‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 22 sur 25 · IF · texte numérisé non relu

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s^agit ici. Ses feuilles sont phis longues et plus larges que celles de la laitue; elles sont divisées comme[ceUes de la roquette, blanchâtres, épaisses, douces au toucher; la tige est haute de deux eoudces, épaisse d'un doigt, entourée, vers le sommet, de feuilles longues et épineuses, d'où sort une fleur blanche: la semence est longue et jaune; les racines sont longues , mucilagineuses , rouges , et gluantes. Tous les botanistes conviennent que cette plante est la même que celle qu'on cultive dans les- jardins , sous le- nom de branche ursine. Elle sert d'ornement dans l'ordre corinthien. Vitruve nous rapporte ce qui y donna lieu. Un panier, couvert d'une tuile, avoit été placé, par hasard , sur une racine d'acanthe ; au printemps, la tige et les feuilles embrassèrent le panier, et , après s'être élevées jusqu'au haut , furent replia en bas par les rebords des coins de la tuile. Callimaque, fameux architecte , passant par hasard , en trouva le coup d'oeil agréable, et imita ce panier dans une colonne qu'il bâtit{à Gorinthe. Effectivement, rien ne ressemble plus à un chapiteau d'ordre corinthien, qu'un panier couvert d'une tuile , environné de feuilles d'acanthe , arrêtées et repliées par les coins de la tuile ; c'est peut-être ce qui l'a fait appeler par Virgilejîcx* acanthi, A l'égard du lierre blano, patientes hederas, j'ai déjà remarqué que nous ne connoissons point cette plante. '^

(*') Aux lienxoiMeGalèse en des phines fécondes...

Il y a dans le texte, sub OEbaliœ memini me turribus arcis Corycium vicUsse senem. Tarente est ici appelé OEbalia, du nom d'Œ6a/us, yenu de Lacédémone dans la Lucanie, où il établit une colonie , et bâtit la ville de Tarente. Le Galèse, aujourd'hui appelé Gateso^ coule dans la Galabre, et se décharge dans la mer près de Tarente Goryce étoit une ville de la Galicie, aujourd'hui nommée Curco, dans la Garamanie , vis-à-vis l'île de Ghypre.

Il n'y a personne qui ne sente la beauté de ce morceau ;

rien de si touchant , de si frais , de si naturdlement amené. Je n^en connois pas qui y ressemble davantagfe, que celui du vieillard que M. de Voltaire a peint dans le premier livre de la Uetmade : c^est le même ton de sentiment , avec des in différentes.

(*9) Loi déjà de l'acanthe émondoit les rameaux.

Ck>mment l'hiver, lorsqu'il ravageoit tout , pouvoit-il pecter les arbustes de ce vieillard? Il est probable qu'il connoissoit l'usagée des serres , et qu'il y mettoit à couvert le^ arbres , pour les sauver des rigueurs de l'hiver, et pour hâter leur verdure, ou leurs fleurs, ou leurs fruits.

(x») Le sapin pour Tabeille y distilloit ses pleurs...

Il y a seulement dans le texte , ilU tiUœ, atque uberrima pinus. J'en ai fait entendre dans ma traduction le véritable sens, qu'aucun traducteur ne paroît avoir saisL Ces tilleuls et ces pins étoient destinés à fournir non seulement de l'ombre au maître du jardin, mais encore du miel et de la cire à ses abeilles. En effet , ces arbres sont onctueux et pleins de suc. Voilà pourquoi Virgile a dit ici uberrima pinus; et dans un autre endroit, en parlant des arbres chers aux abeilles , pinguem tiliam. Les deux vers suivants en sont encore une ifeuvelle preuve:

Ergo apibus fetis idem atque examine muho Primus abundare ... ^

Ce vieillard plantoit des tilleuls et des pins : aussi , dit Virgile , voyoit-il le premier ses essaims fécondés , etc.

La liaison de ces deux vers avec les précédents dépend du mot ergOy qui a été passé par presque tous les traducteurs. Ces remarques sont, je crois, moins minutieuses qu'on ne pourroit le croire au premier coup d'œil, puisqu'elles tombent sur des méprises qui défigurent Virgile dans la plupart des traductions.

('*) Il savoit aligner, pour le plaisir des yens. Des poiriers déjà forts , des ormes déjà vienx.

Les oommentateurs n'ont pas mieox compris ce passage qne le précédent. Virgile veut dire que ce vieillard avoit trouvé le secret de transplanter des arbres déjà forts : il est aisé de s'en convaincre par les épithétes qu'il a données à chacun des arbres, qu'il nomme, seras uUnoSy edmwn pyrum, spinosjam prunafirentes^jamque tnimstrantem pUuanum pot€mtibus umbras. En efFet, Virgile, dans tout ce morceau ^ représente ce vieillard comme un cultivateur habile, qui avoit su perfectionner le jardinage. Au reste, ce secret n'a point été inconnu aux modernes. J'ai vu à Ghaulnes une aUée en« tière de tilleuls qui avoient été transplantés très grands , et qui avoient parfaitement repris. F)niifteurs endroits de Marly, grâce au génie du fameux machiniste le P. Se* bastien, se trouvèrent ombragés, comme dit Fonteneile, d'allées arrivées de la veille. Mais ce qui étoit un prodige chez le vieillard de Virgile, cesse de l'être chez les rois et les grands , où l'on est accoutumé à voir forcer la nature.

C) L'une s'en Ta des fls^trfcfp^niUer le calice.

