‹ ŒuvresChapitre 245 sur 264 · LE JOUR DE LA TOUSSAINT · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA TOUSSAINT

SUR LE BONHEin DES JUSTES.

Division. Le bonheur des justes ici-bas consisie : I. Dans les lumières de la foi, qui adoucissent toutes les peines de V unie fidèle, et qui rendent celles du pécheur plus amtres. IL Dans les do%iceurs de la grâce, qui calment toutes les passions, et qui , reftisées au cœur corrompu, le laissent en proie à lui-même.

r* Pautie. .Soit qu'une âme touchée de Dieu rappelle le passé et ces temps d'égarement qui précédèrent sa pénitence; soit qu'elle soit attentive à ce qui se passe sous ses yeux dans le monde; soit enfin qu'elle jette la vue dans l'avenir, sa foi lui fournit des motifs de consolation et de joie ; au lieu qu'une àme qui vit dans le désordre ne trouve dans ces trois situations que des amertumes et des teneurs secrètes.

1° Quelque livré que soit un pécheur aux plaisirs, il ne peut enipèchor que ses crimes ne reparaissent en certains moments à son souvenir ; et ces images importunes le trouhient, le fatiguent et le confondent, en lui montrant comme réunis en un point de vue, des faiblesses dont il rougit, des monstres et des horreurs sur lesquels il n'ose presque ouvrir les yeux. Le sort d'une âme juste est bien différent ; le souvenir de ses fautes mêmes , quoique accompagné de gémissements et de larmes, porte avec soi la douceur et la consolation, puisqu'elle ne saurait rappeler la suite de ses égarements , sans découvrir l'enchaînement des miséricordes de Dieu sur elle.

2" Si le passé est une source de consolations solides pour les âmes fidèles , ce qui se passe à leurs yeux ne console j)as nwins leur piété : l'inconstance, l'injustice, la censure du monde , si désolantes pour ceux qui l'aiment , ne seivent qu'à leur faire sentir plus vivement le bonheur qu'elles ont de s'être attachées à un meilleur maître.

3^ Enfin la foi, en découvrant au juste la couronne de gloire qui lui est préparée , et au pécheur les supplices qu'il mérite , rend La pensée de l'avenir aussi douce et consolante p<uir l'un, que triste et accablante pour l'autre.

ir Partie. Le bonlieur des justes en cette vie consiste dans les douceurs que la grâce leur procure. Les unes sont intérieures et secrètes; les autres, extérieures et sensibles.

1" Le premier avantage intérieur que la giâce ménage à une Ame fidèle , c'est d'établir une paix solide dans son S(Kur, et de la réconcilier avec elle-même , au lieu que le

pécheur est toujours en guerre avec lui-même , et traîne partout un fonds d'inquiétude que rien ne peut calmer. Ce n'est pas que le cœur des justes jouisse d'une tranquillité si inaltérable , qu'ils n'épiouvent à leur tour ici-bas des troubles , des dégoûts et des inquiétudes ; mais ce sont des nuages passagers , qui n'occupent pour ainsi dire que la surface de leur âme : au dedans règne toujours un calme profond.

La seconde consolation de la grâce , c'est l'amour qui adoucit aux justes la rigueur de la loi ; et change le joug de Jésus-Christ , qui paraît insupportable aux pécheurs, en un joug doux et consolant pour eux. Car tel est le caractère du saint amou", lorsqu'il est maître d'un cœur; ou il adoucit les peines qu'il cause , ou il les change même en de saints plaisirs. Mais le pécheur, plus il aime le monde , plus il est malheureux ; car plus il aime le monde , plus ses passions se multiiilient , plus ses désirs s'allument , plus ses projets s'embarrassent, plus ses inquiétudes s'aigrissent. La vivacité de son amour est la source de toutes ses peines , parce que le monde qui en fait le sujet ne peut jamais lui en offrir le remède : c'est de quoi les amateurs du monde conviennent eux-mêmes , lorsque les passions plus refroidies leur permettent de faire quelque usage de la raison.

2" Avantages extérieurs de la grâce. Ce qui rend la destinée des gens de bien encore plus dignes de tous nos souhaits , c'est que lorsque les consolations intérieures viennent à leur manquer, ils ont les secours extérieurs de la piété , le soutien des sacrements , qui ne sont plus pour le pécheur obligé d'en approcher qu'une triste bienséance qui le gêne et qui l'embarrasse ; les exemples des saints, dont îe pécheur détourne la vue , de peur d'y voir sa condamnation ; les mystères adorables, qui ne laissent souvent au pécheur que le regret de les avoir profanés par sa présence; les cantiques saints et les prières de l'Église , qui se changent pour le pécheur en un triste ennui; enfin la consolation des divines Écritures , où le pécheur ne trouve plus que des menaces et des anathèmes.

POUR LE JOUR DES MORTS

LA MORT DU l'ÉCHEUR ET LA MORT DU JUSTE.

Division. L Portrait affreux du pécheur mourant. H. Image consolante de la nuyrt du juste ^

1" Partie. Rien n'est plus affreux que le pécheur mourant : car de quelque côté qu'il se tourne, soit qu'il rappelle le passé, soit qu'il considère le présent, soif qu'il

ANALYSES DES SERMOiNS.

perce dans l'avenir, il ne voil rien que d'accablant, de désespérant et de capable de réveiller en lui les images les plus sombres et les plus funestes.

