‹ ŒuvresChapitre 257 sur 264 · DE LA. MORT · texte numérisé non relu

DE LA. MORT

DîvisioN. /. La mort est incertaine : vous êtes donc téméraire de ne pas vous en occuper, et de vous y laisser surprendre. II. La mort est certaine, vous êtes donc insensé d'en craindre le souvenir, et votes ne devez jamais la perdre de vue.

I" Partie. La mort est incertaine : pensez- y donc, puisque vous ne savez à quelle heure elle arrivera. Cependant c'est son incertitude môme qui fait que nous n'y pensons pas : or, je dis que c'est là de toutes les dispositions la plus téméraire et la moins sensée. En effet, un malheur qui peut arriver chaque jour est-il plus à mépriser qu'un autre qui ne vous menacerait qu'au bout d'un certain nombre d'années ? quoi ! parce que le péril est toujours présent , l'attention serait moins nécessaire ? ce devrait être tout le contraire. Aussi, le grand motif dont Jésus-Christ s'est servi pour nous exhorter à veiller sans cesse, c'est l'incertitude du dernier jour. Il n'est point en effet de motif plus pressant que celui-là : car si la mort , vue de loin , mais à un point sur et marqué , nous efliayerait , nous détacherait du monde, nous o<-cuperait sans cesse; son invftrtitudo, ^i nous élion-^ sages, devrait faire sur nous des

impressions infiniment plus fortes. Remarquez en effet que cette incertitude est accompagnée de toutes les circonstances les plus capables d'alarmer, ou du moins d'occuper un homme sage.

1° La surprise de ce dernier jour que vous avez à craindre n'est pas un accident rare ; c'est un malheur familier : il n'est pas de jour qui ne vous en fomnisse des exemples , puisque presque tous les hommes sont surpris de la mort.

2" Si cette incertitude ne roulait que sur l'heure , sur le heu , ou sur le genre de votre mort, elle ne paraîtrait pas si affreuse; mais ce qu'il y a ici de terrible, c'est qu'il est incertain si vous mourrez dans le Seigneur ou dans votre péché : la mort seule vous découvrira ce secret; et dans cette incertitude vous êtes trancpiille !

3° Dans toutes les autres incertitudes , ou le nombre de ceux qui partagent avec nous les mêmes péiils peut nous rassurer, ou des ressomces dont nous pouvons nous flatter, nous laissent plus tranquilles , ou enhn , tout au pis , la surprise n'est qu'une instruction pour l'avenir. Mais dans l'incertitude terrible de la mort , rien de cela ne s'y trouve , et surtout la surprise est sans retour, parce que nous ne mourons qu'une fois; et cependant nous ne sommes point alarmés !

Mais sur quoi donc pouvez-vous justifier cet oubli incompréhensible dans lequel vous vivez de votre dernier jour .* sur la jeunesse.' mais la mort respecte-t-elle les âges non plus que les rangs? Sur la force du tempérament? mais qu'est-ce que la santé la mieux établie? une étincelle qu'un souffle éteint. Après tout, prolongez vos jours au delà même de vos espérances ; ce qui doit finir peut-il vous paraître long?

Tirons les conséquences naturelles de l'incertitude de la mort : la première, c'est que la mort étant incertaine , c'est une folie de s'attacher à ce qui doit passer en un instant ; la seconde, c'est que nous devons donc mourir chaque jour, et ne nous permettre aucune action dans laquelle nous ne voulussions point être surpris ; la tioisième, c'est que nous ne devons donc pas différer notre pénitence. Voilà les réflexions sages et naturelles où nous doit conduire l'incertitude de notre dernière heure.

ir Partie. La mort est certaine : pensez-y donc , parce qu'elle doit arriver. Rien ne nous effraie tant que ce qui nous rappelle le souvenir de la mort ; aussi , est-ce ce que nous fuyons avec le plus de soin. Mais si ces frayeui s étaient pardonnables à des païens , on doit être surpris que la mort soit si terrible à des chrétiens, et que la terreur de cette image leur serve même de prétexte pour l'éloigner de leur pensée.

