DEUXIÈME PARTIE
Venez à moi, dit Jésus - Christ , vous qui êtes lassés dans les voies de l'iniquité : venez éprouver les douceurs et les consolations de mon joug; et vous y trouverez la paix et le repos que vos âmes tyrannisées sous la servitude des passions , cherchent en vain depuis tant d'années : et invenietîs requiem animabus vestris. (Matth. xi, 29.)
Cette promesse adressée à toutes les âmes criminelles, toujours malheureuses dans le désordre, trouve aujourd'hui son accomplissement dans la pécheresse de notre Évangile. En effet, tout ce qui avait été pour elle un fonds inépuisable d'inquiétude dans ses égarements , devient une source féconde de consolation dans sa pénitence , et elle est heureuse avec Jésus-Christ par les mêmes endroits qui avaient fait tous ses malheurs dans le crime.
Oui, mes frères, un amour injuste avait fait son premier crime, et la première source de tous ses malheurs; la première consolation de sa pénitence, c'est une sainte diiection pour Jésus-Christ, et la différence de cet amour divin et nouveau d'avec l'amour profane qui jusque-là avait occupé son cœur. Je dis la différence dans l'objet, dans les démarches, dans la correspondance.
Dans l'objet : le dérèglement de son cûeur l'avait attachée à des hommes corrompus, inconstants, perfides, plus dissolus qu'amis véritables, moins attentifs à la rendre heureuse, qu'à satisfaire leurs passions désordonnées; à des hommes qui joignent toujours la passion contentée au mépris ; à des Ammons à qui l'objet infortuné de leur amour devient vil et odieux, dès qu'ils en ont obtenu tout ce qu'ils désirent ; à des hommes dont elle connaissait les faiblesses, les artifices , les emportements, les défauts, qu'elle sentait bien en secret n'être pas dignes de son cœur, et auxquels elle ne tenait que par la pente malheureuse de la passion , plus que par le choix libre de la raison; enfin, à des hommes qui n'avaient pu encore fixer la légèreté et les vicissitudes éternelles de son cœur. Sa pénitence l'attache à Jésus-Christ , le modèle de toutes les vertus, la source de toutes les grâces, le principe de toutes les lumières; plus elle l'étudié, plus elle découvre en lui de grandeur et de sainteté : plus elle l'aime, plus elle le trouve digne d'être aimé : à Jésus-Christ l'ami fidèle, immortel, désintéressé de son âme, qui n'est touché que de ses intérêts éternels ; qui n'est occupé que de ce qui peut la rendre heureuse; qui est venu même sacrifier son repos, sa gloire, sa vie, pour lui assurer «in bonheur immortel ; qui l'a distinguée de toutes
UASSILLWX. — TCME I.
les autres femmes de Juda par une abondance de miséricorde, lorsqu'elle s'en distinguait le plus ellemême par l'excès de ses misères; qui n'attend rien d'elle, et qui veut lui donner plus qu'elle n'en saurait attendre elle-même : enfin, à Jésus-Christ qui a calmé son cœur en le purifiant; qui a fixé l'inconstance et la multiplicité de ses désirs ; qui a rempli toute l'étendue de son amour ; qui lui a rendu la paix que les créatures n'avaient jamais pu lui donner.
O mon âme! jusques à quand n'aimerez-vous dans les créatures, que vos inquiétudes et vos peines.' Vous en coûterait-il plus de rompre vos liens , qu'il ne vous en coûte de les porter .? la vertu et l'innocence vous seraient-elles plus pénibles , que les passions honteuses qui vous asservissent et vous déchirent ? Ah ! tout vous sera plus supportable , que les tristes agitations qui vous rendent si malheureuse dans le crime. Différence dans l'objet de son amour.
Différence dans les démarches. L'excès de la passion l'avait engagée à mille démarches opposées à son goût, à sa gloire, à sa raison, à sacrifier aux hommes son repos, ses inclinations, son honneur, sa liberté; à des complaisances honteuses ; à des assujettissements désagréables; à des sacrifices éclatants, et dont souvent, pour toute reconnaissance, ils ne prenaient que le droit d'en exiger de nouveaux : car telle est l'ingratitude des hommes; plus vous les rendez maîtres de votre cœur, plus ils s'en rendent les tyrans; l'excès de votre attachement pour eux , en diminue toujours dans leur esprit H mérite; et ils vous punissent de la vivacité et de la honte de votre emportement, en prenant occasion de là même, de laisser affaiblir jusqu'à leur reconnaissance.
