. IV. y. «a.

Terrasque, tractusque maris, cœlumque profundum ; Hinc pecudes , armcnta , viros , genus omne ferarum , Quemque sibi tenues nascentem arcessere vitas. Scilicct hue reddi deinde ac resoluta referri Omnia ; nec morti esse locum , sed viva volare Sideris in numerum, atque alto succedere cœlo.

Si quando sedem angustam servataque mella Thesauris relines , prius haustus sparsus aquarum Ore fove, fumosque manu praetende sequaces.

lUis ira modum supra est, laesaeque venenum Morsibus inspirant, et spicula caeca relinquunt Af&xae venis, animasque in vulnere ponunt.

Bis gravidos cogunt fétus, duo tempora inessis; Taygete simul os terris ostendit honestum Plias , et Oceani spretos pede reppulit amnes ; Aut eadem sidus fugicns ubi Piscis aquosi Tristior hibernas cœlo descendit in undas.

Sin duram metues hiemem, parccsque futuro, Contusosque animos et rcs miscrabere fractas ; At suffire thymo, ccrasque recidcre inanes, Quis dubitct? Nam saepe favos ignotus adedit Stellio , et lucifugis congesta cubilia blattis, Immunisque sedens aliéna ad pabula fucus, Aut asper crabro imparibus se immiscuit armis ; Aut dirum, tineae, genus ; aut in visa Minervœ In foribus laxos susjiendit aranea casses.

GÉORGIQDES, LIV. IV. 243

Dieu circule par-tout, et son ame féconde A tous les animaux prête un souffle léger :

Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer ; Et, retournant aux cieux en globe de lumière , Vont rejoindre leur être à la masse première.

Enfin (3^) veux- tu ravir leur nectar écumant? Dorait leur magasin porte un tison fumant.

Et qu'une onde échauffée en roulant dans ta bouche, Pleuve , pour Técarter, sur l'insecte farouche. L'abeille est implacable en son inimitié.

Attaque sans frayeur, se venge sans pitié :

Sur l'ennemi blessé s'acharne avec furie, Et laisse dans la plaie (^^) et son dard et sa vie.

Deux fois d'un miel doré ses rayons sont remplis , Deux fois ces dons heureux tous les ans sont cueillis; Et lorsque abandonnant l'humide sein de l'onde Taygéte(34) monte aux cieux pour éclairer le monde; Et lorsque cette nymphe (3^), au retour des hivers, Redescend tristement dans le gouffre des mers.

Toutefois, si l'hiver (3^) alarmant ta prudence, Te fait de tes essaims craindre la décadence, Épargne leurs trésors dans ces temps malheureux, Et n'en exige point un tribut rigoureux; Mais parfume leurs toits, et prends les rayons vides Dont viennent se nourrir leurs ennemis avides. La chenille (3?) en rampant gagne leur pavillon! Le lourd frelon (3^) se rit de leur foible aiguillon : Le lézard de leur miel se nourrit en silence ; Leur travail de la guêpe engraisse l'indolence ; Des cloportes sans nombre assiègent leur palais ;

244 GEORGICON LIB. IV. y.î48

Quo magis exhaustae fîierint, hoc acrius omnes Incumbent generis lapsi sarcire ruinas , Complebuntque foros, et floribus horrea texent.

Si vero, quoniam casus apibus quoquc nostros Vita tulit, tristi languebunt corpora morbo , Quod jam non dubiis poteris cognoscere signis : Continuo est aegris alius color ; horrida vultum Déformât macies ; tum corpora luce carentum Exportant tectis , et tristia fîinera ducunt. Âut illae pedibus connexae ad limina pendent, Âut intus clausis cunctantur in aedibus omnes, Ignavaeque £ime et contracto frigore pigrae.

Tum sonus auditur gravior, tractimque susurrant , Frigidus ut quondam silvis immurmurat Auster , Ut mare soUicitum stridit refluentibus undis ; ^tuat ut clausis rapidus fbmacibus ignis.

Hic jam galbaneos suadebo incendere odores, Mellaque arundineis inferre canalibus, ultro Hortantem et fessas ad pabula nota vocantem.

Prodcrit et tunsum gallae admiscerc saporem, Arentesque rosas, aut igni pinguia multo Défruta, vel Psithia passos de vite racemos, Cecropiumque thymum, et grave olentia centaurea.

Est etiam flos in pratis, cui nomen amello Fecere agricolae, facilis quaerentibus herba. Namque uno ingcntem toUit de cespite silvani , Aureus ipse^ sed in foliis, quae plurima circuiu

GÉORGIQDES, HV. IV. 245

Et rimpure araignée y suspend ses filets.

Mais plus on les épuise , et plus leur diligence De rétat appauvri répare l'indigence.

Gomme nous cependant (^) ces foibles animaux Éprouvent la douleur et connoissent les maux ;

Des symptômes certains toujours en avertissent : f

Leur corps est décharné , leurs couleurs se flétrissent : On les voit dans leurs murs languir emprisonnés, Ou bien suspendre au seuil leurs essaims enchaînés; Tantôt leur troupe en deuil autour de ses murailles Accompagne des morts les tristes funérailles ; Tantôt le bruit plaintif de ce peuple aux abois Imite laquilon murmurant dans les bois, Et le reflux bruyant des ondes turbulentes, Et le feu prisonnier dans les forges brûlantes.

