‹ ŒuvresChapitre 241 sur 264 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

L'onction sainte répandue sur les rois consacre leur caractère , et ne sanctifie pas toujours leur personne : l'étendue de leurs devoirs répond à celle ce leur puissance : le sceptre est plutôt le titre de leurs soins et de leur servitude , que de leur autorité : ils ne sont rois , que pour être les pères et les pasteurs des peuples : ils ne sont pas nés pour eux seuls; et les vertus privées qui assurent le salut du sujet toutes seules, se tourneraient en vices pour le souverain.

C'est à la sublimité de ces idées primitives, que l'Écriture rappelle l'éloge d'un des plus saints rois de Juda. Il conserva son cœur fidèle à Dieu : Gubernavit ad Dominum cor ipsius (EccLi. xlix , 3,4); c'est le devoir essentiel de l'homme. Il renversa les abominations de l'impiété et tous les monuments de l'erreur : Tullt abominationes impietatis : c'est le zèle du souverain. Il affermit la piété dans les jours de péché et de malice , en l'honorant de ses faveurs et de sa confiance : In diebus peçear torum corroboravit pietatem; et c'est l'exeniple que doit à ses sujets celui qui en est le pasteur et le père.

Louis porta en naissant un fonds de religion et de crainte de Dieu, que les égarements mêmes de l'âge ne purent jamais effacer. Le sang de saint Louis et de tant de rois chrétiens, qui coulait dans ses veines; le souvenir encore tout récent d'un père juste, les exemples d'une mère pieuse; les instructions du prélat irrépréhensible, qui présidait à son éducation; d'heureuses inclinations, encore plus sûres que les instructions et les exemples : tout paraissait le destiner à la vertu comme au trône.

Mais, hélas! qu'est-ce que la jeunesse des rois? une saison périlleuse, où les passions commencent à jouir de la même autorité que le souverain, et à monter avec lui sur le trône. Et que pouvait attendre Louis , surtout dans ce premier âge : l'homme le mieux fait de sa cour; tout brillant d'agréments et de gloire ; maître de tout vouloir et ne voulant rien en vain; voyant naître tous les jours sous ses pas des plaisirs nouveaux, qui attendaient à peme ses désirs ; ne rencontrant autour de lui que des

DE LOUIS LE GRAND

regards toujours trop instruits à plaire , et qui paraissaient tous réunis et conjurés pour plaire à lui seul ; environné d'apologistes des passions qui soufflaient encore le feu de la volupté, et qui cherchaient à effacer ses premières impressions de vertu, en donnant des titres d'honneur à la licence; au milieu d'une cour polie où la mollesse et le plaisir ont trouvé de tout temps le secret de s'allier, et même d'aller de pair, avec la valeur et le courage; et enfin dans un siècle oii le sexe, peu content d'oublier sa propre pudeur, semble même défier ce qui peut en rester encore dans ceux à qui il veut plaire ?

Et cependant de l'exemple du prince, quel déluge de maux dans le peuple! ses mœurs forment bientôt les mœurs publiques : l'imitation, toujours sûre de plaire et d'attirer des grâces, réconcilie l'ambition avec la volupté : les plaisirs, d'ordinaire gênés par les vues de la fortune, en facilitent les avenues, et en deviennent la plus sûre route : des écrivains profanes vendent leur plume à l'iniquité, et chantent des passions que le respect tout seul aurait dû ensevelir dans un éternel silence; de nouveaux spectacles s'élèvent pour en faire des leçons publiques : tout devient la passion du souverain.

O rois des peuples, dit l'Esprit de Dieu; vous qui , assis sur votre trône , voyez avec tant de complaisance à vos pieds la multitude des nations, c'est à vous que j'adresse ces paroles : Ad vos, 6 reges ! sunt hi sermones yyiei. (Sap. vi , 3 , 4 , 6 , 10.) Souvenez-vous que la puissance vous a été donnée d'en haut; que l'usage en doit être saint, comme l'origine en est sainte ; qu'un jugement très-dur est préparé à ceux qui sont établis pour commander aux autres, et qu'à l'étendue de l'autorité l'abondance du châtiment est presque toujours réservée.

Mais ici les miséricordes éternelles préparées à Louis commencent à se manifester. Dieu le prépare de loin à la vertu, en armant les premiers traits de son autorité contre les vices. L'usage barbare des duels , ancien reste de la férocité de nos premiers conquérants, que la religion, et la politesse qu'elle met dans les mœurs, n'avait pu depuis modérer; que tant de rois avaient vainement condamné, et qui avait coûté tant de sang à la nation, fut aboli : et Louis consacra le commencement de son règne par une action qui assure le repos et la tranquillité de tous les règnes à venir.

