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AVERTISSEMENT

Il est rare qu'un même homme sache aUer au cœur, le touche , le remue à son gré par la force de son éloquence , et qu'il réussisse également bien, lorsqu'il sera question de faire un éloge. C'est une réflexion que fait Cicéron , en pai^ lant des orateurs. Ces deux talents sont aussi différents dans le but qu'iis se proposent, que dans les qualités qu'ils exigent. L'un veut plaire à l'esprit par des traits brillants et ingénieux , l'amuser par des descriptions agréables, flatter l'oreille par l'harmonie et la pureté du style; il est presque plus occupé de la manière d'exprimer les choses , et de la tournure qu'il doit leur donner, que des choses' elles-mêmes. L'autre ne pense qu'à intéresser le cœur, et à le faire entrer dans ses sentiments; s'il ne néglige pas les ornements qui naissent di} fond du sujet , il écarte avec soin tout ce qui ne ferait qu'une vaine parure dans le discours. Chacun de ces talents demande donc un caractère d'esprit qui lui soit assorti. Voilà pourquoi il n'est pas ordinaire de les trouver réunis dans la même personne.

Ce fut cependant par des oraisons funèbres que Massillon , si touchant, si intéressant dans ses sermons , commença à se faire un nom dans le monde parmi les orateurs. Il était extrêmement jeune, lorsqu'il fit celle de Henri de Villars, archevêque de Vienne; et peu de temps après, celle de Camille de Neuville de Villeroy , archevêque de Lyon : et néanmoms quels applaudissements ces deux pièces ne reçurent-elles pas.» Dès lors ses supérieurs le destinèrent à la chaire. Ils avaient été indécis jusqu'à ce moment sur le genre d'étude auquel ils devaient le fixer, parce qu'il avait paru jusques alors également propre à tout : belles-lettres, philosophie, théologie, tout paraissait être son talent dès qu'il s'y appliquait. Mais le succès étonnant qu'a eut, dès qu'il se montra dans la chake, fit juger qu'il devait s'y consacrer uniquement : on eut bien de la peine à surmonter sa répugnance ; enfin il se rendit, et ne songea pins qu'à répondre aux vues de ses supérieurs-

La première oraison funèbre qu'il composa, après les deux dont nous venons de parler, fut celle du prince de Conti , fort applaudie lorsqu'elle fut prononcée, fort critiquée ensuite lorsque l'impression l'eut rendue publique. Il en a depuis composé trois autres qui n'avaient point encore vu le jour : celle du grand Dauphin, celle du feu roi, et celle de Madame. Il y a dans celle de Louis XIV une noblesse d'expression , qui égale en quelque sorte la grandeur du sujet qu'il traitait.

' Cet avwtisseinent est celui de I'»Doi«nne édition

ORAISON FUNEBRE

DE MESSIRE DE VILLARS

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