Aussitôt que les abéifiés sont établies dans une ruche, leur premier soin , après avoir bouché avec la propolis toutes les fentes de leur nouvelle demeure , est de recueillir la cire. Cest sur les fleurs qu'elles vont la chercher, et ce sont les étamines ou la poussière de ces fleurs qui fournissent la matière première. La nature les a équipées de tous les instruments propres à cette récolte : eUe a hérissé leurs jambes de peils très longs, qui leur servent à ramasser les petits grains de poussière : elle a ménagé dans les deux dernières une petite cavité qui présente la forme d'une cuiller ou d'une palette creuse , pour faciliter le transport de leur moisson : en même temps elle a fait la dépense d'un estomac particulier, dans lequel les abeilles font passer la cire et la préparent. Auparavant, la cire n'est qu'une matière brute, un amas de

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petits grains durs, incohérents, sans souplesse, sans ductilité; et il faut qu'elle ait subi, dans Pestomac de Tabeille, une espèce d'analyse, avant que de pouvoir être employée avec succès. M. de Réaumur, à qui nous devons cette découverte, et qui n'avoit pas encore reconnu la nécessité de cette préparation, avoit imaginé de se passer des abeilles, et de faire de la cire tout comme eUes. Il avoit les matériaux, rien ne lui paroissoit si simple que de les mettre en oeuvre; mais après plusieurs essais infructueux, il fallut abandonner le projet; la nouvelle manufacture de cire n'eut pas lieu, et il fut forcé de revenir aux anciennes ouvrières, à celles de la nature, qui travailloient plus habilement et plus sûrement que lui.

(^) Péuit les fondèMits de ses murs réguliers.

Lorsque les abeilles ont préparé la cire dans leur estomac, elles songent à l'employer, et conunencent à bâtir les petits murs de leurs cellules. Quelquefois celles qui ont préparé les matériaux sont aussi chargées de. la construction de l'édifice ; quelquefois ce sont d'autres qui leur succèdent : mais toujours celles qui ont élevé le corps de l'ouvrage ne sont point celles qui le po/lissent; il en vient d^utrès qui ont cette commission , qui rendent les angles plus exacts, aplanissent les superficies, et donnent à tout la dernière perfection. On a remarqué que cdles-ci travailloient beaucoup plus long- temps que les autres sans se reposer, comme si le travail de polir étoit moins fatigant que celui d'édifier. Pour la plus grande économie du temps, pendant qu'une partie des abeilles est occupée à la construction des rayons, une autre partie est chargée de la nourriture des ouvrières; ainsi les travaux ne sont point interrompus, et l'ouvrage avance avec une vitesse incroyable. Aussi a-t-on vu des mouches élever, en vingt-quatre heures, des rayons d'un pied de haut, et de six pouces de large, qui contenoient près de quatre mille alvéoles.

Les abdlles travaillent d'abord au haut de leur panier; c'est là qu'elles attachent leurs gâteaux, dont la direction est perpendiculaire à la base de la ruche. Cette méthode paroit avoir bien des inconvénients. Leur ville est, pour ainsi dire, suspendue en Pair. Le poids des alvéoles, et des magasins de miel et de cire , sembleroit devoir faire craindre pour la solidité de Fouvrage; mais nos architectes ont pourvu è tout. Us attachent d'abord les rayons avec une glu eyarémement visqueuse, avec leur propolis; ils multiplient de tous côtés ces attaches, et ne négligent rien pour assurer les fondements : en même temps, pour diminuer le poids du bâtiment, ils donnent aux ceUules la moindre épaisseur qu'il est possible; et comme les inconvénients naissent les uns des autres, et que le peu d'épaisseur de ces *cellules les mettroit hors d'état de résister au mouvement perpétuel des mouches, elles ont soin de fortifier d'un rebord de cire l'entrée de leurs alvéoles, comme étant la partie qui doit souffrir le plus, et qui sera attaquée le plus souvent.

Ellles ne se contentent pas de travailler à un seul rayon; elles en élèvent plusieurs à-la-fois, qui sont parallèles entré eux, et qui, attachés également à la voûte de la ruche, tombent aussi perpendiculairement sur la base. 11 y a toujours entre les différents rayons un espace vide , propre à laisser passer deux mouches de front : ce sont les grandes rues de leur cité. De plus, elles ont ménagé différents petits trous par lesquels une mouche peut passer promptement d'un rayon à l'autre, sans prendre un long circuit. Ainsi la communication parott fort bien établie entre les différentes parties de leur empire, et la correspondance entre les citoyens peut être fort prompte.

Chaque rayon est composé d'un double rang d'alvéoles qui sont adossés les uns contre les autres, et qui ont une base commune. La figure de Falvéole est un hexagone régulier, à six pans. Pappus, fameux géomètre de l'anti-

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quité, a prouvé que cette fi^pire avoit le double avantage de remplir un espace sans y laisser de vide, et de renfermer un plus grand espace dans le même contour; et il est bien étrange que les abeilles aient précisément choisi ou rencontré, entre une infinité de figures, la seule qui pût remplir exactement deux conditions aussi essentielles. La figure de la base est une pyramide formée de trois losanges parfaitement ^ales; les quatre angles de ces losanges sont encore si heureusement combinés, et leur ouverture est dans une telle proportion, que la cire se trouve employée avec la plus grande économie possible; en sorte que toute autre losange, composée d'angles de toute autre grandeur, n'auroit pu procurer le même avantage. M. Rœnig, qui avoit employé l'analyse des infiniment petits pour résoudre ce problème qui lui avoit été donné par M« de Réaumur , après bien des calculs, n'étoit arrivé qu'au résultat des abeilles. La manière dont elles s'y prennent pour construire tons ces côt^ de leurs hexagones^ toutes ces losanges de leur base, et tous ces angles de leurs losanges, est aussi étonnante que le choix même des figures; mais tous ces détails sont trop compliqués pour avoir place dans une note, et il faudroit que mes lecteurs eussent eux-mêmes bien de la géométrie , pour entendre toute celle de nos insectes.

