Peperagé log, dit le texte
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- remerciments pour votre aimable compliment; » s’écria en riant le sous-lieutenant, « ma modestie ne veut pas me
. le permettre ; j'ai fait d’inutiles efforts pour les arrêter, mais cela m’a été im-
. possible.
— Les arrêter ! s’ecria le capitaine:
.voudriez-vous arrêter des soldats au
milieu d’une charge?
— Je pensais qu’ils ne prenaient pas une bonne direction, » répondit séchement l’inférieur.
« Ah! » reprit le capitaine d’un ton moins haut, « notre chute les avait entraînés vers la droite.
— C'était ou votre chute ou la crainte de la leur, » répondit le facétieux inférieur avec gravité; « jusqu’à ce que le major nous eût ralliés, nous étions dans une admirable confusion.
. —Dunwoodie ! » s’écria Lawton frappé d'étonnement ; « comment donc, le major était à charger les Hollandais.
— Oui; mais après avoir chargé les Hollandais, continua Mason, il vint au petit galop avec les deux autres corps de troupes, et se précipitant entre nous et l'ennemi, avec ce ton impératif qu’il prend lorsqu'il le veut, en un instant il nous remit en ligne; » le lieutenant ajouta avec chaleur ; « ce fut alors que John Bull fut forcé de se retirer derrière les broussailles. Oh! c'était une plaisante charge; jusqu’à ce que nous les eussions chassés , ils couraient tous les uns sur les autres.
— Diable! » s’écria le capitaine avec mécontentement, «quel spectacle j'ai perdu là!
— Durant ce vacarme vous étiez endormi , » dit Mason laconiquement.
« Oui , » répondit l’autre avec un soupir, « ce fut une belle chose dont j’ai été privé, ainsi que le pauvre George Singleton ; mais qu'est-ce que dira la sœur de George à cette fille aux cheveux blonds du bâtiment blanc de là-bas ?
— Elle se pendra avec ses jarretières, dit le lieutenant ; je dois un grand respect à mes supérieurs, mais deux anges tels
que ceux-là sont trop pour la part d’un
homme , à moins qu'il ne soit Turc ou Indou.
—Oui, oui,» dit vivement le capitaine, «le major est toujours préchant la morale aux jeunes gens ; maïs, après tout , c’est un fin matois. Avez-vous observé quelle prédilection il a pour les routes qui se croisent à l’extrémité de cette vallée ? Oh!
si je faisais faire halte deux fois à mo troupe dans le même endroit, vous parieriez que y a quelque cotillon en jeu.
— On vous connaît bien dans le réuiment, répondit le sentencieux lieutenant.
—Tom! Tom! votre propension:‘à là médisance est incurable ; » mais, ajouta-t-il en s’inclinant du côté vers lequei ses yeux étaient dirigés, comme pour distinguer les objets à travers l’obscurité : « Quel animal se meut sur la droite, là, à travers le pré?
— C'est un homme, » dit Mason, examinant avec la plus grande attention l’objet suspect.
. « Par sa bosse c’est un dromadaire , »
ajouta le capitaine, regardant encore plus attentivement ; puis soudain, détournant son cheval de la grande route, il s’écria : « Harvey Birch! qu’on le prenne mort ou vif! »
Mason, et un petit nombre de dragons qui conduisaient la marche, comprirent seuls ce cri soudain, mais toute la ligne l’entendit. Une douzaine de cavaliers, commandés par le lieutenant, suivirent l’impétueux Lawton, et leur promptitude fit craindre à celui qui en était l’objet de voir bientôt la fin de cette poursuite.
Birch était resté à la même place sur le roc où Henri Wharton l'avait vu en.
passant , jusqu’à ce que la nuit fût venue envelopper de ses sombres voiles les objets environnants. De la hauteur il avait été témoin de tout ce qui s’était passé pendant la journée. Le cœur palpitant , il avait vu le départ des troupes sous le commandement de Dunwoodie, et c'était avec peine qu’il avait mis un freun à son impatience jusqu’à ce que l'obscurité de la nuit vint lui permettre.