Voilà les ingratitudes que notre pécheresse avait éprouvées dans les voies des passions. Mais dans sa pénitence tout lui est compté : les plus légères démarches qu'elle fait pour Jésus-Christ, sont remarquées , sont louées , sont défendues par Jésus-Christ même. En vain le pharisien tâche d'en diminuer le mérite ( car le monde ne s'étudie qu'à rabaisser le prix des vertus du juste ), le Sauveur en prend la défense : Voyez-vous cette femme.'' lui dit-il : Fides hanc muUerem ? comme s'il voulait lui dire : Connaissez-vous bien tout le mérite des sacrifices qu'elle m'offre, et jusqu'où va la force et l'excès de son amour.' Elle n'a cessé d'arroser mes pieds de ses larmes , de les essuyer avec ses cheveux, de les parfumer, de les baiser. Il compte tout, il remarque tout, un soupir, une larme, un simple mouvement du cœur; rien n'est perdu avec lui de tout ce qu'on fait pour lui ; rien n'échappe à la fidélité
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JEUDI DE LA PASSION
de ses regards et à la tendresse de son cœur : on est bien assuré qu'on ne sert pas un ingrat : il fait valoir même les plus légers sacrifices : Jldes haiic inulierem? Y oyez-\ous cette femme? Il voudrait, ce semble, que tous les hommes la regardassent des mêmes yeux que lui ; que tous les hommes fussent des estimateurs aussi équitables que lui de son amour et de ses larmes : Fides hanc mulierejn? Il ne voit plus ses égarements , il oublie une vie entière de dissolution et de crime : il ne voit que son repentir et ses larmes.
Or quelle consolation pour une âme qui revient à Dieu , de pouvoir se dire à elle-même : Je n'avais vécu jusques ici que pour le mensonge et pour la vanité : mes jours , mes années , mes soins , mes inquiétudes, mes peines, tout jusqu'ici est perdu, et ne subsiste plus même dans le souvenir des hommes, pour lesquels seuls j'ai vécu, pour lesquels seuls j'ai tout sacrifié : ma bonne foi, mes empressements , mes attentions n'ont jamais été payées que d'ingratitude; mais désormais, tout ce que je vais faire pour Jésus-Christ sera compté : mes peines , mes violences, les plus légers sacrifices de mon cœur ; mes soupirs , mes larmes , que j'avais versées tant de fois en vain pour les créatures ; tout cela sera écrit en caractères immortels dans le livre de vie : tout cela subsistera éternellement dans le souvenir du maître fidèle que je sers : tout cela , quelques défauts que ma faiblesse et ma corruption y mêlent, sera excusé , purifié même par la grâce de mon libérateur; et il couronnera ses dons en récompensant mes faibles mérites : je ne vis plus que pour l'éternité; je ne travaille plus en vain; mes jours sont réels , et ma vie n'est plus un songe. Oh ! mes frères , que la piété est un grand gain! et qu'une âme qui revient à Jésus-Christ a bien de quoi se consoler aveclui, de la perte des créatures qu'elle lui sacrifie !
Enfin , différence dans la certitude de la correspondance. L'amour de notre pécheresse pour les créatures avait toujours été suivi des plus cruelles incertitudes : on doute toujours si l'on est aimé conune l'on aime : onest ingénieux à se rendre malheureux, et à se former à soi-même des craintes, des soupçons, des jalousies : plus onest de bonne foi, plus on souffre ; on est le martyr de ses propres défiances. Vous le savez ; et ce n'est pas à moi à venir vous parler ici le langage de vos passions insensées.
Kiais quelle nouvelle destinée dans le changement de son amour! à peine a-t-elle commencé d'aimer Jésus-Christ, qu'elle est sûre d'en être aimée : elle entend sortir de sa bouche divine la sentence favorable qui, en lui remettant ses péchés, lui répond de la bonté et de l'amour de celui qui les remet : Re-
mittuntur ei peccata multa; non-seulement on oublie ses égarements; mais on veut bien l'assurer ellemême qu'ils sont oubliés, pardonnes, effacés : on va au-devant de toutes ses alarmes; on ne laisse plus de lieu aux défiances et aux incertitudes; et elle ne peut plus douter de l'amour de Jésus-Christ, sans douter de la vérité de sa puissance, et de la fidélité de ses promesses.
