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SUR LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE

Division. Marie nous donne l'exemple d'une double fidélité à la grâce reçue. I. Une fidélité de précaution, qui lui fait craindre les moindres périls. IL Une fidélité de correspondance, qui la rend attentive jusqu'à la fin à faire de nouveaux progrès dans les voies de la grâce.

V Partie. Fidélité de précaution. Trois écueils sont à craindre pour les âmes qui commencent à servir Dieu : 1° leur propre fragilité qui les entraîne; 2° le monde avec

• lequel elles veulent encore garder des ménagements ; 3° enfin , l'oubli de la grâce qu'elles ont reçue.

Or, à ces trois écueils si dangereux à une piété naissante , Marie oppose trois précautions : 1 ° à la propre fragiUté, une séparation entière du monde; 2° à une vaine délicatesse sur les jugements publics , une insensibilité héroïque aux discours et aux pensées frivoles des hommes ; 3° à l'oubli de la grâce , une reconnaissance contmuelle et proportionnée à la grandeur de ce bienfait.

IF Partie. Fidélité de correspondance. Quelles sont les sources les plus ordinaires de nos réduites.' c'est, 1°, de ne pas suivre toute la force et toute l'étendue de la grâce , qui nous a rappelés de l'égarement : c'est , 2° , de sortir de la voie par où elle voulait nous conduire ; c'est enfin de se décourager en avançant , et s'affaiblir à chaque obstacle que le démon ou notre propre faiblesse nous opposent. Or Marie offre à la grâce une correspondance de perfection , uiiC correspondance d'état , et une correspondance de perbévérance qui achève de nous instruire.

LE TROISIEME DIMANCHE DE LAVENT

SUR LE DÉLAI DE LA CONVERSION

Division. Le pécheur diffère sa conversion, l. ou parce qu'il croit que la grâce lui manque; II. ou parce qu'il s'imagine qu'un jour, revenu du monde et de ses passions, il sera plus en état de commencer une vie chrétienne et de soutenir cet engagement: deux prétextes que je me propose aujourd'hui de combattre.

r" Partie. Premier prétexte. La grâce me manque, diton , et je l'attends : la conversion n'est pas l'ouvrage de l'homme ; c'est à Dieu seul à changer le cœur : prétexte vulgaire, mais injuste, si nous considérons le pécheur qui l'allègue ; téméraire et ingrat , si nous avons égard à Dieu à qui il s'en prend; insensé et insoutenable, si nous l'examinons en lui-même.

1° Si nous considérons le pécheur qui l'aUcgue, il est injuste. Car plein de passions conmie vous êtes , mon frère, avez-vous raison d'attendre et d'exiger que Dieu vous fasse sentir un grand goût pour la piété ? cela esl-il même possible.' Mais je dis plus : secondement, quand Dieu opérerait dans votre co'ur, sentiriez-vous l'opération de sa grâce.' quand il vous appellerait, l'entendriez-vous.' quand il vous loucherait, ce sentiment aurait-il quelque suite pour votre conversion •• Troisièmement enfin, sur quoi vous fondez-vous pour nous dire que la grâce vous manque ? Votre vie tout entière n'est-elle pas un enchaînement de grâces continuelles ? Mais vous croyez peut-être qu'avoir la grâce, c'est se convertir sans qu'il en coûte rien : ah! je vous réponds que sur ce pied-là vous ne l'aurez jamais ; et que c'est être résolu de périr, d'attendre une grâce de cette nature.

T Ce prétexte est téméraire et ingrat, par rapport à Dieu à qui le pécheur s'en prend. Car vous dites que Dieu est le maître de vous convertir et de vous sauver quand il voudra; c'est-à-dire que votre salut, cette unique affaire que vous ayez sur la terre, Dieu vous en a pleinement déchargé pour la prendre tout entière sur lui seul. Mais dans quel Évangile nous montrerez-vous cette promesse? cène sera pas assurément dans celui de Jésus-Christ.

3° Enfin ce prétexte est insensé en lui-même. Car après tout, supposons que la grâce vous manque, qu'en concluez-vous.'que les crimes où vous vous plongez tous les jours, si la mort vous surprend, ne damneront pas ? vous n'oseriez le dire : que vous n'avez qu'à vivre tranquille dans vos désordres , en attendant que la grâce vous soit donnée ? mais il est extravagant d'attendre la grâce en s'en rendant tous les jours indigne : que vous n'êtes pas coupable devant Dieu du délai de votre conversion ? mais tous les pécheurs qui diffèrent et qui meurent impénitents seraient donc justifiés : que vous ne devez plus vous mettre en peine de votre salut ? mais c'est le pai-ti du désespoir et de l'impiété : que le moment de votre conversion est marqué , et qu'un peu plus ou un peu moins de dérèglement ne l'avancera ou ne le reculera pas d'un instant? mais vous n'avez donc aussi qu'à vous percer le cœur d'un glaive, sous prétexte que le moment de votre mort est marqué. La seule conséquence sensée qu'il vous soit donc permis

ANALYSES DES SERMONS

fîe tirer, supposé que la grâce vaus manque, c'est que vous ; devez prier plus qu'un autre pour l'obtenir, lui préparer les voies etéloigner tous les obstacles qui vous l'ont rendue jusqu'ici inutile.

ir Partie. Second piélexte : On se flatte qu'un jour, revenu du monde et de ses passions', on sera plus en état de conwwncer une vie chrétienne et de soutenir cet engagement.

Mais, 1° qui vous a dit que vous arriverez au ternie que vous vous marquez à vous-même ?

2° Sur quoi vous promettez-vous que l'âge cliaiigeia votre cœur? L'âge changea-t-il le cœur de Salomon, de Saïd, de Jézabel, d'ilérodias? Non, l'âge n'a point encore fait de conversion. D'ailleurs, le Seigneur n'est-il pas le Dieu de lous les temps et de tous les âges.^ pourquoi lui ôterez vous donc la plus belle partie de vos années pour la consacrer au démon et à ses œuvres? Enfin, plus vous différez , phis vos maux deviennent incurables : vous pouvez bien à la vérité vous lasser des objets qui aujourd'luii vous captivent; mais vos passions ne finiront pas pour cela; ou si le temps et le dégoût y mettent fin, vous n'en serez pas plus avancé pour le salut : votre cœur, libre de passion particulière , sera comme plein d'une passion universelle; et la difficulté de sortir de cet étal sera d'autant plus grande, que vous n'aurez rien de marqué à quoi vous piendre.

3° Mais la conversion , dites-vous, est un coup d'écfat qui nous engage envers le public, et qu'on craint de ne pouvoir soutenir. Eh quoi ! en différant de vous convertir, vous vous promettez que Dieu vous louchera un jour? et en vous convertissant aujourd'hui , vous n'osez vous promettre qu'il vous soutiendra ? Bailleurs la cliose ne vautelle pas du moins la peine d'être tentée ? et quand vous auriez le malheur de retomber, ne serait-ce i)as toujours un avantage d'avoir passé quelque temps dans la pratique de la vertu , et un sujet d'espérer des grâces plus juiissantes de la bonté de Dieu ?

LE QUATRIÈME DIMANCHE DE L'AVENT

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