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de s'éloigner sans courir de risque. Il n’avait cependant pas fait un quart du chemin pour arriver à sa demeure, lorsque son oreille, toujours aux aguets, entendit les pas de chevaux qui s’approchaient. Comptant sur l’obscurité croisgante, il résolut de poursuivre sa route, bâtant sa marche en se courbant vers la terre, dans l'espoir de n'être pas aperçu.
Le capitaine Lawton prenait beaucoup trop d'intérêt à sa conversation avec le lieutenant pour permettre à ses yeux de se promener çà et là, ainsi qu' il en avait l'habitude ; le colporteur, s’apercevant par le bruit des voix que l'ennemi qui lui inspirait le plus de crainte était déjà passé, céda à son impatience, se redressa afin de pouvoir marcher plus vite; mais dès que son corps fut debout sur la terre, pn le vit, et l’on se mit à sa poursuite. Pendant un moment Birch perdit tout espoir, son sang se glaça dans ses veines à l’idée d’un si grand danger, et ses jambes refusèrent de lui prêter leur secours ordinäire si nécessaire en pareil cas; mais cet état ne dura qu’un instant. Jetant son sac à l'endroit où il se trouvait, et serrant la ceinture qui était autour de son corps, le colporteur s’enfuit avec fa rapidité de l'éclair. 11 pensait qu’en se dirigeant vers le bois il disparaîtrait aux yeux de ceux qui le poursuivaient.
Cette pensée ne lui fut pas plutôt venue qu’il la mit à exécution, et il se hâtait d'atteindre le bois, lorsque quelques cavaliers, courant après lui à peu de distance sur sa gauche, l’empéchèrent de gagner ce lieu de sûreté.
Le colporteur se précipita sur la terre dés qu’il les vit venir à lui, et ils passèrent sans l’apercevoir ; mais tout délai maintenant lui devenait funeste s’il demevrait dans cette position. C’est pourquoi il se releva, et cherchant toujours à se maintenir dans l’ombre du bois le long de la lisière, d’où il entendait des voix se crier les unes aux autres d’être attentifs, il courut avec une promptitude incroyable sur une ligne parallèle, dont la direction était
opposée à Ja marche des dragons
Tout le corps de troupe avait entendu la confusion occasionée par cette chasse , mais aucun des cavaliers n'avait compris l'ordre de l'impétueux Lawton, à l'exception de ceux qui se trouvaient à ses côtés. Les autres étaient dans l’indécision de savoir ce qu’ils devaient faire; et le cornette dont nous avons déjà parlé, questionnait à la hâte les cavaliers qui étaient près de lui.
quand un homme, à peu de distance en nr traversa la route d’un seul bond.
Au même instant la voix forte du capitaine Lawton se fit entendre dans x vallée, et apprit à la fois la vérité à toute sa troupe.
