CHAPITRE XI
Catherine, je t'en prie, tenons-nous à l'écart, et attendons la fin de cotte discussion.
SnaxsPRanz.
DunanT la vive discussion que retrace le chapitre précédent, miss Ho:
ward avait tenu sa tête appuyée sur le bras du canapé, tout en prétant à la scène une attention silencieuse, mais chagrine. Maintenant on annonçait un nouvel acteur qu’elle considérait comme s’immisçant sans autorisation dans les secrets de son intérieur. Sa fierté s’en réveilla. Prête à maintenir la dignité de son sexe, mais avec plus de réserve discrète que n’aurait su le faire sa cousine , elle se leva.
« À quelle cause devons-nous attribuer une visite aussi peu attendue de la part de M. Dillon ? » lui demanda-t-elle avec froideur. « Certainement il sait Ja défense qui nous est faite d’aller dans la partie de abbaye où il réside; et je laisse au colonel Howard le soin de lui faire comprendre qu’en équitable réciprocité nous devrions avoir le droit de ne pas être troublées dans notre demeure. »
L'accent que Christophe Dillon mit dans sa réponse subit la double inflence d’un dépit chagrin et d’une hypocrite humilité.
« Miss Howard jugera mieux de ma démarche lorsqu’elle saura qu’une affaire très-importante m’amène auprès de son oncle.
— Cela modifie l’état des choses, Kit, répondit le colonel. Mais il faut conserver eavers les dames le respect auquel elles ont droit. J'ai oublié moimême de me faire annoncer. C’est la faute à ce Borrougheliffe qui m’a fait aller avec mon madère plos loin que je
n’en ai l'habitude depuis le temps où mon pauvre frère Harry et son digne ami Hugues Griffith... Encore. Que le diable enlève Griffith et toute sa race!
Pardon, miss Alice. De quelle affaire s'agit-il, monsieur Dillon?
— J’apporte un message du capitaine Borroughcliffe. Vous vous rappelez sans doute que, d’après vos propres conseils, on doit changer les sentinelles toutes les nuits.
‘— Oui certainement, nous en agissions ainsi dans notre campagne contre Montcalm. Cette mesure était nécessaire, miss Alice, pour éviter les coups de ses Indiens qui, lorsqu'un homme était placé deux nuits de suite au même poste, ne le manquaient jamais.
— Eh bien! monsieur, vos prudentes précautions n’ont pas été en pure perte, »
continua Dillon en s’avançant dans le salon comme s’il avait pensé qu’on dût lui faire meilleur accueil à mesure qu’il avancerait dans son récit ; « elles ont déja produit leurs conséquences : nous avons trois prisonniers.
— Vraiment! La mesure était d’une admirable politique, » s’écria Catherine Plowden avec l'accent du plus profond mépris. « Je suppose, puisque M. Christophe Dillon s’en applauditsi heureusement, qu’elle avait quelque but en conformité avec les lois. Sans doute la redoutable garnison de Saint-Ruth va conquérir sa part de la gloire qui appartient aux pourvoyeurs de la cour d’assises. »
La face jaune de Dillon devint livide.
Tout son corps trembla dans un accès de colère qu’il s’efforça vainement de maîtriser.
« Cette mesure est plus conforme aux lois que ne le pense miss Plowden, répliqua-t-il; et peut-être fournira-t-elle à leurs interprètes plus d’oecupations que miss Plowden ne le désire. C’est que la rébellion n’est pas en très-bonne odeur ni dans les codes ni devant des juges dignes du nom de chrétiens.
— La rébellion! s’éeria le colonel.
Quel rapport y a-t-il entre l’arrestation
de ces trois vagabonds et la rébellion ,'
Kit? Le poison maudit aurait-il traversé
l'Atlantique ?... Pardon, miss Alice; mais c’est un sujet sur lequel vos sentiments se rapprochent des miens. Je vous ai entendu parler de la fidélité due au souverain. Parlez, monsieur Dillon, sommes-nous entourés d’une autre bande de démons? En ce cas, il
faut nous mettre à l’œuvre et nous ral-
lier autour de notre prince, car cette Île est la principale colonne de son trône. ;
— Je ne puis dire, » répondit Dillon avec un air de grave et ridicule suffisance, « je ne puis dire qu’il y ait dans cette île une intention manifeste de soulèvement, quoique les émeutes de Londres justifient suffisamment toutes les
mesures de précaution que pourront
prendre les ministres de Sa Majesté , y compris même la suspension de l’habeas corpus. Mais vous aviez des soupçons à l’égard de deux vaisseaux qui, ces jours passés, ont longé la côte d’une façon qui sentait la piraterie on ne peut plus clairement.