Car, 1" je veux que vous ayez raison de craindi-e la mort : mais puisqu'elle est certaine , je ne comprends pas que parce qu'elle vous parait terrible , vous ne deviez p;!s vous en occuper et la prévenir; au contraire, plus le malheur dont vous êtes menacé est affreux, plus vous devez ne le pas perdie de vue, et prendre sans cesse des mesures pour n'en être pas surpris.

2° Si en éloignant cette pensée , vous pouviez aussi éloigner la mort , vos frayeui s auraient du moins une excuse :

A.\AL\SES DES SERMO.NS

mais penseK-y , n'y pensez pas, la moit avance toujours. Que gagnez-vous donc en détournant votre esprit de cette pensée? vous vous vous rendez la surprise inévitable.

3° Quand cette pensée ferait sur vous des impressions de frayeur et do tristesse , où serait Tinconvénient.' vous n'êtes pas sur la terre, pour- ne vous y occuper que d'images douces et riantes.

Mais, dites-vous", si on pensait tout de bon à la mort, on en perdrait la raison. Mais tant d'âmes lidèles qui mêlent cette pensée à toutes leuis actions , en ont-elles perdu la raison ? vous en perdriez celte raison fausse , mondaine , orgueilleuse, charnelle, qui vous séduit; mais vous y acquerriez la véritable sagesse, puisque cette pensée vous apprendrait à regarder le monde comme un exil, les plaisirs comme une ivresse, le péché comme le plus grand des maux, les honneurs et la fortune comme des songes, le salut comme la grande et unique aft'aiie.

Mais, ajoutez-vous, cette pensée, si on l'approfondissait, serait capable de faire tout quitter, et de jeter dans des résolutions violentes et extrêmes ; c'est-à-dire , elle serait capable de vous détacher du monde, de vos vices, de vos passions , pour vous faire menei- une vie chrétienne seule digne de la raison : voilà ce qu'on appelle des résolutions violentes et extrêmes. D'ailleurs ne craignez rien ; quand vous iriez d'abord trop loin , les premiers transports se ralentiront bientôt : prenez seulement des mesures contre la tiédeur et le relâchement; voilà, indolent et sensuel comme vous êtes , le seul écueil que vous avez à craindre. Outre cela , quelle illusion ! de peur de faire trop pour Dieu, on ne fait rien du tout, tandis qu'on ne trouve jamais rien de trop pour le monde.

4° C'est à vous une ingratitude criminelle envers Dieu d'éloigner la pensée de la mort , seulement parce qu'elle vous trouble et vous alarme : cette impression de crainte et de terreur est une grâce singulière dont Dieu vous favorise , tandis qu'il la refuse à tant d'autres : c'est par la pensée de la mort qu'il veut vous ramener à lui ; c'est à ce remède que votre salut paraît attaché. Tremblez plutôt que votie cœur ne se rassure contre ces frayeurs salutaiies , et que Dieu ne retue de vous ce moyen de salut : ainsi , mettez à prolit pour le règlement de vos mœurs, cette sensibilité, tandis que Dieu vous la laisse encore.

5" Remontez à la source de ces frayeurs excessives , qui vous rendent l'image de la pensée de la mort si terrible ; vous la trouverez surtout dans les embarrras d'une conscience criminelle. Ce n'est pas la mort (jue vous craignez , c'est la justice de Dieu qui vous attend au delà : purifiez donc votre conscience ; alors vous verrez arriver ce dernier moment avec moins de crainte et de saisissement. En effet, qu'a la moil; d'effrayant pour une âme juste? elle ne lui ôte que des choses dont l'usage est environné de plaisirs souvent criminels, et qu'elle ne pouvait conserver longtemps, et elle lui rend des biens immuables et des plaisirs éternels, qu'elle goûtera sans crainte et sans remords. Aussi la mort est le seul point de vue et la seule consolation qui soutient la fidélité des justes : arrivés à cet heureux moment , ils voient sans regret périr un monde qui ne leur avait jamais paru qu'un amas de fumée, et qu'ils n'avaient jamais aimé.

