‹ ŒuvresChapitre 160 sur 264 · SUR LA FAUSSE CONFIANCE · texte numérisé non relu

SUR LA FAUSSE CONFIANCE

ISosaiiiem sperahamua quia ipsc esset redemptur us Israël. Nous espérions que ce serait lui qui rachèterait Israël.

(Luc, XXIV, 21.)

En vain Jésus-Christ pendant sa vie mortelle avait mille fors averti ses disciples, que c'était se flatter que de compter sur une récompense que les croix et les travaux n'avaient pas méritée : cette vérité si peu favorable à la nature , n'avait pu trouver leurs esprits dociles ; et toutes les fois que le Sauveur avait entrepris de les détourner sur l'erreur opposée, ils n'entendaient pas cette parole, dit l'Évangile, et elle était cachée à leurs yeux. Telle est encore aujourd'hui la disposition des deux disciples auxquels Jésus-Christ daigne apparaître sur le chemin d'Emmaùs : ils attendaient que leur maître délivrerait Israël du joug des nations, et qu'il les ferait asseoir eux-mêmes sur douze trônes terrestres, sans qu'il leur en coûtât ni soins ni peines pour y monter; sans que le Sauveur lui-même eût besoin de souffrir pour triompher de ses ennemis.

Outre l'erreur qui leur faisait regarder Jésus- Christ comme uniibérateurtemporel, j'en remarque encore une autre qui ne me paraît pas moins dangereuse en eux, mais qui est aujourd'hui plus commune parmi nous : c'est cette fausse confiance qui leur persuade que sans qu'ils y coopèrent eux-mêmes , et en laissant conduire à Jésus-Christ tout seul l'ouvrage de leur délivrance, ils recevront l'effet des magnifiques promesses qu'il'leur avait tant de fois réitérées, en conversant avec eux sur la terre : Sperabamus. Or, mes frères , cette fausse confiance

FAUSSE CONFIÂNCt.

qui fait tout attendre aux pécheurs de la grâce seule, sans aucune coopération de leur part, et espérer la récompense des saints , quoiqu'ils ne travaillent pas à la mériter; cette fausse confiance, qui compte toujours sur la bonté de Dieu qu'elle offense; qui sans combattre se promet d'être couronnée, et qui espère toujours contre l'espérance; cette fausse confiance qui ne veut pas acheter le ciel , et qui l'attend ; c'est l'erreur la plus universelle et la plus établie parmi les chrétiens; et lorsque Jésus-Christ paraîtra une seconde fois sur la terre, il se trouvera bien des disciples infidèles qui auront sujet de lui dire : Sperabamus, Nous espérions.

C'est ce qui m'oblige, mes frères , à vous entretenir aujourd'hui sur une matière si importante , persuadé que la fausse sécurité damne presque tous les pécheurs; que ceux qui craignent de périr, ne périssent jamais; et que je ne pouvais mieux finir mon ministère, qu'en établissant dans vos cœurs les sentiments salutaires de défiance qui mènent aux précautions et aux remèdes , et qui en troublant la paix du péché laissent à la place la paix de Jésus-Christ qui surpasse tout sentiment. Ainsi pour traiter un sujet si utile avec quelque étendue, je le réduis à deux propositions : il n'est point de disposition plus insensée que celle du pécheur qui présume, sans travailler à se corriger ; c'est la première : il n'en est point déplus injurieuse à Dieu, c'est la seconde. La folie de la fausse confiance, l'attentat de la fausse confiance : développons ces deux vérités, après avoir imploré, etc. Ave , Maria.

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