LE JOUR DES RAMEAUX
DE LA. COMMUNION
Division. Trois sortes d'épreuves sont nécessaires , pour s'approcher dignement de Jésus-Christ. I. Une épreuve de changement. IL Une épreuve de pénitence. III. Une épreuve de ferveur. Probet autem se ipsum homo , et sic de pane illo edat.
I"' Partie. Une épreuve de changement. Ainsi, si vous n'avez pas recouvré par un sincère repentir la grâce de la sainteté et de la justice que vous aviez perdue par vos crimes, la table de Jésus-Christ vous est interdite. Comme c'est un pain de vie, il faut être vivant aux jeux de Dieu pour s'en nourrir. Or porterez-vous à l'autel un cœur véritablement pénitent et changé ? Examinons vos démarches. Vous allez confesser vos iniquités aux pieds d'un prêtre : je pourrais vous demander si vous clioisirez le plus habile et le plus éclairé; si dans la discussion de votre conscience, vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même , et si les soins pour approfondir les abîmes de votre conscience répondront à la durée, à l'embarras et à la multitude de vos crimes : mais je vous demande, si venant mettre vos péchés aux pieds d'un prêtre , vous venez y laisser vos passions? Si vous portez au tribunal ce désir sincère de réparer le passé; si vous prenez tout de bon des mesures pour commencer, pour vous retirer sans délai des occasions; si vous arrangez déjà par avance dans votre esprit, vos devoirs, vos liaisons, en un mot tout le détail de vos mo'urs, etc. ? Car voilà les soins et les inquiétudes qui oc-
ALISES DES SEUMOiNS.
cupeut une âme touchée, sur le point d'une sincère con- | version; et ce n'est que par là que vous pouvez connaître si vous êtes revenu de bonne foi de vos égarements , et si vous êtes uue nouvelle créature. Car si vous ne mettez entre vos désordres et votre confession , que l'intervalle d'un léger examen ; si au sortir de l'autel , et la solennité passée , tout doit aller encore le même train ; si on ne doit pas avoir plus de précaution qu'auparavant contre des périls éprouvés; en vous approchant de l'autel, vous venez manger et boire votre condamnation. Peut-on croire en effet, que ce court intervalle qui s'est passé entre vos crimes et votre rechute , ait été précisément le moment de votre juslitication? Ce n'est pas qu'on prétende que la divine eucharistie doive vous établir dans un état de justice tellement fixe et permanent , que vous ne puissiez plus en déchoir : qui ne sait que la vie de l'homme est une tentalion continuelle sur la terre.' Mais on voudrait au moins qu'une communion ne fût pas l'affaire d'une journée. Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, dit Jésus- Christ , demeure en moi et je demeure en lui. 11 ne dit pas , Il s'unit à moi; mais, Il y demeure, et je demeure en lui. Donc , dit saint Augustin , celui qui se contente de recevoir Jesus-Christ, et qui ne le conserve pas, il a mangé et bu sa condamnation.
Ainsi voulez-vous savoir si , dans ces jours solennels , vos communions sont des profanations ou des grâces ? voyez quel en est le fruit, et quels changements elles opèrent en vous : si au sortir de l'autel , vous vous retrouvez un moment après le même, craignez que vos comnmnions ne soient peut-être devant Dieu vos plus grands crimes.