Veux-tu rendre à Tabeille une utile vigueur?

Que des sucs odorants raniment sa langueur; Et, dans des joncs, remplis du doux nectar qu'elle aime, A prendre son repas invite-la toi-même.

Joins-y du raisin sec, du vin cuit dans lairain, Ou la pomme du chêne , ou les vapeurs du thym , Et la rose flétrie, et l'herbe du centaure (4o).

Mais il est une fleur (4>) plus salutaire encore. Sur les bords tortueux qu'enrichit son limon. Le Melle(4a) la voit naître, et lui donne son nom. De rejetons nombreux un amas l'environne ; D'un disque éclatant d'or sa tête se couronne ; Mais de la violette, amante des gazons.

246 GEORGICON LIB. IV. v.175.

Funduntur, violae sublucet purpura nigrse.

Saepe deum nexis ornatae torquibus arae ; Asper in ore sapor ; tonsis in vallibus illum Pastores et curva legunt prope flumina Mellae. Hujus odorato radiées incoque Baccho, Pabulaque in foribus plenis appone canistris.

Sed si quem proies subito defecerit omnis, Nec, g[enus unde novae stirpis revocetur, habebit : Tempus et ArcadiiAiemoranda inventa magistri Pandere, quoque modo cassis jam saepe juvencis Insincerus apes tulerit cruor. Altius omnem ]Expediam, prima repetens ab origine, fàmam.

Nam qua Pellaei gens fortunata Canopi Accolit effiiso stagnantem flumine Nilum, Et circum pictis vehitur sua rura phaselis , Quaque pharetratae vicinia Persidis urget, Et yiridem iEgyptum nigra fecundat arena, Et diversa ruens septem discurrit in ora Usque coloratis amnis devexus ab Indis ; Omnis in bac certam regio jacit arte salutem.

Exiguus primum, atque ipsos contractus ad usus, Eligitur locus : hune angustique imbriee teeti Parietibusque prcmunt aretis, et quatuor addunt Quatuor a ventis, obliqua luee, fenèstras.

Tum vitulus, bima eurvaris jam cornua fronte Quaeritur : huie geminae nares, et spiritus oris Multa reluetanti obsuitur, plagisque peremto

GÉORGIQDES, LIV. IV. 247

La pourpre rembrunie embellit ses rayons ;

Et souvent les autels , chargés de nos offrandes ,

Aiment à se parer de ses riches guirlandes :

Le goût en est pourtant moins flatte que les yeux.

Dans les flots odorants d'un vin délicieux

Fais bouillir sa racine, et devant tes abeilles

De ce mets précieux fais remplir des corbeilles.

Mais si de tes essaims tout Tespoir est détruit, Apprends par quels secrets ce peuple est reproduit : Je vais de ce grand art éterniser la gloire , fet dès son origine en rappeler l'histoire.

Le peuple (43), dont le Nil inonde les aillons , ^ Qui, sur des vaisseaux peints voguant dans ses vsKés, Fend les flots nourriciers du fleuve qu'il adore. Et de son noir limon (44) voit la verdure éclore ; Les voisins des Persans qu'il baigne de ses eaux; Les lieux où, vera la mer courant par sept canaux, Il fuit les cieux brûlants témoins de sa naissance , De cet art (45) précieux attestent la puissance.

Ce mystère d'abord veut des réduits secrets : Il te faut donc choisir et préparer exprès Un lieu dont la surface, étroitement bornée, Soit enceinte de murs, et d'un toit couronnée; Et que des quatre points qui divisent le jour, Ijhie oblique clarté se glisse en ce sljour.

Là, conduis un taureau dont les cornes naissantes Commencent à courber leurs pointes menaçantes ; * Qu'on Fétouiffe, malgré ses efforts impuissants;

248 GEORGICON LIB. IV. y.3o,.

Tunsa per integram solvuntur viscera pellem.

Sic positum in clausQ linquunt, et ramea costis Subjiciunt fragmenta, thymum, casiasque récentes. |Hoc {j^eritur, Zephyris primum impellentibus undas, *'Ante novis rubeant quam prata coloribus, ante Garrula quam tignis nidum suspendat hirundo.

Interea teneris tepefactus in ossibus humor iEstuat , et visenda modis animalia miris , Trunca pedum primo, mox et stridentia pennis Miscentur, tenuemque magis magis aéra carpunt : Donec , ut aestivis efïusus ^ubibus imber, EruDcre; aut ut nervo puisante sagittae, Prima levés ineunt si quando praelia Parthi.

Quis deus banc, Musse, quis nobis extudit artem? Unde nova ingressus hominum experientia cepit?

Pastor Aristaeus, fugiens Peneia Tempe, Amissis, ut fama, apibus morboque fameque, Tristis ad extremi sacrum caput adstitit amnis, Multa querens, atque bac afïàtus voce parentem : « Mater ! Cyrene mater ! quae gurgitis bujus Ima tenes , quidjVie praeclara stirpe deorum ^ Si modo, quem perbibcs, pater est Tbymbraeus Apollo, Invisum fatis genuisti? aut quo tibi nostri Pulsus amor? quid me cœlum sperare jubebas?

