‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 62 sur 108 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

* Prépare ton Âme, jeune Azim | tu as bravé les troupes grecques, encore puissantes, quoique esclaves ; tu as fait face à cette phalange , armée de toute sa renommée, à ses piques macédoniennes et à leurs globes enflammés ; mais une épreuve plus périlleuse t'attend : maintenant les yeux brillants d'une femme,... Et que les con: quérants tirent vanité de la renommée qu'ils ont àoquise sur le champ de bataille ! Quand la vertu arme contre les charmes de la beauté un jeune homme, un cœur brûlant, qui en sent tous les attraits, et qui cependant sait ne s’en pas rendre esclave, il est de tous les conquérants le meilleur et le plus brave.

Mooaz.

LEs dames de la famille Wharton s'étaient rassemblées près de la fenétre, prenant le plus vif intérêt à la scène que nous venons de décrire.

Sara regardait avec le sourire d'une dédaigneuse indifférence l’approche de ses compatriotes qu’elle pensait engagés dans une cause impie de rébellion. Miss Peyton examinait ce beau spectacle avec un orgueil plein d'enthousiasme à l’idée que les guerriers qui étaient devant elle faisaient partie de la troupe d’élite de son pays natal, tandis que Frances regardait avec un si grand intérêt qu’il absorbait en elle toute autre considération.

Les deux corps de troupes ne s’étaient pas encore rejoints, lorsqu'un regard perçant lui fit distinguer ün cavalier entouré de tous les autres. Le coursier de ce jeune guerrier semblait même persuadé qu’il était plus qu’un homme ordinaire : ses pieds touchaient à peine la terre, et son allure légère avait le mouvement soumis d’un cheval de bataille.

Le dragon, assis avec grâce sur sa

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selle, avait une fermeté et une aisance qui prouvaient qu’il était maître de son Cheval autant que de lui-même : sa taille haute, aux formes arrondies et musculeuses possédait les justes proportions qui indiquent la force et l'activité, Lawton fit son rapport à cet officier, et l’un à côté de l’autre ils traversèrent le champ qui se trouvait devant la ferme.

Le cœur de la jeune fille battit avee une pulsation presque suffocante, lors que, s’arrétant un moment, le jeune of:

ficier regarda le bâtiment d’un œil noir, dont l'éclat pouvait au loin être remars qué. Frances changea de couleur lors qu’elle vit le jeune homme descendre de cheval, et fut forcée de recourir à une chaise pour assurer un appui à ses membres tremblants.

L'officier donna quelques ordres à la hâte à celui qui commandait en second, traversa rapidement la pelouse et s’as vança vers l'édifice. Fanny se leva de son siége et sortit de l'appartement, L'oflicier monta les marches de la ter rasse, et avait à peine eu le temps de toucher le seuil de la porte lorsqu'elle s’ouvrit paur le recevoir. ;

La jeunesse de Frances, à l’époque où elle avait quitté la ville, ne lui avait pas, conformément à l’usage de ce temps, permis de sacrifier sur l’autd de la mode toutes les beautés qu’elle tenait de la nature. Aussi ses cheveux de couleur d’or n’étaient pas relevés, mais tombaient en boucies enfantines, et ombrageaient un front qui sans art brillait des charmes du jeune âge et de la santé; ses yeux disaient beaucoup, mais sa bouche était muette : ses mains entrelacées devant elle, et sa taille svelte, penchée dans une attitude d’attente, lui donnaient une grâce si touchante que, pendant un moinent, son amant resta comme enchaîné et silencieux à la même place.

Frances, sans proférer un seul mot, conduisit le jeune homme dans le salon opposé à celui où ia famille: était ras+ temblée, et mettant Leenane se,

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deux mains dans celles de l'officier, elle s’écria :

« Àh Dunwoodie! combien, pour plusieurs raisons, je suis heureuse de vous revoir ; je vous ai conduit ici pour vous préparer à la rencontre d’un ami inattendu qui est maintenant dans l’autre salon. |

— Quelle que soit la cause à laquelle je le doive, » répondit le jeune homme, pressant de ses lèvres les mains de la jeune fille, « je suis trop heureux de vous voir sans témoin... Frances, l'épreuve que vous avez exigée de mon amour est cruelle; la guerre et léloignement vont peut-être nous séparer pour toujours.