ir Partie. Une épreuve de pénitence. Sans vouloir rappeler ici l'ancienne pratique de l'Église , dites-moi , convient-il que de la même bouche dont vous venez de raconter les horreurs de votre conscience , vous alliez d'abord recevoir Jésus-Christ? ne devez-vous pas au moins avant de vous consoler avec les justes, répandre quelque temps des larmes avec les pénitents? au sortir du tribunal, la communion vous tienikait-elle lieu de pénitence? elle qui doit en être la récompense et la consolation, comme disent les saints. Un pécheur invétéré n'arrivait autiefois à l'autel qu'après des années entières d'humiliations, de jeûnes, de macérations, de prières : mais parce qu'une sage dispensation a changé cet usage , vous ne devez pas supposer, qu'avoir confessé des crimes mvétérés , c'est les avoir punis': l'usage n'a rien changé à la loi : l'Église s'est relâchée sur les épreuves publiques ; mais elle ne se relâchera jamais à l'égard des pécheurs dont nous parlons, sur les épreuves particulières; parce que le corps de Jésus-Christ n'exige pas aujourd'hui moins de pureté qu'autrefois de ceux qui en approchent. Voilà pourquoi l'Église a voulu que ces quarante jours de pénitence précédassent la communion pascale, afin d'apprendre aux fidèles qu'il doit y avoir un intervalle entre les désordres et la table du Seigneur.
Je sais que cette maxime peut avoir ses exceptions ; que les lois de l'Église sont pleines de sagesse , de charité et de condescendance ; que le salut des pécheurs étant la seule (in qu'on s'y propose, tout ce qui y conduit plus sûrejnent devient plus conforn^p à son esprit. Mais je dis que la règle
ordinaire , c'est que la communion pour un grand pécheur doit être encore aujourd'hui le fruit et le prix, et non la première démarche de sa pénitence.
Mais , dit-on , la loi de l'Église presse , et ne laisse pas de lieu au délai et aux longues épreuves. Mais peut-on croire de bonne foi que l'Église regarde une communion indigne comme l'accomplissement du devoir pascal, et qu'elle mette une grande différence entre les profanateurs et les rebelles? En communiant même indignement, vous évitez .ses censures , parce qu'elle ne juge que de ce qui paraît ; mais vous n'évitez pas les anathèmes du ciel , qui juge des profanations secrètes. Eh ! l'Église aurait-elle prétendu , en faisant une loi de la participation du corps du Seigneur, autoriser la témérité et les profanations des pécheurs! Elle vous ordonne de participer aux saints mystères en ces jours solennels ; mais elle suppose que vous en approcherez avec une conscience pure, et des dispositions dignes de ce sacrement adorable : et elle vous ordonne en même temps de différer, si vous n'êtes pas en état : elle consent que ses ministres vous marquent im autre temps que le sien pour satisfaire au devoir pascal. Votre pâque véritable sera le jour où vous communierez dignement : l'Église n'en connaît point d'autre; et le fruit de ce sacrement n'est pas attaché aux jours , mais à l'innocence et à la piété de ceux qui y participent.
III'^ Partie. L'ne épreuve de ferveur. C'est cette ferveur si nécessaire qui manque pourtant à la plupart des pécheurs dont nous parlons , et qui fait craindre qu'ils ne viennent manger et boire leur condamnation. Car quel est le motif qui les conduit la plupart à la table sainte en ces jours solennels? est-ce un profond sentiment de leur faiblesse , une ardeur sincère de recourir au secours destiné à les fortifier, et une sainte faim de Jésus-Christ ? Hélas ! la plupart voient approcher avec un chagrin secret la solennité sainte : cette seule pensée trouble , empoisonne un mois d'avance tous leurs plaisirs : et ce n'est enfin que la crainte des foudres et des anathèmes de l'Église , qui les traîne malgré eux au festin du père de famille. Ils ne sentent pas que la privation du corps de Jésus-Christ est la plus terrible peine dont l'Église puisse frapper ici-bas les fidèles; puisque la divine eucharistie est la seule consolation de notre exil, le remède journalier de nos faiblesses, et la ressource universelle de tous nos besoins.