Et, sans les déchirer, qa'on meurtrisse si^^ flancs. 11 expire : on le laisse en cette enceinte ob'^mre. Embaumé de lavande, entouré de,verdiirt'.

Choisis pour l'immoler le tenrnjBB des ruissfaa Déjà les doux zéphyrs font frrf^l^ner iba ^jij. Avant que sous nos toits voItigléFi|birot^deue^ Et que des prés fleuris l'émail se renouvelle. Les humeurs cependant fermentent dans son sein. O surpnse(4^)! 6 merveille! un innombrable essaim Dans ses Sancs échauffés tout-à-coup vient d'éclore : Sur ses pieds mal foiinés Tinsecte rampe encore ; Sur des ailes hientât il s'élève en tremblant; Plus vigoureux enïin, le bataillon volant S'élance, aussi pressé que ces gouttes nombreuses Qu'épanche un ciel brûlant sur les plaines poudreuses j Ou que ces traits, dans l'air élancés à-la-fots. Quand les Parthes guecEig^^uisent leurs carquois. Muses , révélez-nous^^^^^Be cas merveilles.

Possesseur autrefoi^^^Bbreuses abeilles , Aristée avoit vu ce peu^Pmfortuaé Par la contagion , par la faim moissonné :

Aussitôt, des beaux lieux que le Pénée arrose. Vers la source sacrée oîi le fleuve repose Il arrive; il s'arrête, et, tout baigjn^ de pleurs. A sa mère, en ces mots, exhate '^ffdouleurs : • Déesse de ces eaux', ô (B||ne ! d ma mère ! Si je puis me vanter qu'A^Uon est mon père, Hélas! du sang des dieux n'as-tu formé ton filf. Que pour l'abandonner aux destins ennemis?

Ma mère, qu'as-tu fait de cet amour si tendre?

250, . GEORGICON LIB. IV. , ».3a6.

t £ii etisim hune ipsum vitae lùortalis honorem , 1| Quem mihi vix frugum et pccudum custodia solers i^ , Onmia tent£|nti extuderat, te matre, relinquo !

Q'uin âge, et ipsa mdffu felices erue silvas;

Fer stabi^tf inimicmxiigncin, atque interfice messes;

Ure sa ta, et validam in vites molire bipennem,

Taflta meae si te ceperunt taedia laudis. » ♦

Ât mater sonitum thalamo sub fluminis alti Sensit : eam circum Milesia vellera Nymphae Carpebant, hyali saturo fucata colore; Dry moque, Xanthoque, Ligeaque, Phyllodoceque, Caesariem efïusae nitidam per candida colla; Nesaee, Spioque, Thaliaque, Cymodoceque, Cydippeque, et flava IJIH^ altéra virgo, Altéra tum primos Lud^^^Berta labores ; Clioque et Beroe soror, Uceanitides ambae, Ambae auFO, pictis incinctae pellibus ambae; Atque Ephyre, atque Opis, et Asia Deiopeia, Et tandem positis velox Arethusa sagittis.

Intcr quas curam Clymene narrabat inanem

Vulcani , Martisque dolos , et dulcia furta ;

Aque Chao densos divum numerabat amores.

Carminé quo captae, dum fusis moUia pensa

Où sont donc ces honneurs où je dcvois prétendre? Hélas! parmi les dieux j'espérois des autels, Et je languis sans gloire au milieu des mortels! Ce prix de tant de soins qui charmoit ma misère, Mes essaims ne sont plus ; et vous êtes ma mère! Achevez ; de vos mains ravagez ces coteaux, Embrasez mes moissons , immolez mes troupeaux ; Dans ces jeunes forêts allez porter la flamme. Puisque rhonneur d*un fils ne touche point votre ame. »

Cyrène entend sa voix au fond de son séjour : Près d'elle, en ce moment, les nymphes de sa cour (4?) Filoient d'un doigt léger des laines verdoyantes ; Leurs beaux cheveux tomboient en tresses ondoyantes. Là sont la jeune Opis aux yeux pleins de douceur; Et Clio toujours fière, et Béroé sa sœur :

Toutes deux se vantant d'une illustre origine. Étalant toutes deux Tor, la pourpre , et Fhermine ; E^ brune Nésée, et la blonde Phyllis, Thalie au teint de rose , Ephyre au sein de lis ; Près d'elle Cymodoce, à la taille légère, Cydippe vierge encor, Lycoris déjà mère ; Vous , Aréthuse , enfin , que Ton vit autrefois Presser d'un pas léger les habitants des bois.

Pour charmer leur ennui , Clymène au milieu d'elles Leur racontoit des dieux les amours infidèles , Et Vénus de Vulcain trompant les yeux jaloux. Et le bonheur de Mars , et ses larcins si doux. Tandis qu'à l'écouter les Nymphes attentives Font tourner leurs fuseaux entre leurs mains actives , Du malheureux berger la gémissante voix

252 6E0RGIC0N LIB. IV. v 349.