Le petit pied de Catherine froissait le tapis d’un mouvement rapide : cependant elle se contenta d’infliger à l’orateur un nouveau coup d’œil de mépris, comme si elle avait dédaigné de le réfuter davantage. Quant au colonel, c’était une autre affaire. On venait d’aborder le sujet qui lui tenait le plus au cœur, et il répondit de manière à prouver toute son attention pour cet important sujet.
« Vous parlez en homme raisonnable et en loyal sujet, monsieur Dillon.
L’habeas corpus, miss Alice, fut obtenu avec la grande charte sous le règne du roi Jean, par les barons de Sa Majesté qui voulurent assurer la stabilité
‘du trône. Dans le nombre s’en trou-
faient quelques-uns de ma face. Cela seul suffit pour garantir que la dignité de la couronne fût équitablement consultée. Quant à ce qui concerne nos compatriotes les pirates, Christophe, il y a tout lieu de croire que la Providence
FENIMORE COOPER
les a déja châtiés dans son juste besoin de vengeance. Ceux qui connaissent bien la côte me l’ont assuré. Il est impossible à quelque vaisseau que ce:
soit, sans un pilote tel que des ennemis ne sauraient se le procurer, d'échapper aux écueils où ils se sont engagés en pleine nuit et avec un vent redoutable.
Le matin est venu et on ne les voit plus!
— Qu'ils soient amis ou ennemis, colonel, » continua respectueusement Dillon, « il y a dans tous les cas lieu de penser que nous avons maintenant à l’abbaye les gens les plus capables de nous instruire sur leur véritable caractère. Car les hommes que nous avons arrêtés viennent , selon toutes les apparences, de débarquer il y a quelques heures, et ils ont non seulement la tournure, mais aussi le costume des marins.
— Des marins! » répéta comme un écho la voix de Catherine.
Une pâleur mortelle effaca sur ses joues les vives couleurs que lindignation y avait portées.
— Des marins, miss Plowden , » répéta Dillon avec une satisfaction perverse qu’il déguisait sous l’air de la soumission Ja plus respectueuse.
« Monsieur, je vous remercie d’avoir employé un pareil terme , » répliqua la jeune fille en recomposant son maintien avec beaucoup de présence d’esprit.
« L’imagination de M. Dillon est tellement disposée à tout représenter en mal, que nous lui devons des éloges pour s’être abstenu, par égard pour les craintes de deux faibles femmes, de nous faire entendre que ces hommes étaient des pirates.
— Pourtant, mademoiselle, ils méritent peut-être ce nom, » répliqua froidement l’homme de loi. « Mais, graces à mon éducation, je sais attendre les preuves avant de prononcer la sentence.
— Ah! voilà ce qu’il a trouvé dans son Coke-sur-Littleton, » s’écria le colonel à son tour. « La loi est un correctif salutaire aux humaines infirmités, miss
LE PILOTE
Alice. Entre autres choses, elle enseigne la patience à un tempérament trop vif et trop prompt. Sans cette rébellion maudite , contre nature, madame, ce jeune homme serait en ce moment assis sur le siége des magistrats, d’où il répandrait les bienfaits de la justice sur quelqu’une de nos colonies. Je puis en donner caution, il la rendrait à tous avec la même impartialité, aux noirs comme aux blancs, aux rouges comme aux jaunes, sans oublier pourtant la juste distinction établie par la nature entre l'officier et le soldat. Prenez courage, cher parent, Poccasion se retrouvera ; les bras royaux ont beaucoup de mains, et, selon les derniers avis, les choses commencent à mieux aller. Mais , venez au corps-de-garde.
Il faut interroger ces rôdeurs. J’ose prédire que ce sont des déserteurs échappés d’un vaisseau de Sa Majesté en croisière ; ou peut-être d’honnêtes garcons chargés de procurer au service public les hommes dont il a besoin. Venez, Kit, venez...
