‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 21 sur 25 · DU LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DU LIVRE QUATRIÈME

« (') Progné, tablante encor da meurtre de ton fils.

^hirondelle porte des marques rouges sur là poitrine ; c^est ce qui a fait ima^ner la.fable de Progné.

(') Ainsi , lorsqu'au printemps développant ses ailes , Le nouveau roi conduit ses peuplades nouvelles...

On sait actuellement que c^est une reine et non pas un roi. Swammecdam a disséqué des mères abeilles dans le temps de leur ponte, et leur a trouvé Fovaire rempli d^une quantité prodigieuse de jpetits œufs; dont plusieurs pouvoient se distinguera la simple vue, sans le secours de la loupe. M. Maraldi les a observées dl^s le temps même de leur ponte , et M. de Réaumur les a surprises dans des moments plus décisifs encore. p

(^) Un suc plus onctueux quela gomme des bois.

C'est la propoUsf nom qui lui a été donné par les anciens, et que les modernes lui ont conservé. Cette matière est différente de la cire et du miel ; c'est une résine extrêmement ^;^squeuse, d'un brun rougeâtre, qui répand communément « 'iilhie odeur agréable lorsqu'elle est échauffée, et qui se dissout . facilement dans l'esprit-de-vin tt l'huile de térébenthine : elle varie pour la consistance et pour la couleur qui est plus ou moins foncée, et pour l'odeur qui est plus ou moins aromatique. Les anciens, à qui ces différences n'avoient point échappé , reconnoissoient trois sortes de propolis, auxquelles

ils avoient même donné des noms. La première ^ qui etoit noirâtre, et la plus amère au goût, ils la nommoient como^ sis; la Seconde sorte, qui avt>it beaucoup moins de consistance, ils Favoient appelée pissoceros; et ils avoient réservé le nom de pwpolis pour la troisième espèce, qui éto;t moins visqueuse que les deùx.autres, et se rapprochoit davantage de la nature de la cire. On ignore encore quels sont les plantes et les arbres qui fournissent cette matière aux abeilles, et jamais on n'a pu les tiyu£b occupées à cette récolte: il paroît cependant que cette découverte ne seroit point difficile à faire.

C'est à boucher les crevasses de leur habitation que les abeilles emploient communément la propolis. Cependant dans des occasions particulières, elles savent en faire un usage qui prouve l'étendue de leurs vues, et les ressources de leur esprit. M. Maraldi vit un jour un gros limaçon qui eut l'imprudence d'entrer dans une ruche: aussitôt l'imbécile animal fut expédié par lesAiouches. Mais ce n'étoit point là le plus difficile : il s'agissoit de transporter au dehors le cadavre, dont l'odeur lau roi t pu les infecter par la suite. C'étoit une masse énorme ; toutes les forcjes de nos petites abeilles réunies ne pouvoient la soulever : le cas étoit eint^rrassant. Dans une circonstance aussi critique, elles eurent recours à leur propolis, dont elles, masquèrent le corps de leur ennemi mort, et l'embaumèrent conune une momie.

Dans l'histoire des animaux , les faits généraux qui ap" partiennent à l'espèce entière, qui sont copiés fidèlement par toutes les générations qui se succèdent , et qui se renouvellent perpétuellement avec une régularité invariable, ne sont pas ceux qui prouveroient le plus en faveur de leur intelligence. La régularité même de c^s actions devient suspecte: on croit y entrevoir une sorte de nécessité, de mécanisme aveugle ; et notre raison, qui est si changeante, si capricieuse et si déréglée, nous ne sommes point portés

à la recoânottre dans des mouTements aussi constants et dans des opérations aussi uniformes. Ce qui fait le plos d'honneur à Findustrie des animaux, ce sont, pour ainsi dire, leurs anecdotes secrètes, les faits particuliers, les événements rares et imprévus, qui supposent une réflexion subite, une détermination prompte ; et si Ton avoit un certain nombre de faits pareils, recueillis avec soin, et vérifiés avec scrupule, la fameuse question du machinisme des bétet ne tardçroit pas à ètrRétidée.

(4) Loip dt là sur le fiea fait rougir récrevissé.

