‹ ŒuvresChapitre 235 sur 264 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Les hommes parlent tous les jours sur le néant des choses humaines , le langage de la foi et de la vérité ; et ils n'en suivent pas moins les voies de la vanité et du mensonge. Nous disons sans cesse que le monde n'est rien, et nous ne vivons que pour le monde : sages seulement dans les discours, insensés dans les œuvres; philosophes dans l'inutilité des conversations, peuple dans tout le cours de notre conduite ; toujours éloquents à décrier le monde , toujours plus vifs à l'aimer. Nous fléchissons le genou avec la multitude , devant l'idole que nous venions de fouler aux pieds ; et à nos mépris succèdent bientôt de nouveaux hommages.

Ce qui paraît grand aux yeux du monde, est toujours grand pour nous : ce qu'il appelle bonheur, est la seule félicité oiî notre cœur aspire : ce qu'il vante, est la seule gloire qui nous touche. Ouvrons enfin les yeux , et que cette cérémonie de religion et de tristesse , confonde la vanité de nos jugements , et nous rappelle de l'erreur des sens aux lumières de la foi.

Tout ce que le monde a de plus grand paraissait rassemblé dans le prince que nous pleurons. Une naissance qui efface l'éclat de toutes les généalogies de l'univers : un nom au-dessus de tous les autres noms : un sang qui prend sa première source dans le trône, et qui coule sans interruption depuis tant de siècles, et par tant de souverains : une maison auguste , qui a vu naîtretoutes les autres , qui a donné naissance à nos histoires, qui compte parmi ses titres domestiques , tous les monuments qui nous restent des règnes les plus éloignés; et qui seule de. meurée depuis le commencement , au milieu du débris de tant de maisons souveraines qui ont péri , semble être comme celle de Noé , la seule dépositaire de toute la gloire des siècles passés, et de la première alliance que le Seigneur fit avec nos pères : Testa-

DE M. LE DAUPHL\

Page 1