‹ ŒuvresChapitre 18 sur 264 · LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE

vengeance, et de chercher sa consolation dans ses propres fureurs! Quel état affreux que celui d'une âme insensée que Dieu afflige, et qui , pour se consoler, s'en prend à Dieu même dans son affliction , cherche à soulager ses peines en multipliant ses offenses , se livre au dérèglement pour oublier ses chagrins, et se fait de la tristesse accablante du crime une ressource affreuse à la tristesse de ses afflictions!

Non , mes frères ; la religion toute seule peut consoler solidement nos malheurs. La philosophie arrêtait les plaintes ; mais elle n'adoucissait pas la douleur. Le monde endort les chagrins, mais il ne les guérit pas; et, au milieu de ses plaisirs insensés, l'aiguillon secret de la tristesse demeure toujours profondément enfoncé dans le cœur. Dieu seul peut être le consolateur de nos peines, et en faut-il d'autre à une âme fidèle? Faibles créatures! vous pouvez bien , par de vains discours et par ce langage ordinaire de compassion et de tendresse, vous faire entendre aux oreilles du corps; mais il n'est que le Dieu de toute consolation qui sache parler au cœur. En vain j'ai voulu chercher parmi vous les adoucissements à l'excès de mes peines ; j'ai aigri mes maux en voulant les soulager, et vos vaines consolations n'ont été pour moi que des amertumes nouvelles : Et qui consolaretur , etnon inveni. (Ps. Lxviii, 21.) Grand Dieu, c'est à vos pieds désormais que je veux répandre toute l'amertume de mon cœur; c'est avec vous seul que je veux oublier tous mes maux , tout mes peines , toutes les créatures ! Jusqu'ici je me suis livTé à des chagrins et à des tristesses tout humaines; mille fois j'ai souhaité que les projets insensés de mon cœur servissent de règle à votre sagesse; je me suis égaré dans mes pensées, mon esprit s'est formé mille songes flatteurs, mon cœur a couru après ces vains fantômes; j'ai désiré plus de naissance, plus de faveur, plus de fortune, plus de talents , plus de gloire , plus de santé ; je me suis bercé dans ces idées d'une félicité imaginaire. Insensé ! comme si j'avais pu déranger, au gré de mes souhaits, l'ordre immuable de votre providence; comme si j'avais été , ou plus sage , ou plus éclairé que vous, ô mon Dieu , sur mes intérêts véritables! Je ne suis jamais entré dans les desseins éternels que vous aviez sur moi ; je n'ai jamais regardé les amertumes de mon état comme entrant dans l'ordre de ma prédestination éternelle; et jusques aujourd'hui les créatures seules ont décidé de ma joie comme de mes chagrins : aussi, mes joies n'ont jamais été tranquilles, et mes chagrins ont toujours été sans ressource. Mais désormais, ô mon Dieu! vous allez être mon unique consolateur; et je cher-

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cherai dans la méditation de votre loi sainte , et dans ma soumission à vos ordres éternels , les consolations solides que je n'ai jamais trouvées dans les créatures , et qui , en adoucissant ici-bas nos peines , nous en assurent en même temps la récompense immortelle.

yiinsi soit-il.

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