Autre merveille. Il y a dans une ruche trois sortes de mouches; les ouvrières, qu'on trouve au nombre de plus de quinze mille dans les ruches ordinaires; les faux bourdons, ou les mâles, qui n'excèdent guère le nombre de mille lorsqu'ils abondent le plus; et les reines ou mères, qui sont les moins nombreuses de toutes; on n'en trouve jamais plus de vingt dans la ruche la plus peuplée. Les ouvrières sont les plus petites; les mâles sont beaucoup plus gros, et plus longs; et les reines encore plus que les mâles. Les abeilles, dans la construction de leurs alvéoles, ont égard à ces deux combinaisons; celles de la grosseur et du nombre de mou-

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ches qui doivent y naître. Les alvéoles destinés aux ouvrières sont les plus petits et en très grand nombre; les logen^ents qu'occuperont les mâles sont en moindre nombre et plus grands; et la même combinaison se trouve pour les logements des reines, qui sont les moins nombreux et les plus spacieux de tous, dont un seul pèse autant que cinquante alvéoles ordinaires, et qui sont les palais de cette petite ville.

Les abeilles conservent encore Fhexagone pour les alvéoles- des mâles, et se contentent de leur donner plus d'étendue; mais elles abandonnent cette figure pour les cellules des reines, qui sont d'une forme arrondie, oblongue, et en tout assez irrégulière.

M. de Buffon, effrayé des merveilles de l'architecture et de la géométrie des abeilles, et se refusant à leur reconnottre une intelligence qui auroit surpassé la nôtre, .a essayé d'expliquer tons ces faits par le mécanisme seul. u Ces hexagones, dit-il, tant vantés, tant admirés^ me four> « nissent une preuve de plus contre l'enthousiasme et l'adu miration. Cette figure, toute géométrique et toute régule lière qu'elle nous paroit, et qu'elle est dans la spéculation, « n'est ici qu'un résultat mécanique et assez imparfait, qui Ci se trouve souvent dans la nature, et que l'on remarque u même dans ses productions les plus brutes, les crystaux, « et plusieurs autres pierres : quelques sels prennent conu stamment cette figure dans leur formation. Qu'on observe «les petites écailles de la peau d'une roussette, on verra « qu'elles sont hexagones , parceque chaque écaille croissant « en même temps» se fait obstacle, et tend à occuper le plu» « d'espace qu'jl est possible dans un espace donné. On ^fifJÊk ce ces mêmes hexagones dans le second estomac des aninmPr « ruminants : on les trouve dans les graines , dans les capce suies, dans certaines fleurs, etc. Qu'on remplisse un vaiscc seau de pois , ou plutôt de quelque autre graine cylince drique, et qu'on le ferme exactement, après y avoir jeté

■ autant d'eau que les intervalles qui restent eiitre cet u graines peuvent en recevoir; qu'on fasse bouillir cette eau, atStia ces cylindres deviendront des colonnai de six pans. uOn en voit clairement la raison, qui est purement méucanique: chaque graine, dont la figure est cylindrique, a tend, par son renflement, à occuper le plus d'espace posasibte dans un espace donne; elles deviennent toutes néu cessairement hexagones par la compression réciproque. a Chaque abolie cherche k occuper de même le plus d'esupace possible dans un espace donné; il est donc aéce^ u saire aussi , puisque le corps des abàlles est cylindrique, u que leurs cellules soiait hexagones par la même raison udea obstacles réciproques.»

Cette explication est assurément très ingénieose; mais j'ose dire, avec le respect que l'on doit à un écrivain tel que M. de Bufibn, qu'elle est encore insuffisante. Un des feîts les plus certains dans l'histoire de ces insectes, c'est que tous les ouvrages de leur petite république ne sont faits que par les ouvrières, et que tes mâles et les reines, loin de contribuer aux travaux publics, n'ont pas même reçu de la nature les organes et les instruments qui y sont propres. Or, si U régularité de ces alvéoles n'avoit pas d'autre cause que celle que M. de Buffon lui assigne; si elle n'étoît produite que par une loi mécanique, et par la compression réciproque de ces insectes, combinée avec leur figure, il est certain que tous les alvéoles auroient la même forme et la même dimension, puisqu'ils sont tous construits par les ouvrières. CeuK des mâles auroient la même grandeur; ceux des femelles auroient la même grandeur et la même figure; et l'on ne verroit point cette étonnante proportion '-lAu nombre des différentes cellules avec le nombre des différentes mouches qui doivent y naitre.Âu reste, je soumets cette observation au jugement de M. de Buffon lui-même.

('<) L'aui» lomu an miel par d'anc euencc choine.

Le miel est une matière liquide qui se trouve au fouA du

calice des fleurs, dans de petites çlandes(^ que M. Linnœus a découvertes le premier. Cette matière sort souvent des glandes par transpiration, se répand au fond du calice, et se trouve même quelquefois épanchée sur les feuilles.

Les anciens dimiiineii^au miel une orig^ine bien plus no^e; ils le regM^ddkapt comme une rosée qui tomboit du ciel, comme une transpiration de Pair ou des astres qui s'épuroient. Ceci sert à expliquer le premier vers de ce livre, jÉerii mellis cœlestia dona. Ces deux épithétes ne sont pas, comme on seroit tenté de le croire d'abord , des mots va^es et brillants, qui ne servent qu'à remplir et qu'à orner les vers; elles sont l'expressidn juste et exacte de la mauvaise physique de ce temps.