Oui, mes frères, dans le temps même que I-ouis I araissait encore loin du Seigneur, le Seigneur était < éjà près de lui : les passions mêmes qui blessent Son cœur, respectent sa foi. Quelle horreur pour ce genre d'hommes qui ne goûtent qu'a demi le plaisir, s'il n'est assaisonné d'impiété; et qui paraissent

ne se souvenir de Dieu , que pour le mettre dans leurs affreuses débauches! L'impie était proscrit, dès là qu'il était connu : la naissance et les services, loin d'assurer l'impunité à l'irréligion en rendaient le châtiment plus éclatant : les agréments mêmes d e l'esprit, séduction dont on a tant de peine à se défendre, n'en avaient plus pour lui, dès qu'il y voyait luire une étincelle d'incrédulité. Il ne connaissait point de mérite dans l'homme qui ne connaît point de Dieu ; et l'impie, qui dit anathème au ciel , devenait à l'instant pour lui l'anathème de la terre.

Ainsi se préparait l'ouvrage de la sanctification de Louis. Mais sortons de ces temps de ténèbres, si inévitables aux rois , et si ordinaires aux autres hommes; périssent et soient à jamais effacés de notresouvenircesjours,qu'ilaeffacéspar ses larmes et par sa piété, et que le Seigneur a sans doute oubliés ! Les premières années de la jeunessedes souverains, comme les commencements de leur naissance, se ressemblent presque toutes : Nemo enim ex regibus habuitaliiid nativitatisinitium. (Sap. vu, 5.) Mais , si Louis les a suivis dans ces premières voies des passions, où sont les rois qui aient marché depuis avec autant de grandeur et de fidélité que lui dans les voies de la grâce .' où sont même ceux de ses sujets qui vivaient sous ses yeux , et que leur rang rapprochait du trône ? Hélas ! imitateurs la plupart , pour ne pas dire coupables adulateurs, de ses faiblesses, ils ont peut-être fini par censurer sa vertu.

Et quelle vertu! uniforme, tendre, constante. On ne vit point en lui de ces inégalités de piété si inséparables de l'inconstance des hommes, que l'uniformité toute seule lasse, que l'ennui du vice attire souvent tout seul à la nouveauté de la vertu ; pour qui l'usage de la vertu redevient bientôt un nouvel attrait favorable au vice ; et qui , en repassant sans cesse du vice à la vertu , cherchent plus à soulager leur inconstance qu'à fixer leur infidélité.

Dès la première démarche que Louis eut faite dans la voie de Dieu, il y marcha toujours d'un pas égal et majestueux. Un jour instruisait l'autre jour; et une nuit donnait des leçons semblables à l'autre nuit. L'histoire de sa piété est l'histoire d'une de ses journées; et hors les événements inattendus, qui montraient en lui de nouvelles vertus, la vertu du premier jour fut celle du reste de sa vie.

Soins immenses du gouvernement, dont il portait presque tout seul le poids, vous n'interrompîtes jamais l'exactitude de ses devoirs religieux : jamais la vie de la cour, toujours inégale parce qu'elle est oiseuse, ne dérangea la respectable uniformité de sa conduite; et dans un lieu où le caprice et Iç

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loisir sont SI ingénieux à varier l«s jours et les moments, Louis seul était le pomt fixe où tous les jours et tous les moments se trouvaient les mêmes: vertu rare, dans les princes surtout, que rien ne contraint, et en qui l'inconstance de l'imagination est sans cesse réveillée par le choix et la multiplicité des ressources.

La piété et la bonne foi des dispositions répondaient à l'exactitude des devoirs. Quelle profonde religion au pied des autels! avec quel respect venait-il courber devant la gloire du sanctuaire cette tête qui portait, pour ainsi dire, l'univers: et que l'âge, la majesté, les victoires rendaient encore moins auguste que la piété! Quelle terreur en approcliant des mystères saints et de cette viande céleste qui fait les délices des rois! Quelle attention à la parole de vie! et malgré les dégoûts et les censures d'une cour éclairée et difficile , quel respect pour la sainte liberté du ministère et pour les défauts mêmes du ministre! // nous en a dit assez pour nous corriger, répondait-il à ceux de sa cour qui paraissaient mécontents de l'instruction. Quelle tendresse de conscience ! quelle horreur pour les plus légères transgressions ! Tout le bien qui lui fut montré, il l'aima; et s'il n'accomplit pas toute justice, c'est qu'elle ne lui fut pas toute connue. C'est la destinée des meilleurs rois ; c'est le malheur du rang, plutôt que le vice de la personne.

