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CHAPITRE V

Aa travers des sables de Solway, au travers des mousses de Taross, les yeux baudés, il savait le chemin qu'il fallait tenir; par de rusés détours, par des bonds hardis, il aurait trompé les meilieurs limiers de Percy. Aucun gué ne se rencontrait dans l’Eske ou dads Liddel qu'il ne püt les franchir l’un après l’autre ; ni la ma. rée, ni le temps, ni les neiges de décembre, ni les feux de juillet ne l’arrêtaient ; ni la marée, ni le temps, ni les nuits sans étoiles, ni l'obscurité du matin n'étaient un obstacle pour Jui.

Wazren Scotr.

Tous les membres de la famille Whar- .

ton posèrent cette nuit leuŸ tête sur l'oreiller awec la crainte que quelque triste événement ne vint troubler leur tranquillité ordinaire. Cette inquiétude empécha les deux sœurs de se livrer aux douceurs du repos, et le lendemain matin elles quittèrent leur lit fatiguées et sans presque avoir dormi.

En jetant un coup d'œil rapide sur la vallée à travers les croisées de leur chambre, elles n’aperçurent pourtant rien que l'ordinaire sérénité du ciel : il brillait de tout l’éclat de ces jours doux et charmants qui viennent au temps de.

la chute des feuilles, et qui, par leur prolongation , rendent l’automne américain comparable aux plus belles saisons des autres contrées. Là, il n’y a pas de printemps, la végétation semble arriver de suite à sa perfection, au lieu de ramper ainsi qu’elle le fait dans l’ancien monde, sous la méme latitude.

Septembre, octobre, novembre et décembre eux-mêmes , composent une saison où l'air est délicieux; ces mois on$ . F * ’ L

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leurs tempêtes, mais partielles et de courte durée, laissant après elles une pure atmosphère et un ciel sans nuages.

Comme on n’apercevait rien qui püt interrompre la beauté et l'harmonie d’un . si beau jour, les sœurs descendirent au salon avec une confiance toujours croissante pour la sécurité de leur frère, par conséquent pour leur propre bonheur.

La famille se rassembla de bon matin autour de la table du déjeûner , et miss Peyton, avec cette minutieuse précision qui caractérise les gens qui vivent dans le célibat, avait en plaisantant insisté pour que l'absence de son neveu ne pût en rien déranger la régularité des heures qu’elle avait fixées ; c’est pourquoi ils étaient tous assis lorsque le capitaine entra : le café, auquel on n'avait pas encore goûté, prouvait assez que chacun de ses parents avait remarqué son absence.

« Je crois,» dit-il en prenant place entre ses sœurs et recevant le salut qu’elles lui offraient, « que j'ai bien mieux fait de profiter d’un bon lit et d’un déjeûner si abondant, que d’avoir eu recours à l'hospitalité de ce corps si renommé des Cow-boys.

= Si le sommeil a fermé vos paupières, dit Sara, Frances et moi n'avons pas eu le même bonheur : le plus léger turmure que le vent de la nuit m’apportait résonnait à mon oreille comme si c'eût été le bruit de l’armée rebelle qui s’approchait. |

— Eh bien, » dit le capitaine en riant, « je dois vous avouer que j'ai eu moi-même un peu d'inquiétude. Mais comment vous portez-vous ? » poursuivit-il, s'adressant à sa plus jeune sœur qu’il semblait affectionner plus particulièrement, et lui donnant un petit coup de la main sur la joue; « n’avez-vous pas vu des étendards dans les nuages? et v’avez-vous pas pris pour la musique des rebelles les accords de la harpe éolienne de miss Peyton ?

— Hélas! Henri, » répondit la jeune fille en le regardant tendrement , « en

dépit de l'amour que je porte à mon pays , si je voyais maintenant approcher ses troupes, mon cœur serait accablé de tristesse. »

Le frère ne répliqua pas ; mais il paya l’affectueuse expression de ses yeux par un regard plein de la plus vive tendresse fraternelle , et lui pressait légèrement la main, lorsque César , qui avait partagé l'anxiété de la famille, et qui s'était levé dès la pointe du jour pour épier tout ce qui pouvait arriver dans le voisinage, s’écria en regardant par l’une des fenétres :

« Fuit, massa Henri, fuir, si aimer vieux César, fuir! ici venir la cavalerie des rebelles, » ajouta le nègre avec une figure dont la couieur approchait de celle d’un blanc. |

« Fuir! » répéta l'officier anglais d’un air où se peignait l’orgueil d’un soldat, « non, César, non; fuir n’est pas mon métier. » Disant ces mots, il marcha fièrement vers la fenêtre, où la famille s’était rassemblée en proie aux plus vives alarmes.

A plus d’un mille on apercevait environ cinquante dragons qui tournaient une des entrées latérales de la vallée.

En avant, près de l'officier, était un homme dans le costume d’un paysan, qui montrait du doigt la ferme. Quelques-uns d’entre eux quittèrent le corps principal et s’avancèrent rapidement vers leur destination.

Lorsqu'ils eurent gagné le chemin qui traversait la vallée, ils tournèrent leurs chevaux vers le nord. Les Wharton, en silence et respirant à peine, demeurèrent enchaînés à leur place, observant les mouvements de ces cavaliers, lorsqu'ils atteignirent Ia maison de Birch, firent un cercle rapide autour de ses terres, et en un instant la chaumière fut entourée d’une douzaine de sentinelles. Alors deux ou trois dragons descendirent de cheval et disparurent; bientôt après ils revinrent dans la cour suivis de Katy, dont les violentes gesticulations annoncaient qu’il n’était pas question d’une bagatelle. L'arrivée du

principal corps de troupes fut suivi d’un court entretien avec la babillarde femme de confiance ; les premiers qui étaient arrivés remontèrent à cheval, et tous coururent au grand trot vers les Locusts.

Personne de la famille n’avait eu jusqu’alors assez de présence d’esprit pour chercher un moyen qui püt mettre le capitaine Wharton en sûreté ; mais l’extrême danger ne permettait plus de dé- Jai, et pour le cacher on proposa à la hâte différents moyens : mais ils furent rejetés par le jeune homme comme indignes de son caractère. 11 avait trop attendu pour pouvoir se retirer dans le bois qui se trouvait derrière la ferme, car on l’aurait sans doute vu; la cavalerie l’aurait poursuivi et se serait iné- ” vitablement emparée de sa personne.

Enfin de leurs mains tremblantes ses sœurs l’aidèrent à reprendre son premier déguisement que César avait soigneusement conservé dans la crainte de quelque danger.

Ce travestissement fait à la hôte était

à peine achevé que les dragons entrèrent dans la plaine et dans le verger de Locusts avec la rapidité du vent, et les Wharton furent cernés à leur tour.

Il ne restait plus maintenant à la famille qu’à subir l'examen redouté avec une indifférence apparente. Le chef de la troupe descendit de cheval, et suivi d’une couple de ses soldats, arriva à la grande porte du bâtiment qui, pour l'y recevoir , fut ouverte par César lentement et avec répugnance. La marche lourde du cavalier et de ses compagnons à la suite du noir qui les conduisait dans le salon frappa les oreilles des dames à mesure qu’ils approchaiert, et refoula tout le sang de leurs joues vers leur cœur , et un froid glacial suspendit presque tous leurs sens.

Un homme dont la colossale stature annonçait une force extraodinaire entra dans l'appartement, ét ôtant son chapeau, salua la famille avec un air doux qui semblait être en contradiction avec fa taille, Sur son front tombaient d’é-

pais cheveux noirs; ils n'étaient pas

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