— Allons-nous perdre sitôt la société du colonel Howard? » dit Catherine, s’avançant vers son tuteur avec un regard plein de calinerie et de séduction. « Je sais qu’il oublie trop facilement le langage un peu vif de nos petites querelles pour croire qu’il en garde quelque rancune en ce moment; aussi pourquoi nous quitterait-il avant d’avoir goûté notre café? »
Le vétéran se tourna du côté de son interlocutrice et l’écouta fort attentivement. Puis, quand elle eut terminé, il lui répondit avec cordialité :
« Ah! friponne! vous me connaissez trop bien pour douter que je vous aie pardonné. Mais il y a des devoirs qui nous réclament avant tout, sans même que les sourires d’une jeune et jolie personne puissent nous retenir. Oui, oui, Catherine, vous aussi, vous êtes la fille d’un brave et digne marin, mais vous allez trop loin dans votre attachement pour cette profession; vrai, miss Plowden, vous allez trop loin. »
Catherine rougit peut-être légèrement
à l'observation du colonel, mais le sourire qui vint mêler son expression à celle de sa pudeur ainsi mise en jeu, ne fit qu’ajouter plus de malicieuse intention à son geste lorsqu’elle retint le vieillard par la manche de son habit en lui répondant :
« Mais pourquoi nous quitter , colonel Howard? Il y a si long-temps que nous ne vous avons vu au cloître, et vous savez que vous y êtes reçu comme un père. restez encore un peu, et vous pourrez dire comme un confesseur.…
— Je sais déja tous tes péchés, jeune fille, » dit le digne colonel, qui malgré lui cédait insensiblement aux efforts que l’adroite personne faisait pour lesreconduire à son siége. « Ces péchés, c’est la rébellion qui s’agite au fond de votre cœur contre les droits du souverain de votre pays; c’est un penchant immodéré pour l’eau salée, c’est enfin votre obstination à ne pas écouter les avis et les désirs d’un vieillard que les lois et le testament d’un père ont établi le tuteur de votre personne et de votre fortune.
: — Non, cher colonel, il faut en retrancher le dernier , car je n’ai pas oublié une seule syllabe de tout ce que vous avez pu me dire sur ce sujet. Reprenez ‘donc votre place sur le sofa. Cécile, le colonel Howard veut bien prendre le café avec nous.
— Mais vous oubliez les trois hommes du corps-de-garde, l’honnête Kit que voilà, et notre hôte, le capitaine Borroughcliffe.
— Que l’honnéte Kit reste ici si cela lui plaît. Vous pouvez inviter le capitaine Borroughcliffe à venir nous joindre, ma curiosité de femme ne sera pas fâchée de faire sa connaissance ; et, quant à ces trois hommes. » ici elle s'arrêta comme pour réfléchir un instant jusqu’à ce qu’elle parût frappée d’une idée soudaine ; « oui, ces hommes, on peut les amener ici et les y interroger. Qui sait si ce ne sont pas de pauvres naufragés qui ont plus de droits à notre pitié et à notre assistance qu’à nos soupçons.
— Il y a dans la conjecture de miss
70 ‘ Plowden, dit Alice Dunscombe, un avertissement solennel qui s'adresse au cœur de tous les habitants de cette côte dangereuse... Hélas! j'ai vu plus d’un triste naufrage sur ces rochers cachés, même lorsque le vent n'aurait paru qu’une brise insignifiante auprès de la tempête de la dernière nuit. La guerre et le malheur des temps, réunis aux mauvaises passions des hommes, ont exercé de grands ravages parmi ceux qui connaissaient bien tous les détours de la baie. Quelques-uns, comme je lai souvent entendu dire, auraient su même raser, sans y échouer et durant la nuit la plus noire, cet écueil qu’on a surnommé la Griffe-du-Diable. Mais ils ont tous disparu ces audacieux marins, soit que la mort les ait moissonnés, soit qu'un bannissement inhumain les ait éloignés du pays de leurs pères.
