‹ ŒuvresChapitre 140 sur 264 · POUR LE MARDI DE LA SEMAINE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

POUR LE MARDI DE LA SEMAINE DE LA PASSION

SUR LE SALUT

Temp7i!t meum nondùm advenit; tempus autem vestrum semper est paratnm.

Mon temps n'est pas encore venu ; mais pour le vôtre , il est toujours prêt. (Jean, vu, 6.)

Le reproche que fait aujourd'hui Jésus-Christ à ses parents selon la chair, qui le pressaient de se manifester au monde, et d'aller à Jérusalem se faire honneur de ses grands talents, nous pouvons le faire à la plupart de ceux qui nous écoutent. Le temps qu'ils donnent à leur fortune, à leur élévation, à leurs plaisirs, est toujours prêt; il est toujours temps pour eux d'acquérir des biens, de la gloire, et de satisfaire leurs passions; c'est là le temps de l'homme : Tempus vestrum semper est paratum : mais le temps de Jésus-Christ, c'est-àdire, le temps de travailler au salut, nest jamais prêt; ils le renvoient, ils le diffèrent; ils attendent toujours qu'il arrive , et il n'arrive jamais : Tempus meum nondùm advenit.

Les plus légers intérêts de la terre les agitent, et leur font tout entreprendre : car qu'est-ce que le monde lui-même dont ils suivent i.es voies trompeuses , qu'une agitation éternelle où les passions mettent tout en mouvement , où le repos est le seul

MARDI DE LA PASSION

plaisir inconnu, où les soucis sont honorables, où ceux qui sont tranquilles se croient malheureux, où tout est travail et affliction d'esprit, enfin, où tout s'agite et tout se méprend ?

Certes , mes frères , à voir les hommes si occupés , si vifs , si patients dans leurs poursuites , on dirait qu'ils travaillent pour des années éternelles , et pour des biens qui doivent assurer leur félicité : on ne comprend pas que tant de soins et d'agitations ne se proposent qu'une fortune dont la durée égale à peine celle des travaux qui l'ont méritée; et qu'une vie si rapide se passe à chercher avec tant de fatigue des biens qui doivent finir avec elle.

Cependant, une méprise qui ne peut se soutenir contre la plus légère attention , est devenue l'erreur du plus grand nombre. En vain la religion nous rappelle à des soins plus solides et plus nécessaires; en vain elle nous annonce que travailler pour tout ce qui doit passer, c'est amasser à grands frais des monceaux de sable qui s'écroulent sur nos têtes à mesure que nous les élevons ; que le plus haut point d'élévation où nous puissions atteindre ici-bas est toujours la veille de notre mort et la porte de l'éternité, et que rien n'est digne de l'homme que ce qui doit durer autant que l'homme : les soins des passions sont toujours pénibles et sérieux ; il n'est que les démarches que nous faisons pour le ciel qui soient faibles et languissantes : le salut tout seul est pour nous un amusement: nous travaillons pour les biens frivoles, comme si nous travaillions pour des biens éternels; nous travaillons pour les biens éternels, comme si nous travaillions pour les biens frivoles.

Oui , mes frères , les soins de la terre sont toujours vifs; obstacles, fatigues, contre -temps, rien ne nous rebute : les soins de la terre sont toujours prudents; dangers, pièges, perplexités, concurrences , rien ne nous fait prendre le change. Or, il s'en faut bien que les soins du salut ne soient de ce caractère : rien de plus languissant, et qui nous intéresse moins , quoique les obstacles et les dégoûts y soient fort à craindre : rien de plus imprudent , quoique la multiplicité des voies et le nombre des écueils y rendent les méprises si familières. Il faut donc y travailler avec vivacité et avec prudence : avec vivacité , pour ne pas se rebuter ; avec prudence , pour ne pas s'y méprendre. Implorons , etc.

Jve, Maria.

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