Devolyunt , iterum maternas impulit aures Luctus Âristaei , vitreisquc sedilibus omnes Obstupuere ; sed ante alias Arethusa sorores Prospiciens , summa flavum caput extulit unda , Et procul : « O gemitu non frustra exterrita tanto, Cyrene soror! ipse tibi, tua maxima cura, Tristis Aristœus , Penei genitoris ad undam Stat lacri^ians, et té crudelem nomine dicit. »

Huic perpulsa nova mentem formidine mater :

« Duc âge, duc ad nos ; fas illi limina divum Tangere, ait. » Simul alta jubet discedere latc Flumina, qua juvenis gressus inferret : at illum Gurvata in montis fac|em circumstetit unda , Accepitque sinu yasto, misitque sub amnèm. m

Jamque domum mirans genitricis, et bumida régna, Speluncisque lacus clausos, lucosque sonantes, Ibat, et, ingenti motu stupefactus aquarum, Omnia sub magna labentia flumina terra Spectabat diversa locis, Pbasimque, Lycumque, Et caput unde al tus primum se erumpit Enipeus ; Unde pater Tiberinus, et unde Aniena fluenta, Saxosumque sonans Hypanis, Mysusque Caicus, Et gemina autatus taurino cornua vultu

^It

GÉORGIQ*nES, LIV. IV. 253

Parvient jusqu'à sa mère une seconde fois.

Cyrène s'en émeut; ses compagnes timides Ont tressailli d'effroi dans leurs grottes humides : Aréthuse , cherchant d'où partent ces sanglots , Montre ses blonds cheveux sur la voûte des flots : « O ma sœur! tu sentois de trop justes alarmes ; Ton fils, ton tendre fils, tout baigne de ses larmes, Paroit au bord des eaux accablé de douleurs ; Et sa mère est, dit-il, insensible à ses pleurs, v

« Mon fils ! répoûd Cyrène en pâlissant de crainte ; Qu'il vienne : et quel est donc le sujet de sa plainte? Qu'on amène mon fils , qu'il paroisse à mes yeux ; Mon fils a droit d'entrer dans le palais des dieux : Fleuve, retire-toi. » L'onde respectueuse, A ces mots suspendant sa course impétueuse.

S'ouvre, et, se repliant en deux monts de crystal. Le porte mollement au fond de son canal.

Le jeune dieu descend; il s'étonne, il admire Le palais de sa mère et son liquide empire ; fl écoute le bruit des flots retentissants.

Contemple le berceau de cent fleuves naissants (4^), Qui, sortant en grondant de leur grotte profonde. Promènent en cent lieux leur course vagabonde. De là partent le Phase et le vaste Lycus, Le père des moissons, le riche Caïcus, L'Énipée orgueilleux d'orner la Thessalie ; Le Tibre, encor plus fier de baigner l'Italie, L'Hypanis se brisant sur des rochers affreux, £t l'Anio paisible, et l'Éridan fougueux.

254 GEORGICON LIB. IV. v.37,.

Eridan^^ quo non alius per pinguia culta In mar^purpureum violentior effluit amnis.

Postquam est in thalami pendentia pumice tecta Perventum , et nati fletus cognovit inanes Cyrene, manibus liquidos dant ordine fontes Germanae, tonsisque ferunt mantelia yillis.

Pars epulis onerant mensas , et plena reponunt Pocula : Panchaeis adolescunt ignibus arae. Et mater : « Cape Maeonii carchesia Bacchi ; Oceano libemus, n ait. Simul ipsa precatur Oceanumque patrem rerura, Nymphasque sorores, Centum quœ silvas, centum quae flumina servant. Ter liquido ardentem perfiidit nectare Vestam : Ter flamma ad summum tecti subjecta reluxit.

Omine quo firmans animum , sic incipit ipsa:

« Est in Carpathio Neptuni^rgite vates Caeruleus Proteus, magnum qui piscibus aequor Et juncto bipedum curru metitur equorum.

Hic nunc Emathiae portus patriamque revisit Pallenen ; hune et Nymphae veneramur, et ipse Grandaevus Nereus; novit namque omnia vates, Quae sint, quae fuerint, quae mox ventura trahantur. Qûîppe ita Neptuno visum est, immania cujus Armenta et turpes pascit sub gurgite phocas.

Hic tibi , nate, prius vinclis capiendus, ut omnem Expédiât morbi causam , eventusque secundet.

Nam sine vi non uUa dabit praecepta, neque illum

Qui, roulant à miyqfie des campagnes fécondes , Couit dans les vastes mers ensevelir ses ondes.

Mais enfin il arrive à ce brillant palais , Que les flots ont creuse dans un roc toujours frais : Sa mère en Técoutant sourit, et le rassure ; Les Nymphes sur ses mains épanchent une eau pure , Offrent pour les sécher de fins tissus de lin ; On fait fumer l'encens, on fait couler le vîn. « Prends ce vase, ô mon fils : afin qu'il nous seconde, Invoquons l'Océan (49), le vieux père du monde. *

Et vous, reines des eaux, protectrices des bois, ' ^

Entendëz-moi , mes sœurs. » Elle dit; et trois fois ' Le feu sacré reçut la liqueur pétillante :

Trois fois jaillit dans l'air une flamme brillante. •

EUe accepte l'augure, et poursuit en. ces mots :

« Protée (5°), 6 mon cher fils , peut seul finir tes mau^^ C'est lui que nous voyons , sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Amphitrite. Pallène(^») est sa patrie; et, dans ce même jour, Vers ces bords fortunés il hâte son retour.

