SUR LA FAUSSE CONFIANCE
ISosaiiiem sperahamua quia ipsc esset redemptur us Israël. Nous espérions que ce serait lui qui rachèterait Israël.
(Luc, XXIV, 21.)
En vain Jésus-Christ pendant sa vie mortelle avait mille fors averti ses disciples, que c'était se flatter que de compter sur une récompense que les croix et les travaux n'avaient pas méritée : cette vérité si peu favorable à la nature , n'avait pu trouver leurs esprits dociles ; et toutes les fois que le Sauveur avait entrepris de les détourner sur l'erreur opposée, ils n'entendaient pas cette parole, dit l'Évangile, et elle était cachée à leurs yeux. Telle est encore aujourd'hui la disposition des deux disciples auxquels Jésus-Christ daigne apparaître sur le chemin d'Emmaùs : ils attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations, et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres, sans qu'il leur en coûtât ni soins ni peines pour y monter; sans que le Sauveur lui-même eût besoin de souffrir pour triompher de ses ennemis.
Outre l'erreur qui leur faisait regarder Jésus- Christ comme uniibérateurtemporel, j'en remarque encore une autre qui ne me paraît pas moins dangereuse en eux, mais qui est aujourd'hui plus commune parmi nous : c'est cette fausse confiance qui leur persuade que sans qu'ils y coopèrent eux-mêmes , et en laissant conduire à Jésus-Christ tout seul l'ouvrage de leur délivrance, ils recevront l'effet des magnifiques promesses qu'il'leur avait tant de fois réitérées, en conversant avec eux sur la terre : Sperabamus. Or, mes frères , cette fausse confiance
FAUSSE CONFIÂNCt.
qui fait tout attendre aux pécheurs de la grâce seule, sans aucune coopération de leur part, et espérer la récompense des saints , quoiqu'ils ne travaillent pas à la mériter; cette fausse confiance, qui compte toujours sur la bonté de Dieu qu'elle offense; qui sans combattre se promet d'être couronnée, et qui espère toujours contre l'espérance; cette fausse confiance qui ne veut pas acheter le ciel , et qui l'attend ; c'est l'erreur la plus universelle et la plus établie parmi les chrétiens; et lorsque Jésus-Christ paraîtra une seconde fois sur la terre, il se trouvera bien des disciples infidèles qui auront sujet de lui dire : Sperabamus, Nous espérions.
C'est ce qui m'oblige, mes frères , à vous entretenir aujourd'hui sur une matière si importante , persuadé que la fausse sécurité damne presque tous les pécheurs; que ceux qui craignent de périr, ne périssent jamais; et que je ne pouvais mieux finir mon ministère, qu'en établissant dans vos cœurs les sentiments salutaires de défiance qui mènent aux précautions et aux remèdes , et qui en troublant la paix du péché laissent à la place la paix de Jésus-Christ qui surpasse tout sentiment. Ainsi pour traiter un sujet si utile avec quelque étendue, je le réduis à deux propositions : il n'est point de disposition plus insensée que celle du pécheur qui présume, sans travailler à se corriger ; c'est la première : il n'en est point déplus injurieuse à Dieu, c'est la seconde. La folie de la fausse confiance, l'attentat de la fausse confiance : développons ces deux vérités, après avoir imploré, etc. Ave , Maria.