POUB LE MARDI DE LA QUATRIEME SEMAINE DE CARÊME
DES DOUTES SUR LA RELIGION
Sed hune scimus undè sit : ChrUlus autetn cùm venurit nemo scit undè sit.
Nous savons d'où celui-ci vient : mais pour le Christ, lorsqu'il paraîtra, personne ne saura d'où il vient.
(Jean , vu , 27.J
Voilà le grand prétexte que l'incrédulité des Juifi opposait à la doctrine et au ministère de Jésus-Christ : des doutes sur la vérité de sa mission. Nous savons qui vous êtes , et d'oii vous venez, lui disaient-ils : mais le Christ que nous attendons , quand il paraîtra , nous ne saurons d'où il vient. Il n'est donc pas clair que vous soyez le Messie promis à nos pères : peut-être est-ce un esprit imposteur, qui opère par vous des prestiges à nos yeux , et qui impose à la crédulité du vulgaire : tant de séducteurs ont déjà paru dans la Judée, lesquels en se disant le grand prophète qui doit venir, ont trompé les peuples , et se sont enfin attiré la punition due à leur impo.sture.' Ne tenez plus nos esprits en suspens : Çuousquè animamnostram iollis?{JoATS. x , 24. ) Et si vous voulez que nous vous croyions le Christ , montrez-nous que vous l'êtes , d'une manière qui ne laisse plus df lieu au doute et à la méprise.
Je n'oserais le dire ici, mes frères, si le langage
MARDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE
de* doutes sur la foi n'était devenu si commun parmi nous, que nous n'avons plus besoin de précaution pour entreprendre de le combattre : voilà le prétexte presque le plus universel dont on se sert tous les jours dans le monde, pour s'autoriser dans une vie toute criminelle. Tout est plein aujourd'hui de ces pécheurs, qui nous disent froidement qu'ils se convertiraient, s'ils étaient bien sûrs que tout ce que nous leur disons de la religion fiU véritable; que peut-être il n'y a rien après cette vie; qu'ils ont des doutes et des difficultés sur nos mystères, auxquelles ils ne trouvent point de réponse qui les satisfasse; qu'au fond , tout paraît assez incertain ; et qu'avant de s'embarquer à suivre toutes les maximes sévères de l'Évangile, il faudrait être bien assuré que nos peines ne sont pas perdues.
Or, je ne veux pas aujourd'hui confondre l'incrédulité par les grandes preuves qui établissent la vérité de la foi chrétienne : outre que nous les avons déjà établies ailleurs , c'est un sujet trop vaste pour un discours, et qui n'est pas même souvent à la portée de la plupart de ceux qui nous écoutent ; c'est faire souvent trop d'honneur aux objections frivoles de presque tous ceux qui se donnent pour esprits forts dans le monde, que d'employer le sérieux de notre ministère à les réfuter et à les combattre.
Il faut donc aujourd'hui tenter une voie plus abrégée et plus facile. I\Ion dessein n'est pas d'entrer dans le fond des preuves qui rendent témoignage à la vérité de la foi ; je veux seulement vous découvrir le faux de l'incrédulité; je veux vous prouver que le plupart de ceux qui se disent incrédules, ne le sont pas ; que presque tous les pécheurs , qui nous vantent, qui nous allèguent sans cesse leurs doutes comme le seul obstacle à leur conversion, ne doutent point; et que de tous les prétextes dont on se sert pour ne pas changer de vie , celui des doutes sur la religion, qui est devenu le plus commun , est le moins vrai et le moins sincère.
Il paraît d'abord étonnant que j'entreprenne de prouver à ceux qui croient avoir des doutes sur la religion, et qui nous les opposent sans cesse, qu'ils ne doutent point en effet : cependant pour peu que l'on connaisse les hommes, et qu'on fasse attention surtout au caractère de ceux qui se vantent de douter, rien n'est plus aisé que de s'en convaincre. Je dis à leur caractère, où entre toujours le dérèglement, l'ignorance, et la vanité; et voilà les trois sources les plus ordinaires de leurs doutes : ils en font honneur à l'incrédulité , qui n'y a presque point de part.
C'est premièrement , le dérèglement qui les propose, sans oser les croire. Première réflexion.
C'est en second lieu, l'ignorance qui les adopte, sans les comprendre. Seconde réflexion.
C'est enfin la vanité qui s'en fait honneur, sans pouvoir parvenir à s'en faire une ressource. Dernière réflexion.
C'est-à-dire, que la plupart de ceux qui se disent incrédules dans le monde, sont assez déréglés pour désirer de l'être; trop ignorants pour l'être en effet; et assez vains cependant pour vouloir le paraître. Développons ces trois réflexions, devenues parmi nous d'un si grand usage; et confondons le libertinage plutôt que l'incrédulité, en le découvrant à lui-même.
Jce, Maria.