— Nous devons nous soumettre à la nécessité qui nous gouverne, » dit la jeune fille, perdant le feu que lui avait donné lagitation, et prenant un air mélancolique. « Maïs ce ne sont pas des paroles d'amour que je voudrais entendre à présent : j'ai d’autres choses bien plus importantes qui doivent fixer votre attention.

— Et que peut-il y avoir de plus important que de nous unir tous deux par un lien indissoluble. Frances! pour quoi montrez-vous envers moi tant de froideur? moi qui dans les jours de fatigue et dans les nuits d’alarmes ai toujours eu votre image présente à l’esprit.

— Cher Dunwoodie, » dit Frances attendrie presque jusqu’aux larmes, et lui tendant une seconde fois la main, tandis que ses brillantes couleurs revenaient peu à peu, « vous connaissez mes sentiments ; cette guerre une fois terminée, ma main sera à vous pour toujours ; mais je ne consentirai jamais à me lier avec vous par une chaîne plus étroite que celle qui nous lie maintenant tant que vous porterez les armes contre mon frère. A présent même, ce frère attend votre décision, ou pour être mis en liberté, ou pour être conduit à à une mort probable.

— Votre frère! » s’écria Dunwoodie

-tressaillant et pälissant; « votre frère!

FENIMORE COOPER

expliquez-vous, quel terrible mystère est caché dans ce peu de mots ?

— Le capitaine Lawton ne vous a-til pas fait part de l’arrestation d'Henri, comme espion, ce matin, et de sa main même? » continua Frances d'une voix faible, et fixant sur son amant des regards du plus profond intérêt et pleins de la plus vive inquiétude.

« Il m’a parlé de l'arrestation d'un cpibice du 60° qui était déguisé, mais sans me dire où et qui, » répliqua le major du même ton; et il se couvrit la figure de ses mains pour cacher ses sentiments à son amie.

« Dunwoodie! Dunwoodie! » s’écria Frances, laissant succéder la crainte la plus violente à sa première confiance.

« Que veut dire cette agitation? » Le major leva lentement la tête, et la jeune fille, lisant sur son visage l’expression de la plus vive émotion, continua : « Oh! non, vous ne livrerez pas votre ami, mon frère, à une mort hon- teuse ?

— Frances, » s’écria le jeune homme d'un air désespéré, « que ferai-je! que ferai-je!

— Le major livrerait-il à ses ennemis son propre ami , le frère de celle à laquelle il veut unir sa destinée!

— Oh! chère miss Wharton, ma Frances! ne parle pas d’un ton sévère, A cet instant même je donnerais ma vie pour celle d'Henri; mais mon devoir... je ne puis l'oublier, je ne puis manquer à l'honneur, vous même seriez la première à me mépriser.

— Peyton Dunwoodie! reprit Frances d’une voix solennelle et le visage couvert d’une pâleur mortelle, « vous m'avez dit que vous m’aimiez, vous m'en avez fait le serment.

— Oh! oui, oui; recois-le encore, »

répondit l'officier avec véhémence ; mais Ja jeune fille lui faisant signe de la main de se taire, poursuivit d’une voix tremblante.

«a Croyez-vous que je puisse jamais m'unir à un homme qui aurait souillé ses mains du sang de mon frère!

" — Frances! » s’écria le major au dégespoir , « vous me percez le cœur ; »

puis s’arrétant un moment comme pour se remettre de son agitation , il s’efforca de sourire et ajouta : « mais, après tout, d’inutiles terreurs ne doivent pas nous troubler; et lorsque je serai instruit des circonstances , Henri pourra n’être regardé que comme prisonnier de guerre, ét je pourrai le mettre en liberté sur parole. »

Il n’est pas de passion plus séduisante que l'espérance; et la jeunesse semble posséder l’heureux privilége de pouyoir jouir de tous ses charmes. C’est lorsque nous sommes nous-mêmes plus dignes de confiance que nous sommes moins enclins au soupçon, et ce que nous pensons devoir être, nous nous plaisons à croire qu’il arrivera.

- L’incertaine espérance du jeune officier fut communiquée, par le regard plutôt que par la voix, à la sœur infortunée; elle se leva promptement de sa chaise , ses joues se colorèrent de nouveau, et elle s’écria :

«a Oh! il n’y a pas à en douter, je savais bien, Dunwoodie, que jamais vous ne nous abandonneriez pas dans les instants de crise. » La violence de ses sentiments la subjugua, et l’agitation qu'elle avait éprouvée lui fit verser un torrent de larmes.

