CHAPITRE XVE
Et laissez-moi le glouglou de la bouteille ; au soldat est un homme, la vie est an passage : o? donc laissez boire le soldat.
Suaxspmanz. Othello.
Nous avons déjà annoncé que la position qu’occupaient les dragons était le lieu de halte favori de leur commandant.
C'était un groupe d’environ une demidouzaine de petits bâtiments à moitié démolis ; deux routes qui le traversaient en se croisant à angles droits lui avaient fait donner le nom de village des Quatre-Coins. Le plus imposant da ces édifices avait été décoré du titre d’auberge à pied et à cheval. Sur une planche grossière suspendue à un chevron qui ressemblait à un gibet et qui avait probablement porté la vieille enseigne, on voyait, en grosses lettres tracées avec de la craie rouge, Hôtel d’'Élisabeth Flanagan : c'était sûrement le chef-d'œuvre de quelque bel esprit du corps.
La matrone que l’on avait promue à cette dignité inattendue faisait l’office de vivandière, de blanchisseuse, et, selon l'expression de Katy Haines , de doeteur en jupon du régiment. Elle était veuve d’un soldat qui avait été tué au service, et qui, ainsi qu’elle, était natif d’une île
éloignée; ils étaient venus tenter fortune dans les colonies de l’Amérique du nord ; elle suivait constamment les troupes qui restaient rarement deux jours dans le même lieu ; mais la petite charrette de la femme affairée arrivait toujours à point nommé dans le camp, chargée des provisions qu’elle savait devoir lui assurer sa bienvenue. Betty s’installait bravement, et se livrait surle-champ avec une célérité presque surnaturelle, à ses, occupations. Tantôt elle transformait sa charrette en une boutique; d’autres fois les soldats lui construisaient à la hâte un abri grossier avec les matériaux qu’ils trouvaient sous leur main; mais pour cette fois elle s’était emparée d’un bâtiment vide, et à force d’en boucher les carreaux de vitre cassés avec des culottes sales et du linge à moitié sec, elle était parvenue à ‘en chasser le froid , qui était déja rigoureux ; elle en avait fait ce qu’elle appelait des logements très-élégants, Les soldats avaient établi leurs quartiers dans les granges voisines, et les officiers S’étaient rassemblés à l'hôtel Flanagan, qu’ils appelaient plaisamment leur quartier général. | Betty était bien connue de tous les soldats du corps; elle appelait chacun par son nom de baptême ou son nom de guerre, selon qu’il lui plaisait , et quoiqu’elle fût insupportable pour tous ceux qui n'étaient pas familiarisés avec ses vertus , elle était en général la favorite de tous les militaires; ses défauts consistaient en un penchant trop vif pour Jes liqueurs, une malpropreté excessive et l'oubli de toute retenue dans ses paroles. Ses vertus étaient un amour sans bornes pour son paÿs adoptif, une probité parfaite dans son commerce avec les militaires, et un grand fond de honne humeur.
Betty avait aussi le mérite d’avoir inventé ce breuvage qu’on appelle cocktail, qui même encore aujourd’hui est si généralement connu des patriotes qui voyagent pendant l’hiver de la capitale commerciale à la capitale politique des
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États-Unis. Élisabeth "Flanagan était de plus capable, tant par son genre d’éducation que par les circonstances , de perfectionner cette liqueur. D’abord Pingrédient qui en fait la base lui avait servi de nourriture, et le goût de la menthe dans un julep lui avait appris parmi les Virginiens à quel point où pouvait en introduire l’usage dans ce genre de spiritueux. Telle était donc la maîtresse de l’hôtel, qui, insensible aux vents glacés du nord, vint montrer sa face enluminée à la porte de son auberge pour accueillir son favori, le capitaine Lawton, et le docteur, son maftre en chirurgie. nus
« Ah! par l’espoir de mon avancement, ma douce Élisabeth, vous êtes la bien venue, » s’écria le cavalier en se jetant en bas de sa selle ; « cette diable d’eau douce du Canada nous envoie un gaz qui m'a glacé les os; mais la vue de votre visage enflammé me réjouit autant qu’une bâche de Noël.-
‘— Allons , je sais bien, capitaine Jack, que vous êtes toujours un grand com:
plimenteur, » reprit la vivandière en tenant la bride de son cheval, «mais, pour l'amour de vous, hâtez-vous d’entrer, mon mignon; les palissades ne sont pas si difficiles à arracher par ici que dans les hautes terres, et ily a 1j dedans de quoi vous réchauffer le corps et l'âme.
