‹ ŒuvresChapitre 247 sur 264 · LE SECOND DIMANCHE DE L'AVENT · texte numérisé non relu

LE SECOND DIMANCHE DE L'AVENT

SUR LES AFFLICTIONS

Division. On oppose tous les jours dans le monde trois prétextes à Vusaye chrétien des afflictions. I. Le prétexte de la propi e faiblesse. II. Le prétexte de l'excès ou de la nature des afflictions. III. Le prétexte des obslaeles qu'elles semblent mettre à notre salut. Ce sont ces prétextes qu'il faut confondre.

1" Partie. Premier prétexte : La propre faiblesse. On avoue et on se plaint qu'on n'est pas né assez fort, qu'on est d'un caractère trop sensible pour conserver un cœur soumis et tranquille dans l'affliction. Mais c'est parce que vous êtes faible que le Seigneur doit vous faire passer par des tribulations et des amertunes : car ce ne sont pas les forts qui ont besoin d'être éprouvés; ce sont les faibles. Voire faiblesse , d'ailleurs , vient de votre cupidité , et la prospérité ne serait propre qu'à l'augmenter. De plus , tous les préceptes de l'Évangile demandent de la force : dire donc que l'on eût faible , pour excuser son impatience , c'est dire que l'Évangile tout entier n'est pas fait pour nous. Enfin, quelque taibles que imjus puissions être, nous devons avoir cette confiance en la bonté de Dieu , qu'il ne permettra pas que nous soyons éprouvés , affligés , tentés au delà de nos forces ; et que son dessein , en répandant des amertunes sur notre vie, est de nous purifier et de nous sauver.

IP Partie. Second prétexte : L'excès et la nature des afflictions. Nous nous persuadons que nous porterions avec résignation des croix d'une autre espèce; mais que celles dont le Seigneur nous accable sont d'un caractère à ne recevoir aucune consolation , et qu'il est difficile de conserver sa patience et l'égalité dans un état où le hasard paraît avoir rassemblé pour nous seuls mille circonstances désolantes.

Mais , premièrement , plus nos afflictions nous paraissent extraordinaires , moins nous devons croire qu'il y entre du hasard : plus nous devons nous dire à nous-mêmes , que le Seigneur ne veut donc pas nous laisser périr avec la multitude, puisqu'il nous mène par des voies si singulières. Secondement , des calamités communes n'auraient réveillé notre foi que pour un instant; les plaisirs , les consolations humaines auraient bientôt charmé notre tristesse, et nous auraient rendu le goût du monde et de ses vains amusements : ainsi le Seigneur, en nous ménageant des peine?

ANALYSES DES SERMONS

fixes el consldiiîes , a voulu prévenir notre inconstance , et nous attacher pour toujours à son service. Troisièmement, si nous mettons dans une balance, d'un côté, nos crimes; de l'autre, nos afflictions , nous trouverons qus nous souffrons beaucoup moins que nous n'avons mérité de souffrir. Enfin c'est l'amour excessif de nous-mêmes et notre dureté pour nos frères , qui grossissent à nos yeux nos propres maliieurs ; ils nous paraîtraient moins grands , si nous étions moins passionnés et plus compatissants.

ni" Partie. Troisième prétexte : Les obstacles que les afflictions semblent mettre au salut. Quand on exhorte les âmes que Dieu afflige, de faire de ces afflictions passagères le prix du ciel et de l'éternité, elles répondent souvent que dans cet état d'accablement on n'est capable de rien ; que les contradictions au milieu desquelles on vit aigrissent l'esprit et révoltent le cœur, et qu'il faut être

• tranquille pour penser à Dieu. Or je dis que de tous les prétextes dont on se sert poui- justifier l'usage peu chrétien des afllictions , c'est ici le plus insensé et le plus coupable : le plus coupable; car c'est blasphémer contre la Providence, de prétendre qu'elle nous place dans des situations incompatibles avec notre salut ; elle qui ne permet rien ici-bas que pour faciliter aux hommes les voies de la vie éternelle : le plus insensé ; car une àme ne revient à Dieu qu'en se détachant de ce monde misérable , et rien ne l'en détache plus eflicacement que les amertumes qu'elle y trouve.

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