DISPOSITIONS A LA COMMUNION
TS
vera-t-i) rien d'indigne de la sainteté de sa présence? Il ira d'abord à la naissance et aux principes de mes égarements; il examinera si la source en est tarie, ou le cours seulement suspendu; il verra quelles sont encore les inclinations dominantes de mon àme, quel est le poids qui fait encore pencher le cœur : hélas! pourra-t-il dire comme autrefois, lorsqu'il entra dans la maison deZachée : Aujourd'hui le salut est arrivé dans cette maison ?Suis-je revenu de bonne foi de cette passion, si fatale à mon innocence; de cette aigreur, que je viens de détester aux pieds du prêtre; de cette idolâtrie des richesses, qui mejette dans des gains injustes ; de cette fureur du jeu, qui nuit à ma santé, à mes affaires, à mon salut; de cette humeur inégale et fâcheuse, que la plus légère contradiction enflamme; de cette vanité, qui me tire du rang où mes ancêtres m'avaient laissé; de cette envie, qui m'a toujours fait regarder avec des yeux jaloux la réputation ou la prospérité de mes égaux ; de cet air fier et censeur, qui juge de tout et ne se juge jamais soi-même; de cet ascendant de mollesse, de volupté, J'immortification, qui fait comme mon fonds et mon être propre? L'aveu que je viens de faire de mes faiblesses au ministre de Jésus-Christ, les a-t-il déracinées de mon cœur? suis-je une nouvelle créature? il n'y a qu'un homme ressuscité qui puisse aspirer à ce pain céleste dont je vais me nourrir : le suis-je à vos yeux, ô mon Dieu! neporté-je pas le nom de vivant, étant encore mort en effet? le fort armé entrant dans mon âme la possédera-t-il en paix, et n'y trouverat-il pas sept esprits immondes qui l'en chasseront? Éclairez-moi , Seigneur, et ne souffrez pas que votre Christ , que votre Saint descende dans la corruption. Voilà, mes frères, comme il faut s'éprouver. Le Seigneur avait défendu autrefois aux .Juifs d'offrir du miel et du levain dans les sacrifices : voyez si , en approchant de l'autel , vous n'y portez pas le levain de vos crimes et le miel de la volupté; c'est-à-dire, et ce goût du monde et du plaisir, et ce caractère mou et sensuel , ennemi de la croix, inalliable avec le salut. IN'approchez pas , si vous ne vous sentez pas assez pur : cette chair sainte, dit le Prophète, ne vous ôterait point votre malice ; elle en ajouterait une nouvelle ; votre religion serait vaine, votre culte idolâtre, votre sacrifice un sacrilège.
Éprouvez-vous donc vous-même, et, après cela, mangez de ce pain céleste; mais il n'en faut demeurer au simple discernement et à l'épreuve. Jusque-la vous n'avez fait qu'éloigner les obstacles; mais vous n'avez pas mis les dernières dispositions : vous avez retranché tout ce qui pouvait bannir Jésus- Christ de votre âme; vous n'avez pas acquis ce qui
pouvait l'attirer ; vous avez pris des mesures pour ne point le recevoir indignement; vous n'en avez point pris pour le recevoir avec fruit. Il ne suffit pas d'être exempt de crime, il faut être revêtu de justice et de sainteté; c'est peu de ne le point trahir avec Judas, il faut l'aimer avec les autres disciples ; c'est peu , en un mot , de n'être plus profane , mondain , voluptueux, mou, fier, vindicatif, attaché; il faut être grave, doux, humble, ferme, chaste, fidèle, chrétien. Toutes les fois que vous ferez ceci , faites-le en mémoire de moi : c'estia troisième disposition, communier en mémoire de Jésus-Christ.