Mais il faut, disent-ils, des dispositions si parfaites pour en approcher : il est vrai; mais ces dispositions, c'est l'usage lui-même de la divine eucharistie, qui les perfectionnera dans notre cœur, où il les trouve déjà ébauchées ; et une communion doit nous servir de préparation à une autre. Plus nous nous éloignons, plus la tiédeur augmente; plus les passions croissent, plus Jésus-Christ diminue dans notre cœur, plus l'homme de péché augmente et se fortifie. Aussi les communions au temps pascal ne sont inutiles , ou plutôt pernicieuses , qu'à ces âmes mondaines qui n'approchent de l'autel qu'en ces jours solennels , et qui attendent la loi de l'Église pour s'y résoudre.
Nos pères autrefois s'éloignaient de leur patrie et de leurs enfants ; nos rois s'arrachaient aux délices de leur cour et traversaient les mers , pour aller dans cette terre
consacrée par les uij..lèies du Sauveur, adorer les traces de ses pieds : en la voyant, ils versaient sur celle terre heureuse, des larmes de tendresse et de religion, et ne pouvaient se résoudre à quitter des lieux qui leur rappelaient les actions, les mystères, et les prodiges d'un si bon maître. 11 n'est plus nécessaire de traverser les mers, disait autrefois sauit Chrysostôme à son peuple : venez a l'autel; ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa présence : c'est lui-même : tous les lieux qui environnent ses autels sont marqués par quelqu'un de ses prodiges Un si grand avantage devrait enflammer nos désirs , et nous attirer avec empressement à la table sacrée. Cependant nous regardons le devoir pascal comme une servitude pénible ; nous en faisons un devoir de pure bienséance ; nous n'y venons que comme des esclaves; et la table de Jésus-Christ serait abandonnée en ces jours saints , si la loi de l'Église nous laissait libres. Faut-il s'étonner après cela, si la fête de Pâques voit plus de profanateurs et de Judas, que de véritables disciples? Aussi, si l'Apôtre, dans un siècle où la divine eucharistie faisait des martyrs , ne cherche point ailleurs que dans des communions indignes , la somce des calamités publiques : queUes marques terribles de la colère de Dieu ne doivent pas attirer sur nous, tant de pécheurs , ou téméraires ou hypocrites, qui viennent se présenter tous les jours à l'autel , et y profaner la chair adorable de Jésus-Christ ? et ne les éprouvons-nous pas , ces marques tle la colère divine ?
Mais les afllictions temporelles ne sont pas les suites les plus terribles des communions indignes. Celui qui mange et boit indignement, dit l'Apôtre, il mange et il boit sa propre condamnation. C'est-à-dire que le pam de vie qu'il reçoit est un poison, une sentence de mort qu'il s'incorpore avec lui-même, et qui devient sa propre substance; c'est-à-dire que les sacrements profanes ne laissent presque plus d'espérance de retour, parce que l'impiété, l'incrédubté, l'endurcissement en sont presque toujours les tristes suites. Aussi parmi les bourreaux sur le Calvaire, il s'en trouva à qui le sang même qu'ils venaient de répandre mérita la glace de la pénitence; mais le seul profanateur de l'eucharistie dont il est fait mention dans l'Évangile, meurt comme un monstre et comme un désespéré : et si le diâtiment que le Seigneur exerce sur les imitateurs de son crime est plus secret, il n'en est en cela même que plus terrible; il les frappe d'un anathème invisible , et les marque par avance d'un caractère de réprobation. Et voilà pourquoi tous ces pctiieurs, qui après des mœurs licencieuses , n'apiiortent en ces jours saints à la table du Seigneur point d'autre préparation, qu'une confession précipitée, tombent après la solennité dans des égarements encore plus déplorables que les passés; parce que la communion a répandu de nouvelles ténèbres sur leur cœur ; les mystères terribles ont calmé toutes les terreurs de la foi, et le pain du ciel n'a fait que fortifier en eux le goût du monde el de la terre.
AiNALYSES DES SERMONS.
LE VENDREDI SAINT
LA PASSION DE NOTRE-SEIGNEUR i. C.
Division. La mort de Jésm- Christ renferme trois consommations qui vont nous expliquer tout le mystère de la croix. I. Une consommation de justice du côté de son Père. II. Une consommation de malice de la part des hommes. III. Une consommation d'amour du côté de Jésus- Christ.