Mais l'épreuve la moins équivoque d'une vertu solide, c'est l'adversité. Et quels coups, ô mon Dieu! ne prépariez-vous pas à sa constance! Ce grand roi, que la victoire avait suivi dés le berceau , qui comptait ses prospérités par les jours de son règne : ce roi dont les entreprises toutes seules annonçaient toujours le succès ; et qui jusque-là , n'ayant jamais trouvé d'obstacle, n'avait eu qu'à se défier de ses propres désirs ; ce roi dont tant d'éloges et de trophées publics avaient immortalisé les conquêtes, et qui n'avait jamais eu à craindre que les écueils qui naissent du sein même de la louange et de la gloire; ce roi, si longtemps maître des événements, les voit, par une révolution subite, tous tournés contre lui. Les ennemis prennent notre place : ils n'ont qu'à se montrer, la victoire se montre avec eux : leurs propres succès les étonnent : la valeur de nos troupes a semblé passer dans leur camp : le nombre prodigieux de nos armées en facilite la déroute : la diversité des lieux ne fait que diversifier nos malheurs : tant de champs fameux de nos victoires sont surpris de servir de théâtre à nos défaites : le peuple est consterné; la capitale est menacée; la misère et la mortalité semblent se joind:;^ aux ennemis : tous les maux paraissent

réunis sur nous : et Dieu qui nous en préparait les ressources, ne nous les montrait pas encore; Denain et Landrecies , étaient encore cachés dans les conseils éternels. Cependant notre cause était juste; mais l'avait-elle toujours été? et que sais-je si nos dernières défaites n'expiaient pas l'équité douteuse, ou l'orgueil inévitable de nos anciennes victoires .-•

Louis le reconnut, il le dit : J'avais autrefois entrepris la gxierre légèrement , et Dieu avait semblé me favoriser ; je la fais pour soutenir les droits légitimes de mon petit-fils à la couronne d'Espagne, et il m'abandonne : il me préparait cette punition que j'ai méritée. Il s'humilia sous la main qui s'appesantissait sur lui : sa foi ôta même à ses malheurs la nouvelle amertume que le long usage des prospérités leur donne toujours : sa grande âme ne parut point émue : au milieu de la tristesse et de l'abattement de la cour, la sérénité seule de son auguste front rassurait les frayeurs publiques. Il regarda les châtiments du ciel comme la peine de l'abus qu'il avait fait de ses faveurs passées : il répara par la plénitude de sa soumission, ce qui pouvait avoir manqué autrefois à sa reconnaissance. Il s'était peut-être attribué la gloire des événements ; Dieu la lui ôte, pour lui donner celle de la soumission et de la constance.

Mais le temps des épreuves n'est pas encore fini. Vous l'avez frappé dans son peuple, ô mon Dieu! comme David ; vous le frappez encore comme lui , dans ses enfants : il vous avait sacrifié sa gloire, et vous voulez encore le sacrifice de sa tendresse.

Que vois-je ici.!* et quel spectacle attendrissant même pour nos neveux , quand ils en liront l'histoire! Dieu répand la désolation et la mort sur toute la famille royale. Que de têtes augustes frappées! que d'appuis du trône renversés! Le jugement commence par le premier-né : sa bonté nous promettait des jours heureux; et nous répandîmes ici nos prières et nos larmes sur ses cendres chères et augustes. Mais il nous restait encore de quoi nous consoler. Elles n'étaient pas encore essuyées, nos larmes; et une princesse aimable ', qui délassait Louis des soins de la royauté, est enlevée dans la plus belle saison de son âge aux charmes de la vie, à l'espérance d'une couronne, et à la tendresse des peuples , qu'elle commençait à regarder et à aimer comme ses sujets ! Vos vengeances , ô mon Dieu ! se préparent encore de nouvelles victimes : ses derniers soupirs soufflent la douleur et la mort dans le cœur de son royal époux =>. Les cendres du jeune prince

' Adélaïde de Savoie.

2 Le duc de Bourgogne.

DE LOUIS LE GRAND

se hâtent de s'unir à celles de son épouse : ii ne lui survit que les moments rapides qu'il faut, pour sentir qu'il l'a perdue ; et nous perdons avec lui les espérances de sagesse et de piété qui devaient faire revivre le règne des meilleurs rois , et les anciens jours de paix et d'innocence.

Arrêtez, grand Dieu! montrerez-vous encore votre colère et votre puissance contre l'enfant qui vient de naître? voulez-vous tarir la source de la race royale? et le sang de Charlemagne et de saint Louis , qui ont tant coriibattu pour la gloire de votre nom, est-il devenu pour vous comme le sang d'Achab, et de tant de rois impies dont vous exterminiez toute la postérité?

Le glaive est encore levé, mes frères; Dieu est sourd à nos larmes , à la tendresse et à la piété de Louis. Cette fleur naissante, et dont les premiers jours étaient si brillants, est moissonnée ' ; et si la cruelle mort se contente de menacer celui qui est encore attaché à la mamelle ' , ce reste précieux que Dieu voulait nous sauver de tant de pertes , ce n'est que pour finir cette triste et sanglante scène par nous enlever le seul des trois princes ^ qui nous restait encore pour présider à son enfance , et le conduire ou l'affermir sur le trône.

