LUNDI DE
de la folie. Car, convenez-en, mon cher auditeur, [ pécheur invétéré comme vous êtes; croupissant, comme vous faites, tranquillement dans des passions injustes , au milieu même des solennités de la religion et de toutes les terreurs de la parole sainte, sur cet espoir insensé qu'un jour enfin vous sortirez de cet état déplorable ; vous ne sauriez nier qu'il est douteux du moins si vous vous relèverez, ou si vous demeurerez jusqu'à la fin dans votre péché. Je veux que vous soyez plein de bons désirs ; vous n'ignorez pas que les désirs ne convertissent pcFsonne , et que les plus grands pécheurs sont quelquefois ceux qui désirent plus leur conversion. Or, quand le doute ne serait ici qu'égal , seriez-vous raisonnable d'être tranquille.' Quoi! dans l'incertitude affreuse si vous mourrez dans votre désordre, ou si Dieu vous en retirera; flottant, pour ainsi dire, entre le ciel et l'enfer; balancé entre ces deux destinées , vous seriez tranquille sur la décision ? L'espérance est le parti le plus doux et le plus flatteur ; et cela suffirait pour vous faire pencher de son coté ? Ah! moucher auditeur, quand il n'y aurait pas plus de raison de craindre que d'espérer, vous ne seriez pas sage de vivre dans ce calme profond.
Mais vous n'en êtes pas là; il s'en faut bien que les choses ne soient égales : dans cedoute affreux que peut se former à soi-même tout pécheur, mourrai-je dans mon péché , dans le péché dans lequel je vis actuellement et depuis si longtemps.' n'y mourrai-je point? le premier parti est infiniment plus certain, (^ar, premièrement, vos propres forces ne suffisent pas pour recouvrer la sainteté que vous avez perdue : il vous faut un secours étranger, surnaturel, céleste, dont personne ne peut vous répondre ï au lieu que vous n'avez besoin que de vous-même pour demeurer dans votre péché : vous n'avez rien dans le fond de votre nature qui puisse ressusciter la grâce perdue, nulle semence de salut, nul principe de vie spirituelle; et vous portez au milieu de votre cœur une source funeste de corruption , qui tous les jours peut produire de nouveaux fruits de mort ; il est donc plus certain que vous mourrez dans votre crime, qu'il ne l'est que vous vous convertirez. Secondement, non-seulement il faut un secours étranger et divin, mais encore il faut un secours singulier, rare, refusé presqu'à tous les pécheurs, un miracle pour vous convertir; car la conversion du pécheur est un des plus grands prodiges de la grâce , et vous savez vous-même que les exemples en sont très-rares dans le monde. Quelque âme heureuse de temps en temps que Dieu retire du dérèglement ; mais ce sont des coups qui se font remarquer, et qui sortent de l'ordre commun : au lieu qu'il n'y a qu'à laisser