LE VEIVDKEDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE

HOMÉLIE SUR l'ÉVANGILE DE LAZARE.

Division. Trois réflexions renfermeront toute l'histoire de notre évangile. I. Combien est ajjreux et déplorable l'état d'une âme qui vit dans l'habitude du désordre. II. Par quels moyens elle en peut sortir.' III. Quels sont les motifs qui déterminent Jésus-Christ à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance.

V RÉFLEXION. Combien est affreux et déplorable l'état d'une âme qui vit dans l'habitude du désordre.

1° Lazare devenu déjà un amas de vers et de pourriture, répand l'infection et la puanteur : Jamfœtet; et voilà la profonde corruption d'une âme dans le péché d'habitude. Car il n'est pas d'image plus naturelle d'une âme qui croupit dans le désordre , que celle d'un cadavre déjà en proie aux vers et à la pourriture. Or la mort produit deux effets sur le corps oii elle s'attache : elle le prive de la vie ; elle altère ensuite tous ses traits, et corrompt tous ses membres. Elle le prive de la vie ; et c'est par là que le péché commence à défigurer la beauté de l'âme : car Dieu est la vie de nos âmes, la lumière de nos esprits, le mouvement pour ainsi dire de nos cœurs ; or, par un seul péché cette vie cesse, cette lumière s'éteint, cet esprit se retire, tous ces mouvements sont suspendus.

Ainsi l'âme sans Dieu est une âme sans vie : mais l'ha < bitude du péché , qui est une mort invétérée, va plus loin. Lazare répand l'infection dans le tombeau, parce qu'il y est depuis quatre jours : Jam fœtet , quatriduanus csi cnim. Le premier péché, en nous faisant perdre la grâce, nous laisse à la vérité sans vie aux yeux de Dieu; oh peut dire néanmoins qu'il nous reste encore certaines semences de vie spirituelle, certaines facilités à recouvrer la grâce perdue : mais à mesure (pie l'âme persévère dans le crime, tout s'éteint, tout se corrompt en elle, la corruption devient universelle, et change en un spectacle d'horreur et les dons de la grâce, et les dons de la nature.

^lais comme un cadavre ne saurait être longtemps caelle, sans qu'une odeur de mort se répande à l'entour, on ne peut croupir longtemps dans le désordre sans que l'odeur d'une mauvaise vie se fasse bientôt sentir : ainsi la corruption ne se borne pas au pécheur tout seul ; or ses excès venant à être connus, servent de nîodèle en mille lieux, et le spectacle de ses mœurs rassure peut-être en secret des consciences que le crime troublait encore. N'ous ajouterions, si nous l'osions, que la corruption, que l'habitude du crime met dans tout l'intérieur du pécheur est si universelle, qu'elle infecte son corps même.

2° Un voile lugubre couvre les yeux et le visage de Lazare : Et faciès ejns sudario erat ligat-a; et voilà l'aveuglement funeste d'une âme dans le péché d'habitude. J'avoue que tout péché est une erreur qui nous fait prendre les faux biens pour le bien véritable ; cependant une première chute n'éteint pas tout à fait nos lumières : mais à mesure que le péché dégénère en habitude, la lumièr*» de Dieu se retire, les ténèbres croissent , et arrive enfin la nuit profonde et l'aveuglement entier; alors tout devient

AiNALYSES DES SERMOiNS.

une occasion d'erreur à l'âme criminelle , parce que tout change de face à ses yeux.