Consoler'ceux qui nous sont chers est la plus douce prérogative de l’amitié; et le major Dunwoodie, quoique fort peu persuadé de l'efficacité des moyens qu'il venait d'imaginer pour calmer les angoisses de cette aimable fille, ne pouvait la détromper ; elle s’appuyait sur son épaule, tandis qu’il faisait disparaître la trace des pleurs que son émotion lui avait fait répandre.

Toute pleine de crainte qu’elle était, elle s’abandonnait à un nouvel espoir pour la sûreté de son frère et à la protection de son amant.

Frances ayant repris assez de force et quelque empire sur ses esprits, hâta ses pas vers le salon voisin pour communiquer à sa famille Pagréable nou-

L’ESPION

velle qu’elle pensait déjà devoir être certaine.

Dunwoodie la suivit à regret, et présageant que les résultats seraient funestes.

Il fut bientôt en présence de ses parents et rappela toute sa force pour soutenir avec fermeté l’épreuve si redoutée qui l’attendait.

Les salutations des deux jeunes gens furent amicales, et Henri était aussi:

tranquille que si rien ne fût venu troubler la sérérité de son esprit.

L’horreur d'être presque la cause de l'arrestation de son ami, le danger dans lequel se trouvait la vie du capitaine Wharton, ct les discours déchirants de Frances avaient jeté au cœur du major Dunwoodie une inquiétude que tous ses efforts ne purent dissimuler.

L'accueil qu’il recut de la famille fut

affectueux et sincère, et sans doute :

une ancienne amitié puisait sa chaleur dans le souvenir de premières obligations et dans l’espoir qu’on ne pouvait manquer de lire dans les yeux de la jeune fille qui rougissait à ses côtés.

Après que le major Dunwoodie eut salué toutes les personnes de la famille, il fit signe à la sentinelle, à laquelle la prudence toujours prévoyante du capitaine Lawton avait laissé la gorde du prisonnier, de quitter la chambre.

Se tournant ensuite vers le capitaine

Wharton d’un air résolu, et cependant

plein de douceur, il lui dit :

« Apprenez-moi, Henri, les eircons-

tances qui vous ont poussé à vous ser- .

vir du déguisement dans lequel le capitaine Lawton m'a rapporté vous avoir surpris ; et rappelez-vous, rappelez-vous bien que vos réponses ne sont point forcées.

— Je me suis servi de ce déguisement,

major Dunwoodie, » répliqua l'officier

anglais d'un ton grave, « pour me mettre à même d'aller voir ma famille sans n’exposer à être pas fait prison:

nier de guerre.

— Et vous ne l’avez porté qu’à l’instant où la troupe de Lawton s'est ap-

prochée !» s’écria vivement le major,

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as Céftainenient! » s’écria Frances avec vivacité, et oubliant toutes les circons$tances, tant étaient grandes ses in-

es pour son frère. « Sara et moi :

l'en. avons couvert quand les dragons sont arrivés, et notre gaucherie est cause de 8a découverte. »

La physionomie de Dunwoodie devint moins sévère lorsqu'il tourna ses yeux pleins d’une admiration passionnée

sut Paimable orateur: il écouta son ex-

plication et-ajouta :

« Sans doute, dans le trouble où vous étiez, cVous vous êtes servie de quelque objet à votre usage qui se trouvait sous votre main ?

— Non, » dit le capitaine Wharton avet dignité; « j’avais apporté ces habits de la ville, ils m'ont été procurés pour servir au dessein dont je vous ai parlé, et je comptais encore aujourd’hui même m’en eue pour retourner ad régiment.

Frances, ‘effrayée, placée entre son frére et son amant, où la violence de

ses sentiments l'avait attirée, recula de

plusieurs pas ; alors la vérité vint frapper son esprit, et elle tomba sur un siége, regardant d’un air effrayé les jeunes gens qui étaient devant elle.

« Mais les piquets, les troupes de la plaine? » ajouta Dunwoodie en pâlissant.

— J'ai passé à travers complétement déguisé, » répliqua Wharton avec fierté; « je me suis servi de cette passe pour laquelle jai donné de l'argent; et comme elle est signée Washington, je pense qu’elle est fausse. »

Dunwoodie prit le papier des mains du capitaine Wharton , en examina quelques instants en silence la signature, et, durant ce temps, les sentiments de Phomme faisant place au devoir du soldat, il se tourna vers le prisonnier, et, le regardant d’un œil scrutateur, il lui demanda : :

«Capitaine Wharton, d'où vous vient ce papier ?