— C'est donc pendant la guerre actuelle qu’ils ont disparu, miss Alice, dit le vétéran, car vos souvenirs ne doivent guère remonter plus loin. Mais comme ces gens-là avaient sans doute pour occupation de frauder les revenus du roi, leurs services actuels compensent leurs torts d’autrefois; en outre k contrée est débarrassée de leur présence. Ah! madame, notre constitution est une belle chose ! N’est-ce pas admirable de voir ainsi l'Angleterre , comme un homme vigoureux et sain, profiter de ses secousses pour purifier tout le mauvais alliage dont elle est mélangée. »
Durani cette allocution du colonel, les traits pâles d'Alice Dunscombe se colorèrent légèrement , et ne reprirent tout à fait leur calme habituel que lorsqu’elle lui eut répondu :
« C’est chose possible qu’il y en eût parmi eux quelques-uns qui n’avaient pas appris à respecter jes lois de leur pays, car partout se trouvent des hommes de cette espèce. Mais il y en avait d’autres, incapables d’un crime aussi bas , quoiqu'’ils ne fussent pas exempts de reproches sous beaucoup de rapports.
Eux aussi bravaient les dangers de la côte. Là où des yeux ordinaires auraient
FENIMORE COOPER
en vain cherché une voie navigable, ils conduisaient leurs navires, malgré la fureur des vagues, avec autant d’aplomb que vous en pouvez mettre à vous orienter par un beau soleil dans les galeries:
et les salles de l’abbaye.
— Est-ce votre bon plaisir, colonel, que nous interrogions ces trois hommes pour savoir s’ils appartiennent en effet à cette classe d’illustres pilotes? »
C'était la voix de Christophe Dillon ; Fhonnéte juriste sentait croître de plus en plus le malaise de sa position, et à peine crut-il nécessaire de cacher le:
mépris dont il accabla la modeste Alice en ajoutant : « Avec leur secours nous parviendrons peut-être à dresser une carte de la côte.) qui nous mettrait en crédit auprès de messieurs les lords de l'amirauté. »
Cette attaque, que rien n’avait provoquée , amena sur le front si pur de miss Howard une vive rougeur. Elle se leva pour prendre la défense de la femme douce et timide qu'on insultait ainsi chez elle. Personne ne put se méprendre:
sur ses intentions, ni condamner son ton lorsqu'elle congédia son parent dans les termes suivants :
« Si monsieur Dillon voulait se conformer aux désirs du colonel Howard, tels que ma cousine vient de les exprimer, nous n’aurions pas à nous reprocher de retenir sans nécessité des hommes probablement plus infortunés que coupables. »
Puis Cécile traversa le salon pour aller s’asseoir à côté d'Alice Dunscombe avec qui elle se mit à causer d’une voix basse et amicale. Dillon:la salua fort humblement , et se retira après s’être assuré que le colonel prétendait en effet tenir son audience dans le lieu même où il se trouvait. Alors, au fond du cœur, Kit, ainsi que l’appelait son parent, se réjouissait d’un incident qui , en renouant ses relations interrompues avec la belle miss, pouvait amener un résultat plus favorable à ses vœux que n’avait semblé jusqu'ici le promettre celle à qui il offrait son hommage.
LE PILOTE
« Christophe est un digne, serviable et brave garçon, » dit le colonel quand la porte fut fermée; « et j'espère vivre assez pour le voir revêtu d’hermine.
Entendez-moi : c’est une manière de parler , car les fourrures ne vont guère avec le climat des Carolines. Sans aucun doute les ministres de Sa Majesté me consuilteront pour la nomination aux nouveaux emplois qui deviendront nécessaires dans les colonies soumises, et alors il peut compter sur une parole de bonne recommandation en sa faveur.
Ne ferait-il pas un des ornements du parquet, miss Plowden. un magistrat indépendant et probe ?
— Voilà bien le cas de mettre à profit ses propres maximes , » dit Catherine en pinçant ses lèvres ; « je ne veux me décider sur cette question que lorsque nous aurons faits et preuves à l'appui. Mais écoutez ! » Les couleurs de la jeune fille s’effacèrent rapidement et ses yeux se fixèrent sur la porte avec une inquiétude fébrile. « Ecoutez! j'entends les pas lourds de plusieurs personnes qui s’approchent. Au moins y a-t-il mis de l’activité.