Les abeilles ont des organes propres pour la récolte du miel, conmie pour celle de la cire; une trompe et un estomac particulier. La trompe est une espèce de langue musculçuse, très forte et très flexible, que l'abeille alônge et raccourcit à sa volonté, et dont elle se sert pour laper le miel, et le conduire jusqu'à une petite ouverture qui est sa bouche. Cette bouche avoit été méconnue jusqu'à M. de Réaumur : elle avoit même échappé au fameux Swammerdam , grand observateur et habile anatomiste. La méprise de^çe savant homme prouve bien l'extrême difficulté d'ob- •QJMr des objets aussi délicats. Il avoit cru que l'abeille {MMupoit le suc des fleurs par un petit trou qu'il supposoit à la trompe; mais M. de Réaumur, en pressant le bout de cette trompe, n'a jamais pu en faire sortir la moindre goutte de liqueur , quoique la pression l'eût gonflée prodigieusement. Il a fait sur la bouche la même expérience, et la liqueur est venue aussi abondanmient qu'il l'a désiré.

Le miel, transporté par la trompe dans la bouche, passe dans le premier estomac, où il essuie, comme la cire dans le second, une espèce d'analyse et de coction. Une partie reste pour la nourriture de l'insecte, et l'autre est rapportée

(*) Cest la partit que M. Liniueas appelle le nectar.

fidèlement dans la ruche, et déposée dans les cellules, pour la subsistance journalière des mouches, et pour les proYÎ^ sions d^hiver. Une remarque très curieuse, c'est que les cellules qui renferment le miel dont les abeilles se nourrissent ' tous les jours , restent ouvertes , au Iji^i^-que celles qui servent de magasins pour Farrière-^aison , sont fermées avec un ^u* vercle de cire. ^

('^) L'autre élève à l'ëtat des enfants précieux.

Rien n'égale les soins que les abeilles prennent de leurs petits, quoique la maternité ne semble pas devoir parler chez elles, et qu'ils ne soient queles enfants de Fêta t. Elles ont soin de déposer dans les alvéoles où il y a un œuf, une espèce de bouiUie ou gelée transparente , qui servira pour la nourriture de Tinsecte lorsqu'il sera éclos. De temps en temps elles ont l'attention de visiter les alvéoles pour re* nouveler la provision, au cas qu'elle soit épuisée. M. Maraldi a eu souvent des preuves de leur attachement pour leurs petits. Il avoit détaché du haut de la voûte un morceau d'un rayon, dans lequel il y avoit plusieurs vers d'abeilles, et l'avoit transporté au bas de la ruche; aussitôt un ceitûin nombre d'abeilles sont descendues sur ce fragment de rayon, et y sont restées fidèlement jusqu'à ce que tous les petits vers eussent pris tout leur accroissement, ^ ne l'ont abandonné qu'avec les jeunes abeilles. "*

(2^) En des coq>s diffcrents les essaims se séparent.

Les anciens ont été plus hardis que nous. Nos naturalistes modernes n'ont point eu d'expérience assez décisive, qui leur apprît si les différents travaux étoient partagés entre les différents corps d'abeilles, ou si toutes les abeilles ne s'occupent point successivement de différents ouvrages.

('7) Sur le safran vermeil, sur la sombre hyacinthe...

L'ardeur du travail est incroyable chez les abeilles : elles

vont quelquefois chercher des fleurs à plus de deux lieues de leur ruche. Or, Ton imagine bien ce que c^est que deux lieues pour une petite mouche. Ce qui nous a instruit^ de ces grands voyages, ce sont les poussières de certaines plantes qui ne croissent pas dans le voisinage. Virgile, en cet endroit, nomme des plantes et dés arbres qui fournissent aux abeilles leur récolte. On connoit le safran; Virgile rappelle rubentem. Le pétale de sa fleur est couleur de pourpre. A Fégard de l'hyacinthe, il y a dans les jardins plusieurs fleurs connues sous ce nom; aucune ne parott conformé à la description que les anciens nous ont laissée de cette fleur. Ils prétendent qu'on voit tracées sur le pétale les deux lettres A S, qui, selon eux, sont Texpression de la douleur que ressentit Apollon de la perte- du jeune Hyacinthe, métamorphosé en la fleur de ce nom. M. Martyn, que j'ai déjà cité, croit voir dans le martagon, que les botanistes appellent lilium floribus refièxisy le narcisse célébré par les poètes anciens. Il y a vu , dit-il , des taches d'une couleur foncée, qui semblent former les lettres A S.

(**) On les voit s'occaper, se délasser ensemble.

Nous sommes forcés de convenir qu'il se trouve encore ici plusieurs méprises. Les abeilles travaillent la nuit comme le jour, se reposent le jour comme la nuit, et ne travaillent jamais toutes à-la-fois. Dans la plus grande chaleur de l'ouvrage, on voit toujours une partie des ouvrières qui se tiennent dans l'inaction, attachées les unes aux autres par les petits crocs qu'elles ont aux pattes antérieures; et vraisemblablement dans cette position elles se délassent de leurs fatigues. Effectivement, il étoit naturel d'imaginer que des insectes qui habitent perpétuellement les ténèbres d'une ruche, et qui dans ces ténèbres élèvent des ouvrages aussi finis que les leurs; qui ont plus de seize mille yeux, lorsque nous n'en avons que deux, qui ont ces yeux t^Ulés différemment que les nôtfes, qui aperçoivent sûrement des T. II. r.^oBo. 19

différences où nous ne voyons que de Tuniformité, des espaces où nous ne découvrons que des points, qui voient enfin où nous ne voyons plus; il étoit, dis-je, naturel d'imaginer que de$ êtres ainsi conformés ne dévoient ^ère connoitre et attendre ce retour périodique de lumière et d'obscurité que nous avons appelé le jour et la nuit.

(*9) Lesté d'an grain de sable , il affronte le Tent.

Ceci n'est qu'une fable débitée par Aristote , copiée par Vir^e , et répétée par Pline. Il y a une espèce d'abeille, qu'on appelle maçonne ^ qui bâtit son nid contre les murs, avec un mortier composé de sable et de gravier. Comme cette abeille ressemble à l'autre, des yeux inattentifs les ont confondues d'abord; et ensuite, les erreurs du jugement se mêlant à celles de la vue , on a imaginé à cette pierre, qu'on croy oit voir dans les pattes de notre abeille, un usage qu'elle n'avoit point. ^

(^) L'hymen est inconnu de la padiqne abeille.

