POUB LE JEUDI DE LA QUATRIEME SEMAINE DE CARÊME
SUR LA MORT
Cum appropinquaret Jésus portœ civitatis, ecce dcfunctus effcrebaturJUius uninis matris suce.
Jésus étant près de la porte de la ville, il arriva qu'on portait en terre un mort, qui était le fils unique de sa mère.
(Luc, XV, 12.-)
Jamais mort fut-elle accompagnée de circonstances plus touchantes? c'est un Gis unique, le seul successeur du nom, des titres, de la fortune de ses ancêtres, que la mort enlève à une mère veuve et désolée : elle le lui ravit dans la fleur de l'âge, et à l'entrée presque de la vie; en un temps où échappé aux accidents de l'enfance , et parvenu à ce premier degré de force et de raison , qui commence l'homme , il paraissait le moins exposé aux surprises de la mort, et laissait enfin respirer la tendresse maternelle de toutes les frayeurs qui suivent les progrès incertains de l'éducation. Les citoyens en foule accourent mêler leurs larmes à celles de cette mère désolée : assidus à ses côtés, ils cherchent à diminuer sa douleur, par la consolation de ces discours vagues et communs, qu'une tristesse profonde n'écoute guère; ils entourent avec elle le triste cercueil ; ils parent les obsèques de leur deuil et de leur présence : l'appareil de cette pompe funèbre est pour eux un spectacle; mais est-il une instruction? ils en sont frappés, attendris; mais en sont-ils moins attachés à la vie? et le souvenir de cette mort ne va-t-il pas périr dans leur esprit, avec le bruit et la décoration des funérailles?
A de semblables exemples, mes frères, nous apportons tous les jours les mêmes dispositions. Les sentiments qu'une mort inopinée réveille dans nos cœurs, sont des sentiments d'une journée, comme si la mort elle-même devait être l'affaire d'un jour. On s'épuise en vaines réflexions sur l'inconstance des choses humaines; mais l'objet qui nous frappait, une fois disparu, le cœur redevenu tranquille se trouve le même. Nos projets, nos soins, nos attachements pour la terre , ne sont pas moins vifs , que si nous travaillions pour des années éternelles : et au sortir d'un spectnolp lugubre, où l'on a vu
quelquefois la naissance, la jeunesse, les titres, là réputation fondre tout d'un coup , et se perdre pour toujours dans le tombeau , on rentre dans le monde , plus occupé, plus empressé que jamais de tous ces vains objets dont on vient de voir de ses propres yeux et toucher presque de ses mains le néant et la poussière.
Cherchons donc aujourd'hui les raisons d'un égarement si déplorable. D'où vient que les hommes s'occupent si peu de la mort, et que cette pensée fait sur eux des impressions si peu durables? Le voici : l'incertitude de la mort nous amuse , et en éloigne le souvenir de notre esprit; la certitude de la mort nous effraye, et nous oblige à détourner les yeux de cette triste image : ce qu'elle a d'incertain, nous endort et nous rassure; ce qu'elle a de terrible et de certain , nous en fait craindre la pensée. Or je veux aujourd'hui combattre la dangereuse sécurité des premiers, et l'injuste frayeur des autres. La mort est incertaine; vous êtes donc téméraire de ne pas vous en occuper, et de vous y laisser surprendre : la n*iortest certaine; vous êtes donc insensé d'en craindre le souvenir, et vous ne devez jamais la perdre de vue. Pensez à la mort, parce que vous ne savez à quelle heure elle arrivera ; pensez à la mort, parce qu'elle doit arriver; c'est le sujet de ce discours. Implorons, etc.
Âve, Maria.