— C'est-à-dire que vous avez déjà mis les barrières à contribution. Enfin, n'importe, puisque c’est utile au corps humain, » dit froidêment le capitaine; « mais j'ai livré un assaut à une bouteille de cristal placée sur un plateau d'argent, et je crois que me voilà dégoûté de votre whiskey pour au moins un mois. ;
— S'il est question d’or ou d'argent, je n’en ai guère à vous offrir, quoiqu’il m'en reste un peu qui vient du continent, » dit Betty d’un air expressif; « mais j'ai quelque chose là dedans qi mériterait d’être mis dans des vases de
‘diamant. » |
«Que veut-elle dire, Archibald ?» des
manda vivement Lawton. « On croirait
qu’elle en sait plus long qu’elle n’en
veut dire.
— C’est sûrement une erreur de son
esprit, produite par Fusage trop fré-
quent des boissons enivrantes, » ob-
serva le chirurgien avec un grand sang-
froid , tandis qu’il passait tranquillement
sa jambe gauche par-dessus le pommeau
de sa selle pour descendre du côté droit
du cheval. /
— Par ma foi! mon bijou de docteur, c'était de ce côté-ci que je vous attendais; il n’y a que vous dans toute la troupe qui descendiez de ce côté-là , » dit Betty, en faisant un signe d'intelligence au capitaine; « mais j’ai bien nourri vos blessés ; pendant votre absence je leur ai fait connaître l'abondance du pays.
— Stupidité barbare ! » s’écria le chirurgien épouvanté, « donner à des hommes une nourriture fortifiante , quand ils sont encore dévorés par la fièvre!
Femme, femme ! vous mettriez en défaut même la science d’Hippocrate.
— Bah!» répliqua Betty d’un ton plus calme, « quel tapage vous nous faites pour un peu de whiskey! ils n’en ont bu qu’un galon, et ils sont plus de vingt ; je l’ai donné à ces pauvres garcons pour qu'ils dormissent paisiblement tout comme lorsque vous leur donnez des potions calmantes. »
Lawton et son camarade entrèrent dans la maison, et les premiers objets qu’ils aperçurent leur expliquèrent le sens caché des paroles de Betty. Une longue table faite de planches qu’elle avait arrachées à la charpente d’un bâtiment était placée au milieu de la plus grande pièce, et sur cette table elle avait étalé une très-petite quantité de vaisselle de terre. Les vapeurs culinaires se faisaient sentir d’une cuisine voisine ; mais ce qui attirait le plus les regards était une énorme dame-jeanne que Betty avait placée avec ostentation à une certaine hauteur sur la table, comme l'objet le plus digne d’attention.
Lawton apprit bientôt qu'elle était pleine d’un véritable jus de la treille, présent
FENIMORE COOPER
fait au major Dunwoodie par son ami, le capitaine Wharton , de l’armée royale.
« Et c’est vraiment un cadeau royal ,»
dit en riant le sous-ofticier qui avait donné cette explication. « Le major nous donne un banquet en l’honneur de notre victoire, et c’est l’ennerni qui en fait les frais! Diable! je crois que, lorsque nous en aurons goûté, nous serons capables d'attaquer le quartier général de sir Henry, et d’enlever jusqu’au chevalier lui-même. »
Le capitaine de dragons ne fut nullement fâché de voir se terminer aussi agréablement une journée qui avait si bien commencé. Il se vit bientôt entouré de ses camarades, qui lui firent nombre de questions sur ses aventures, pendant que le docteur allait, le cœur tremblant, s’assurer de l’état de ses malades. Des feux énormes pétillaient dans toutes les cheminées et rendaient inutile la lumière des chandelles. Le groupe qui y était rassemblé consistait en jeunes gens et en militaires expérimentés. Ils étaient environ une douzaine ; leurs manières et leur conversation offraient un mélange singulier de la brusquerie militaireet de la politesse de l’homme du monde. Leurs vêtements étaient propres , mais simples, et leur grand sujet de conversation était la qualité et les évolutions de leurs chevaux. Quelques-uns', couchés sur des bancs qui entouraient les murs, y cherchaient le sommeil ; d’autres se promenaient dans la salle ; enfin plusieurs étaient assis et raisonnaient sur des sujets qui faisaient l'occupation habituelle de leur vie. De temps à autre, quand la porte de la cuisine s’ouvrait, le petillement de la friture et l'odeur agéable du rôti amenaient une interruption subite de toute occupation ; les dormeurs même ouvraient les yeux, et relevaient la tête pour reconnaître où en étaient les préparatifs. Pendant tout ce temps, Dunwoodie s’était assis isolément auprès du feu; ilétait abimé dans ses réflexions, qu'aucun officier n’aurait osé interrompre. Lorsque Sitgreaves était entré, il
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Pavait vivement questionné sur l'état de Singleton, et alors un silence profond et respectueux avait régné dans la salle; mais dès qu’il fut assis, la gêne disparut de nouveau.