3° Lazare paraît dans le tombeau, les mains et les pieds liés : Ligatus pedes et manus institis; et voilà la triste servitude d'une âme dans le péché d'iiabitude. Le monde a beau décrier la vie chrétienne comme une vie d'assujettissement et de servitude, le règne de la justice est un règne de liberté , parce que l'âme fidèle et soumise à Dieu devient indépendante et même maîtresse de toutes les créatures : le pécheur, au contraire , quoiqu'il paraisse vivre sans joug et sans règle, n'est pourtant qu'un vil esclave dépendant de tout , de son corps , de se> passions , de ses biens, de ses amis, de ses ennemis, etc. D'abord la passion ménage encore, pour ainsi dire, la liberté du cœur; mais dès qu'une fois elle se sent maîtresse , combien nous fait-elle sentir tout le poids et toute l'amertume de notre servitude : servitude honteuse par l'assujettissement de l'âme déréglée aux sens, par l'indignité des démarches que la force de la passion obtient d'elle , par le sacrifice des devoirs les plus importants à la passion injuste, par l'avilissement et le mépris public qu'attire toujours une vie déréglée , etc.

On se plaint quelquefois des i igueurs de la vertu , et l'on craint la vie chrétienne comme une vie d'assujettissement et de tristesse; mais on conviendrait qu'il ne s'y trouve rien de si triste que ce que l'on éprouve dans le désordre, si l'on osait se plaindre de l'amertume et de la tyrannie de ses passions.

n* Reflexion. Par quels moyens l'âme peut sortir de l'habitude du désordre.

Le premier moyen, c'est la confiance en Jésus-Christ. Si vous aviez été ici, dit une des sœurs de Lazare au Sauveur, mon frère ne serait pas mort : mais je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l'accordera. Aussi l'illusion dont le démon se sert tous les jours pour rendre inutiles nos désirs de conversion , c'est de nous jeter dans la défiance et le découragement : et là-dessus on s'abandonne à la paresse et à l'indolence; et après avoir irrité la justice de Dieu par nos égarements, nous outrageons sa miséricorde par l'excès de notre défiance. Ce n'est pas que je prétende qu'il n'en coûte à une âme depuis longtemps morte dans le péché , pour revenir a Dieu : mais je dis que ses misères doivent augmenter sa componction, et non pas son découragement; et que la première démarche de sa pénitence doit être d'adorer Jeeus-Christ comme la résurrection et la vie, avec une confiance secrète que nos misères sont toujours moindres que ses miséricordes. En effet, quelle que puisse être l'horreur de vos ciimes passés, il est à croire que le Seigneur n est pas éloigné de vous faire grâce, dès qu'il vous inspire le désir et la résolution de la demander : c'est donc à tort que l'état de voire conscience vous décourage, et que vous vous persuadez que c'est fait de vous sans ressource. Je vous réponds comme la mère de Samson à son mari : Si le Seigneur voulait vous perdre , il ne ferait pas descendre le feu du ciel sur votre cœur : s'il voulait vous laisser mourir dans l'aveuglement de vos passions, il ne vous montrerait pas les vérités du salut ; il ne vous les mettrait pas dans un jour qui vous éclaire, et qui vous trouble.

Dieu veut toujours le salut de sa créature ; dès que nom voulons retourner à lui , ne nous défions que de notre volonté.

D'ailleurs, et ceci doit bien nous rassurer; que save: vous si Jésus-Christ n'a pas permis que vous tombassiez dans cet état déplorable, pour faire du prodige de votre conversion un attrait pour la conversion de vos frères, et pour manifester sa gloire ?

Second moyen. L'éloignement des occasions qui mettent un obstacle invincible à notre résurrection et à notre délivrance; obstacles figurés par la pierre qui fermait l'entrée du tombeau de Lazare, que Jésus-Christ commande qu'on ote avant de le ressusciter : Tollite lapidem.

