‹ ŒuvresChapitre 163 sur 264 · PAQUES · texte numérisé non relu

PAQUES

aller les choses leur cours naturel , et vous mourrez tel que vous êtes; Dieu n'a qu'à suivre ses lois ordinaires, et votre perte est certaine : la possibilité de votre salut n'est fondée que sur un coup singulier de sa puissance et de sa miséricorde ; la certitude de votre damnation a pour fondement la plus commune de toutes les règles : en un mot , que vous périssiez , c'est le destin ordinaire des pécheurs qui vous ressemblent; que vous vous convertissiez, c'est une singularité qui a peu d'exemples. Troisièmement, pour ne jamais sortir de l'état oii vous êtes , vous n'avez qu'à suivre vos penchants, vous prêter à vous-même, vous laisser entraîner mollement au courant; vous n'avez besoin pour cela ni d'efforts ni de violence : mais pour revenir, ah ! il faut rompre des inclinations que le temps a fortifiées ; vous haïr, vous combattre, vous roidir contre vous-même, vous arracher aux objets les plus chers , briser les liens les plus tendres, faire des efforts héroïques, vous qui n'en pouvez faire des plus communs. Or je vous demande, en matière d'avenir et d'événemente incertains, augure-t-on jamais en faveur de ceux qui ont plus d'obstacles à surmonter, et plus de difficultés à combattre.' le plus aisé ne paraît-il pas toujours le plus assuré ? Adoucissez , tant qu'il vous plaira , cette vérité dans votre esprit ; envisagez-la dans les jours les plus favorables; cette proposition sur votre destinée éternelle est la plus incontestable de la morale chrétienne : Il est sans comparaison plus certain que je ne me convertirai jamais et que je mourrai dans mon péché, qu'il ne l'est que le Seigneur m'en retirera et me fera enfin miséricorde : voilà où vous en êtes; et si dans cette situation vous pouvez être tranquille et vous flatter encore , votre sécurité m'épouvante , mon cher auditeur.

Mais je vais plus loin , et je vous prie de m'écouter . Le pécheur qui se promet sa conversion sans travailler à se corriger, non-seulement présume dans une incertitude affreuse, et où tout paraît conclure contre lui ; mais encore il présume malgré la certitude morale où la foi nous apprend qu'il est de sa perte. En voici les preuves : premièrement , vous attendez que Dieu vous convertisse : mais comment l'attendez-vous ; en mettant toujours de nouveaux obstacles à sa grâce , en resserrant vos chaînes , en aggravant votre joug , en multipliant vos crimes, en négligeant toutes les occasions de salut que ses solennités , ses mystères , les terreurs mêmes de sa parole vous offrent; en demeurant toujours dans les mêmes périls; en ne changeant rien à vos mœurs, à vos plaisirs, à vos liaisons, à tout ce qui nourrit dans votre cœur la passion fatale dont vous espérez que la grâce vous

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