Tel est le sort d'une âme brisée de douleur, au sortir du tribunal où Jésus-Christ, par le ministère du prêtre, vient de lui remettre des désordres, qu'elle a effacés par son amour et par ses larmes. Malgré l'incertitude , si elle est digne d'amour ou de haine , inséparable de l'état présent de cette vie; une paix secrète lui rend témoignage au fond de son cœur, que Jésus-Christ s'est rendu à elle : elle sent une douceur et une joie au fond de la conscience, qui ne peut être que le fruit de la justice. Ce n'est pas que ses infidélités passées ne lui laissent encore des appréhensions et des alarmes, et qu'en certains moments frappée plus vivement de l'horreur de ses égarements, et de la sévérité des jugements de Dieu, tout ne lui paraisse désespéré : mais Jésus-Christ qui excite lui-même ces orages au fond de son cœur, les a bientôt calmés; sa voix lui dit encore en secret , comme autrefois à un apôtre alarmé sur les ondes : Ame de peu de foi, pourquoi doutez-vous? Modicxfidei, quaredubitastif (Matth. xiv, 31. ) Ne vous ai-je pas donné assez de marques de ma protection et de ma bienveillance? Rappelez tout ce que j'ai fait pour vous retirer des voies de l'égarement : je ne cherche pas avec tant de persévérance les brebis que je n'aime pas ; je ne les ramène pas de si loin pour les laisser périr sous mes yeux : ne vous défiez donc plus de ma bonté; ne craignez que votre tiédeur ou votre inconstance. Première consolation de sa pénitence, la différence de son amour.
La seconde , c'est le sacrifice de ses passions. Elle met aux pieds de Jésus-Christ ses parfums , ses cheveux , tous les attachements de son cœur, tous les instruments déplorables de ses vanités et de ses crimes ; et ne croyez pas qu'en cela elle sacrifie ses plaisirs , elle ne sacrifie que ses inquiétudes et ses peines.
On a beau dire que les soins des passions font la félicité de ceux qui en sont épris : c'est un langage dont le monde se fait honneur, et que l'expérience dément. Quel supplice pour une âme mondaine qui veut plaire , que les soins éternels d'une beauté qui s'efface et s'éteint tous les jours ! quelles attentions ! quelle gêne ! il faut prendre sur soi , sur ses inclinations, sur ses plaisirs, sur son indolence : quel sej cret dépit quand ces soins ont été inutiles et qu'il
LA PÉCHERESSE
s'est trouvé des attraits plus heureux , et sur qui tous les regards ont tourné! quelle tyrannie que celle des usages ! il faut pourtant s'y assujettir, malgré des affaires qui demandent qu'on se retranche , un époux qui éclate, le marchand qui murmure , et qui peut-être fait acheter bien cher les retardements et les délais. Je ne dis rien des soins de l'ambition : quelle vie que celle qui se passe toute en des mesures , des projets , des craintes , des espérances , des alarmes, des jalousies, des assujettissements, des bassesses ! Je ne parle pas d'un engagement de passion : quelles frayeurs que le mystère n'éclate! que de mesures à garder du côté de la bienséance et de la gloire! que d'yéux à éviter! que de surveillants à tromper! que de retours à craindre sur la fidélité de ceux qu'on a choisis pour les ministres et les confidents de sa passion! quels rebuts à essuyer de celui peut-être à qui on a sacrifié son honneur et sa liberté, et dont on n'oserait se plaindre! à tout cela, ajoutez ces moments cruels ou la passion moins vive nous laisse le loisir de retomber sur nous-mêmes , et de sentir toute l'indignité de notre état : ces moments où 'le cœur, né pour des plaisirs plus solides, se lasse de ses propres idoles, et trouve son supplice dans ses dégoûts et dans sa propre inconstance. Monde profane! si c'est là cette félicité que tu nous vantes tant , favorise-s-en tes adorateurs ; et punis-les, en les rendant ainsi heureux, de la foi qu'ils ont ajoutée si légèD^ment à tes promesses.