Et voilà pourquoi tant de pécheurs passent tristement leur vie à détester leurs chaînes, et à ne pouvoir parvenir à les rompre; c'est qu'en prenant des mesures de changement, ils ne prennent pas de ces mesures qui éloignent les périls par l'éloignement des occasions : c'est une erreur de croire que le cœur puisse changer, tandis que tout ce qui l'environne est encore à notre égard le même. C'est donc une pure illusion de venir nous dire que vous ne manquez pas de bonne volonté , mais que le moment n'est pas encore venu. Comment peut-il venir au milieu de tout ce qui l'éloigné.' et quelle est cette bonne volonté renfermée au dedans de vous qui ne conduit jamais à rien <le réel, et à aucune démarche sérieuse de changement.' c'està-dire que vous voudriez changer sans qu'il vous en coûtât rien. Commencez par éloigner toutes ces occasions fatales à votre innocence ;ôtez la pierre que ferme à la grâce l'entrée de votre cœur : après cela vous aurez droit de demander à Dieu qu'il achève en vous son ouvrage.

Troisième et dernier moyen. Le ministère de l'Église qui délie nos liens ; moyen marqué dans l'Évangile par ces paroles que le Sauveur adresse à ses apôtres : Solvite et sinite abire; déliez-le, et le laissez aller.

Il n'est pas question ici de vous apprendre que la rémission de nos crimes ne nous est accordée que par le ministère de l'Église : vous ne Tignorez pas. Ce que je dis , c'est que comme Jésus-Christ n'ordonna à ses disciples de délier Lazare qu'après qu'il fut sorti entièrement du tombeau , de même le pécheur d'habitude ne doit espérer d'être délié (ju'en se montrant tout entier hors du tombeau de ses désordres : il faut une manifestation universelle qui remonte jusques aux commencements de sa vie, sans compter sur les sacrements qu'il a reçus , et qu'il doit mettre au nombre de ses crimes : Premièrement, parce que n'ayant pas eu de douleur véritable de ses fautes , les remèdes de l'Église, loin de le purifier, ont achevé de le souiller. Secondement , parce que ne s'étant pas connu , il n'a pu se faire connaître. Troisièmement, parce que quand même il se serait connu, comme il n'y a que la douleur qui sache s'expliquer comme il faut , jamais il ne s'est fait connaître , s'il n'a jamais eu de douleur véritable : et c'est en vain qu'il alléguerait les difficultés d'une telle démarche pour s'en dispenser : les difficultés nous rebutent-elles jamais , lorsqu'il s'agit d'éclaircir nos affaires.'

111" RÉFLEXION. Quels soyit les motifs qui déterminent Jésus-Christ à opérer le miracle de sa résurrection et de sa délivrance.

ANALYSES DES SERMONS

Le premier motif que le Stij^ncnr parait se proposer dans la résurrection de Lazare , c'est de consoler les larmes, et de récompenser les prières et la piété de ses deux sœurs : et voilà aussi le premier motif qui détermine souvent Jésus-Christ à opérer la conversion d'un grand pécheur; les larmes et les prières des âmes justes qui la demandent. Comme tout se fait pour les justes dans l'Église, dit l'Apôtre , on peut dire aussi que tout se fait par eux; c'est donc une espéiance de conversion pour les plus grands pécheurs que de rechercher la société des gens de bien, estimer leur confiance et les intéresser à leur salut. Il semble que notre cœur se lasse déjà de ses passions , dès que nous nous plaisons avec ceux qui les condamnent. Et vous qui autrefois, comme peut-être Marie, étiez esclaves du monde, et qui depuis, loucliés de la grâce, ne bougez plus comme elle des pieds du Sauveur, que désormais un des plus importants devoirs de votre nouvelle vie soit de demander continuellement à Jésus-Christ la résurrection de vos frères, et de dire, conmie elle : Seir/nenr, celui que vous aimez est malade. Mais que les pécheurs , d'un autre côté , ne comptent pas si fort sur les prières des gens de bien , qu'ils attendent d'elles seules le changement de leur cœur, et le don de la pénitence ; ce serait une pure illusion : les prières des gens de bien rendent le Seigneur plus attentif à nos besoins, mais non pas plus indulgent pour nos crimes.