« Harvey Birch! qu’on le prenne mort ou vif. »
Cinquante pistolets qui firent feu éclai: rèrent aussitôt la scène, et les balles siflèrent de tous côtés autour desla tête de l’infortuné colporteur. Le désespoir saisit son cœur, et il s’écria avec la plus profonde douleur :
« Ils courent sur moi comme sur une bête féroce ! »
La vie et tout ce qui l'accompagne n'était plus pour lui qu’un fardeau , et il était prêt à se livrer à ses ennemis, lorsque la nature fit entendre sa voix : il craignit que, s’il était pris, sa vie ne fût point honorée d’un jugement, et que le lever du soleil fût témoin de son ignominieuse exécution : il avait déjà été condamné , et n'avait échappé à son sort que par stratagème. Ces pensées et l'approche des pas de ceux qui le poursuivaient ranimèrent son courage, et il se mit à fuir de nouveau devant eux. Un pan de muraille qui avait résisté aux ravages de la guerre, près de la clôture du bois, se trouva par bonheur sur son chemin. A peine avait-il eu le temps de s'élancer tout épuisé au-delà de cette barrière, qu’une vingtaine de ses ennemis en atteignirent le côté opposé. Les chevaux effrayés de l’obsurité ne voulurent point la franchir; et au milieu de la confusion des chevaux qui se cabraiïent et des jurements des cavaliers, Birch
UE fut en état de gagner le pied de la mohtagne, dont le sommet était un endroit parfaitement sûr contre l'approche de out ennemi. Le cœur du colporteur battit alors fortement en sentant renat-
tre l’espérance, quand la voix du capi-
taine Lawton vint encore frapper son oreille, criant à sa troupe de lui füire lace. Tous obéirent à son ordre, et le ardi cavalier arriva à toute bride vers le mur, piqua de ses éperons son cheval, et s’élança, sans aucun accident et avec la rapidité de l'éclair, par-dessus cette muraille. Les cris de triomphe des cavaliers et le pas retentissant du cheval firent connaître alors trop clairement au colporteur l’immensité de son danger. Il était accablé de lassitude, et son sort ne semblait plus douteux.
. « Arrête ou meurs! » dit le cavalier, d’une voix qui annonçait une résolution bien prononcée.
Harvey jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, et aperçut tout près de lui l’homme qu'il redoutait le plus. À la clarté des étoiles, il le vit le bras levé et le menaçant de son sabre. La crainte, la fatigue et le désespoir s’emparèrent de son cœur, et la victime désirée tomba soudain aux pieds du dragon. Le cheval de Lawton heurta le colporteur, et son cavalier et lui tombèrent avec violence sur la terre.
- Aussi prompt que la pensée, Birch fut encore sur pied, mais ayant en main l'épée du dragon renversé. Le ressentiment ne semble que trop naturel aux passions humaines; il y a peu de gens qui n’éprouvent Je plaisir séduisant de se venger d’une injure sur celui qu’ils en croient l’auteur, et cependant il s’en trouve qui ne connaissent rien de plus doux que de rendre le bien pour le mal. Tous les maux du colporteur se peignaient à son esprit sous les plus vives couleurs. Pendant un instant le démon prévalut dans son âme, et Birch brandit dans l'air la puissante épée; mais le moment d’ensuite il la laissa tomber sans colère près du dragon qui revenait à lui, mais sans espoir ; et le
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colporteur s'enfuit vers le roc prètecteur. |
« Secourez le capitaine Eawton! »
cria Mason en courant, suivi d’une dou- Zaine de cavaliers, « et que quelques-un$ d’entre vous descendent de cheval , et viennent avec moi à la recherche sur ces rocs ; le coquin s’y est caché.
— Arrêtez ! » cria le capitaine tenversé, et se levant avec difficulté sur ses pieds : « si l’un de vous met pied à terre, ilest mort ! Tom, mon camarade, prêtez-moi votre aide pour me remettre en selle sur Roanoke. » |
Le subalterne surpris obéit en silence, tandis que les dragons étonnés demeuraient fixés sur leur selle, comme s’ils n’eussent formé qu’un seul et même fout avec les animaux sur lesquels ils étaient montés.
.__« Je crains que vous ne soyez grièvement blessé, « dit Mason d’un air triste; au moment où ils regagnaient la grande route, et tout en mâchant le bout d’un cigare, parce qu’il n'avait pas de meilleur tabac.
« Il y a bien quelque chose comme cela, je pense, » répliqua le capitaine, reprenant häleiné et respirant avec dif:
culté ; « je voudrais que notre renoueur d'os fût avec nous pour examiner en quel état Sont mes côtes.
— Sitgreaves est demeuré dans la maison de M. Wharton pour soigner le capitaine Singleton, répliqua Mason.