Il y a encore ici plusieurs erreurs. Pour les faireremarquer, il est nécessaire de reprendre un peu plus haut l'histoire des abeilles.

Il y a un temps de l'année où l'on voit dans une ruche trois sortes de mouches : les abeilles ouvrières ou mulets, les faux bourdons ou les mâles , et les abeilles reines ou mères. Les femelles ou les reines ont le corps près de la moitié plus grand que celui des ouvrières, l'aiguillon plus long, les ailes beaucoup plus courtes, les dents plus petites , point de palettes triangulaires, point de brosses, tous les organes du travail sacrifiés en faveur des organes de la génération , où la nature a mis un appareil singulier , des ovaires énormes pour la grosseur de l'insecte, où Swamm'erdam a compté, dans le temps de la pleine ponte, plus de l^inquante vaisseaux , qui chacun renfermoient plus de dix-sept œufs , et tous plus de cinq mille de ceux qui

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étoient visibles, sans compter une foule d'autres qui, n'étant point encore formés, et ne devant se développer que successivement, échappoient aux yeux et à la loupe. Aussi la reine abeille peut-elle pondre jusqu'à deux cents œufs par jour, dix ou douze mille dans l'espace de sept semaines, et % près de trente ou quarante mille dans le cours d'une année. Les faux bourdons ou les mâles sont privés, comme la reine, de toutes les parties propres au travail , et n'ont que les organes distinctifs de leur sexe , tandis que les ouvrières , fournies de tous les instruments nécessaires pour les ouvrages , manquent absolument de tous les organes du plaisir qui pourroient les en distraire.

La reine n'est destinée qu'à produire la nation, les mâles à féconder la reine, et les ouvrières à faire du miel et de la cire; et il semble que cette république ressemble assez à ces gouvernements anciens, où les citoyens étoient partagés en différentes classes, dont chacune avoit ses fonctions con stantes et ses emplois héréditaires.

Il a été facile de connoitre les opérations des ouvrières; elles sont à découvert : celles des mâles et des femelles étoient moins faciles à observer. Les gâteaux de cire qui arrêtent les yeux de l'observateur , la multitude d'abeilles qui environnent la reine , son séjour presque continuel dans son sérail, dont elle sort rarement, tout cela a dérobé long-temps à notre connoissance le mystère de la génération : il n'est pas étonnant qu'il ait échappé aux anciens. Les ruches de corne qu'ils avoient imaginées n'étoient pas aussi transparentes que les nôtres; ils n'avoient pas porté aussi loin que nous l'esprit d'observation, et se livroient trop à l'esprit de système; enfin, ils n'avoienj^pas le microscope. M. Maraldi, qui le premier se $er^[^B(jruches de verre, qui avoit décrit le sexe des bourdoB^et qui avoit soupçonné le mystère de la génération , n'a voit jamais pu en être témoin. Swammerdam, qui a travaillé dans le même temps que M. Maraldi, quoique son ouvrage n'ait paru que depuis, s'étoit

arrêté an même point. II sembloît que cette déconverte avott été réservée pour M. de Réaumur : il perfectionna les ruches de verre , en imagina de différentes formes pour les diffe* rentes découvertes qull se proposoit de faire, sut mettre les abeilles dans des circonstances où elles fussent obligées de révéler leur secret , tira la reine du milieu de son palais, la ^ mit tète à tête avec un mâle, prit la nature sur le fait; et vit qu^à quelques bizarreries près, elle agissoit chez l«s abeilles comme chez les autres animaux.

Après la fécondation, vient la ponte de la reine. Suivie d*un petit cortège de mouches elle entre dans chaque alvéole, ne manque jamais de choisir parmi lès différentes cellules celle qui convient à la nature de Fœuf qu'elle va pondre. L'œuf éclôt deux on trois jours après la ponte , et paroi t sous la forme d'un petit ver, qu'on nourrit, comme nous l'avons déjà dit, avec une espèce de bouillie. Au bout de cinq ou six jours, le ver a pris tout son accroissement : on cesse de le nourrir, et les abeilles couvrent son alvéole d'un ^uverde de cire. Alors le ver file une soie, et se convertit en nymphe: il reste dans cet état quinze jours; quand il s'est débarrassé des langes de sa nymphe , et que les parties qui le constituent abeille sont développées , l'insecte rompt lui-même son couvercle de cire , et après quelques moments de langueur , prend enfin son essor. M. Maraldi a vu des abeilles, qui, le premier jour de leur sortie, avoientdéja rapporté deux petites pelottes de cire. Les màles ou faux bourdons travaillent à la génération jusqu'à la fin de juin, et même de juillet, auquel temps ils sont exterminés par les ouvrières, de peur qu'ils n'affament Tétat: leur défaite est facile, quoiqu'ils soient deux fois plus gros que les ouvrières , parcequ'ils sont sans aiguillon.

('*) Quel peuple de l'Asie honore autant sou roi?

Ce que dit ici Virgile de l'attachement des abeilles pour leurs rois est exactement vrai pour les reines; il faut seule-

ment en excepter les deux derniers vers, qui sont une exagération poétique. En générai, les abeilles paroissent avoir un but marqué et un objet suivi dans tous leurs travaux, c'est Famour de leur postérité; et cet amour semble être la source de celui qu'elles ont pour leur reine. Nous avons vu que les essaims ne sortoient point lorsqu'ils n'étoient pas accompagnés d'une mère qui eût été fécondée. Lorsqu'ils en ont une qui est peu féconde , les ouvrages languissent à proportion de sa stérilité : si elle meurt, ils sont absolument interrompus, la nation se détruit; et si, dans cet interrégne funeste à leur empire, on leur donne seulement un ver, une nymphe mère, la société subsiste , les ouvrages sont continués, quoique avec lenteur; et lorsque la jeune reine a quitté sa dépouille, et se trouve en état de remplir les vues de son peuple, toute leur activité revient, et les travaux sont poussés avec la plus grande ardeur.