Les Nymphes, les Tritons, tous , jusqu'au vieux IS^rée,

Respectent de ce dieu la science sacrée ; >il

Ses regards pénétrants , son vaste souvenir, Embrassent le présent, le passé, l'avenir; Précieuse faveur du dieu puissant des ondes, Dont il pait les troupeaux dans les plaines profondes. Par lui tu connoîtras d'où naiss^t tes revers;

^^K' .Ppf^ftHOICON LIB.<1V. ^ T.39S-

Orando flectes ; vim duraïà^tf|ttuk capto Tende j doVi ci rcu in haec d«^^E^^^Eèntur inanes. lpsiegSttM»™<''Ji'^^ quuinsol^9|HP^taestus, (Jii iim sitiunt hcrbœ, et pecofijam gratior umbra est. In sécréta senis dulkm , quo'fffiïits ab undis Se recipit , fecile ut somno aggredrare jacentem. Verum ubi correptum manibus vinclisque tenebis, Tum varia^udent species atque on^rarum.

FÏEt inim mdiito sus horridus, atraque tigria,

^ Squamosusqu^ draco , et fulva cervice lesena ; ^ut acrem flAanx sdhitum dabit, atque ita vinclis |, aui in aquas tenues dilapsus abibit.

lautolUe magis fonnas se vertet in omnes, i», nate, m^gis contende tenacia vincla ; Donec talis erit mutato corpore, qualem Videris , incepto tegergjt^uum lumina somno. >■

^ Hsec ait, et bquidu^Rnbrosiae diffudit odorem,

^ Que totum nati corpus perduxit ; at illi Dulcis compositis spiravit crinibus aura, Atque habilis membrîs venit vigor. Est specus ingens Exesi laterc ia mentis, quo plurima vente Oofpturt inque sinus scindit sese unda reductos, Deprçusis olim statio tutissima nantis.

Intus se vasti Proteus tegit objice saxi.

Hic juvenem in latebris aversura a lumine Nympha Collocat : ipsa procul nebulis obscura resistit. Jam rapidus torrens sitientes Sirius Indos

Mais il faut qu'on l'y force en le chargeant de fers.

On a beau l'implorer; son cœur, sourd à la plainte.

Résiste à la prière, et cède à la contrainte.

Moi-même, quand Phébus, partageant Thorizon,

De ses feux dévorants jaunira le gîizon, ' •

A l'heure où les troupeaux goûtent le frais de l'ombre,

Je guiderai tes pas vers une grotte sombre,

Où sommeille ce dieu, sorti du sein des flots.

Là tu le surprendras dans les bras du repos.

Mais à peine on l'attaque, il fuit, il prend la forme

D'un tigre furieux , d'un sanglier énorme ;

Serpent, il s'entrelace; et lion, il rugit;

C'est un feu qui pétille , un torrent qui mugit.

Mais plus il t'éblouit par mille formes vaines.

Plus il faut resserrer Tétreinte de ses chaînes ,

Redoubler tes assauts , épuiser ses secrets ,

Et forcer ton captif à reprendre ses traits. »

Sur son fils, à ces mots, sa main officieuse

Répand d'un doux parfum l'essence précieuse :

Cette pure ambroisie embaume ses^ cheveux.

Rend son corps plus agile et ses bras plus nerveux.

Au sein des vastes mers s'avance un mont sauvage

Où le flot mugissant, brisé par le rivage.

Se divise , et s'enfonce en un profond bassin ,

Qui reçoit les nochers dans son paisible sein.

Là , dans un antre obscur se retiroit Frotée :

Cyrène le prévient, y conduit Aristée,

Le place loin du jour dans l'ombre de ces lieux,

Se couvre d'un nuage , et se dérobe aux yeux.

Déjà le chien brûlant dont l'Inde est dévorée T.n. GioBG. 17

258 GEORGICON LIB. IV. t 4i6.

Ardebat cœlo , et médium sol ig^eus orbem Hauserat; arebant herbae, et cava flumina siccis Faucibus ad limum radii tepefacta coqucbant, Quum Prpteiis consueta petens e fluctibus antm Ibat : eum vastlcircum gens humida ponti Exsultans, rorem la te dispergit amarum.

Sternunt se somno diversae in litore phocsa Ipse, velut stabuli custos in montibus olim, Vesper ubi e pastu vitulos ad tecta reducit, Auditisque lupos acuunt balatibus agni, Gonsidit scopulo médius, numerumque recenset.

Cujus Aristaeo quoniam est oblata facultas, Vix defcssa senem passus componere membca, Cum clamore ruit magno, manicisque jacentem Occupât. Ille, suœ contra non immemor artis, Omnia transformat sese in miracula rerum, Ignemque,horribilemqueferam,fluviumqueliquentem. Verum ubi nulia fugam reperit pellacia, victus In sese redit, atque liominis tandem ore locutus : a Nam quis te, juvenum confidcntissime, nostras Jussit adiré domos? quidve hinc petis? » inquit. At ille: « Scis, Proteu , scis ipse ; neque est te lallere cuiquam : Sed tu desîne viHe : deum praecepta secuti Venimus hinc lapsis quœsitum oracula rébus. » Tantum efFatus. Ad hscc vates vi denique multa Ardentes oculos intorsit lumine glauco.

