‹ ŒuvresChapitre 217 sur 264 · ARCHEVÊQUE DE VIENNE · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE VIENNE

Ambulavit pes meus iter rectum àjuveniute meâ;... zelatus sum bonum, et venter meus conturbatus est, propterea bonam possidebo possessionem.

Pai marché dans la droiture depuis ma jeunesse ; j'ai eu du zèle pour le bien , et mes entrailles ont été émues sur les misères de mon peuple, et je posséderai un héritage éternel. (Aa chap. ti deVEcclésiastique , vers. 20 etsuiv.)

Étais-je destiné, messieurs , à rendre ce dernier devoir à la mémoire de notre pieux prélat ? et le ciel n'avait-il donc permis que je vinsse être le témoin de sa vie , que pour me ménager, ce semble , de loin un si triste et un si lugubre ministère? Contraint tant de fois par sa modestie à supprimer ses louanges dans la chaire évangélique, fallait-il que je ne fusse autorisé à les publier que par sa mort.? Il est donc vrai que le premier hommage public que sa vertu devait avoir de moi , serait un éloge funèbre.

C'est ainsi, ô mon Dieu! que du haut de votre sagesse, vous réglez nos destinées : c'est ainsi que confondant nos conseils , surprenant nos désirs et anéantissant nos espérances, vous affermissez notre foi : c'est ainsi que diversifiant vos voies, vous instruisez notre vigilance.

Celui-ci , dit Job, consumé de langueur et d'infirmités, voit de loin l'appareil de son sacrifice, exhale chaque jour une portion de son âme, et se sent mourir mille fois avant que d'avoir pu mourir une seule : l'autre encore plein de force et de santé , est frappé soudain ; son âme tout entière, pour ainsi dire , devient la proie de la mort , et entre les horreurs du tombeau et les délices d'une santé parfaite, ne met presque que le dernier soupir d'intervalle.

Heureuse l'âme qui pendant ses jours les plus sereins, a su prendre des mesures contre la surprise des vents et de l'orage! heureuse celle qui ayant toujours marché dans la droiture , a eu du zèle pour le bien , et dont les entrailles ont été émues sur les misères publiques? Ah! qu'une lente infirmité lui

ORAISON FUNÈBRE

anno.ice de loin le jour du Seigneur, ou qu'un coup imprévu vienne à l'instant lui ouvrir les portes éternelles; sa mort peut être différente, mais son immortalité sera toujours la même.

Ne cherchons point aujourd'hui d'autre consolation, chrétiens : vous ne verrez pas dans cet éloge de ces événements éclatants , où l'orateur, peu instruit de son ministère, vient dans ce lieu saint étaler avec art la figure d'un monde profane ; et jusque sur le tombeau fatal , donne du corps et de la réalité au fantôme que le siècle adore.

Je n'ai à vous entretenir ici, messieurs, ni de ces négociations importantes, qui, arrachant le pontife du sanctuaire , le rengagent dans le tumulte du siècle, et sous le spécieux prétexte du bien public l'autorisent à violer ses devoirs particuliers ; ni de ces intrigues pénibles, où l'on voit les interprètes des secrets du ciel devenir les dépositaires des mystères des cours, les sentinelles de Jérusalem ne veiller presque plus qu'à la défense de Jéricho, et les docteurs des tribus d'Israël se glorifier d'être les législateurs des nations.

L'histoire de notre pieux prélat n'est mêlée qu'avec celle de son diocèse : ses jours ne sent marqués que par les fonctions de son ministère; ses emplois se trouvent tous renfermés dans ses devoirs; et pour savoir ce qu'il a fait, il suffit de savoir ce qu'il a dû faire.