— Je pense que le major Dunwoodie n’a pas le droit de me faire cette question, » dit Henri d’un ton fier.

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FENIMORE COOPER

« Excusez-moi ; monsieur, répondit l'officier américain, mes sentimenté m'ont fait commettre une indiscrétion. »

M. Wharton, qui jusqu'alors avait été un des auditeurs qui prenait le plus d'intérêt à cette conversation, surmonta son trouble, et dit : « Sans doute, major Dunwoodie , ce papier est de peu d’importance ; chaque jour, en temps de guerre, on emploie de semblables ar.

tifices.

— Ce nom n’est pas contrefait, » dit l'officier, examinant les caractères et se parlant tout bas. « Y a-t-il encore une trahison à découvrir parmi nous?

On a trompé la confiance de Washington; car la passe est d’une autre écriture que le nom supposé! Capitaine Wharton, en semblable circonstance il n'est pas de mon devoir de vous :laisser libre sur parole; vous serez obligé de m’accompagner dans les hautes terres.

—Je ne m'attendais pas à autre chose, major Dunwoodie,» dit fièrement le prisonnier en allant vers son père et lui parlant à voix basse.

Dunwoodie se tournait lentement du côté des sœurs quand la figure de Frances vint encore frapper ses regards ; elle était debout , les mains jointes et dans l'attitude d’une suppliante; se sentant incapable de garder plus longtemps la fermeté que son devoir lui imposait, il s’excusa à Ja hâte pour trouver moyen de sortir de l'appartement ; Frances le suivit, et Dunwoodie, obéissant à un coup d'œil significatif qu’elle lui lança, rentra dans l’appartement où avait eu lieu leur première entrevue.

« Major Dunwoodie, » dit Frances d’une voix faible en lui faisant signe de s'asseoir ; la pâleur qui avait couvert son visage avait fait place à une vive rougeur ; elle se recueillit un moment, et continua : « Je vous ai déjà fait connaître toute l'estime que j'ai pour vous; et même à présent que vous déchirez mon cœur, je ne veux point la dissimuler. Croyez-moi, Henri est inhocent ; son imprudence seule l’a retidei

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L'ESPION

coupable; notre pays n’a rien à craindre de lui. » Elle s'arrêta, respirant à peine; la pâleur remplaca rapidement les roses de son teint, mais bientôt le sang lui montant au visage le couvrit du plus éclatant vermillon, et elle ajouta vivement et à demi-voix : «Je vous ai promis, Dunwoodie, que je serai votre épouse lorsque la guerre ne désolera plus notre malheureuse patrie. Hé bien!

Jaissez mon frère libre sur parole, et dès aujourd’hui je vais à l’autel unir ma destinée à la vôtre ; je vous suivrai dans les camps, et femme d’un soldat, j’apprendrai à souffrir les privations d’un soldat.»

Dunwoodie saisit la main que la jeune fille, dans son exaltation, lui avoit présentée ; il Ja pressa un moment sur son cœur, puis, quittant son siége, se promena à grands pas dans une excessive agitation, et s’écria :

« Frances, c’est assez, je vous en cônjure, à moins que votre intention ne soit de déchirer mon cœur.

— Vous rejetez donc l'offre de ma main ? » reprit-elle d’un air offensé et se levant avec dignité, quoique ses joues pâles et ses lèvres tremblantes montrassent le conflit des passions qui luttaient au fond de son cœur.

« Moi la refuser ! » s’écria son amant avec enthousiasme ; « mes prières et mes larmes ne l’ont-elles pas assez demandée? n'est-elle pas le seul objet de mes désirs ? Mais l’accepter à de telles conditions serait nous déshonorer tous deux; j'espère beaucoup pour Henri; il doit être acquitté, peut-être ne sera-t-il pas jugé. Vous savez que je ferai tout pour Jui ; et croyez-moi, Frances, je ne suis pas en défaveur auprès de Washington.

— Ce papier, cet abus de sa confiance auquel vous avez fait allusion , le

. rendront inflexible à l'égard de mon

frère. Si les prières ou les menaces avaient pu ébranler son implacable justice, André aurait-il perdu la vie? »

dit la jeune fille au désespoir et se précipitant hors de la chambre pour cacher la violence de son émotion.