— Alors je m’y arréterai pour la nuit, Tom, » répondit promptement le capitaine; « ces temps de troubles doivent faire mettre la cérémonie de côté ; en outre, vous vous rappelez que le vieux gentilhomme professe un grand attachement pour notre corps. Oh ! je ne puis per devant la maison d’un si excelent ami sans l’aller voir.
—Et je mènerai les troupes aux Quatre-Coins , dit le lieutenant; si nous faisions tous halte chez lui, nous y introduirions la famine.
— Situation que je ne désire pas connaître, ajouta Lawton. L'idée des petéts
L'ESPION
pins de mais de cette äimable fille est pour moi une perspective assez agréable. | |
— Oh! vous ne mourrez pas encore si vous pensez à manger,» dit Mason en souriant.
« Certainement je mourrais si je ne pensais pas à manger , » répliqua gravement le capitaine.
. « Capitaine Lawton, » dit le maréchal des logis de la troupe, s’approchant de son officier commandant, «nous passons maintenant devant la maison de cet espion de colporteur ; vous plairait-il que nous la brülassions ?,
— Non,» s’écria le capitaine d'une voix
qui ft tressaillir le sergent désappointé ;
« seriez-vous un incendiaire.. pour vouloir de sang-froid mettre le feu à une maison ? Qu’une étincelle la touche, et
Ja main qui l’aura lancée n’en jettera
pas une seconde.
. —Peste ! » s’écria le cornette, qui était en arrière et tout endormi, ct faisant ua signe de tête sur son cheval, « en dépit de sa chute, la vie n’a pas déguerpi de chez le capitaine! » |
Lawton et Mason marchèrent en silence, le dernier songeant aux effets surprenants que pouvait produire la chute d’un cheval , lorsqu'ils se trouvèrent devant la porte extérieure de la maison de M. Wharton. La troupe poursuivit sa marche; mais le capitaine et son lieutenant descendirent de cheval, et suivis du domestique du premier, se dirigèrent lentement vers la porte de J'habitation.
Le colonel Wellmère avait déjà cherché une retraite dans son appartement pour y cacher son orgueil humilié.
M. Wharton et son fils étaient renfermés ensemble, et les dames faisaient les honneurs du thé au chirurgien des dragons, qui avait laissé l’un de ses malades au lit, et l’autre jouissant des bienfaits d’un doux sômmeil. Quelques rs de miss Pevton firent cesser a gêne du docteur, qui connaissait chaque individu des nombreuses familles
avec lesquelles elle était liée à la Virgi-
nie, ét qui croyäit iémé impossible qu’il ne l’eût pas vué elle-même.
L'oimable fille sourit au fond de l’Âme:
car elle sentait’ que probablement, si elle l’eût vu auparavant, famais un homme aussi singulier ne lui serait sorti de la pensée. Cependant cela sauva l’embarras de leur position, et il se passa entre eux quelque chose qui avait l'air d’une conversation ; les nièces ne firent que prêter l'oreille, et la tante n’y porta pas grand intérêt. .
« Comme je le faisais observer, miss Peyton, les séules vapeurs nuisibles des plaines avaient rendu la plantation de votre frère une résidence peu favorable à Ja santé de l’homme; car les quadrupèdes étaient... | Le . — Juste ciel! qu'est ceci? » dit miss Peyton, devenant päle à la détonâtion des coups de pistolets qui venaient d’être tirés sur Birch.
« Cela retentit comme le choc occasionné dans l’atmosphère par l’explosion d’une arme à feu, » dit le méthodique chirurgien, d’un air fort indifférent, et buvant à petits coups, avec le plus grand calme, sa tasse de thé. « Je pourrais imaginer que ce doit être la troupe du capitaine Lawton, continua-t-il, si jé ne savais que ce capitaine n’emploie jamais le pistolet, tandis qu’il abuse üü sabre d’une manière épouvantable.