Le second motif. C'est de ranimer la tiédeur et la lâcheté des justes, comme Jésus-Christ en ressuscitant Lazare voulut réveiller la foi de ses disciples encore faible et languissante. Gaudeo propter vos, leur dit-il, ut credatis. En effet, il opère des conversions soudaines et surprenantes, aux yeux de ceux qui marchent depuis longtemps dans ses voies , pour confondre par la ferveur et par le zèle de ces âmes depuis peu ressu.scitées, leur tiédeur et leui indolence.

Troisième motif. La justice divine y ménage pour certains pécheurs , comme pour ces juifs incrédules qui furent témoins de la résurrection de Lazare , une nouvelle occasion d'endurcissement et d'incrédulité. Et c'est là, en effet , le seul fruit que la plupart des gens du monde retirent d'ordinaire de la conversion et de la résurrection spirituelle des grands pécheurs ; ils ne font que s'endurcir davantage dans le mal. Avant que la miséricorde de Jésus- Christ eût jeté sur une âme criminelle des regards de grâce et de salut , ils paraissaient touchés de ses égarements et de son ignominie; mais à peine la grâce de Jésus-Christ l'a rappelée à la vie , ils deviennent les censeurs de sa piélé même, et ils trouvent dans les miracles mêmes de la grâce , si capables d'ouvrir les yeux , un nouveau motif d'aveuglement et d'incrédulité.

LE DIMANCHE DE LA PASSION

SUR l'Évidence de L.i loi de dieu.

Division. Les hommes se rassurent sur mille abus que le monde autorise, ou parce que leur conscience ne leur reproche rien, et qu'ils sont dans la bonne foi , ou bien à cause de l'obscurité de l'Évangile, oKquel

chacun fait dire ce iju'il vvuf. Or, la lot de Dini a un double caractère d'évidence qui combat ces deux prétextes. 1. Elle est évidente dans la conscience du pécheur; et par là elle jugera la fausse sécurité, ou la prétendue bonne foi des âmes mondaines. H. Elle est évidente dans la simplicité de ses règles; et par ce second caractère , elle jugera les incertitudes affectées et les fausses interprétations des pécheurs.

1 "" Partie. La loi de Dieu évidente dans la conscience du pécheur. L'homme a beau faire pour éluder la loi de Dieu ; sa conscience rend un double témoignage à cette loi divine : premièrement, un témoignage de vérité à l'équité et à la nécessité de ses maximes; secondement, un témoignage de sévérité à l'exactitude de ses règles.

1° Un témoignage de vérité à l'équité et à la nécessité de ses maximes. La loi d'un Dieu sage et bon doit avoir un caractère d'équité qui règle tous les devoirs, et un caractère de bonté qui nous fasse trouver ici-bas notre repos et notre bonheur à la pratiquer; et c'est en eftét ce que nous sentons au fond de nos cœurs par rapport à la loi de Dieu. Nou.T sentons que ses règles sont justes et raisonnables; qu'elle n'ordonne aucune vertu qui ne soit conforme aux véritables intérêts de l'homme ; que les passions qu'elle interdit sont la seule source de tous nos troubles ; et que plus nous nous éloignons de la règle et de la loi , plus nous nous éloignons de la paix et du repos du cœur : voilà un témoignage que la loi de Dieu trouve au fond de nos cœurs. Les passions peuvent nous faire secouer le joug des règles saintes; mais elles ne peuvent réussir à nous justifier à nous-mêmes nos propres désordres : nous trouvons toujours au dedans de nous l'apologie des règles contre les passions; et nous avons beau faire, nous sentons toujours une mésintelligence secrète entre nos penchants et nos lumières , de manière que la loi nous rend malheureux , si elle ne peut nous rendre fidèles. Et d'où vient cela, sinon de ce que tous les préceptes de la loi de Dieu ont un rapport nécessaire avec le cœur de l'homme; qu'ils sont les remèdes de nos maux les plus secrets , et les secours de nos penchants les plus justes, comme les païens eux-mêmes l'ont reconnu ?