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“ Dunwoodie demeura quelques minutes stupéfait et consterné du déses poir de sa maîtresse et du sien propre:

ensuite il la suivit dans la vue de se justifier et d’apaiser ses appréhensions. En entrant dans le vestibule qui se trouvait entre les deux salons, il y rencontra un petit garçon tout en guenilles, qui regarda un instant son habillement, et sans parler lui mit un morceau de papier dans la main, puis disparut aussitôt par :

la grande porte du bâtiment. Le trouble

de son esprit et la rapidité de l’événe-

ment ne donnèrent au major que le temps d'observer que le messager était un enfant de la campagne misérablement habillé, qui tenait en main un de ces joujoux que l'on achète dans les villes, et qu'il contemplait sans doute alors:

avec le plaisir si naturel de l'avoir payé en s’acquittant du service qu’il venait, de rendre. L’oflicier regarda le contenu .

du billet , qui était sur un petit morceau de papier bien sale, déchiré et d’une écriture presque illisible ; cependant avec un peu de peine il'parvint à lire ce qui suit : | ,

« Les troupes régulières, tant cavalerie qu’infanterie, sont à fort peu de distance r.»

1. Il mourut, il y a peu d'années, aux États Unis, à Bedfort, West-Chester, un fermier du nom d'Élysée H... Cet homme avait été employé par Washington, comme un de ses espions auxquels il accordait le plus de confiance. D'après leurs conventions, H... ne devait jamais traiter avec une tierce partie, vu que les dangers auxquels il s’exposait étaient trop grands. II lui fut permis également d'entrer au service de sir Heori Clinton; et Washinghton se fiait tellement au patriotisme et à la discrétion de H. qu'il lui révéluit les mouvements militaires de peu d'importance, afin qu’il pût en rehausser son mérite auprès du général anglais auquel il les communiquuit. H... avait, pendant une assez longue période, continué à servir de cette manière, lorsque le hasard l’amena dans la ville, alors occupée par les Anglais, au moment où une expédition allait en partir avec le dessein d'attaquer un petit purt établi à Bedfo:d , son vil lage natal, dans lequel les Américaius avaient un dépôt de provisions. H.., calcula aisément la force et devina la destination du détachement commaudé pour ce service, mais il ne savait par quel moyen communiquer son avis à l'officier commandant à Bedfort, sans trahir son véritable caractère en se confiant à une tierce personne,

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Dunwoodie tressaillit, et tout cédant chez lui au devoir de son métier, il quitta précipitamment la maison. Tandis qu'il se hâtait de rejoindre sa troupe, il aperçut sur une montagne peu éloignée une vedette qui courait au grand galop; plusieurs coups de pistolet se firent entendre presque ensemble, et le moment d’après ses oreilles furent frappées du bruit des trompettes de son corps, qui sonnaient cet air qui anime le soldat, cet air enivrant : « Aux armes!» Lorsqu'il arriva sur le terrain occupé par son escadron, le major vit chaque cavalier en mouvement. Lawton était sur sa selle, regardant l'extrémité de la vallée dans

HN ne lui restait plus assez de temps pour rejoindre Washington, et dans cette circonstance il résolut de hasarder l'envoi au commandant américain d'une courte note indiquant le danger et l’heure où lattaque devait commencer. 11 osa même signer cette note de ses propres initiales E. H..., quoiqu'il eût déguisé son écriture, dans la persuasion que, passant pour être suspecté par ses compatrintes, cela servirait à donner plus de poids à son avertissement. Sa famille étant à Bedford, la note fut transmise avec facilité et arriva en temps utile, H... lui-même demeurant à New-York.

Le commandant américain fit ce qu’un officier intelligent eût fait en pareille occurrence. Il expédia un courrier avec la note à Washington, en lui demandant ses ordres, tandis qu’il préparait sa petite troupe à faire la meilleure défense possible.

Le quartier général des Américains était alors dans les hautes terres. Heureusement l’exprès rencontra Mt dans uve tournée. d’observation à l'entrée du camp. On lui remit la note, et il la lut en selie, en ajoutant au crayon : « Crovez tout ce que E. H... vous dit. G£onces Was- HINGTON. » 11 la rendit au courrier, avec ordre de retourner à bride abattue, et d’arriver mort ou vif.

Le courrier reparut à Bedford après que les Anglais eurent fait leur attaque. Le commandant lut … la réponse et la mit dans sa poche. Les Américains furent défaits, et leur chef tué. La note de H..., avec la ligne écrite par Washington, fut trouvée sur lui.