Au milieu des débris lugubres de son auguste maison, Louis demeure ferme dans la foi. Dieu souffle sur sa nombreuse postérité, et en un instant elle est effacée comme les caractères tracés sur le sable. De tous les princes qui l'environnaient, et qui formaient comme la gloire et les rayons de sa couronne, il ne reste qu'une faible étincelle, sur le point même alors de s'éteindre. Mais le fonds de sa foi ne peut être épuisé par ses malheurs : il espère , comme Abraham, que le seul enfant de la promesse ne périra point : il adore celui qui dispose des sceptres et des couronnes; et voit peut-être dans ces pertes domestiques la miséricorde qui expie , et qui achève d'effacer du livre des justices du Seigneur, ses anciennes passions étrangères.

Louis conserva donc à Dieu un cœur fidèle : Gubernavit ad Dominum cor ipslus;et c'est là le devoir essentiel de Thomnie. Mais jusqu'où ne porta-t-il point son zèle pour l'Église; cette vertu des souverains , qui n'ont reçu le glaive et la puissance , que pour être les appuis des autels et les défenseurs de sadoctrine? Tulitabominationes impietatis.

Ici les événements parlent pour moi : et les plain-

• Mort du duc de Bretagne , frère aine de Lo.uis XV, arrivée encore peu de jours après.

' Le roi Louis XV fut alors à l'extrémité. ' Mortdu duc de Berry , oncle du roi Ix)uis XV.

tes séditieuses de l'hérésie chassée du royaume, qui ont si longtemps retenti dans toute l'Europe ; et les clameurs des faux prophètes dispersés , qui sonnaient partout, à l'exemple de leurs pères, le signal de la guerre et de la vengeance contre Louis,, ont fait avant nous l'éloge de son zèle.

Spécieuse raison d'État , en vain vous opposâtes à Louis les vues timides de la sagesse humaine : le corps de la monarchie affaibli par l'évasion de tant de citoyens; le cours du commerce ralenti, ou par la privation de leur industrie, ou par le transport furtif de leurs richesses ; les nations voisines protectrices de l'hérésie, prêtes à s'armer pour la défendre! Les périls fortifient son zèle; l'œuvre de Dieu ne craint point les hommes : il croit même affermir son trône en renversant celui de l'erreur : les temples profanes sont détruits; les chaires de séduction, abattues ; les prophètes de mensonge , arrachés des troupeaux qu'ils séduisaient; les assemblés étrangères, réunies à l'assemblée des fidèles. Le mur de séparation est ôté : nos frères viennent retrouver au pied de nos autels , avec les tombeaux de leurs ancêtres, les titres domestiques de la foi dont ils avaient dégénéré : le temps , la grâce, l'instruction achèvent peu à peu un changement dont la force n'obtient jamais que les apparences; et l'erreur, qui née en France semblait y avoir jeté des racines éternelles , et cette zizanie qui tant de fois avait pensé étouffer parmi nous le bon grain ; et l'hérésie depuis si longtemps redoutable au trône, par la force de ses places, parla faiblesse des règnes précédents forcés à la tolérer, par un déluge de sang français qu'elle avait fait verser, par le nombre de ses partisans et par la science orgueilleuse de ses docteurs , par l'appui de tant de nations et même par l'ancien souvenir et l'injusticede cette journée sanglantequi devrait être effacée de nos annales , que la piété et l'humanité désavoueront toujours, et qui, en voulant l'écraser sous un de nos derniers rois, ranima sa force et sa fureur, et fit, si je l'ose dire, de son sang la semence de nouveaux disciples : l'hérésie , à l'abri de tant de remparts, tombe au premier coup que Louis lui porte, disparaît, et est réduite ou à se cacher dans les ténèbres d'où elle était sortie , ou à passer les mers , et à porter avec ses faux dieux sa rage et son amertume dans les contrés étrangères.

Heureuse si la soumission eût précédé les châtiments; si, au lieu de céder à l'autorité, elle n'eût cédé qu'à la vérité ; et si ses sectateurs , contents la plupart d'obéir en apparence au souverain, n'eussent tiré d'autre avantage du zèle de Louis , que de laisser à leurs enfants et à leurs neveux le bonhp'ir

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d'obéir aujourd'hui à l'Église! Mais enfin la France, i lieu de nous réunir pour repousser les infidèles , c'est à la gloire éternelle de I-ouis, est purgée de ce scan- | nous-mêmes qui leur fournissons des prétextes spédale- la contagion ne se perpétue plus dans les fa- cieux d'insulter aux armées du Dieu vivant! Biais

milles; il n'y a plus parmi nous qu'un bercail et un pasteur : et si la crainte fit alors des hypocrites , l'instruction a fait depuis , de ceux qui sont venus après eux, de véritables fidèles.