Et graviter frendens, sic fatis ora resolvit :

Vomissoit tous ses feux sur la plaine altércSe ; Déjà Fardent midi , desséchant les ruisseaux , Jusqu'au fond de leur lit avoit pompé leurs eaux : Pour respirer le frais dans sa grotte profonde, Protée en ce moment quittoit le sein de Tonde ; Jl marche ; près de lui le peuple entier des mers Bondit, et fait au loin jaillir les flots amers : Tous ces monstres épars s'endorment sur la rive. Alors, tel qu'un berger, quand la nuit sombre arrive, Lorsque le loup s'irrite aux cris du tendre agneau , Le dieu sur son rocher compte au loin son troupeau.

A peine il s'assoupit, que le fils de Cyrène Accourt, pousse un grand cri, le saisit et l'enchaîne. Le vieillard de ses bras sort en feu dévorant ; Il s'échappe en lion , il se roule en torrent. Enfin, las d'opposer une défense vaine , Il cède ; et se montrant sous une forme humaine : « Jeune imprudent, dit-il, qui t'amène en ces lieux? Parle, que me veux-tu? » «Vous le savez, grand dieu^ Oui, vous le savez trop, lui répond Aristée; Le livre des destins est ouvert à Protée :

L'ordre des immortels m'amène devant vous :

Daignez...» Le dieu, roulant des yeux pleins de courroux v A peine de ses sens dompte la violence.

Et tout bouillant encor rompt ainsi le silen^

260 Ç^ORGICOrî LIE, IV. t. 453.

ce Non te nuUius exercent numinis irse.

Magna luis conimissa : tibi bas miserabilis Orpheus Haudquaquam ob meritum pœnas, ni fata résistant, Suscitât, et rapta graviter pro conjuge saevit. nia quidem, dum te fugeret per flumina praeceps, Inunanem ante pedes bydrum moritura puella Servantem ripas alta non vidit in berba.

At cborus aequalis Dryadum ciamore supremos Implerunt montes ; flerunt Rbodopeiae arces^ Altaque Pangaea, et Rhesi Mavortia tellus, Atque Getae, atque Hebrus, et Actias Orithyia. Ipse cava solans aegrum testudine amorem.

Te, dulcis conjux, te solo in litore secum, Te, veniente die, te, decedente, canebat.

Taenarias etiam fauces , alta ostia Ditis , Et caligantem nigra formidine lucum Ingressus, Manesque adiit^ regemque tremendum, Nesciaque humanis precibus mansuescere corda. At cantu commotae Erebi de sedibus imis Umbrae ibant tenues, simulacraque luce carentuni, Quam multa in silvis avium se millia condunt, Vesper ubi, aut hibernus agit de montibus imber : Matres, atque viri, defunctaque corpora vita Magnanimum heroum, pueri, innuptaeque puellae, Impositique rogis juvenes ante ora parentum , Quos circum limus niger, et defbrmis arundo Gocy ti j|pirdaque palus inamabilis unda

«Tremble, un dieu te poursuit ! pour venger ses douleurs, Orphée a sur ta tête attiré ces malheurs ; Mais il n'a pas au crime égalé le supplice.

Un jour tu poursuivois sa fidèle Eurydice (^^); Eurydice fuyoit, hélas ! et ne vit pas Un serpent que les fleurs receloient sous ses pas. La mort ferma ses yeux : les Nymphes ses compagnes De leurs cris douloureux remplirent les montagnes; Le Thrace helliqueux lui-même en soupira ; Le Rhodope en gémit, et TÈbre en murmura.

Son époux s'enfonça dans un désert sauvage :

Là, sélil, touchant sa lyre, et charmant son veuvage. Tendre épouse ! c'est toi qu'appeloit son amour. Toi qu'il pleuroit la nuit, toi qu'il pleuroit le jour. C'est peu : malgré l'horreur de ses profondes voûtes , Il franchit de l'enfer les formidables routes ; Et, perçant ces forêts où régne un morne effroi. Il aborda des morts l'impitoyable roi , Et la Parque inflexible, et les pâles Furies, Que les pleurs des humains n'ont jamais attendries. Il chantoit; et ravis jusqu'au fond des enfers. Au bruit harmonieux de ses tendres concerts , Les légers habitants de ces obscurs royaumes , Des spectres pâlissants , de livides fantômes, Accouroient, plus pressés que ces oiseaux nombreux Qu'un orage soudain ou qu'un soir ténébreux Rassemble par miUiers dans les bocages sombres ; Des mères , des héros, aujourd'hui vaines ombres, Des vierges que l'hymen attendoit aux autels, Des fils mis au bûcher sous les yeux paternels,

262 6E0RGIC0N LIB. IV. t. 480.

Âlligat , et novies Styx interfîisa coercet. Quin ipsae stupuere domus, atque intima Lethi Tartara , cderuleo$que implexae crinibus angles Eumenides , tenuitque inhians tria Cerberus ora , Atque Ixionii vento rota constitit orbis.

« Jamque pedem referens, casus evaseratonmes, Redditaque Eurydice superas veniebat ad auras, Pone sequens , namque banc dederat Proserpina legem ; Quum subita incàutum dementia cepit amantem , Ignoscenda quidem , scirent si igposcere Mânes ! .