Il tie Êiut pas faire g^rande attention aux conseils que Virgile donne ici. Il est à croire que le vif attachement qu'ont inspiré les abeilles a pu mettre quelquefois de Texcès et de^a tin^^l'^ dans les précautions que Ton a prises pour les conserve^ 11 est prouvé maintenant que les vapeurs du limon, toutes les odeurs fortes, celle du fumier,' de Furine même , leur conviennent.^raisemblablement celledéss écre^ visses brûlées ne leur seroit pas plus funeste : cependaùt je n^en ai point de certitude ; et il est fort étonnant qu'aucun de ceux qui ont écrit Thisto^des abeilles n'ait pris la

peine de faire cette épreuve.

(') Défends à Tif impur d'ombrager lenr maison.

Cest ce qu'on observe encore en Languedoc, où l'on éloigne des ruches, non seulement Pif, mais le tithymale, la jusquiane, la ciguë, et en général toutes les plantes amères et venimeuses, dont le suc donneroit au miel une mauvaise ^alité. On peut se rappeler que, dans la fameuse réti^aîtedesdix mille, les soldats grecs, ayant mangé auprès de Trébisonde une quantité de miel considérable, éprouvèrent pendant plusieurs jours les crises les plus violentes, qui les mirent aux dernières extrémités. M. de Tomv nefort, qui s'est transporté sur les lieux, dans ses voyages du Levant, croit avoir reconnu la plante dont les abeilles

avoient tiré un miel aussi funeste. Elle est de Fespéce de celles que les botanistes appellent d'un nom bien barbare, chamœrododrendon.

(^) Bientôt abandonnant les luchetiiuiternellet...

C'est un grand événement que la sortie d'un essaim, et pour les propriétaires des mouches, dont les essaims sont le principal produit, et pour les abeilles, qui abandonnent leur patrie, leurs foyers, une ville toute bâtie, pour aller former un établissement tout nouveau dans une demeure totalement inconnue. Cet événement s'annonce par plusieurs signes extraordinaires : un bourdonnement plus fort et plus continu dans l'intérieur de la ruche ; l'interruption de presque tous les travaux pendant un jour ou deux qui précédent l'émigration; et l'agitation tumultueuse des mouches qui se rassemblent en foule à la porte, s'y entassent les unes sur les autres , forment une grosse masse de groupes très épais, et semblent préluder, par tous ces mouvements fréquents, au mouvement général qui doit ébran-* 1er une partie de la nation. Les essaims prennent l'essor en différents temps de l'année, suivant que les chaleurs sont plus ou moins fortes, le temps plus ou moins serein, les fleurs du canton plus ou moins précoces ; et à différentes heures du jour, suivant que la ruche est plus ou moins exposée au midi ou au nord , au levant ou au couchant. Cependant, dans ce climat, il est rare qu'ils se déterminent à sortir plus tôt que la mirmai, et plus tard qu'à la mi-juillet. Pour l'heure du jour, c'est communément depuis dix à onze heures du matin jusqu'à trois heures après midi, lorsque le soleil est dans sa plus grande force, et que sa chaleur, augmentant celle qu'a produite le grand nombre des abeilles , leur rend leur demeure insupportable.

Pour que les essaims se mettent en marche, il faut qu'ils soient accompagnés d'une reine qui ait été fécondée, et qui puisse perpétuer le nouvel état. Toutes les fois que différents

T.n. GÉORO. j8 a

accidents auront fait périr les reines qui dévoient conduire la nouvelle colonie, il n^ aura plus d^émigration , et les abeilles s'obstineront à rester dans leur ancienne demeure, quoiqu'elle soit devenue trop étroite pour contenir le grand nombre des habitants. Alors on n'a point d'autres ressources , que de leur donner ce qu'on appelle des hausses; ce sont des cercles de la même matière et du même diamètre , dont on élève et agrandit leurs paniers : en augmentant ainsi Petendue de leur logement, on prévient les inconvénients d'une .population trop nombreuse, et on les met à portée de continuer leurs travaux.

' Lorsqu'un essaim a pris enfin l'essor, il voltige pendant quelque temps dans l'air avec une sorte d'irrésolution, et puis va s'abattre sur une branche d'arbre : alors on prépare une ruche qu'on a pris soin de frotter de mélisse ou -de thym ; et secouant la branche, on fait tomber l'essaim dans la ruche.

