‹ ŒuvresChapitre 133 sur 264 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Un des reproches les plus pressants et les plus ordinaires que les premiers apologistes de la religion faisaient autrefois aux païens , c'était l'instabilité de leur morale, et les variations éternelles de leur doctrine. Comme la plénitude de la vérité ne se trouvait pas dans leur vaine philosophie, et qu'ils ne puisaient pas leurs lumières , disait Tertullien , dans cette raison souveraine qui éclaire tous les esprits , et qui est le docteur immuable de la vérité; mais dans la corruption de leur cœur, et dans la vanité de leurs pensées; ils qualifiaient le bien et le mal selon leurs caprices , et les vices et les vertus étaient presque parmi eux des noms arbitraires : Malum ac bonum pro arbitrio aclibidlne interprétant ur. (Tektull.) Cependant, continue ce Père, le caractère le plus inséparabledc la vérité, c'est d'être toujours le même : le bien et le mal tirent leur immutabilité de celle de Dieu même, qu'ils glorifient ou qu'ils outragent : sa sagesse, sa sainteté, sa justice, sont les seules règles éternelles de nos mœurs, et il n'appartient pas aux hommes de changer à leur gré ce que les hommes n'ont pas établi , et ce qui est plus ancien que les hommes mêmes : Hœc est verilatis interjritas; non mulare sententiam, nec variarejudiciutn : non potest allud esse quod verè qiddem bonum est seii malum : omnia pênes Del veritatem fixxt sunt. (Tebtull.)

Or, il n'était pas étonnant que la morale n'eût rien de fixe dans les écoles païenfies, livrées à l'orgueil et aux variations de l'esprit humain ; c'était la vanité, et non pas la vérité, qui faisait les philosophes; les

règles changeaient avec les siècles; de nouveaux temps amenaient de nouvelles lois : en un mot, la doctrine ne changeait pas les mœurs ; c'était le changement de mœurs, qui entraînait toujours celui da la doctrine.

Mais ce qui étonne, c'est que les chrétiens, qui ont reçu du ciel la loi éternelle et immuable qui règle les mœurs, la croient aussi changeante que la morale des philosophes ; qu'ils se persuadent que les devoirs rigoureux que l'Évangile prescrivait d'abord aux premiers âges de l'Église, se sont adoucis avec le relâchement des mœurs, et nesontplus faits pour l'affaiblissement et la corruption de nos siècles.

En effet , mes frères , l'Évangile , la loi de Jésus- Christ, est immuable dans sa durée : voyant tout changer autour d'elle, seule elle ne change point; les devoirs qu'elle nous prescrit, fondés sur les besoins et sur la nature de l'homme, sont de tous les temps et de tous les lieux , comme elle. Tout change sur la terre , parce que tout se sent de la mutabilité de son origine : les empires et les États ont leur progrès et leur décadence : les arts et les sciences tombent ou se relèvent avec les siècles : les usages changent sans cesse avec le goiit des peuples et des climats : du haut de son immutabilité , Dieu semble se jouer des choses humaines, en les laissant dans une révolution éternelle : les siècles à venir détruiront ce que nous élevons avec tant de soin ; nous détruisons ce que nos pères avaient cru digne d'une durée éternelle; et pour nous apprendre le cas que nous devons faire des choses d'ici-bas, Dieu permet qu'elles n'aient rien de fixe et de solide , que l'inconstance même qui les agite sans cesse.

Mais au milieu des changements des mœurs et des siècles , la loi de Dieu demeure toujours la règle immuable des siècles et des mœurs. Le ciel et la terre passeront, mais les paroles saintes de la loi ne passeront point : telles que les premiers fidèles les reçurent à la naissance de la foi, telles les avonsnous encore aujourd'hui, telles nos descendants les recevront un jour, telles enfin , les bienheureux dans le ciel les adoreront , les aimeront éternellement : la ferveur ou le dérèglement des siècles n'ajoute ou ne diminue rien a leur indulgence ou à leur sévérité ; le zèle ou la complaisance des hommes ne les rend ni plus austères, ni plus accommodantes • la rigueur outrée ou le relâchement excessif des opinions et des doctrines, leur laisse toute la sage sobriété de leurs règles; et elles forment cet Évangile éternel, que l'Ange, dans l'Apocalypse, annonce dès le commencement , du haut du ciel , à toute langue et à toute nation : Et vidi alterum Ângelum

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