(3*) Enfin , yeux-tu rayir leur nectar ëcamant? Devant leur magasin porte un tison fumant.

Il y a plusieurs manières de faire la récolte du miel : il ne m'appartient pas de décider quelle est la meilleure ; je dirai seulement qu'il faut choisir la moins meurtrière pour les abeilles, puisque c'est la plus avantageuse pour le possesseur des ruchM|^ ?/%

(^) Et laisse dans la plaie et son dard et sa vie.

Les abeilles ont , dans l'intérieur du ventre , une petite bouteille de venin , située à la racine de leur aiguillon. Cet aiguillon est un tuyau creux qui renferme deux petits dards, dont l'extrémité est taillée comme une scie; les dents de cette scie sont dirigées comme le fer d'une flèche, en sorte que le trait pénétre facilement dans la p^e, et s'en retire très difficilement. Aussi la vengeance des abeilles leur est presque toujours mortelle. On voit par là que le pardon des injures devroit être une des premières lois de ce peuple.

(^4) Taygéte monte aux cienz pour éclairer le monde.

Taygéte est une des Pléiades. Les Pléiades s'élèvent avec le soleil , le 22 avril , selon Golumelle.

(^) Et lorsque cette nymphe, an retoar des hÎTers, Redescend tristement dans le goaffre des mers.

Le coucher des Pléiades indique ici la fin d'octobre, ou le commencement de novembre. Il y a dans le texte, Aut eadem sidus fuyiens ubi Piscis aquosiy etc. Les commentateurs sont fort partagés sur ce que sig;nifie le mot piscis. Les uns pensent qu'il s'agit du signe des Poissons, qui se lève en e£fet après le coucher des Pléiades ; les autres , que Virgile a voulu désigner le Dauphin. La Jlue prétend qu'il faut entendre par ce mot la constellation de l'Hydre , ce qui paroit moins vraisemblable. Dryden, avec moins de fondement encore , a supposé qu'il s'agissoit du Scorpion.

{^) Toutefois, si l'hiTer, alarmant ta prudence...

L'hiver est une saison critique pour les abeilles; c'est dans cette saison qu'elles ont le plus besoin de la protection de l'homme , et il faut que ses soins commencent où il semble que ceux de la nature finissent. Elles ont alors deux fléaux à redouter, le froid et la famine ; et ce qui augmente le danger de leur situation , c'est qu'elles ne peuv^at guère échapper à l'une des deux, quVn succombant à1|£utre. Le froid les tue dans les hivers rigoureux ; et dans les hivers trop doux , c'est la famine.

Les abeilles sont les plus frileux des insectes qui habitent notre climat. Renfermées en petit nombre dans un récipient de verre, elles seroient gelées par les chaleurs de notre printemps ; et lorsqu'elles sont entassées par milliers dans une ruche nombreuse, au milieu de leurs retranchements de cire, où ces vapeurs chaudes qui s'exhalent du miel et de la cire , et le séjour perpétuel de douze à quinze mille habitants, entretiennent dans les jours froids de janvier une

chaleur égale à celle des beaux jours de notre été , elles sont encore saisies par les premiers froids de Fhiver : ceux qui arrêtent la végétation et la naissance des fleurs suffi^nt pour les plonger dans un engourdissement qui ressemble à la mort. Cette espèce de léthargie est commune à la plupart des insectes. Dans cet état, toutes les fonctions animales sont suspendues y la transpiration cesse ; et comme il ne se fait plus de perte, il n^est plus besoin de réparation. Cet état n'est point funeste aux abeilles; il est même avantageux pour les propriétaires des ruches , qui conservent également leur miel et leurs mouches : mais si Thiver devient trop rude , et que les rigueurs du froid augmentent , lengourdissement devient dangereux, et la léthargie mène à la mort. Pour prévenir cet accident, il faut donner à leurs logements l'exposition la plus chaude; il faut avoir le soin de proportionner le nombre de paniers au nombre de mouches qui les occupent, et sur-tout peupler les ruches, en réunissant ensemble tous les essaims qui ne seroient pas assez nombreux. Les ruches plus fortes résisteront à des froids qui feroient périr les ruches plus foibles.

Lorsq^Jes hivers sont doux , les abeilles ont à redouter la faminévlid douce température de Pair les tire de leur engourdissement ; et en reprenant tous les mouvements de la vie, elles en ressentent tous les besoins. Alors elles sont réduites à consommer les provisions qu'elles ont amassées , et souvent il arrive que leurs magasins sont éjAés avant le retour des beaux jours et des fleurs, et alors elles périssent inévitablement par la famine. Le remède est encore très simple. Il ne s'agit que de mettre au bas de la ruche une assiette pleine de miel , sur laquelle on aura seulement le soin d'étendre une feuille de papier percée de petits trous, afin que cette liqueur gluante ne mouille et ne colle pas leurs ailes. Ce qu'il y a de difficile , c'est de trouver le degré de froid , la température convenable qui maintienne les abeilles dans cet engourdissement utile qui ménage leurs

provisions sans exposer leurs jours, et concilie Fëcononiie du miel avec la conservation des mouches.

(^7) La chenille en rampant gagne leur papillon.

