‹ ŒuvresChapitre 234 sur 264 · DANS LA SAINTE CHAPELLE DE PARIS · texte numérisé non relu

DANS LA SAINTE CHAPELLE DE PARIS

Erunt accepta opéra mea... et ero dignus sediiiui putris mei.

Je plairai à votre peuple par la douceur de ma conduite, et je serai digne du trône de mon Père. (Sap. ix,I2.)

Ainsi jugeaient les grands et le peuple : ainsi espéraient-ils de très-haut, très-puissant et très-escellent prince, monseigneur Louis, dauphin. Nos jugements étaient justes : ce n'était ni l'intérêt, ni l'adulation , ni la crainte ; c'est l'amour qui les avail formés. Nos espérances étaient bien fondées : le présent nous répondait de l'avenir ; et tout ce que nous avions vu d'humain et de bienfaisant dans sa vir privée, nous faisait par avance l'histoire de son règne.

Mais, ô Dieu, vous nous l'aviez donné, et vous nous l'avez ôté : vous l'aviez accordé à nos vœux ; vous le refusez à nos crimes : vous l'aviez formé pour le bonheur de la France; vous le retirez pour nous punir, fous empoi'tez comme un tourbillon ce qui 710US était si cher; sa vie a passé comme un nuage (Job, XXX, 15) : et sa mort confond nos jugements, renverse nos espérances; maischangera-t-elle notre cœur ?

Quels fléaux réservés dans les trésors de sa colère ,

ORAISON FUNEBRE

pour instruire et châtier les hommes, Dieu peut-il donc encore faire tomber sur son peuple ? .\ous attendions lapaix{3ÉiA^M. xiv, 19) : le roi sacrifiait sa gloire , ses intérêts , sa tendresse à nos désirs ; il était -pacifique avec ceux qui haïssaient la paix (Ps. cxix,7) : elle s'éloigne encore de nousi, et vùilà encore la fureur et la guerre. Nos champs ont gémi dans une longue stérilité : la maladie et la mort ont répandu le deuil dans nos villes : nous avons vu tomber les cèdres mêmes du Liban. Trois princes du sang royal', dans l'intervalle presque d'une année', ont été enlevés à la France qui les pleure encore , à leurs augustes enfants , à leurs épouses désolées ; et en rendant des devoirs lugubres et religieux à leur mémoire , nous vous avons annoncé les jugements du Seigneur et la vanité des choses humaines. Enfin le fils et l'héritier lui-même vient d'être frappé. Les châtiments de Dieu vont en augmentant, comme nos crimes. Mes frères , quand arrêterons-nous donc son bras levé sur nous ?

Le peuple infidèle s'enorgueillit au milieu de ses succès ^ : il chante des chants de joie et de victoire : et la France, la portion la plus pure de l'Église; la région de la vérité et de la lumière ; une nation choisie , et dont le roi , selon le cœur de Dieu , a ôté tous les hauts lieux et tous les autels étrangers ; la France gémit, son prince lui est enlevé, et le Seigneur semble avoir oublié ses anciennes miséricordes.

Qu'avons-nous donc fait ? et comment cette désolation est-elle arrivée en Israël ? Nous avons abandonné le Seigneur, et il nous a affligés. Nous ne sommes pas retournés à lui dans notre affliction , et le prince a été ôté du milieu du peuple. Dieu nous frappera-t-il donc toujours en vain ? Ses coups portent à faux , si en nous affligeant, ils ne nous corrigent pas. Et que nous prépare-t-il , si ce dernier malheur est encore pour nous une leçon inutile.'

Viendrons-nous toujours dans ces pompes lugubres, avec le langage de la douleur, n'attendre comme ces enfants de l'Évangile, de ceux qui nous écoutent, que des larmes qui ne sont qu'un jeu et un amusement puéril ? Tournerons-nous en spectacle nos propres malheurs ? et la leçon la plus terrible de la foi , ne sera-t-elle jamais pour nous qu'une vaine cérémonie ?

A la vue de ce tombeau, où toute la grandeur humaine est devenue cendre et poussière, nos jugements et nos espérances sur les choses d'ici-bas, sont-elles encore les mêmes ?

f^a mort nous enlève un prince doux et bienfaisant; nous le jugions digne du trône des rois ses

» M. lePiince, M. leprinrpdeCnnti , M. le Duc. ' Bataille d'flochstct.

ancêtres; nous en espérions des jours tranquilles el fortunés : voilà le sujet de nos larmes. La mort confond nos jugements , nos espérances , et ne change point notre cœur : voilà le sujet de nos instructions.

Rendons-nous utile notre douleur : mêlons les réflexions de la foi avec les larmes de la nature et de la tendresse; et en offrant les prières de l'Église, et le sacrifice d'expiation pour ces cendres chères et augustes, détrompons-nous de l'erreur de nos jugements et de la vanité de nos espérances. C'est-àdire , jugeons enfin que tout ce qui passe n'est rien , et ne trouvons digne de notre espérance que ce qui ne passe point.

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