Aussi sous quelque couleur que l'erreur cherchât à reparaître, elle réveillait également le zèle et la piété de Louis. Vaines idées de perfection , qui sous prétexte d'élever l'homme jusqu'à Dieu, le laissiez tout entier à lui-même, et lui faisiez de la pureté sublime de sa vertu, la sûreté de son libertinage! nouveau système d'oraison, si inconnu à la simplicité de la foi , et qui mettiez l'acquiescement oisieux et le fanatisme de vos prières à la place des devoirs et des violences de l'Évangile! doctrine impie et ridicule qui cherchiez à persuader, en secret, que la prière qui seule nous obtient la grâce de surmonter les tentations , nous donne elle-même le droit d'y succomber sans crime! Louis eut horreur de vos blasphèmes; il arma le zèle de l'Église contre les pièges mystérieux que vous tendiez à la piété : et le grand évêque ' qui , pour démêler vos illusions, s'en était presque laissé éblouir; plus séduit par son amour pour la prière que par les fausses maximes qui en abusaient, se joignit à la voix unanime des pasteurs contre lui-même; laissa un exemple à l'épiscopat,qui sauverait à l'Église bien des scandales s'il était imité; et changea, par la candeur et la promptitude de sa soumission , les éclairs et les foudres de l'Église, qui le menaçaient, en une pluie abondante de grâces et de bénédictions pour lui : Fulgurainplwnaynfecit. (Ps. cxxxiv, 7.)

Mais l'homme ennemi veille toujours pour semer des scandales dans le champ du Seigneur. La vérité a triomphé de l'hérésie et du fanatisme, mais la paix que nous attendions n'est point encore venue : Ex- .spectavimus pacem, et nonerat 6o?jw??î. (.Téeém. VIII, 15.) Les mystères de la grâce, où l'orgueil de l'esprit humain a si souvent échoué, échauffent de nouveau les esprits : les pasteurs de l'Église, qui toujours unis entre eux ne devraient jamais prendre les armes que contre les ennemis du dehors, se divisent, comme s'ils avaient des intérêts et des espérances différentes : les esprits s'aigrissent, les disputes s'animent ; ce n'est partout que trouble et que confusion. Grand Dieu ! à quoi aboutiront ces dissensions funestes.' un siècle entier de contestations ne devrait-il pas en avoir enfin ralenti la fureur? Les troupes des Philistins nous environnent; au

» M. do Fénelon , archevêque de Cambrai.

laissons une matière dont le seul récit ne peut qu'affliger les enfants de l'Église qui ont quelque amour pour cette mère commune des fidèles : il suffit à mon sujet de dire que Louis n'eut rien tant à cœur que de voir la concorde et l'union régner parmi les pasteurs; la foi maintenue dans la pureté; les fidèles point partagés entre Paul, Apollon, ou Céphas, mais uniquement attachés à Jésus-Christ et à son Église ; et que c'était là constamment le but de toutes ses démarches. Dieu ne lui a pas donné la consolation , avant de mourir, de voir finir nos tristes dissensions : mais avec quelle douleur les voyait-il se perpétuer dans son royaume! Les malheurs de l'État le trouvaient constant; les troubles de la religion flétrissaient son cœur, et effaçaient l'auguste sérénité de son visage; et dans le lit même de sa douleur et de sa mort, comme un autre Théodose mourant, les maux de l'Église l'occupaient plus, le touchaient plus, que les horreurs de la mort dont il était environné : Qui cinn jam corpore solveretur , magis de statu Ecclesiarum quàm de suis perlculis angebatur. (S. Ambr. in Orat.funeb. Theod.)

Tout ce qui pouvait avancer les intérêts de la religion devenait un intérêt d'État pour lui. Avec quelle magnificence ouvrait-il son royaume et ses trésors , à un roi et à une reine pieuse qui pour avoir voulu faire remonter la foi sur le trône de leurs ancêtres , en avaient été eux-mêmes chassés ! Une nation vaillante , mais aussi orageuse que la mer qui l'environne, et accoutumée à donner de semblables spectacles à l'Europe, s'ébranle , s'agite , se soulève et jette hors de son sein ces sacrés dépôts. Louis, seul de tous les souverains , que cet outrage intéressait tous, court au-devant d'eux, les essuie du naufrage , offre un asile à la religion et à la royauté fugitives; s'arme pour venger la majesté des rois et la sainteté de la foi, foulées aux pieds en leurs personnes; attire sur ses États les fureurs d'une ligue redoutable , et les calamités d'une longue guerre qui n'a pensé finir qu'avec la monarchie : et s'il n'a pas eu la gloire de leur rendre leur couronne , il a eu le mérite d'exposer la sienne.

Mais si son zèle pour la défense de la foi semblait croître et se ranimer avec son grand âge, rappelezvous quels furent ses soins pour le rétablissement de la piété en ces jours de péché et de malice : In diehus peccafo7-um corroboravilpietatem; et c'est l'exemple que doit le pasteur et le père de ses sujets.