L'animal dont parle Virgule est la teigne deJa cire. Comme le mot teigne n^a point de noblesse dans notre langue, je me suis servi du mot générique de chenille. Effectivement c'en est une, qui essuie les métamorphoses communes aux chenilles , et se change à la fin de ses jours en phalène ou papillon de nuit. Quoique cet insecte soit sans armes et sans défense, c'est Fennemi le plus dangereux pour les abeilles. Le frelon et la guêpe, armés d'un aiguillon redoutable, les attaquent à force ouverte , et leur livrent un combat toujours périlleux pour eux, malgré la supériorité de leurs armes. La teigne a des moyens plus sûrs et moins brillants; elle les prend par la famine, sape leurs murailles de cire, détruit leurs provisions de bouche, et, n'employant que la ruse et ses talents, parvient souvent à se rendre, sans danger, maîtresse d'une place que la valeur auroit pu disputer à la force. Voici comment le fait arrive. Le papillon qui vient de cette chenille, à la faveur de la nuit, s'introduit secrètement dans la ruche; il traverse i|| camp de quinze mille ennemis bien armés, et va déposer en silence ses œufs dans un coin de leurs rayons. L'œuf vient à éclore: l'insecte se dérobe d'abord , par sa petitesse, aux yeux vigilants des abeilles; bientôt après, au moment que sa grosseur poi4p>it le trahir, il s'enveloppe d'une petite coque de soie, qu'il fortifie de jour en jour, et qui devient enfin impénétrable à leur aiguillon. A l'abri de ce retranchement, il se nourrit impunément des provisions qui sont auprès de lui. Quand elles sont épuisées, il file une nouvelle soie, alonge toujours sa galerie , et s'avançant sous son chemin couvert, traverse tous les rayons, mine tous les alvéoles; et si plusieurs de ces insectes se réunissent, et croisent en même temps leurs travaux, la ruche devient impraticable, <.t les abeilles sont obligées de l'abandonner.

(^) Le lourd frelon te rit de leur foible ai^illon.

Le frelon est une espèce de guêpes, mais beaucoup plus grosse que Mi^tre : son aiguillon est si meurtrier, qi?un observateur ayant été piqué à la jambe par uri^ de ces frelons , en perdit connoissance pendant quelques moments , et eut la£évre pendant deux ou trois «jours. Cet insecte seroit fort dangereux pour les abeilles, sans sa lourdeur et le bruit de son vol qui avertit sa proie et nuit a sa voracité. hff autres animaux dont il est parlé dans ce morceafl y.Hels (fltt le lézard, les cloportes , Faraignée, ne sont pas bien km craindre pour les abeilles, quoi qu'en disent les ancieok Ils n'ont point parlé du mulot) qui est pourtant un de leurs plus grands destructeurs. C'est Fhiver que cet animal choisit pour ses ravages, dans le temps que les abeilles sont « engourdies par le froid, et incapables de se défendre. Il est aisé de prévenir le mal, en fernÉfc alors Ja porte des ruches avec un grillage de fer.

• (^) Comme nous , cependant , cet foiblet ammaox Éprouvent la douleur et connoittent let maux.

La seule maladie h laquelle les abeilles soient sujettes, et que nous connoissons , c'est le devoiement. Il paroit certain, par plusieurs expériences de M. de Réaumur, que cette maladie ne les afflfige que lorsque, la cire brute venant à leur manquer, elles t>nt¥té réduites pendant long-temps à ne vivre que de miel. On les guérit en leur donnant cette cire dont la privation avoit causé tondeurs maux.

La pomme de chêne est la même chose que la noix de galle; c'est une excrescence qui vient sur les feuilles des chênes au Levant , et qui est occasionée par la piqûre d'un insecte qui y dépose ses œufs.

(4») El l'herbe du centaure.

L'herbe du centaure est , à ce que pense le père La Rue , la petite centaurée. Son nom lui est venu du centaure Chi-

ron, qui guérit, dit-^n, avec le suc de cette plante une blessure faite par les flèches d'Heroule. Cependant l'épithéte de grave olentia^ que Virgile donne au (^ntaurgumy ne Convient point à la petite centaurée, qui a une odeur douce, assez suave, SH qui n'est qu'amère au goût.

(4') Mais il est une fleur plus salutaire encore.

Les commentateurs ont été fort partagés sur la qualité de la fleur dont parle ii:i Virgile. U est probable qu'il s'agit â/dû V aster jétticus. Cette fleur pousse d'une seule tige un grand ^kmbre de rejetons, ingentem silvam uno de cespite. Son disque est jaune ^flos aureus ipse; mais ses rayons sont pourprés, sed injbliis violœ sublucet purpura nigrœ. Indépendamment de la conformité de cette fleur avec Vamelium de Virgile, cette interprétation est appuyée sur la meilleure autorité possible en fattMe botanique, celle du célèbre M. de Jussieu.

{^) Le Melle la voit nidtre, eC lui donne son nom.

Il y a plusieurs rivières de ce nom : celle dont Virgile parle ici est une rivière de Lombardie.

(^) Le peuple dont le Nil inonde les sillons.

Ce passage est le plus difficile de toutes les Géorgiques. Je crois que Virgile veut parler Ici de la basse Egypte, autrement nommée le Delta, Ce pays forme un triangle : Canope forme l'angle çccidental , Péluse l'angle oriental , qui est le plus voisin de la Perse. Ce que Virgile appelle les confins de l'angle méridional est l'endroit où le Nil, en se divisant, représente un delta. Mais comment Virgile a-t-il pu dire que le Nil descendoit de l'Inde? Huet, pour lever cette difficulté, nous dit que les anciens croyoient que le Nil prenoit sa source dans les Indes : mais il est prouvé que, du temps de Virgile, on étoit détrompé de cette erreur ; d'ailleurs il n'est pas besoin d'avoir recours à cette

opinion absurde, puisqu^on sait que les anciens appeloieut Iruli les Éthiopiens , chez qui le Nil prend sa source.*

(44) Et de son noir limon Toit la verdure ëclore.

n y a dans le texte, Et viridem JEgyptwrn nigra fscûndat arena. Lacerda prétend que ce vers n^est pas de Virgile, fondé sur ce que cette opposition nigra arena et viridem JEgyptwrn n'est pas digne de ce poète. Pour réfuter Lacerda , il suffit de rapporter cetAutre vers du quatrième livre :

Qua niger humectât flaventia culta Galesus,

OÙ il y a la même antithèse. Je ne vois rien dans ces deux vers qui ne soit digne de Virgile.