— Miséricorde ! » s’écria miss Peyton
dans la plus vive agitation , «il ne vou-
drait sans doute faire de mal à personne ?
— Du mal!» répéta le chirurgien avec vivacité; « la mort est certaine; madame; ses coups sont inimaginables; tout ce que je puis lui dire reste sans effet. |
— Mais le capitaine Lawton est l’officier que nous avons vu ce matin, votre ami, sans doute, » se hâta de dire Frances, observant que sa tante était en proie aux plus vives alarmes. |
« Je ne me plains pas de son manque d'amitié, reprit le docteur ; il serait un homme accompli, s’il savait donner son coup de sabré avec plus de science, ét
+ — ds en.
fe laisser quelque chance avec les blessés : tout métier, madame, doit faire vivre celui qui l’exerce ; dites-moi ce que peut devenir un chirurgien , si ses patieots sont morts avant qu’il ait le temps de les visiter. » ,
‘ Le docteur continuait à haranguer sur Ja probabilité et l’improbabilité que la détonation vint de la compagnie du capitaine , quand un grand coup frappé à la porte jeta les dames dans un nouvel effroi. Aussitôt, posant la main sur une petite scie qui, pendant toute la journée, ne l'avait pas quitté dans l’espoir d’une amputation, le chirurgien leur assura , avec le plus grand sangfroid , qu’illes préserverait de tout danger, et alla en personne répondre à l'appel qui venait d’être fait à la porte.
. « Le capitaine Lawton ! » s’écria le chirurgien, en apercevant le cavalier appuyé sur le bras de son inférieur , et entrant avec peine.
« Ah! mon cher renoueur de mem-
bres. est-ce vous?» dit Lawton d’un air joyeux. « Vous êtes ici fort à propos pour inspecter ma carcasse; mais éloignez cette maudite scie. »
‘ En peu de mots Mason mit le chirurgien au fait de l’état de la blessure du capitaine , et lui dit de quelle manière il avait reçue, et miss Peyton procura avec joie tout ce qui était nécessaire.
Tandis qu’on préparait la chambre destinée au capitaine et que le docteur donnait des ordres de mauvais augure, on invita Lawton à rester dans la salle à manger. Il y avait sur la table des mets plus substantiels que ceux qui sont ordinairement servis au repas de la fin du jour; aussi arrétèrent-ils l'attention des dragons. Miss Peyton, s'imaginant qu’ils n'avaient probablement pus mangé depuis le repas du matin, qu'ils avaient fait à sa propre table, les invita avec bonté à finir la journée par un autre, L'offre n’eut pas besoin d’être répétée, et en un instant tous deux furent assis commodément à table, et occupés à un emploi qui n'était interrompu de temps à autre que par une grimace
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du capitaine, provoquée par une vive douleur qu’il éprouvait en remuant le corps. Ces interruptions, cependant , n’empéchaient guère qu’il ne s’occupât de la grave affaire du moment; et le capitaine avait heureusement rempli ce devoir important, lorsque le chirurgien revint pour le prévenir que tout ce qui était nécesaire était prêt dans une chambre de l'étage supérieur.
« Quoi! vous mangez! » s’écria le docteur étonné; « capitaine Lawton, vous voulez donc vous tuer ?