Mais, dit-on, c'est la nature qui est notre première loi; et des penchants de plaisir nés avec nous ne sauraient être des crimes. C'est là une impiété qui n'est que dans le discours; c'est une ostentation de libertinage, dont la vanité se fait honneur, et que la vérité dément en secret : et la {treuve , c'est que ces pécheurs célèbres et déclarés , qui se faisaient une gloire affreuse de ne pas croire en Dieu, après être revenus de leurs égarements , ont avoué qu'ils n'avaient jamais pu réussir à effacer la règle et la vérité du fond de leur âme, et que leur incrédulité apparente cachait les remords les plus cruels. Le crime toujours timide porte partout, dit l'Esprit saint, un témoignage de condamnation contre lui-même ; et par l'ennui et la tristesse qui l'accompagnent, il vous fait sentir que l'ordre et l'innocence sont le seul bonheur qui vous était destiné sur la terre.

2" La conscience rend un témoignage de sévérité à l'exactitude des règles de la loi de Dieu. Nous non* rendons ca

ANALYSES DES SEUMOiNS.

lémoignage à nous-mêmes , et nous sentons que notre cor- I uption se répand sur les plus petites comme sur les plus grandes choses ; que partout nous nous retrouvons faibles , et toujours opposés à l'ordre et au devoir. Donc , nous sentons que la règle ne doit niUle paît être favorable à nos penchants ; que partout nous devons la trouver sévère , parce que partout elle doit nous être opposée. Ainsi, par un sentiment secret et inséparable de notre être, nous nous distinguons toujours nous-mêmes de la loi , et nos penchants et nos plaisirs, de ses règles et de ses devoirs; et lorsque dans les actions douteuses, nous nous déterminons en faveur de nos penchants , nous sentons fort bien que nous nous éloignons de la loi de Dieu , toujours plus sévère que nous-mêmes. Aussi êtes-vous jamais calmes, quoi que vous en disiez, dans cette vie toute de plaisirs , de dissipation, etc.; et dans ces moments où, touchés plus vivement de la grâce , vous vous proposez de penser sérieusement à l'éternité , ne mettez-vous pas dans le plan que vous vous formez alors d'une nouvelle vie, la privation de toutes les mêmes choses presque auxquelles vous nous dites sans cesse que vous ne voyez point de mal? Ne blâmez-vous pas, et ne censurez-vous pas tous les jours vous-mêmes ces personnes qui veulent allier avec une profession publique de piété ces abus, ces amusements dont vous nous faites sans cesse l'apologie? Vous sentez donc que l'Évangile exige de vous et de ces personnes quelque chose de plus que ce que vous faites, et vous rendez malgré vous témoignage à sa sévérité. Mais de plus, si au lieu des maximes saintes que nous vous annonçons dans ces chaires chrétiennes , nous venions vous prêcher ici les mêmes maximes que vous débitez tous les jours danslemonde, vous dire que l'Évangile n'est pas si sévère qu'on le publie , que Dieu est trop bon pour nous faire un crime de mille choses qui ont passé en usage; que penseriez-vous de nous? Ou vous ririez de notre ignorance, ou vous auriez horreur de la profanation de notre ministère. Vous convenez donc de la vérité des maximes que nous vous annonçons, quelque sévères qu'elles soient, et votre conscience leur rend témoignage.

n^ Partie. La loi de Dieu est évidente dans la simplicité de ses règles; et par ce second caractère, elle jugera les incertitudes affectées , et les fausses interprétations des pécheurs. L'Évangile nous a été donné pour régler nos moeurs et nos devoirs. Jésus-Christ aurait-il voulu y laisser des obscurités capables de nous faire prendre le change', et de favoriser des passions qu'il était venu combattre? D'ailleurs, c'est Jésus-Christ qui est l'auteur de l'Évangile : il a prévu par sa lumière tous les doutes que l'esprit humain pouvait opposer à sa loi : ainsi , il l'a concerté d'une manière si divine et si intelligible , si simple et si sublime , que les plus ignorants comme les plus habiles ne peuvent y méconnaître ses volontés. Si les mystères y sont obscurs, les règles des mœurs y sont formelles et précises. Ce n'est pas qu'il ne puisse survenir des doutes et des difficultés sur le détail des obligations : mais , et ceci mérite une grande attention : Je dis ,

