‹ ŒuvresChapitre 137 sur 264 · POUR LE LUNDI DE LA SEMAINE DF, LA PASSION · texte numérisé non relu

POUR LE LUNDI DE LA SEMAINE DF, LA PASSION

SUR L'EMPLOI DU TEMPS

Adhuc modicum tempiis vobiscum siim.

Je suis encore avec vous un peu de temps. (Je\n , vu , 33.)

La source de tous les désordres qui régnent parmi les hommes, c'est l'usage injuste du temps. Les uns passent toute la vie dans l'oisiveté et dans la paresse, inutiles à la patrie, à leurs citoyens, à eux-mêmes : les autres, dans le tumulte des affaires et des occupations humaines. Les uns ne semblent être sur la terre, que pour y jouir d'un indigne repos, et se dérober par la diversité des plaisirs à l'ennui qui les suit partout, à mesure qu'ils le fuient : les autres n'y sont que pour chercher sans cesse dans les soins d'ici-bas des agitations qui les dérobent à eux-mêmes. Il semble que le temps soit un ennemi commun contre lequel tous les hommes sont convenus à conjurer : toute leur vie n'est qu'une attention déplorable à s'en défaire : les plus heureux sont ceux qui réussissent le mieux à ne pas sentir le poids de sa durée; et ce qu'on trouve de plus doux, ou dans les plaisirs frivoles , ou dans les occupations sérieuses , c'est qu'elles abrègent la longueur des jours et des moments, et nous en débarrassent, sans que nous nous apercevions presque qu'ils ont passé.

Le temps, ce dépôt précieux que le Seigneur nous a confié, est donc devenu pour nous un fardeau qui nous pèse et nous fatigue : nous craignons comme le dernier des malheurs , qu'on ne nous en prive pour toujours ; et nous craignons presque comme un malheur égal d'en porter l'ennui et la durée; c'est un trésor que nous voudrions pouvoir éternellement retenir, et que nous ne pouvons souffrir entre nos mains.

Cependant, ce temps dont nous paraissons faire si peu de cas , est le seul moyen de notre salut éternel. Nous le perdons sans regret , et c'est un crime ; nous ne l'employons que pour les choses d'ici-bas , et c'est une folie. Employons le temps que Dieu nous

EMPLOI DU TEMPS

donne, parce qu'il est court; ne l'employons que pour travailler à notre salut, parce qu'il ne nous est donné que pour nous sauver. C'est-à-dire, connaissons tout le prix du temps , et nous ne le perdrons pas; connaissons-en l'usage, et nous ne l'emploierons quepour la lin pour laquelle il nous est donné. Par là , nous éviterons et les périls de la vie oiseuse , et les inconvénients de la vie occupée; c'est le sujet de cette instruction. Implorons, etc. Jve, Maria.

Page 1