LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE
vengeance, et de chercher sa consolation dans ses propres fureurs! Quel état affreux que celui d'une âme insensée que Dieu afflige, et qui , pour se consoler, s'en prend à Dieu même dans son affliction , cherche à soulager ses peines en multipliant ses offenses , se livre au dérèglement pour oublier ses chagrins, et se fait de la tristesse accablante du crime une ressource affreuse à la tristesse de ses afflictions!
Non , mes frères ; la religion toute seule peut consoler solidement nos malheurs. La philosophie arrêtait les plaintes ; mais elle n'adoucissait pas la douleur. Le monde endort les chagrins, mais il ne les guérit pas; et, au milieu de ses plaisirs insensés, l'aiguillon secret de la tristesse demeure toujours profondément enfoncé dans le cœur. Dieu seul peut être le consolateur de nos peines, et en faut-il d'autre à une âme fidèle? Faibles créatures! vous pouvez bien , par de vains discours et par ce langage ordinaire de compassion et de tendresse, vous faire entendre aux oreilles du corps; mais il n'est que le Dieu de toute consolation qui sache parler au cœur. En vain j'ai voulu chercher parmi vous les adoucissements à l'excès de mes peines ; j'ai aigri mes maux en voulant les soulager, et vos vaines consolations n'ont été pour moi que des amertumes nouvelles : Et qui consolaretur , etnon inveni. (Ps. Lxviii, 21.) Grand Dieu, c'est à vos pieds désormais que je veux répandre toute l'amertume de mon cœur; c'est avec vous seul que je veux oublier tous mes maux , tout mes peines , toutes les créatures ! Jusqu'ici je me suis livTé à des chagrins et à des tristesses tout humaines; mille fois j'ai souhaité que les projets insensés de mon cœur servissent de règle à votre sagesse; je me suis égaré dans mes pensées, mon esprit s'est formé mille songes flatteurs, mon cœur a couru après ces vains fantômes; j'ai désiré plus de naissance, plus de faveur, plus de fortune, plus de talents , plus de gloire , plus de santé ; je me suis bercé dans ces idées d'une félicité imaginaire. Insensé ! comme si j'avais pu déranger, au gré de mes souhaits, l'ordre immuable de votre providence; comme si j'avais été , ou plus sage , ou plus éclairé que vous, ô mon Dieu , sur mes intérêts véritables! Je ne suis jamais entré dans les desseins éternels que vous aviez sur moi ; je n'ai jamais regardé les amertumes de mon état comme entrant dans l'ordre de ma prédestination éternelle; et jusques aujourd'hui les créatures seules ont décidé de ma joie comme de mes chagrins : aussi, mes joies n'ont jamais été tranquilles, et mes chagrins ont toujours été sans ressource. Mais désormais, ô mon Dieu! vous allez être mon unique consolateur; et je cher-
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cherai dans la méditation de votre loi sainte , et dans ma soumission à vos ordres éternels , les consolations solides que je n'ai jamais trouvées dans les créatures , et qui , en adoucissant ici-bas nos peines , nous en assurent en même temps la récompense immortelle.
yiinsi soit-il.