— Je n’en ai nulle envie, » dit le dragon en se levant, et souhaitant une bonne nuit aux dames ; « c’est pourquoi, je me suis pourvu du nécessaire pour que la vie ne me quitte pas. »
Tout en suivant Mason et le capitaine qui sortaient de l’appartement , le chirurgien murmura du bout des lèvres son mécontentement. |
Toutes les maisons d’Amérique avaient , à cette époque, ce qu’on appelait emphatiquement la belle chambre, et cette chambre, par l'influence inaperçue de Sara , avait été destinée au capitaine Wellmère. Le couvre-pied d’édredon qui , par une nuit très-froide, devait étre fort utile à des membres luxés, ornait le lit de l'officier anglais. Un vase d'argent massif, sur lequel étaient gravées les armes de Wharton, contenait le breuvage qu’il devait boire pendant la nuit, tandis que de belles aiguières de porcelaine servaient pour le même office chez les deux capitaines américains. Sara n’était certainement pas persuadée de la préférence tacite qu’elle avait donnée à l'officier anglais ; et il est aussi certain qu’à l’exception de ses blessures et de son breuvage, le lit, le vase et toutes les autres choses étaient pour Lawton de fort peu d’importance. II passait une partie de ses nuits à cheval et l’autre sans se déshabiller. Cependant, après qu’il fut instal dans une chambre petite maïs trèscommode, le docteur Sitgreaves commença à s'informer de létat de son mal. Il avait déjà passé ses mains sur
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1é corps de son patient, quand ce dernier s’écria avec vivacité :
a Sitgreaves, éloignez cette détestable scie, dont la vue me glace le sang.
— Capitaine Lawton, répondit le chirurgien , je crois que, pour un homme qui a si souvent exposé ses membres et sa vie, vous êtes terriblement effrayé d’un instrument si nécessaire.
— Que le ciel me garde d’en avoir besoin ! » dit l'officier en tressaillant.
« Sans doute vous ne mépriseriez pas les lumières de la science, vous ne refuseriez pas l’aide chirurgical parce que cette scie pourrait vous être nécessaire?
demanda l’incorrigible opérateur.
— Si vraiment.
— Vraiment?
— Oui, jamais vous ne me découperez comme un quartier de bœuf, tant que j'aurai assez de vie pour m’y opposer, » s’écria le dragon d’un air déterminé. « Mais je commence à avoir envie de dormir; ai-je quelques côtes fracturées ?
— Non.
— Ni mes os non plus?
— Non.
— Tom, je vous serais obligé de me donner cette cruche pleine, » dit-il; en même temps il se mit à boire; puis, tournant le dos à ses compagnons d’un air délibéré, il s’écria gaiement : « Bonne nuit, Mason; bonne nuit, Galien. »
Le capitaine Lawton respectait trèsprofondement le savoir chirurgical de son camarade ; mais lorsqu'il s'agissait d’administrer des médicaments intérieurs pour guérir les maux du corps humain, c'était le plus grand sceptique.
Souvent il soutenait qu’un homme dont l'estomac était plein, le cœur courageux, et la conscience pure, pouvait défier le
monde et toutes les maladies. La nature
l'avait pourvu de la seconde de ces qualités ; et pour ne point farder la vérité, il s’efforçait vaillamment d’entretenir en bon état les deux autres parties indispensables de sa croyance. Sa maxime de prédilection était que la dernière chose que la mort attaquait était,
après les yeux, la mâchoité. Il interprétait ceci par l'intention de la nature, qui voulait que chaque homme püût régler, par sa propré volonté, tout ce qui devait être admis dans le sanctuaire de la bouche, et que par conséquent, si ce qu'il prenait lui était désagréable , il ne pouvait en vouloir qu’à lui seul.
Le chirurgien, qui était loin d’ignorer la manière de voir de son malade, le vit tourner le dos si cavalièrement à Mason avec un'air de pitié, replaça dans sa petite boîte de maroquin les fioles qu’it en avait tirées avec une sorte de soin analogue à de la vénération, remit la scie, et, faisant une pirouette de triomphe, sortit sans daigner remarquer l’adieu de l'officier, afin d’aller donner quelques ‘ soins à son malade de la belle chambre.
Mason s’apercevant à la respiration de son capitaine qu’il ne pourrait entendre son bon soir, se hâta d’aller présenter ses respects aux dames, puis remonta à cheval , et avec toute la vitesse dont son coursier était capable se remit en route pour se réunir à sa compagnie.