Nous tirerons donc du sanctuaire même les o»*nements sacrés qui vont servir d'appareil aux funérailles de l'oint du Seigneur; nous ne prendrons que sur l'autel les fleurs que nous allons jeter sur le tombeau du prince des prêtres. Le siècle, qu' n'eut jamais de part à ses actions , n'en aura point aussi à ses louanges. Nous sortirons do l'Egypte pour rendre les devoirs suprêmes à cet autre Jacob : mais lespompesdePharaon ne viendront plus comme autrefois jusque dans une terre sainte, honorer les cendres et la mémoire des patriarches.

Ce n'est pas que j'ignore là-dessus les vaines pensées des mondains. Admirateurs insensés de cette vicissitude de fantômes, sur quoi roule tout le siècle présent, il leur faut des spectacles pour les frapper, de vastes projets, des entreprises éclatantes, des emplois tumultueux. On a toujours chez eux des vertus obscures, quand on n'a pas des vices glorieux ; et ce n'est guère qu'aux grands défauts , qu'ils savent accorder le nom de grand mérite, ffj'innocence des mœurs, la bonne foi, l'affabilité , ia clémence, l'application à ses devoirs, la miséricorde, ont je ne sais quoi de tranquille et d'uni , qui ne donne rien aux spectateurs. Les merveilles de la foi n'ont pas le même privilège que les illu-

sions des sens. Ce qui sert de spectacle à Dieu et aux anges, paraît à peine digne de l'attention des hommes. On dirait que pour mourir avec honneur, il faut avoir su être autre chose qu'homme de bien. La solennité des éloges veut presque être soutenue par le faste du héros qu'on loue ; et il semble que l'orateur n'a jamais plus besoin d'art , que lorsqu'il n'a qu'à louer la vérité et la justice.

Telle est la prudence du siècle, je le sais : mais viens-je ici pour donner du poids aux coutumes d'Egypte, durant la solennité même dé l'immolatiou de l'Agneau ? viens-je , par un discours profane, suspendre l'attention des ministres gravement assemblés autour de l'autel et appliqués au sacrifice , ou aider leur recueillement avec la parole évangélique? viens-je mêler aux chants lugubres de la triste Sion les cantiques de Babylone? viens-je, en un mot, honorer mon ministère , édifier votre piété, ou respecter vos erreurs , et dégrader l'honneur du sacerdoce ? Ah! ce n'est pas ici un de ces préludes artificieux , où l'orateur semble acheter le droit d'être tout profane, en promettant d'abord qu'il ne dira rien que de saint , et où l'on ne voit de chrétien , que des précautions pour ne l'être pas. Rien de «e qui va s'éteindre au tombeau ne brillera dans cet éloge funèbre.

Ce ne sera pas même une histoire inconnue. Ce que vous avez vu , entendu , et touché presque de vos mains, sera ce que nous annoncerons. Je parle d'un pasteur qui n'a jamais perdu son troupeau de vue. L'intégrité de ses mœurs, l'application aux fonctions de son ministère, la profusion de ses trésors , qui vont faire le sujet de cet éloge, ont mille fois servi de matière aux vôtres : et s'il était permis au peuple affligé qui m'écoute, de le.dire ici à ma place , il dirait comme moi , que sa vie fut toujours réglée par la loi : Jmbulavitpes meus iter rectum à juvénilité mea ; que son autorité fut toujours utile à l'Église : Zelatus sum bonum ; et que ses richesses furent toujours prodiguées aux pauvres : Et venter meus conturbatus es^ Représentons-le donc comme un homme juste et irréprochable, comme un pontife fidèle , et comme un père charitable.

C'est l'éloge que je consacre à la mémoire de messire Henri de Villars , archevêque et comte de Vienne, primat des primats. Esprit Saint, mettez dans ma bouche cette parole efficace , ce glaive à deux tranchants, qui, en faisant le discernement des pensées du juste, aille faire de douloureuses séparations dans le cœur du pécheur, et qui n'élève ce pieux et lugubre monument à la religion , que sur les débris de l'idole du monde,

DE M. DE VILLARS

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