Lorsqu'il s'élève assez haut pour qu'on puisse appréhender . de le perdre, on lui jette du sable et de l'eau : cette aspersion faisant l'effet de la pluie , que les abeilles redoutent , les force de descendre pour se fixer dans un endroit qui soit plus à portée. Il y a des pays où l'on suit encore l'usage des anciens, de frapper sur dies chaudrons ou sur des bassins de cuivre. On croit imiter par-là le bruit du tonnerre, et retenir les essaims par la peur de l'orage : mais nos naturalistes et nos écrivains économiques ont reconnu et démontré l'insuffisance de ce moyen; et la preuve en est que, lorsque les abeilles sont dispersées aux champs pour leur récolte, on a beau les étourdir du bruit des chaudrons, on ne les en voit pas plus intimidées, ni plus empressées à revenir. . Il est vraisemblable que cette pratique bizarre doit son origine à la superstition païenne , et k l'usage où l'on étoit , dans les fêtes de Gybéle , de frapper sur des bassins de cuivre , en mémoire d'un bruit pareil qu'avoient fait les Gorybantes en faveur de Jupiter. On sait que le vieux Saturne

ayant la manie de dévorer tous ses enfaqts, sa femme Gybèle voulut au moins dérober celui-ci à ^{p^reur ; qu'elle le fit cacher avec soin dans un antre du mont Ida, quW nommoit Dictys; et qu'dle engagea les Corybantes, qui étoient ses ministres et ses prêtres , à faire autour du berceau de son fils un si beau tintamarre , que les cris de son enfant ne pussent point percer. On sait aussi que nos abeilles jouèrent , avec les Corybantes, un grand rôle dans cette im- Hportante affaire ; que ce fut à leur miel que Jupiter dut la conservation de ses jours , et qu'elles eurent la gloire d'être les ^nourrices du plus grand des dieux. Il est bien étrange qu'un usage inutile, ridicule, fondé sur une tradition aussi absurde et aussi puérile , se soit conservé fidèlement jusqu'à nous, et que nos fermiers fassent encore tous les jours, sans le savoir, les honneurs du berceau de Jupiter.

(7) Fais broyer en ces lieux la mélisse on le thym.

Il y a dans le texte , trita milisphylla , et cerinthœ igno' bile gramen. La mélisse est une plante à plusieurs tiges, hautes d'une coudée , carrées , dures , et ais^ à rompre ; ses feuilles sont noirâtres , d'une odeur de citron , et d'un goût un peu acre. Il y a plusieurs espèces de cérinthes décrites par les modernes; il est probable que celle des anciens est celle qu'on appelle Cerinthe flavo flore asperior: c'est une des herbes les plus conununes de l'Italie et de la Sicile.

Biais lorsque entre deut rois l'ardente ambition Allume les flambeaux de la division...

Il y a du vrai dans ce que Virgile dit ici sur les dissensions qui sont occasionées par la pluralité des reines; mais ce vrai se trouve mêlé de quelques erreurs, dont plusieurs appartiennent au philosophe Aristote, et les autres ne doivent être mises que sur le compte de la poésie.

Quand les essaims oDl^arb l'essor, il se trouve souvent plusieurs reines , et danâ^ la ruche-mère qu'ils viennent de

ii^

quitter, et d^s la nouvelle où ils commencent à s^établir : alors le désoiS^se met effectivement parmi les abeilles, les ouvrages sont interrompus , et la paix et l'activité ne reviennent que lorsque les causes du trouble ont cessé, et que toutes les reines surnuméraires ont été mises à mort. On ignore si c'est la reine-mère qui se charge de cette barbare exécution, ou si ce sont ses sujets qui s'écartent pour cette fois de leur amour inviolable pour leurs chefs , et les sacrifient au rqxi^ de rétat Ce qu'il y a de certain , c'est que le combat ne mr livre jamais que dans l'intérieur de la ville , et tout le carnage se borne à-peu-près à celui des reines surnuméraires. Aind la pompeuse description de ces armées commandées par leurs rois , et de cette bataille sanglante qui se livre dans les champs de l'air, sont de l'imagination du poëte, qui, en cherchant à flatter les objets, a manqué leur ressemblance.

L'unité d'une reine chez les abeilles est un point fondamental de leur gouvernement, et un fait incontestable dans leur histoire. M. de Réaumur a plongé dans l'eau un grand nombre de ruches , dans différents temps de l'année; et, après en avoir examiné toutes les mouches les unes après les autres, il n'a jamais pu y découvrir qu'une seule mère. Le seul temps où il en parott plusieurs , c'est au printemps, lorsque la nation s'est renouvelée par la fécondité de la reine-mère, et que les jeunes essaims ont besoin d'un nouveau chef. Ce fait , dont on ne peut douter, n'a pas été indiqué avec assez de précision , et annoncé avec assez de confiance.