' Le roi Jacques II et la reine sa femme, chassés (l',\nglflterre , et réfugiés en France.

DE LOUIS LE GRAND

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Vous le savez , mes frères , la source de la régula rite et de la pureté des mœurs publiques est toujours dans le zèle et dans la sainteté des évêques, établis pour être la forme du troupeau, pour le sanctifier -•t pour le conduire : aux soins et aux exemples des premiers pasteurs est presque toujours attaché le salut ou la perte des fidèles. Pénétré de cette vérité , quelles furent les attentions de Louis à choisir des ministres irrépréhensibles ! quelles précautions ! quelle délicatesse de conscience! Les témoignages les plus sûrs , les plus publics , pouvaient à peine suffire pour le rassurer dans ses choix. Plus effrayé que flatté de ce droit brillant attaché à sa couronne, il le regarda comme l'écueil des rois, et le fardeau le plus pénible et le plus dangereux de la royauté. Les brigues, la faveur, la chair et le sang, n'étaient pas un droit auprès de lui pour posséder les places de l'Église, qui est le royaume de Jésus-Christ. Les services mêmes, la naissance, la longue suite d'ancêtres ne lui paraissaient pas une vocation suffisante au sacerdoce de IMelchisédech , qui n'avait point de généalogie. Il était vivement persuadé que l'épiscopat n'était pas une faveur temporelle, destinée à gratifier les familles ; mais un don céleste destiné à honorer l'Église, en lui donnant des ministres capables d'honorer leur ministère : et l'exactitude de sa religion et de son zèle là-dessus , alla peut-être quelquefois plus loin même que celle des règles.

Il voulait que la puissance de son règne ne servît qu'à établir le règne de Dieu sur ses peuples. Quelle joie quand il voyait quelqu'un de sa cour revenir des égarements des passions , et mener une vie conformé à la sagesse et à la piété de la sienne ! c'était pour lui comme une nouvelle conquête ajoutée à ses anciennes victoires. La vertu n'était plus un titre de dérision à la cour : c'était elle qui remplissait les premières places ; elle qui était comblée d'honneurs, elle enfin qui frayait l'accès au trône et à la confiance du souverain.

Jours fortunés ! vous deviez ramener parmi nous le règne de la piété et de l'innocence : et cependant jamais la malice n'a plus abondé; et les faveurs royales, accordées à la vertu, n'en ont peut-être rendu que les apparences estimables. Siècle pervers! tout coopère donc à ta perte ! Si le prince oublie Dieu , il affermit et perpétue les vices : s'il favorise les justes, il multiplie les hypocrites.

Mais enfin Louis contraignit les œuvres de ténèbres à se cacher, et à ne plus insulter à la lumière : le désordre ne fut plus un bon air ; et s'il n'en arrêta pas le cours , il en ôta du moins l'ostentation et le scandale.

La licence d'un théâtre étranger, où, à la honte

I des mœurs publiques et de la politesse de la nation , ( les plus grossières obscénités assemblaient les grand s I et le peuple ; où le vice parlait un langage dont notre I langue même rougit ; et où le sexe lui-même venait publiquement applaudir à des indécences qui étaient comme des insultes solennelles faites à sa pudeur : cette licence fut proscrite , et les débris de cette scène impure élevèrent à la piété de Louis un monument plus immortel que les murs renversés de tant de villes conquises n'en avaient élevé à sa gloire.

En renversant les écoles du vice, quels asiles n'érigea-t-il point à la piété? Vous l'apprendrez à nos neveux, édifice auguste ' où la valeur réfugiée consacre au pied des autels les restes tronqués et languissants d'une vie tant de fois exposée pour l'État! Vous l'apprendrez encore, maison sainte» où la naissance et la pauvreté dotées, sauvent également l'innocence du sexe des périls, et sa noblesse de la hot^te et de l'indigence !

Que d'établissements pieux vois-je s'élever sous son règne au milieu de la capitale et dans les provinces ! Le règne de Dieu croît et s'étend avec celui de Louis. Les jeunes ministres dusanctuaire reprennent dans des maisons saintes, que chaque pasteur élève à l'envi, ce premier esprit de science, de ferveur, de discipline, si déchu du temps de nos pères. Les forêts mêmes se repeuplent de solitaires; et comme au temps des Machabées , plusieurs descendent dans le désert ^, pour y chercher le jugement et la justice : parce que les maux et la corruption avaient inondé, et que Dieu n'était plus connu au milieudes villes : Tuncdescenderuntmultiquxrenles judicium et justitiam in desertum, quoniam inundaverunt super eos mala. (i Mac. ii, 29, 30.) Des ouvrages infinis , remplis de doctrine et de lumière , paraissent pour aider à la piété des fidèles. Nos neveux , qui , en remontant , retrouveront dans ce siècle les premiers monuments de la science et de la piété renouvelées , béniront le règne de Louis ; recevront la grâce que nous avons rejetée ; et puiseront dans ces secours dus à ses soins, et transmis d'âge en âge, les règles des mœurs, la justice et le salut que nous n'avons pu trouver même dans ses exemples.