Le jour suivant, H... fut mandé devant sir Heuri Clinton. Après que ce dernier eut fait quelques questions générales , il remit brusquement la note à son espion, et lui demanda s’il en connaissait l'écriture et quel était ce E. H... « C'est Élysée Hadder , espion que vous avez fait pendre hier à Powles-Hook. » La précision de cette rcponse, corroborée par le fait même qu’un espion portant les mêmes initiales avait été exécuté la veille, et le sang-froid de H... le sauvèrent. Sir Henri Clintou lui permit de se retirer, et il ne le veyit plus,

FENTMORE COOPER.

une attente d’impatience inexprimable, et criant aux musiciens d’une voix qui n’était guère moins forte que le son de leurs instruments :

« Sonnez, mes enfants, sonnez; que ces Anglais sachent que la cavalerie virginienne est entre eux et le but de leur marche. »

Les vedettes et les patrouilles vinrent alors pour faire, l’une après l’autre, leur rapport à l'officier commandant, lequel donna ses ordres avec ce calme et cette promptitude qui rend l’obéissance certaine. Une fois seulement, faisant tourner son cheval qui galopait sur le terrain en face de l’habitation, Dunwoodie jeta un coup d’œil sur la

‘ maison, et son cœur battit avec une in-

concevable rapidité, lorsqu’à l’une des fenêtres de la chambre dans laquelle il s'était entretenu seul avec Frances, il vit une femme debout et les mains jointes. La trop grande distance et les arbres qui çà et là se trouvaient entre eux l’empéchèrent de distinguer ses traits; mais il ne douta pas que ce ne fût sa maîtresse. La pâleur de l'officier et la langueur de ses yeux ne durèrent qu’un moment. Pendant qu’il courait vers le lieu qui devait être le champ de bataille, une vive couleur que lui donnait son ardeur guerrière commença à se répandre sur ses traits. Hälés par le soleil, ses soldats qui regardaient la physionomie de leur chef comme le meilleur pronostic de leur destin, virent encore l'éclat accoutumé de ses yeux, et cette rougeur de contentement dont ils avaient été si souvent témoins la veille d’un combat. Les vedettes et le détachement qui avaient été envoyés sur divers points étant réunis faisaient monter leur nombre à environ deux cents. Il y avait aussi un petit corps d'hommes à cheval, dont l'ordinaire emploi était celui de guides, et qu'on incorporait dans les cas urgents pour leur faire remplir les fonctions de soldats. Ces hommes venaient de quitter leurs chevaux, et sous les ordres de Dunwoodie travaillaient à ren-

. verser des clôtures de haies vives qui

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aüyaient pu contrariér les mouvements projetés. La négligence qu’on avait apportée à la culture des terres, à cause des opérations de la guerre, rendit cette tâche infiniment plus aisée. Les longues {iles d'énormes et durables murailles qui s'élèvent de tous côtés dans ce pays étaient inconnues il y a quarante ans.

De légères et vacillantes clôtures en caïlloux amoncelés étaient alors en usage, pour soutenir les terres et en faciliter la culture, beaucoup plus que pour marquer les limites permanentes des différentes propriétés ; elles réclamaient la plus grande attention de la part des laboureurs pour les préserver des gelées d’hiver et de la fureur des tempêtes. Celles qui entouraient le domaine de M. Wharton avaient été construites avec plus de soin; mais celles qui traversaient jadis la vallée n’étaient plus en général qu'un amas de ruines sur lesquelles la cavalerie virginienne courait avec la légèreté du vent. De distance à autre on apercevait cependant encore quelques lignes de ces petites clôtures qui avaient résisté aux injures du temps : comme elles ne se trouvaient pas sur les terres où Dunwoodie voulait se défendre, il ne resta à abattre qu’un petit nombre de haies

" vives et de claies. Cet ouvrage fait avec

promptitude et succès, les guides se retirèrent dans les postes qui leur étaient assignés pour le combat qui allait: se livrer.

Le major Dunwoodie, à l'égard de l'ennemi, avait reçu de ses éclaireurs tous les renseignements nécessaires pour qu’il pt faire ses dispositions. Le fond de la vallée était une plaine unie qui, par un plan incliné, aboutissait, au pied des montagnes qui étaient de chaque côté, à une prairie naturelle s'étendant à travers le pays, sur les bords d’un petit ruisseau dont les eaux souvent l’inondaient et le fertilisaient. On pouvait aisément passer à gué ce ruisseau dans plusieurs endroits, et le seul empéchement qu’il apportait aux mouvements de la cavalerie était dans un endroit où il coulait de l’est à l’ouest

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