En revanche , ils nous ont donné une erreur de plus, pour une vérité qu'ils ont omise. Ils ont dit que les abeilles immoloient ceux de leurs chefs qui étoient les plus séditieux et les plus méchants. C'est faire assurément bien de l'honneur à la morale et à la politique des abeilles.

Il y a d'autres combats de ces peuples , qui sont plus sérieux et plus meurtriers que ceilv^qui se livrent à l'occasion de la pluralité des reines ; c'est lorsqu'un essaim a l'injustice

oo Imprudence de se loger dans une ruche déjà occupée par on autre corps dVibeiUes : alors il s'allume entre les deux partis une guerre très opiniâtre , qui dure même plusieurs jours: on combat sans relâche, et avec acharnement, depuis le matin jusqu'au soir; et le champ de bataille se trouve à la fin jonché de plusieurs milliers de morts.

Il est assez inutile de parler maintenant des petits combats particuliers qui se livrent fréquemment d'abeille à abdlle, et qui se terminent asses souvent par la mort des deux champions : ce sont de petits faits peu intéressants , après les grands événements dont nous avons fait le récit , et qui n'injl^ent pas sur la fortune de la ruche , comme ces grandes aàprres nationales qui emportent la moitié de ses habitante

(9) Et dam un foible corps s'allnme an grand courage.

Ge vers est de M. Racine le fils.

("*) n font, comme les rois, <^stingaer les sajets.

La distinction des deux espèces d'abeilles est une chimère d'Aristote, qui nfa d'autre fondement que les différences que l'âge apporjjplans la couleur de ces insectes..Les jeunes abeilles sont grises , et même brunes ; elles deviennent rougeâtres lorsqu'elles vieillissent.

(**) Qdî dompte l'âpretë d'nn ym fongueux et dur.

Les anciens mettoient du miel dans les vins forts.

('^) Arrache seulement les ailes de ses rois.

Ce précepte est-il bien praticable? Gomment prendre les rois? comment les choisir au milieu de cette fdule de sujets? Cependant G)lumdle et Pline ont prescrit la même chose que Virgile. Columelle nous apprend comment on peut prendre le roi impunément; c'est, dit-il, en frottant sa main de baume. Mais la difficulté de le saisir ne subsiste pas

moins. Cependant j^ai entendu dire à un de mes amis qu'il avoit vu , près de Londres , une personne qui avoit trouvé Part d'apprivoiser les reines , et par ce moyen de gouverner sans peine tout ce petit peuple, religieux adorateur de ses souverains.

i(*') Qu^ Priape, en ces lieux ^^^écarte avec ta faux...

Il y a dans le texte, Hellespontieun servet tutela Priapi. Priape étoit adoré principalement à Lampsaque, ville bâtie sur FHellespont*

(^) Si mon vaitsean , long-temps égare loin da bord , Ne se hâtoit enfin de regagner le porc , Pent-étre je peindrois les lienz chéris de Flore... Hk

On sait que Rapin a saisi ce sujet présenté par Virgile(*). Cet ouvrage estimable le seroit encore plus , si les épisodes étoient moins froids.

(■^) Le narcisse en mes yers s'empresseroit d'éclore.

D'après la description que les anciens nous ont donnée de leur narcisse, M. Martyn , botaniste anglois, croit le reconnoitre dans le narcissus albus circulmÊprpureo , et dans une autre6Bpéce appelée narcissus albus t^nUo croceo minor,

(*^) Les roses m'ouvriroient leurs calices brillants.

Il y a dans le texte , biferique rosaria PœstL La ville de Pœstum n'est plus aujourd'hui qu'un village appelé Pesti^ dans la Lucanie, c'est-à-dire dans la Calabre. Ce paysétoit autrefois célèbre pour ses belles roses, qui croissent deux fois dans l'année.

(*7) Je courberois le lierre et l'acanthe en berceaux.

J'ai déjà observé qu'il y avoit deux sortes d'acanthe : l'un est un arbre d'Egypte, décrit par Théophraste ; l'autre est une plante de jardin , décrite par Dioscoride. C'est d'elle qu'il

(*) Et Dclille lui-même, après Rapin , et avec bien plus de succès.

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