TROISIÈME RÉFLEXION
Qu'est-ce communier en mémoire de Jésus-Christ ? c'est, en premier lieu, mes frères, retracer en soimême tout ce qui se passa dans le cœur de Jésus- Christ, dans l'institution de ce sacrement adorable. J'ai désiré ardemment, disait-il à ses disciples, de manger cette Pâque avec vous : Desiderio desideravi hocPascha manducare vobiscum. (Luc , xxii , 15.) Il soupirait après ce moment heureux; il ne le perdait pas de vue; il se consolait dans ce souvenir de toutes les amertumes de sa passion : Antequam patiar. (Ibid.) Que voulait-il nous apprendre par là, mes frères ? ah ! c'est qu'il faut apporter à cette table divine un cœur embrasé, pénétré, consumé; uu cœur impatient, empressé, avide; une faim et une soif de Jésus-Christ; un goût réveillé par l'amour; en un mot, ce que j'ai appelé. une foi ardente qui nous fasse aimer. Ce pain , dit un Père , demande un cœur enflammé : Interioris hominis quxrit esuriem. Ah! Seigneur, dit alors l'âme fidèle avec saint Augustin (S. AuG. in Conf. liv. i, chap. v) ; eh! qui me donnera que vous veniez dans mon cœur pour en prendre possession; pour en remplir tout le vide; pour y régner seul; pour y demeurer avec moi jusqu'à la consommation des siècles ; pour m'y tenir lieu de tout ; pour y faire mes plus chastes délices ; pour y répandre mille secrètes consolations; pour le rassasier, l'enivrer, me faire oublier mes malheurs, mes inquiétudes, mes vains plaisirs, tous les hommes, l'univers entier, et me laisser tout à vous, jouir de votre présence, de vos entretiens, des douceurs que vous préparez à ceux qui vous aiment. Peut-être, Seigneur, la maison de mon âme n'est pas encore assez parée pour vous recevoir; mais venez en faire vous-même tout l'ornement. Peut-être y apercevez-vous des souillures qui vous en éloignent; )nais vous les purifierez par votre divin attouchement. Peut-être y découvrez-vous encore des ennemis invisibles; mais n'êtes-vous pas le fort armé? votre seule présence les dissipera, et tout
QUATRIEME DIMANCHE DE L'A VENT
sera en paix quand une fois vous vous en serez mis en possession. Peut-être a-t-elle des rides qui l'enlaidissent; mais vous renouvellerez sa jeunesse, comme celle de l'aigle. Peut-être est-elle encore flétrie des taches de ses anciennes infidélités; mais votre sang achèvera de les effacer. Venez , Seigneur, et ne tardez pas : tous les biens m'arriveront avec ,'ous. Méprisé , persécuté , affligé , dépouillé , calomnié, je ne compterai plus mes malheurs pour rien, du moment que vous viendrez les adoucir ; honoré, favorisé , élevé, environné d'abondance, ces vaines prospérités ne me toucheront plus, ne me paraîtront plus rien , du moment que vous m'aurez fait goûter combien vous êtes doux. Tels sont les désirs qui doivent»nous conduire à l'autel.
Mais , hélas ! les uns y apportent un dégoût et une répugnance criminelle : il leur faut des occasions pour les y déterminer : d'eux-mêmes ils ne s'en aviseraient jamais. Mais que dis-je? des occasions! il faut des foudres et des anathèmes ; il faut que l'Église tonne, foudroie. Bon Dieu ! que la tiédeur des chrétiens ait réduit votre Église à leur faire une loi de la participation à votre corps et à votre sang! qu'il ait fallu des peines et des menaces pour les conduire à l'autel , et les obliger de s'asseoir à votre table! que toute la félicité du chrétien sur la terre soit devenue pour lui un précepte pénible! que le privilège le plus glorieux dont vous puissiez favoriser les hommes soit pour eux une gêne et une contrainte! Ah! Seigneur, quand vous donnâtes à votre Église le pouvoir de lier, vous attendiez-vous qu'elle en dût faire cet usage? et son autorité était-elle destinée à traîner ses enfants à l'autel , ou à en séparer ses ennemis ? Les autres en approchent avec un cœur pesant, un goût émoussé , une âme toute de glace : gens qui vivent dans le commerce des plaisirs et des sacrements, qui participent à la table de Satan et à celle de Jésus-Christ; qui ont des jours marqués pour le Seigneur, et des jours destinés au siècle; gens à qui une communion ne coûte qu'une journée de gêne et de réserve ; qui ce jour-là ne jouent pas , ne voient pas, n'étalent pas, ne médisent pas, ne s'assemblent pas. Mais ce régime ne va pas plus loin; toute la dévotion finit avec la solennité : c'est une action de cérémonie; on est content de soimême, après cette courte suspension; on rentre tranquillement dans ses premières voies ,'car c'était un article dont on était convenu avec soi-même ; on vit uniment dans ce tranquille mélange de saint et de profane : les sacrements nous calment sur les plaisirs ; les plaisirs , pour être plus tranquilles du côté de la conscience , nous conduisent aux sacrements; et l'on est à demi bon pour être mondain
sans scrupule. Ainsi, on porte à l'autel un goût affadi par les amusements et les joies du siècle, par l'embarras des affaires , par le tumulte des passions : on ne sent pas les douceurs ineffables de cette viande céleste; on retrouve jusqu'au pied du trône de la grâce les images des plaisirs dont on vient de sortir; des intérêts qui nous occupent, des projets qui nous embarrassent, des idées qui nous arrachent de l'autel pour nous rentraîner dans le monde, font sur le cœur des impressions bien plus vives que la présence de Jésus-Christ. Mais n'est-ce pas , Seigneur, contre ces chrétiens monstrueux que votre Prophète indigné vous disait autrefois : Âh ! Seigneur, que votre table leur deviemw un piège, une punition, une pierre d'achoppement el de scandale.