« Restitit, Eurydicenque suam jam luce sub ipsa Immemor, heu ! victusque animi, respexit. Ibi omnis EfFusus labor, atque immitis rupta tyranni Fœdera, tcrque fragor stagnis auditus Avernis. nia , « Quiset me , iuqult , miseram, et te perdidit , Orpheu ! Quis tantus fiiror ! en iterum crudelia rétro Fa ta vocant, conditque natantia lumina somnus.

Victimes que le Styx, dans ses prisons profondes, Environne neuf fois des replis de ses ondes; Et qu'un marais fangeux, bordé de noirs roseaux, Entoure tristement de ses dormantes eaux.

L'enfer même s'émut ; les fières Euménides Cessèrent d'irriter leurs couleuvres livides; Ixion immobile écoutoit ses accords ; L'hydre affreuse oublia d'épouvanter les morts ; Et Cerbère , abaissant ses têtes menaçantes , Ketint sa triple voix dans ses gueules béantes.

« Enfin il revenoit triomphant du trépas :

Sans voir sa tendre amante , il précédoit ses pas ; Proserpine à ce prix couronnoit sa tendresse : A*

Soudain ce foible amant, dans un instant d'ivresse, Suivit imprudemment l'ardeur qui l'entraînoit. Bien digne de pardon , si l'enfer pardonnoit !

« Presque aux portes du jour, troublé, hors de lui-même. Il s'arrête, il se tourne.. ..il revoit ce qu'il aime ! C'en est fait; un coup d'œil a détruit son bonheur; Le barbare Pluton révoque sa faveur, Et des enfers, charmés de ressaisir leur proie. Trois fois le gouffre avare en retentit de joie. Eurydice s'écrie : « O destin rigoureux !

Hélas ! quel dieu cruel nous a perdus tous deux? Quelle fureur ! voilà qu'au ténébreux abîme Le barbare destin rappelle sa victime.

Adieu; déjà je sens dans un nuage épais Nager mes yeux éteints, et fermés pour jamais. Adieu , mon cher Orphée ! Eurydice expirante En vain te cherche encor de sa main défaillante ;

S564 GEORGICON LIE. IV. t 497

Jamque vale! feror ingenti circumdata nocte, Invalidasque tibi tendens , heu ! non tua , palmas. »

« Dixit, et ex oculis subito, ceu fîimus in auras Commixtus tenues, fugit diversa; neque illum, nPrensantem nequicquam umbras, et multavolentem Dicere, praeterea vidit ; nec portitor Orci . Amplius objectant passus transire paludem.

Quid faceret? Quo se rapta bis conjuge ferret? Quo fletu Mânes, qua numina voce moveret?

Illa quidem Stygia nabat jam frigida cymba.

^^P V Septem illum totos perhibent ex ordine menses Rupe sub aeria, deserti ad Strymonis undam Flevisse, et gelidis haec evolvisse sub an tris, Mulcentem tigres, et agentem carminé quercus. Qualis populea mœrens Philomela sub umbra Amissos queritur fétus, quos durus arator Observans nido implumes detraxit : at illa Flet noctcm, ramoque sedens miserabilc carmen Intégrât , et mœstis late loca questibus implct. Nulla Venus, nuUiquc animum flexere liymenaei. Solus Hyperboreas glacies, Tanaimque nivalem, Arvaque Rhipaeis numquam viduata pruinis Lustrabat, raptam Eurydiccn atque irrita Ditis Dona querens. Spretae Giconum quo munere matres, Inter sacra deum, nocturnique orgia Bacchi, Discerptum latos juvenem sparsere per agros.

L^horrible mort, jetant un voile autour de moi, M'entraîne loin du jour, hélas ! etldin de toi. »

a Elle dit, et soudain dans les airs s'évapore. Orphée en vain l'appelle , i^iwain la suit encore , Il n'embrasse qu'une ombre ; et l'horrible nocher De ces bords désormais lui défend d'apjô'ocher. % Alprs, deux fois privé d'une épouse si chère. Où porter sa douleur? où traîner sa misère ?

|Par quels sons, par quels pleurs fléchir le dieu des morts? Déjà cette ombre froide arrive aux sombres bords.

« Près du Strymon glacé , dans les antres de Thrace, Durant sept mois entiers il pleura sa disgrâce : Sa voix adoucissoit les tigres des^éserts.

Et les chênes émus s'inclinoient dans les airs. Telle sur un rameau {^^) durant la nuit obscure , Philoméle plaintive attendrit la nature, Accuse en gémissant.l'oiseleur inhumain, Qui, glissant ^^^^HHp^^ une furtive main, Ravit ces tendre«4|j||9K que l'amour fit éclore , Et qu'un léger duvet ne couvroit pas encore.

Pour lui plus de plaisir, plus d'hymen, plus d'amour. Seul parmi les horreurs d'un sauvage séjour, Dans ces noires forêts du soleil ignorées , Sur les sommets déserts des monts hyperborées. Il pleuroit Eurydice, et, plein de ses attraits, Reprochoit à Pluton ses perfides bienfaits.

En vain mille beautés s'efforçoient de lui plaire : Il dédaigna leurs feux; et leur main sanguinaire, La' nuit, à la faveur des mystères sacrés, Dispersa dans les champs ses membres déchirés.