Voilà ce que notre pécheresse met aux pieds de Jésus-Christ, ses liens, ses troubles, sa servitude, les instruments de ses plaisirs en apparence, la source de toutes ses peines dans la vérité. Or, quand la vertu n'aurait point d'autre consolation ; n'en estce pas une assez grande que d'être délivré des inquiétudes les plus vives des passions; de ne faire plus dépendre son bonheur de l'inconstance, de la perfidie , de l'injustice des créatures ; de s'être rendu supérieur aux événements ; de trouver dans son propre coeur tout ce qu'il faut pour être heureux , et de se suffire , pour ainsi dire , à soi-même.? que perdon en sacrifiant des soucis sombres et cruels, pour trouver la paix et la joie.? et n'est-ce pas tout gagner, comme dit l'Apôtre , que de tout perdre pour Jésus- Christ? Votre foi vous a sauvée, dit le Seigneur à la pécheresse : allez en paix : Vade in pace. Voilà le trésor qu'on lui rend pour les passions qu'elle sacrifie; voilà la récompense et la consolation des larmes et du repentir : la paix du cœur, qu'elle n'avait pu encore trouver et que le monde n'a jamais donnée. Insensés ! dit un prophète ; malheur à vous donc qui traînez le poids de vos passions , comme le bœuf traîne en labourant les liens du joug qui l'accable ,
et qui vous perdez par la voie même des peines , des assujettissements, et des contraintes? Vxqui trahitis iniquitatem in funiculis vanitatis , et quasi vinculum plaustri peccatum! (Is. v, 18.)
Enfin , son péché l'avait avilie aux yeux des hommes : on ne regardait plus qu'avec mépris l'indignité de l'opprobre de sa conduite : elle vivait dégradée de tous les droits que donne une bonne réputation et une vie exempte de blâme; et le pharisien est surpris que Jésus-Christ veuille même la souffrir à ses pieds.
Car le monde, qui autorise tout ce qui conduit au dérèglement , couvre toujours de honte le dérèglement lui-même : il approuve, il justifie les maximes, les usages , les plaisirs qui corrompent le cœur; et il veut pourtant qu'on allie l'innocence et la régularité des mœurs, avec la corruption du cœur : il inspire toutes les passions, et il en blâme toujours les suites : il veut qu'on s'étudie à plaire, et il vous méprise dès que vous y avez réussi : ses théâtres lascifs retentissent des éloges insensés de l'amour profane, et ses entretiens ne sont que des satires sanglantes de celles qui se livTent à ce penchant infortuné : il loue les grâces, les attraits, les talents malheureux qui allument des flammes impures , et il vous couvre d'une confusion éternelle dès que vous en paraissez embrasé. Or, qu'il est désagréable de traîner dans un monde qu'on aime encore, et dont on ne peut se passer, les tristes débris d'une réputation ou perdue, ou mal assurée; et de réveiller partout avec soin le souvenir ou le soupçon de ses crimes!
Telles avaient été les amertumes et les opprobres qui avaient accompagné les passions et les désordres de notre pécheresse : mais sa pénitence lui rend encore plus d'honneur et de gloire, que ses crimes ne lui en avaient ôté. Cette pécheresse méprisée dans le monde, trouve en Jésus-Christ un apologiste et un admirateur : cette pécheresse , dont on ne parlait qu'en rougissant, est louée par les endroits même les plus glorieux selon le monde , la bonté du cœur, la générosité des sentiments , la fidélité d'un saint amour : cette pécheresse , qu'on n'osait comparer qu'à elle-même, et dont le scandale n'avait point d'exemple dans la cité, est élevée au-dessus du pharisien; la vérité, la sincérité de sa foi, de sa componction, de son amour, mérited'abord la préférence sur une vertu superficielle et pharisaïque : enfin , cette pécheresse dont on tait le nom , comme ind igné d'être prononcé, et qui n'est nommée que par ses crimes, est devenue la gloire de Jésus-Christ, la louange de la grâce, l'honneur de l'Évangile. O admirable pouvoir de la vertu !