t°Que si, sur le détail des devoirs, la lettre de la loi est quelquefois douteuse, l'esprit ne l'est presque jamais ; que

l'on voit bien toujours de quel côté penche l'Évangile ; que les règles s'éclaircissent toutes les unes les autres; qu'il v a des règles principales qui servent à résoudre toutes les difficultés particulières ; et qu'enfin , si la loi peut nous paraître quelquefois équivoque , l'intention du législateur par où on doit l'interpréter , ne laisse jamais de lieu au doute et à la méprise.

Je dis , 2° Que ce n'est pas l'obscurité de la loi , mais nos passions encore chères, qui forment tous nos doutes sur les devoirs : et la preuve , c'est que les âmes mondaines sont celles qui trouvent plus d'embarras et plus d'obscurités dans les règles des mœurs; tandis que les âmes fidèles et ferventes n'ont presque jamais rien à opposer à la loi de Dieu. La lumière de la loi, dit saint Augustin, ressemble à celle du soleil; mais elle a beau luire et briller, un aveugle n'en est pas frappé : or, tout pécheur est cet aveugle. Purifiez votre cœur, continue ce Père; ôtezen le bandeau fatal des passions , alors vous verrez clairdans vos devoirs. Aussi voyons-nous tous les jours qu'à mesure que les passions dmiinuent dans une âme, ses lumières croissent, et elle est surprise d'avoir pu s'aveugler si longtemps sur des devoirs qui lui paraissent alors si évidents et si incontestables. Est-ce la loi de Dieu qui devient plus évidente ? non , c'est l'âme qui se dégage , et sort de ses ténèbres. Et ce qui prouve encore que ce sont les passions toutes seules qui obscurcissent la Ici de Dieu à nos yeux, et forment nos doutes, c'est que sur les points de la loi, sur lesquels nulle passion, nul intérêt particulier ne nous aveugle, nous sommes équitables et clairvoyants.

Je dis, 3° Qu'il n'y a qu'à vous en tenir à ce qui est incontestable dans l'Évangile, et vous en ferez encore plus que nous n'en demandons.

Je dis , 4" Que si tout est presque contesté dans le monde sur les devoirs les plus incontestables de la piété chrétienne, c'est que l'Évangile est un livre inconnu à la plupart des fidèles : on passe toute la Tie à acquérir des connaissances vaines, frivoles, inutiles à l'homme, à son bonheur, à son éternité ; et on ne lit pas le livre de la loi où est renfermée la science du salut.

Je dis, 5° Que quand même il se trouverait encore quelque chose d'obscur dans la loi de Dieu elle retrouve toute son évidence dans l'instruction et dans le ministère. Jamais la piété des fidèles n'eut plus de secours , jamais l'ignorance n'eut moins d'excuse, parce que jamais siècle ne fut plus éclairé que celui-ci; et quoiqu'on ne puisse nier qu'il n'y ait encore parmi nous des guides aveugles, le piège n'est à craindre que pour ceux qui veulent bien y être trompés. Quand on veut aller de bonne foi à Dieu, on a bientôt trouvé la main qui sait nous y conduiie.

LE DIMANCHE DE LA PASSION

(Second Sermon.)

SUR l'immutabilité de la loi de dieu.

Division. Le monde oppose trois prétextes à Vimmutabilité de la loi de Dieu : leprétexte des mœurs et des usages, le jyrétexte du rang et de la naissance, lèpretexte des situations et des inconvénients. Or, I. La

ANALYSES DES SERMOISS

loi de Dieu csl immuable dans sa durée : donc, les mœurs et les usages ne sauraient la changer; H. La loi de Dieu est immuable dans son étendîie : donc , la différence des rangs et des conditions la laisse partout la même; III. La loi de Dieu est immuable dans toutes les situations : donc, les inconvénients, les perplexités n'en justifient jamais la plus légère transgression.

Page 1