— Ah ! certainement c’est lui. Il faut que la justice soit aussi prompte que certaine pour étre parfaite. C’est ce que réalise une cour martiale formée à la hâte autour d’un tambour. Pour le dire en passant, c'est une manière expéditive de gouverner tout à fait au gré d’un cœur raisonnable. Si l’on pouvait seulement persuader aux ministres de Sa Majesté de l’introduire dans les colonies révoltées…. |
— Ecoutez, » interrompit Catherine vivement émue , «ils viennent. »
Le bruit était en effet assez rapproché pour ‘que le colonel jugeât à propos de suspendre l'exposé de ses plans de gouvernement au profit des colonies. La longue et basse galerie pavée de dalles rétentissait sous les pas d’une troupe dont la marche s’annonçait de plus en plus bruyante: enfin un léger coup frappé à la porte prouva qu’elle y était parvenue. Le colonel $e leva de l'air qui
convenait à l’homme chargé du premier rôle dans l’entrevue qui se préparait.
« Entrez, » dit-il. Cécile et Alice, indifférentes à cette scène, jetèrent à peine vers les arrivants un regard inattentif; mais l’œil rapide de Catherine se rendit compte en un instant de toutes les figures dont se composait le groupe. Elle respira lentement et se rejeta sur le sofa , tandis que ses traits reprenaient leur expression ordinaire d’enjouement, et que sa bouche fredonnait quelque air vif et rapide d’une voix dont les accents à moitié étouffés étaient encore pleins de mélodie.
Dillon entra suivi du capitaine, dont la démarche avait repris de l’assurance et dont le regard sévère exprimait une préoccupation qui contrastait avec sa précédente joyeuseté. En un mot, quoiqu’on ne pût dire que sa contenance témoignât tout à fait en faveur de sa sobriété, il avait évidemment recouvré le libre exercice de ses facultés mentales sous l’empire d’une cause quelconque. Le reste de la troupe resta dans la galerie , et le colonel présenta le capitaine aux dames.
« Miss Plowden, » dit-il en se tournant vers celle-ci, qui se trouvait la plus rapprochée de lui, « voici mon ami, le capitaine Borroughcliffe. Depuis Jong-temps il ambitionnait l'honneur de vous être présenté, et maintenant qu'il y parvient enfin, je ne doute pas que sa réception ne soit de nature à réaliser ses espérances. »
Catherine sourit et répondit avec une emphase dont le sens offrait peut-étre quelques traces d’ambiguïté :
« Je ne sais comment le remercier suffisamment pour les soins qu'il a biec voulu donner à la garde de nos pau vres personnes. »
L’officier la regarda avec une assurance qui semblait la menacer de représailles ; puis: « Madame, répliqua-t-il, un seul de vos sourires paierait amplement des services plus réels que ceux pour lesquels je n’ai eu que le mérite de lintention. »
Catherine s’inclina avec plus de bienveillance qu’elle n’avait coutume d’en accorder à ceux qui portaient le même uniforme , et la cérémonie des présentations continua.
« Miss Alice Dunscombe, capitaine Borroughcliffe. Mademoiselle ést la fille d’un bien digne ecclésiastique, autrefois ministre de cette paroisse. Elle nous fait le plaisir de naus accorder souvent sa compagnie, moins souvent toutefois que nous ne le désirons tous. »
Il y eut un échange de saluts et de révérences, puis le colonel reprit : |
« Miss Howard , permettez-moi de vous présenter le capitaine Borrough-
cliffe, qui, s’étant chargé volontairement.
de la défense de Saint-Paul dans ces temps difficiles, a droit aux bonnes graces de la dame qui en est la maitresse. »
Cécile se leva devant lui et l’accueillit avec une douce affabilité. 11 n’y eut point, de la part de l'officier, de réponse aux compliments d'usage qu’elle lui adressa, mais il contempla un instant sa physionomie pleine d’expression, et, posant la main sur sa poitrine, il inclina profondément la tête presque jusqu’à la garde de son épée.
Après que ces formalités eurent été ponctuellement accomplies , le colonel déclara qu’il était prêt à recevoir les prisonniers. Dillon ouvrit la porte, et Catherine jeta un froid et perçant regard sur les étrangers. L’éclat des armes que portaient les soldats chargés de leur garde la frappa, mais les marins entrèrent seuls. Toutefois, le retentissement des crosses de fusil sur les dalles annonça qu'on avait jugé prudent de laisser des forces pour surveiller les rôdeurs qui s'étaient montrés aux environs de l’abbaye avec des circonstances si suspectes.
LARAT/S