Qu'était-il réservé aune piété si fidèle à Dieu, si zélée pour l'Église, si utile aux peuples, qu'une couronne de justice, encore plus éclatante que celle qu'il avait reçue de ses ancêtres, et une mort encore plus glorieuse à la grâce , et plus héroïque, que sa vie .^

' Hôtel des Invalides.

^- Maison de Saint-Cyr. ;

^ La Trappe et Sept-Fonts.

ORAISON FUNÈBRE

Non , mes frères , la source du véritable héroïsme et de l'élévation des sentiments est dans la foi : le monde n'a jamais fait que de faux héros ; et la mort , qui nous montre toujours tels que nous sommes , découvre enfin en eux , ou une faiblesse de timidité qui les déshonore, ou une ostentation de fermeté, encore plus faible et plus méprisable que leur frayeur, parce qu'elle est plus fausse.

Louis meurt en roi, en héros, en saint. Un soudain dépérissement ébranle d'abord les fondements , ce semble inaltérables, d'une santé que l'âge, les afflictions et les soins laborieux d'un long règne avaient jusque-là respectée. Il avait vécu au delà de l'âge des rois; et elle nous promettait encore une vie au delà du cours ordinaire de celles des autres hommes : il avait vu naître nos pères, et il semble que nous comptions que c'était à nos neveux à le voir mourir. Tout ce qui nous flatte , nous paraît toujours devoir être éternel. •

Mais Dieu, dont le règne seul ne finit point, et qui avait déjà empreint au dedans de lui les caractères ineffaçables de la mort , les cachait encore aux lumières de l'art et aux vaines espérances d'une cour que. l'excellence du tempérament rassurait encore. Mais enfin le secret de Dieu se déclare : la mort cachée au dedans, laisse voir au dehors des signes toujours trop infaillibles, qui l'annoncent ; on ne peut plus la méconnaître; sa lenteur augmente encore les horreurs de l'appareil. Louis seul la voit d'un oeil tranquille. Au milieu des sanglots de ses anciens et fidèles serviteurs, de la consternation des princes et des grands, des larmes de toute sa cour, Louis trouve dans la foi une paix, une fermeté, une grandeur d'âme, que le monde n'a pas encore donnée. Pourquoi pleurez-vous? dit-il à un des siens, que les larmes abondantes d'une douleur moins circonspecte lui font remarquer, aviez-vous cru que les rois étaient immortels?

Ce monarque environné de tant de gloire, et qui voyait autour de lui tant d'objets si capables de réveiller ou ses désirs ou sa tendresse, ne jette pas même un œil de regret sur la vie : il ne lui reste pas même ces incertitudes qui montrent encore la vie au mourant, et qui mêlent du moins aux tristes saisissements de la crainte les douceurs de l'espérance. Il sait que son heure est venue , et qu'il n'y a plus de ressource; et il conserve dans le lit de sa douleur cette majesté , cette sérénité, qu'on lui avait vue autrefois aux jours de ses prospérités sur son trône ; il règle les affaires de l'État, qui ne le regardent déjà plus, avec le même soin et la même tranquillité, que s'il commençait seulement à régner; et la \ne sûre et prochaine de la mort ne

lui donne pas ce dégoût, et cette horreur de penser à ce qu'on va quitter, qui est plutôt un désespoir secret deleperdre, qu'une marqueque Tonne l'aime plus. Les sacrements des mourants n'ont pas autour de lui cet air sombre et lugubre, qui d'ordinaire les accompagne; ce sont des mystères de paix et de magnificence. Et ce n'est pas ici un de ces moments rapides et uniques où la vertu se rappelle tout entière et trouve dans la courte durée de l'effroi du spectacle, la ressource de sa fermeté : les jours vides et les nuits laborieuses se prolongent , et l'intrépidité de sa vertu semble croître et s'affermir sur les débris de son corps terrestre. Qu'on est grand , quand on l'est par la foi 1

La vue fixe et assurée de la mort, soutenue durant plusieurs jours sans faiblesse, mais avec religion; sans philosophie, mais avec une majestueuse fermeté; ne voulant exciter, ni l'attendrissement, ni l'admiration des spectateurs ; ne cherchant , ni à les intéresser à sa perte par ses regrets, ni à s'attirer leurs éloges par sa constance; plus grand mille fois que s'il eût affecté de le paraître : accou rez à ce spectacle, censeurs frivoles et éternels de sa vertu , et qui aviez traité peut-être sa piété de faiblesse, et voyez si la vanité toute seule ne se ferait pas honneur de tout ce que la grâce opère de grand en Louis dans ces derniers moments! Mais la vanité n'a jamais eu que le masque de la grandeur : c'est la grâce , qui en a la vérité.