Madame Flanagan s’inquiétait peu de l’arrangement méthodique de la table, et César se serait trouvé grandement scandalisé , s’il avait pu être témoin du peu de cérémonie avec lequel elle plaçait devant une société si honorable divers plats qui se ressemblaient si parfaitement. En se mettant à table, chacun eut égard à la préséance ; car, malgré la liberté qui existait dans le corps, on observait l’étiquette avec une vénération religieuse. La plupart des convives avaient jeüné trop longtemps pour étre bien difficiles dans le choix des mets; mais il n’en était pas de même du capitaine Lawton : il éprouvait un dégoût invincible à la vue des plats apprétés par Betty, et il ne put s'empêcher de faire en passant quelques remarques sur l’état des couteaux et sur le peu de propreté des assiettes. Le bon naturel de Betty et l'affection qu’elle portait au délinquant l’empéchèrent pendant quelque temps de répondre à ses provocations ; enfin le capitaine, ouvrant largement la bouche, tenta d’y admettre un morceau de la viande noire qui était devant lui, mais soit défaut d’appétit, soit la qualité naturelle de la viande, il fit pendant longtemps des efforts inutiles pour la broyer ; enfin il s’écria avec aigreur :
« À quelle espèce d’animal appartenait
celui-ci pendant sa vie, madame Flanagan ?
— Mon Dieu! capitaine, c’est ma vieille vache , » reprit la vivandière, avec une émotion qui venait en partie du mécontentement que lui causaient les reproches de son favori, et en partie du chagrin que lui donnait la perte de la défunte.
« Quoi ! » s’écria le capitaine, s’arrétant tout court, au moment où il était prêt à avaler le morceau, «la vieille Jenny ?
— Que diable!» s’écria un autre en laissant tomber son couteau et sa fourchette, « celle qui à fait avec nous la campagne des Jerseys ?
— Elle-même, » reprit la maîtresse de l'hôtel, d’un ton des plus piteux; « assurément, messieurs , il est douloureux de manger une si vieille connaissance.
—Voilà donc ce qu’elle est devenue, »
dit Lawton, en indiquant les restes avec la pointe de son couteau.
« Non pas, capitaine, » dit Betty avec énergie ; « j’en ai vendu deux quartiers à quelques-uns de vos dragons; mais du diable si j'ai dit à ces garçons que c'était leur ancienne connaissance qu’ils achetaient; j'aurais craint de. nuire à leur appétit.
— Miséricorde! » s’écria le capitaine avec une feinte colère. « Mes dragons mis à ce régime deviendront aussi maigres que des faiseurs de tours. Ils craindront les Anglais comme un nègre de Virginie craint son maître.
— Eh bien !» dit le lieutenant Mason, abandonnant son couteau et sa fourchette avec un air de désespoir, « ma mâchoire est plus sensible que le cœur de bien des hommes ; elle refuse absolument de détruire les restes d’une vieille connaissance.
— Ajoutez-y une goutte du cadeau, »
dit Betty d’un ton flatteur, versant une assez grande quantité de vin dans un bol, et l’avalant en qualité de dégustateur du corps. « Par ma foi! ajouta-t-elle, ce n’est que de la lavure après tout. »
Une fois la glace rompue , on en passa un verre à Dunwoodie qui, après avoir salué ses compagnons, but au milieu d’un grand silence. Tant qu’on ne vida que les premiers verres, on observa .
exactement toutes les formalités, et la compagnie ne manqua pas de porter plusieurs toasts qui exprimaient ses sentiments. Néanmoins le liquide finit par exercer son influence ; et avant qu’on eût relevé, pour la seconde fois, la sentinelle de la porte, chacun avait mis de côté tout souvenir du dîner et
des cérémonies pour ne s’occuper que du plaisir actuel. Le docteur Sitgreaves n’était pas venu assez tôt pour prendre sa part de Jenny ; mais il entra à temps pour faire honneur au cadeau du capitaine Wharton.