1° Que voit-il dans cette longue suite de jours qu'il a passés sur la terre? des peines inutiles, des plaisirs qui n'ont duré qu'un instant , des crimes qui vont durer éternellement.

2° Ce qui se passe à ses yeux n'est pas moins triste pour cet infortuné; ses surprises, ses séparations, ses changements.

Ses surprises. Il s'était toujours flatté que le jour du Seigneur ne le surprendrait point, et cependant l'y voilà arrivé sans préparation ; Dieu le frappe au plus fort de ses passions , lorsque parvenu à ce qu'il avait si vivement désiré, il exhortait son àme à jouir en paix du fruit de ses travaux : il va mourir, et Dieu permet que personne n'ose le lui dire. Abandonné de tous les secours de l'art, il se (latte , il espère encore ; il n'emploie ce qui lui reste de raison qu'à se séduire lui-même : mais enfin il est forcé de voir que le monde l'a toujours trompé et ce qui l'accable , c'est que la méprise n'a plus de ressource.

Les séparations qui se font en ce dernier moment ne sont pas moins accablantes pour le pécheur. Plus il tenait au monde, plus il souffre quand il faut s'en séparer, autant de séparations , autant de morls pour lui ; il tend les mains à tous les objets qui l'environnent pour s'y prendre, et il ne saisit que des fantômes.

Ses changements. Changement dans son crédit et dans son autorité; dès qu'on n'espère plus rien de lui, tout le monde l'abandonne. Changement dans son corps ; cette chair qu'rl avait tant idolâtrée n'est déjà plus qu'un spectacle d'horreur. Enfin , changement dans tout ce qui l'environne.

3° La pensée de l'avenir met le comble aux peines et au malheur du pécheur mourant. II s'est fait autrefois une gloire de ne le pas craindre ; mais il touche enfin à cet avenir redoutable, et le voilà faible, tremblant , éploré, tendant au ciel des mains suppliantes , ou sombre , taciturne , agité, et ne roulant au dedans que des pensées affreuses. Il" Partie. Image consolante de la mort du juste. La grâce surmonte en lui cette horreur de la mort, naturelle à tous les hommes ; et ce qui forme le désespoir du pécheur mourant devient alors dans le juste une source abondante de consolations.

1° Il trouve dans le souvenir du passé , la fin de ses peines. Qu'offre-t-il en effet à l'âme fidèle ? des privations , des violences et des afflictions qui ont peu duré , et qui vont être éternellement récompensées. Quand on est arrivé au port , qu'il est doux de rappeler le souvenir des orages et de la tempête.' Ce n'est pas que le souvenir dupasse ne rapoelle aussi au juste ses infidélités et ses chutes ; mais ce sont des chutes expiées par les gémissements de la péni- 'cnce, qui lui rappellent les miséricordes de Dieu sur son âme : amsi les larmes qu'il lépand ne sont plus que des larmes de joie et de reconnaissance.

2° Tout ce qui se passe à se.s yeux, le monde qui s'enfuit, tout ce fantôme de vanité qui s'évanouit ; ce changement , cette nouveauté est encore pour l'âme juste une source de

consolations. En effet , a Jd différence du pèche ir, iremlèrement, rien ne la surprend : le jour du Seigneur ne la surprend point; elle l'attendait, elle le désirait, elle s'y préparait : le monde qui disparaît avec toutes .ses vanités ne la surprend pas non plus ; elle le voit en ces derniers moments des mêmes yeux qu'elle l'avait toujours vu , comme une ligure qui passe et comme une fumée. Secondement , elle ne se sépare de rien qui lui ct»ûte et qu'elle regiette : car que regretterait-elle ? le monde , ses biens, ses dignités, ses proches , ses amis , son corps .' la foi l'a déjà séparée de toutes ces choses . et son cœur n'y a jamais été attache pendant sa vie. Troisièmement enfin, les changements qui se font au lit de la mort ne changent rien dans l'âme fidèle : sa raison s'éteint , il est vrai ; mais depuis longtemps elle l'avait captivée sous le joug de la foi : tous ses sens s'énioussenl et perdent leur usage naturel ; mais depuis longtemps elle se l'était interdit à elle-même : rien ne change donc pour cette âme au lit de la mort.

3° Ce qui achève de la remplir de joie et de consolation , c'est la pensée de l'avenir. Durant sa vie mortelle, elle n'osait regarder d'un œil fixe la profondeur des jugements de Dieu ; elle frémissait à la seule pensée de cet avenir terrible, où le Seigneur jugera les justices mêmes : mais au lit de la mort , le Dieu de paix qui se montre à elle calme ses agitations, les frayeurs cessent tout d'un coup et se changent en une douce espérance : elle voit déjà, comme Etienne, le sein de la gloire , et le Fils de l'Homme à la droite de son Père, tout prêt à la recevoir. Aussi quand les ministres de l'Église viennent enfin annoncer à cette âme que son heure est venue et que l'éternité approclie, avec quelle paix , quelle confiance , quelle action de grâces reçoit-elle cette heureuse nouvelle !

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