(4^) De cet art précieux attestent la puissance.

n y a dans le texte, omnis regio; ce qui me paroit une nouvelle preuve que Virgile parle d'un seul pays, qui est 1» basse Egypte. *

(4<) O surprise ! 6 merreille ! un innombrable essaim Dans ses flancs ëchauffés tout-à-conp rient d'ëclore.

Il n'est pas nécessaire de prouver la fausseté de cette résurrection des abeilles ; mais comment des peuples entiers , des écrivains éclairés , ont-ils pu admettre une fable aussi absurde, et qu'il paroissoit si facile de détruire par -l'expérience ? Premièrement, il parott par la suite de ce livre, et par l'histoire d'Aristée, que cette fable étoit liée aux cérémonies religieuses , et à l'espèce de culte qu'on rendoit à Orphée; c'étoit la religion des anciens qui l'avoit introduite dans leur physique. Dès-lors il ne faut plus s'étonner du cours prodigieux qu'elle a eu : l'on sait que la superstition croit tout et n'examine rien. En second lieu y voyez avec quel art on avoit exigé la réunion d'une foule de circonstances pour que le prodige s'opérât. Il falloit construire un lieu propre pour l'opération; il falloit que le taureau

n^eùX que deux ans; il ^loit le tuef d'une certaine ^çon ; il falloit qu'apm l'avoir crible de coups la peau ne fût pat seulement entamée. Si vous aviez omis une seule de ces conditions, et que l'eitpërience ne réussit pas, ce n'étoit pds fe prodige qui mauquoit, mais c'étoit vous qui manquMc ju prodige. Observez encore que ce merveilleux secret Venoit d'Egypte, c'est-à-dire d'un pays livré aux superstitions les plus grossières, et où la crîdulité des peuples n'étoîl égalée que par l'impostur^des prêtres..

(*i] Priid'dlccaceiyDicniln Dyiqilmdtucoiu'...

Il y « dans ce morceau plusieurs vers remplis de noms propres. Tai pFis la liberté, à l'exemple de Dryden, d'ajouter quelque épithète ou quelque dénomination à chaque Dom de nymphe.

(*■} Conlcmp1e1cb<TMia'deceDtfl«iT«Daiuanu.

Platon , dont Virgile avoit sHivi le système dans ses vers ^ pose que toutes les rivières prennent leur source dans une vaste caverne que les poëtes appellent barathmm. Le Phase et le Lycus sont deux fleuves Fameux de l'Arménie, qui vont se rendre dans la mer Noire. L'Énipée est une rivière de Thessalie. Le Tibre est assez connu. L'Anio est une rivière d'Italie. L'Hypanis arrose la Scythie. Le Caïque prend sa source dans la Mysie. L'Éridan , autrement le Pô, est un grand fleuve d'Italie. Virgile, selon l'usage des poëtes lorsqu'ils parlent des fleuves , lui donne des cornes.

(*') Inioquont l'Océan, leiieui p^rrilu moud*.

Ici Virgile suit le système de Thaïes, qui attribuoit à l'élément de l'eau la formation de l'univers.

(>•) Pttiiét , t mon cher fili , piui itui 6air I» nuDi.

Toute cette fable de Protée est une imitation d'un morceau de YOdyssée.

(■'IPdltpcM» patrie.

Pallène est une péninsule de la Macédoine. - ■

(>') On jour tu ponriuÎToii u fidcle Eorjdice.

On peut comparer ce Qiorceau avec celui d'Ovide sur le même sujet ; on sera surpKs de la difFérence énorme qu'il y a entre l'un et l'auire. Ovide , qui traite si bien , en général, la partie du sentiment, n'est dans ce morceau qu'un bel esprit versificateur. Le discours qu'il fait tenir à Orphée est plein de mauvais goût; toute la narration est longue et Uche. Dans tout le morceau de Virgile, il n'y a pas un mot qui ne tende à. l'effet; et j'avoue que c'est de toutes les Géorgiques l'endroit qui m'a le plus coûté à traduire.

(>>) Telle.uruDTBnuiD.dDrBiilUnuilcdxcurï...

J'aîdéja fait remarquer que les comparaisons des anciens n'étoient ni aussi ingénieuses, ni aussi brillantes, ni aussi justes que les nAtres; mais qu'elles efoient plus poétiques, plus sensibles, plus pittoresques. Celle-ci en est une nouvelle preuve. Il n'y a pas grand esprit à comparer Orphée pleurant sa femme au rossignol pleurant ses petits; la comparaison n'a pas même beaucoup de justesse. Qu'est-ce donc qui en fait le charme? c'est que le fond en est touchant ; c'est que les idées accessoires sont charmantes ; c'est que l'harmonie des vers est enchanteresse. Fourme conformer au génie de notre langue, qui n'aime point les comparaisons à to n^ gue queue, j'ai transporté au commencement ce qui est à f^S fin, et j'ai terminé la comparaison par l'idée touchante que renferme le mot implumes.

(M) Lonqae Càu-, l'imonr et l'effroi de la ime ,

Paiuii iranbUr l'Euphrau au brnii ât >on (onnnn.

Ces vers prouvent que Virgile retoucha ses Géorgiques • toute sa vie. L'époque dont U s'agit ne précède sa mort que

dW an. Auguste commandoït alors »ei armées en personne SOT les bords de l'Eupbrate, et forçoit Pbrsate de rendre les aigles romaines que les Parthes avoieot arrachées à Crassus.

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