«Une chanson lune chanson ! capitaine Lawton,» s’écrièrent tout d’une voix deux ou trois des convives qui s’aperçurènt que la gaieté était sur le point de faire défaut. « Silence! le capitaine Lawton va chanter. Lo
— Messieurs, » reprit Lawton, dont les yeux noirs étaient un peu obscurcis
ar les fumées de son dernier verre, quoique sa tête fût aussi ferme qu’un roc, « je ne suis pas un fameux rossignol; mais vos désirs me sont un garant de votre indulgence , et je souscris à la demande,
— Allons, Jack, » dit Sitgreaves en chancelant sur son siége, « rappelezvous l’air que je vous ai appris; d’ailleurs, attendez, j’ai une copie des paroles dans ma poche.
— Arrêtez, arrêtez, mon bon docteur, dit le cavalier en remplissant de nouveau son verre avec le plus grand sang-froid. « Je n’ai jamais pu me fourrer en tête tous vos noms barbares.
Messieurs, je vais, s’il vous plaît, vous offrir humblement un de mes essais.
— Silence pour le capitaine Lawton!»
s’'écrièrent ensemble cinq ou six voix.
Aussitôt le cavalier, faisant entendre une fort belle voix, commença la chanson suivante, sur l’air bien connu d’une chanson à boire, et plusieurs de ses camarades s’unirent à lui dans le refrain, avec une énergie qui ébranlait le frêle édifice où ils se trouvaient.
« Passons-nous le verre, enfants de la joie, et vi= vons tant que nous le pouvons. Le soleil de de- - main peut amener la fin de nos plaisirs. Car les keures de l’homme sont comptées; et celui qui combat l'ennemi avec bravoure ne peut connaitre l'étendue de sa vie.
. « Vieille mère Flanagan, viens remplir nos verres; car tu sais los remplir, et nous savons boire à longs traits , bonne Betty Flanagan. :
« Si l'amour de la vie envahit votre cœur, si amour de l’aisance à pour vous des attraits, quit
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tez la voie de l'honneur pour un repos paisible;
mais vous devrez alors prendre le nom de lâches ;
car à toute heure les dangers nous entourent; et
sans nous effrayer nous nous tenons fermes en selle. « Vieille mère, etc.
« Quand l'étranger envahit la patrie, quand nos épouses, nos maîtresses nous réclament, nous combattons bravement pour notre liberté, où nous succombons avec la même bravoure. Dans cette belle patrie que le destin nous donne, nous vou« lons vivre libres ou nous irons vivre dans le ciel.
« Vieille mère , etc.
Chaque fois que les voix réunies du chœur lui adressaient leur requête, Betty ne manquait pas d'y souscrire, à la satisfaction des chanteurs. Cette satisfaction ne lui était pas tout à fait étrangère, mais le motif n’était pas totalement le même. L’hôtesse possédait un breuvage dont le goût relevé, disaitelle, convenait plus aux habitudes de son palais que celui du fade présent de Wharton. Au moyen de ce breuvage, Betty s'était arrangée de manière à se trouver tout aussi exaltée que ses convives. Le capitaine Lawton reçut l’applaudissement général; mais le chirurgien s'était levé de table dès le refrain du premier couplet, et il arpentait la salle d’un pas animé par une indignation classique. Pendant quelque temps les bravos et les bravissimos étouffèrent tout autre bruit; mais, lorsqu'ils cessèrent, le docteur s’avança vers le poëte musicien ; enfin il s’écria avec un emportement marqué : |
« Capitaine Lawton, je suis étonné qu'un gentilhomme, un galant officier n’ait pu trouver d’autre emploi pour sa muse, dans ces temps de troubles, que des invocations avilissantes adressées à cette insigne coureuse de camp, la dépue Élisabeth Flanagan ; il me sem-
le que la déesse de la liberté vous aurait fourni de plus nobles inspirations, et que les souffrances de votre pays offraient un texte plus convenable.