Il assemble autour de son lit, comme un autre David mourant, chargé d'années, de victoires et de vertus, les princes de son auguste sang et les grands de l'État. Avec quelle dignité soutient-il le spectacle de leur désolation et de leurs larmes! il leur rappelle, comme David, leurs anciens services : il leur recommande l'union, la bonne intelligence, si rare sous un prince enfant; les intérêts de la monarchie , dont ils sont l'ornement et le plus ferme soutien : il leur demande pour son fils Salomon, et pour la faiblesse de son âge, le même zèle, la même fidélité qui les avait toujours si fort distingués sous son règne. Jamais il n'a paru plus véritablement roi : c'est qu'il l'était déjà dans le ciel; et que le règne du juste est encore plus grand et plus glorieux que celui des rois de la terre.

Enfin, le jeune Salomon, l'auguste enfant, est appelé. Louis offre au Dieu de ses ancêtres ce reste précieux de sa maison royale ; cet enfant sauvé du débris, qui lui rappelle la perte encore récente de tant de princes , et que ses prières et sa piété ont sans doute conservé à la France. Il demande pour lui à Dieu, comme David pour son fils Salomon,

DE MADAME

un f^ur fidèle à sa loi, tendre pour ses peuples, zélé pour ses autels et pour la gloire de son nom : Salomoni quoque filio 7neo (la cor xierfectum , ut cmtodiat mandata tua. (I PaB. xxix, 19.) Il lui laisse pour dernières instructions, comme un héritage encore plus cher que sa couronne, les maximes de la piété et de la sagesse : Mon fils, lui dit-il , vous allez être un grand roi : mais souvenezvous gîte toutvotre bonheur dépendra d'être soumis à Dieu , et du soifi que vous aurez de smdager vos peuples. Évitez la guerre; ne suivez pas là-dessus mes exemples; soyez un prince pacifique, craignez Dieu et soulagez vos sujets. Il lève les mains au ciel , comme les patriarches au lit de la mort , et répand sur cet enfant , avec ses vœux et ses bénédictions, des larmes qui échappent à sa tendresse, ou à la joie qu'il a d'aller posséder le royaume de l'éternité qui lui est préparé.

Retournez donc dans le sein de Dieu d'où vous étiez sortie, âme héroïque et chrétienne! votre cœur est déjà où est votre trésor. Brisez ces faibles liens de votre mortalité , qui prolongent vos désirs et qui retardent votre espérance : le jour de notre deuil est le jour de votre gloire et de vos triomphes. Que les anges tutélaires de la France viennent au-devant de vous pour vous conduire avec pompe sur le trône qui vous est destiné dans le ciel , à côté des saints rois vos ancêtres , de Charlemagne et de saint Louis. Allez rejoindre Thérèse, Louis, Adélaïde, qui vous attendent, et essuyer auprès d'eux, dans le séjour de l'immortalité, les larmes que vous avez i"épandues sur leurs cendres : et si , comme nous l'espérons , la sainteté et la droiture de vos intentions a suppléé devant Dieu ce qui peut avoir manqué , durant le cours d'un si long règne, au mérite de vos œuvres et à l'intégrité de vos justices, veillez du haut de la demeure céleste sur un royaume que vous laissez dans l'affliction , sur un roi enfant qui n'a pas eu le loisir de croître et de mûrir sous vos yeux et sous vos exemples ; et obtenez la fin des malheurs qui nous accablent, et des crimes qui semblent se multiplier avec nos malheurs.

Et vous , grand Dieu ! jetez du haut du ciel des yeux de miséricorde sur cette monarchie désolée , où la gloire de votre nom est plus connue que parmi les autres nations; où la foi est aussi ancienne que la couronne; et où elle a toujours été aussi pure sur le trône, que le sang même de nos rois qui l'ont occupé. Défendez-nous des troubles et des dissensions auxquelles vous livrez presque toujours l'enfance des rois : laissez-nous du moins la consolation de pleurer paisiblement nos malheurs et nos pertes.

Étendez les ailes de votre protection sur l'enfant précieux que vous avez mis à la tête de votre peuple, cet auguste rejeton de tant de rois; cette victime innocente échappée toute seule aux traits de votre colère et à l'extinction de toute la race royale. Donnez-lui un cœur docile à des instructions qui vont être soutenues de grands exemples ; que la piété, la clémence, l'humanité, et tant d'autres vertus qui vont présider à son éducation, se répandent sur tout le cours de son règne. Soyez son Dieu et son père , pour lui apprendre à être le père de ses sujets; et conduisez-nous tous ensemble à la bienheureuse immortalité.

Ainsi soil-il.

ORAISON FUNEBRE

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