DE MADAME, DUCHESSE D'ORLÉANS
SurrcxeriintJlUi ejus, et heatissimam prmdicaverunt : vir cjus et laudavit eam ; et laudent eam in partis opéra ejus.
Ses enfants l'ont appelée bienheureuse , son époux l'a combl£e de louanges, et ses actions ont fait son éloge dans toutes les assemblées publiques. (Prov. xxxi, 28, 31.)
Après ces éloges publics et domestiques, que nous resterait-il à dire sur les louanges de trèshaute, très-puissante et très-excellente princesse Madame, duchesse d'Orléans, si nous ne venions ici que pour la louer, plutôt que pour vous instruire?
Nous venons rendre de tristes et pieux devoirs à sa mémoire : la religion les consacre; la piété les justifie, et la douleur publique les exige. Mais en vous rappelant ses vertus, qui seules peuvent nous consoler de sa perte , que prétendons-nous , que vous rappeler à ce moment fatal et peut-être proche où dégradés devant Dieu , de votre rang et de vos titres, ce que vous aurez fait pour le salut fera seul notre consolation et votre éloge ? j
Eh ! quelle autre image pourrions-nous vous offrir au milieu de cette cérémonie lugubre , et dans ce temple' auguste surtout, où sont exposées de tou tes parts les tristes dépouilles de la grandeur humaine; où les sceptres et les couronnes briséeSv rappellent à peine le souvenir de ceux qui les ont portées ; où toute la magnificence des souverains est renfermée dans celle de leurs tombeaux ; où les cendres de tant de princes que nos yeux ont vus , et qui faisaient nos plus douces espérances, fument
' L'église (1« Saint-Denis , où sont les tombeaux de nos roiii
ORAISON FUNEBRE
encore ; et où le grand roi lui-inême , que nous avons tant pleuré, n'est plus que poussière?
Quel spectacle pour les yeux mêmes de la chair! Madame depuis longtemps ne le perdait plus de vue : elle ne parut survivre à toutes les pertes de la maison royale, que pour attendre la mort avec plus de courage, et s'y disposer avec plus de foi : elle vit de plus près le néant de tout; et ne crut digne d'elle, que ce qui était digne de l'immortalité.
Ne craignons donc pas de mêler aux prières de l'Église, et à la solennité des saints mystères, des louanges honorables à l'Église, et dont le vice seul doit rougir. Nous les devons à l'amour des peuples qui les publient; au deuil de toute la nation qui la regrette; à la douleur amère d'un auguste fils' qui la pleure ; aux larmes d'une maison désolée , dont elle fut toujours la mère plutôt que la maîtresse : nous nous les devons à nous-mêmes : et de tous ceux qui m'écoutent, en est-il peut-être un seul que la bonté de cette princes-se n'ait honoré de quelque marque particulière de bienveillance ; et qui , dans la perte publique , comme le disait saint Ambroise d'un empereur, ne pleure encore une perte qui lui est personnelle ? Omnes enini tanquam parentem publlcwn obiisse domestico fletu doloris illacrymant, suaque omnes funera dolent. (In obit. Valent.)
Épouse fidèle, mère tendre, maîtresse douce et bienfaisante , princesse chrétienne; c'est-à-dire , devoirs domestiques et publics , toujours remplis durant le cours d'une longue vie, avec décence, avec noblesse, avec humanité, avec religion. Vous la reconnaissez à ces traits simples et peu recherchés; ilssuffisent à la vérité, et son caractère est son éloge. C'est par vous seul , ô mon Dieu ! que son éloge peut devenir notre instruction.