— Ouais ! » s’écria l’hôtesse, s’avancant sur lui dans une attitude menaçante, «qui est-ce qui m'appelle dégoû+ tante? Dites donc, maître emplâtre, maître seringue, maître. CN
VA. — — bn +
Se vw vi ww
— Paix!» dit Dunwoodie d’une voix qu’il n’éleya guère plus que de coutume, mais qui fut suivie du silence le plus æbsolu. « Femme, quittez cette chambre ; docteur Sitgreaves, je vous rappelle à votre place pour y attendre la fin du repas.
— Continuez, continuez! » dit le chirurgien, relevant la tête avec un air de dignité étudiée. « Major Dunwoodie, je trois connaître parfaitement les règles du décorum , et je n’ignore pas les statuts de la bonne société. »
Betty fit une rétraite prompte mais chancelante vers ses domaines , car elle n’était pas habituée à contrevenir aux ordres de l’ofticier commandant.
« Le major Dunwoodie nous fera l'honneur de nous chanter une romance sentimentale, » dit Lawton en saluant son chef avec toute la politesse d’un gentilhomme, et avec cet air calme qu'il savait si bien prendre.
Le major hésita un moment, puis chanta avec un vrai talent d’exécution la romance suivante :
« Les uns cherchent les feux du soleil du midi, bü le fluide vital circule avec plus de rapidité dans les veines; mais bien plus précieuse est la douce lumière dont la ineur tremblante se réfléchit dans les rayons plus tendres de l’astre de la nuit.
» D'autres aiment les couleurs éclatantes de la tulipe, où le bleu foncé défic la teinte de l’or et brille d’un éclat orgueilleux; mais plus heureux celui dont la guirlande nuptiale tressée par l’amour n’exhale d'autre parfum que la douce odeur de la rose, »
La voix de Dunwoodie ne perdait jamais son autorité sur ses inférieurs, et les applaudissements qui ‘suivirent sà romance , quoique moins bruyants que éeux qu’on avait accordés aux efforts du capitaine, n’en furent que plus flat:
teurs.
« Monsieur , » lui dit le docteur après avoir donné son suffrage, « si vous vouliez vous donner la peine d’apprendre à unir les allusions classiques à la délicatesse de votre imagination, vous deviendriez un poëte agréable, un amateur.
— Celui qui censure doit savoir exécuter, » dit Dunwoodie avec un sourire; « j’en appelle au docteur Sitgreaves pour nous donner un échantillon du style qu’il admire.
— La chanson du docteur Sitgreaves!
la chanson du docteur Sitgreaves ! 5.
répéta joyeusement toute la table; « une ode classique du docteur Sitgreaves! »
Le chirurgien salua complaisamment en signe d'approbation, vida son verre, fit quelques heim préliminaires, qui he manquêrent pas d’égayer deux ou trois jeunes cornettes: qui occupaient le bas de la table. I] commença alors la chansonnette suivante, qu’il chanta d’une voix cassée et sur un tout autre air que le véritable :
« Astu | janais senti les flèches de l'amour, ma douce amie, où respiré sa tremblante haleine ? Age tu pensé à celui qui, an loin, était toujours pré= sent à ton œil brillant? Alors tu sais ce que c’est
«que de sentir un mal que Gallien ne saurait guée rir. »
« Hurrah ! » s’écria Lawton , au milieu d’un tonnerre d’applaudissements.
«Archibald éclipse les Muses et Apollon lui-même ; ses paroles coulent comme le ruisseau argenté au clair de la lune, et sa mélodie est une race mixte qui tient du rossignol et du chat-huant.
— Capitaine Lawton, » s’écria le docteur furieux, « en méprisant les lumières de la science... vous attirez le mépris sur votre propre ignorance. »
Uu bruit violent qui se fit entendre à la porte du bâtiment fit succéder au tumulte un morne silence : les dragons sautèrent sur leurs armes pour se préparer à recevoir les intrus; la porte s’ouvrit, et l’on vit entrer les écorcheurs, traînant au milieu d’eux le colporteur courbé sous le poids de sa balle.”
« Quel est le capitaine Lawton? » dit le chef de la bande, promenant autour de lui ses regards étonnés.
« Il attend votre bon plaisir, » S qua sèchement le capitaine.