266 GEORGICON LIE. IV. t. 5,3.

Tum quoque marmorea caput a cervice revulsum Gurgite quum medio portans Œagrius Hebrus Vôlveret, Eurydicen vox ipsa et frigida lingua. Ah miseram Eurydicen ! anima fhgiente, vocabat: £prydicen toto referebant flumine ripae. »

Haec Proteus , et se jactu dédit aequor in altum; Quaque dédit, spumantem undam sub vertice torsit. At non Cyrene ; namque ultro affeta timentem : | « Nate, licet tristes animo deponere curas.

Haec omnis morbi causa ; bine miserabile Nymphae, Cum quibus illa clj»ros lucis agitabat in altis, Exitium misère apious : tu munera supplex Tende , petens pacem , et faciles venerare Naj>aeas ; Namque dabunt veniam votis, irasque rémittent. Sed, modus orandi qui sit, priùs ordine dicam. Quatuor eximios praestanti ^tattr^ tauros, Qui tibi nunc viridis depascujpiumma Lycaei, Delige, et intacta totidem cervice juvencas.

Quatuor bis aras aita ad delubra dearum Constitue, et sacrum jugulis demitte cruorem, Corporaque ipsa boum frondoso desere luco.

Post, ubi nona suos Aurora ostenderit ortus, Inferias Orpbei lethaea papavera mittes ; Placatam Eurydicen vituia venerabere caesa , Et nigram mactabis ovem , lucumque revises. »

Haud mora : continuo matris praecepta facessit. Ad delubra venit , monstratas excitât aras ;

GÉORCIQUES, LIV. IV. 267

L'Èbre roula sa tête encor touta sanglante :

Là, sa langue glacée et sa voix expirante, Jusqu'au oernier soupir formant un foible son, D'Eurydice, en flottant, murmuroit le doux nom : Eurydice ! ô douleur '.•Touchés de son supplice. Les échos répétoient Eurydice ! Eurydice ! »

• Le devin dans la mer se replonge à ces mots , Et du gouffre écumant fait, tournoyer les flots. Cyrène de son fils vient cahner les alarmes : a Cher enfaftt, lui dit-eUe, essuie enfin tes larmes ; Tu connais ton destin. Eurydice autrefois Accompagnoit les chœurs des Nymphes de ces bois ; Elles vengent sa mort : toi , fléchis leur colère : On désarme aisément leur rigueur passagère.

Sur le riant Lycée, où paissent tes troupeaux, Va chdKr à Finstant quatre jeunes taureaux; Choisis un nombire égal de génisses superbes , Qui des prés émaillés foulent en paix les herbes ; Pour les sacrifier élève quatre autels ; Et, les faisant tomber sous les couteaux mortels , Laisse leurs corps sanglants dans la forêt profonde. Quand la neuvième aurore éclairera le monde , Au déplorable époux dont tu causas les maux, Offre une brebis noire et la fleur des pavots ;

Enfin, pour satisfaire aux mânes d'Eurydice, *4êK

De retour dans les bois , inmiole une génisse. »

Elle dit : le berger dans ses nombreux troupeaux Va choisir à Finstant quatre jeunes taureaux;

268 GEORGICON LIE. IV. t.55o>

Quatuor eximios prœstanti corpore tauros Ducit, et intacta totidem cervice juvencas»

Post, ubi nona suos Aurora induxerat omis, jnferias Orpheî mittit, lucumque revisit.

Hic vero, subitum ac dictu mirabile monstrum ! Adspiciunt liquefacta boum per viscera toto Stridere apes utero, et ruptis efFervere costis, Immensasque trahi nubes, jamque arbore summa Confluere, et lentis uvam demittere ramis.

Haec super arvorum cuitu pecorumque canebam , Et super arboribus , Caesar dum magnus ad altum Fulminât Euphraten bello, victorque volentes Per populos dat jura, viamque afiectat Olympe. lUo Virgilium me tempore dulcis alebat Parthenope, studiis florentem ig^nobilis oti, Garmina qui lusi pastorum, audaxque juventa, Tityre, te patulse cecini sub tegmine fegi.

FINIS GEORGICON.

Immole un nombre égal de génisses superbes,

Qui des prés émaiUés fouloient en paix les herbes.

Pour la neuvième fois quand Faurore parut,

Aujnalheureux Orphée il offrit son tribut,

Et rentra plein d'espoir dans la forêt profonde,

O prodige! le sang, par sa chaleur féconde.

Dans le flanc des taureaux forme un nombreux essaim ;

Des peuples bourdonnants s'échappent de leur sein,

Gomme un nuage épais dans les airs se répandent,

Et sur Farbre voisin en grappes se suspendent.

Ma muse ainsi chantoif les rustiques travaux. Les vignes, les essaims, les moissons, les troupeaux. Lorsque César (^4), Famour et Feffroi de la terre, Faisoit trembler FEuphrate au bruit de son tonnerre , Bendoit son joug aimable à Funivers dompté.

Et marchoit à grands pas vers Fimmortalité.

Et moi je jouissois d'une retraite obscure; Je m'essayois dans Naple à peindre la nature, Moi qui, dans ma jeunesse, à Fombre des vergers, Célébrois les amours et les jeux des bergers.

FIN DES GÉORGIQUES

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