JEUDI DE LA PASSION
Oui , mes frères , elle nous rend un spectacle digne de Dieu , des anges et des hommes : elle rétablit une réputation perdue : elle nous fait rentrer ici-bas même, dans des droits et dans des honneurs dont nous étions déchus : elle efface des taches que la malignité des hommes eût rendues immortelles : elle nous réunit aux serviteurs de Jésus-Christ et à la société des justes, dont nous n'étions pas autrefois dignes : elle fait même apercevoir en nous mille qualités louables, que le dérangement des passions avait comme étouffées : enûn , elle nous attire plus de gloire que nos mœurs passés ne nous avaient attiré de honte et de mépris. Tandis que Jonas est infidèle , il est l'anathèmedu ciel et de la terre; des idolâtres mêmes sont obligés de le séparer de leur société, et de le rejeter comme un enfant de honte et de malédiction, et il n'est que le sein d'un monstre qui puisse lui servir d'asile, et cacher sa confusion et son opprobre. Mais à peine, touché de repentir, a-t-il imploré les miséricordes éternelles du Dieu de ses pères, qu'il devient l'admiration de la superbe Ninive; que les grands et le peuple lui rendent des homeurs jusque-là inouïs ; et que le prince lui-même , plein de respect pour sa vertu, descend du trône , et se couvre de cendre et de cilice , pour obéir à l'homme de Dieu. Les passions que le monde loue et inspire, nousen avaient attiré le mépris ; la vertu que le monde censure et combat, nous en attire les hommages. A quoi tient-il donc , mon cher auditeur, que vous ne finissiez votre honte et vos inquiétudes avec vos crimes? Sont-ce les réparations de la pénitence qui vous alarment? mais plus vous différez, plus elles grossissent; plus vous contractez de dettes, plus vous préparez de rigueurs à votre faiblesse. Ah! si les réparations vous découragent aujourd'hui , que sera-ce un jour, où vos crimes multipliés à l'infini ne trouveront presque plus de peine assez grande qui puisse les expier? elles vous jetteront alors dans le désespoir : vous prendrez le parti affreux de secouer tout joug, et de ne plus compter sur votre salut : vous vousferez des maximes , pourvouscalmerdans le libertinage; vous regarderez comme inutile une pénitence qui vous paraîtra alors impossible. Quand les embarras de la conscience sont venus à un certain point, on aime à se persuader qu'il n'y a plus de ressource : on se calme sur le fond des vérités , quand on se voit si éloigné de ce qu'elles nous prescrivent : on cherche un remède dans l'incrédulité, dès qu'on croit n'en pouvoir plus trouver dans la foi ; et on a bientôt conclu que tout est incertain , dès que le chaos est devenu comme inexplicable. Et d'ailleurs que peuvent avoir de si triste et de si rigoureux , des réparations dont l'amour doit faire tout le mérite?
Ame infidèle! vous craignez de ne pouvoir soute nir la sainte tristesse delà pénitence; et vous avez pu soutenir jusqu'ici la tristesse secrète du crime : la vertu vous paraît d'un ennui difficile à porter; et il y a si longtemps que vous dévorez l'ennui d'une conscience déchirée, et que nul plaisirne saurait égayer. Ah ! puisque vous avez pu porter jusqu'à ce jour les troubles secrets, les amertumes, les dégoûts, les tristes agitations du désordre , ne craignez plus celles de la vertu : vous avez fait dans les peines et les violences inséparables du crime , l'apprentissage de celles qui peuvent être attachées à la piété; et d'autant plus que la grâce adoucit et rend aimables les violences de la piété , et que celles du crime n'ont point d'autre adoucissement que l'amertume du crime même.
Mon Dieu! j'aurais pu en effet depuis tant d'années errer dans des voies tristes et pénibles sous la tyrannie du monde et des passions ; et je ne pourrais pas vivre avec vous sous la tendresse de vos regards , sous les ailes de votre miséricorde, sous la protection de votre bras? seriez-vous donc un maître si cruel ? Le monde qui ne vous connaît pas , croit que vous rendez malheureux ceux qui vous servent : mais pour nous. Seigneur, nous savons que vous êtes le meilleur de tous les maîtres , le plus tendre de tous les pères , le plus fidèle de tous les amis , le plus magnifique de tous les bienfaiteurs ; et que vous prévenez par mille consolations secrètes, dont vous favorisez ici-bas vos serviteurs, la félicité éternelle que vous leur avez préparée.
Mnsî soit-il.
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AVIS
On ne trouvera point ici de sermon pour le vendredi de celte semaine. Massillon , dans son manuscrit, met pour ce jour-là un sermon sur le Mystère de l'incarnation : nous avons jugé plus à propos de placer ce sermon dans les Mystères.
Après le sermon que l'on va lire , on trouvera un point de sermon qui traite de Vénormité des communions indignes. Massillon en avait fait d'abord son premier point; mais ensuite le second point , où il s'agissait des dispositions nécessaires pour communier dignement , lui ayant paru demander d'être traité plus au long, il en fit un sermon entier, et laissa ce qu'il avait écrit sur Vénormité des communions indignes. Le public, après avoir lu ce morceau , jugera que nous lui aurions fait tort , si nous l'avions supprimé ; mais il serait à propos de le lire avant le S6r mon suivant.
SUR LA COMMUNION