1" Partie. Une consommation de justice du côté du Père. Dieu doit à toutes ses perfections la punition du péché ; mais sa justice en punissant le pécheur ne trouve rien en lui qui puisse la dédommager et la satisfahe ; car l'homme a pu offenser Dieu , mais l'homme n'a pu réparer l'offense. 11 fallait donc qu'une victime seule , capable de glorifier encore plus le Seigneur par ses hmniliations , que l'homme ne l'avait outragé par sa révolte, fût substituée à la place du pécheur, afin que la justice de Dieu pût être satisfaite. Tel est le dessein de la sagesse et de la bonté de Dieu dans le grand sacrifice que son Fils oft're aujomd'hui pour tous les hommes : il vient réparer l'outrage que le péché a fait à Dieu.
Or le péché renferme trois désordres. Premièrement, un désordre dans l'esprit, par l'idée fausse que le pécheur attache à l'action défendue. Secondement, un désordre dan.s le cœur qui se révolte contre la loi, et ne veut plus être soumis à son Dieu. Troisièmement, un désordre dans les sens, qui sortent de leur usage naturel, et entraînent la raison qu'ils auraient dû suivre. Le Sauveur dans son agonie expie aujourd'hui ces trois désordres par des peines proportionnées.
1° La justice divine s'applique à contrister l'esprit de Jésus-Christ en y retraçant les plus vives horreurs du péché ; et c'est ainsi qu'est expié le désordre que le péché cause dans l'esprit. Ce qui en diminue d'ordinaire l'horreur dans les hommes , c'est premièrement un défaut de lumière , parce que notre âme toute plongée dans les sens , n'est presque frappée que des choses sensibles. Mais l'âme sainle du Sauveur, pleine de grâce, de vérité, et de lumière, voit le péché dans toute son horreur, elle en voit le désordre, l'injustice, et toutes les suites déplorables : depuis le sang d'Abel, jusques à la dernière consommation, elle voit une tradition non interrompue de crimes sur la terre : elle parcourt l'histoire affreuse de l'univers, et rien n'échappe aux secrètes horreurs de sa tristesse : elle rappelle même en particulier l'histoire de chaque pécheur. Voilà les horreurs dont cette âme sainte se trouve chargée devant son Père. Secondement, le défaut de zèle est encore une cause qui diminue en nous l'horreur du péché. Nous sommes peu touchés des outrages qu'on fait à Dieu , parce que nous l'aimons peu. Mais l'âme sainte de Jésus-Christ , qui ne cherche que la gloire de son Père , et qui l'aime d'un amour immense et plus ardent que celui de tous les chérubins ; ah! elle sent vivement tous les outrages qu'on fait à sa grandeur suprême. Troisièmement, la dernière cause qui diminue en nous l'horreur du péché , c'est le défaut de sainteté. Comme nous naissons pécheurs,
Ajnalyses des sermons.
r.ous nous faniiliarisuiis eu uaissaut avec l'idée du crime ; et il nous paraît moins hideux , parce qu'on n'est jamais trop effrayé de ce. qui nous ressemble. Mais l'àme sainte du Sauveur ne trouve rien en elle qui puisse la rassurer contre l'horreur du crime ; et avec les yeux de la vertu même, elle se voit souillée de tous les vices des pécheurs. En vain voudrait-elle détourner l'innocence de ses regards de cet objet affreux , la justice de son Père la force de s'en occuper, et l'y applique comme malgré elle.
2° Pour réparer le second désordre du péché, qui est le désordre du cœur, la justice du Père couvre le Fils de toute la honte du péché. Premièrement, il est humilié dans l'esprit de ses disciples , témoins de ses frayeurs et de son accablement : son àme sainte perd devant eux toute sa constance à la vue de la mort. Secondement, il est humilié dans le secours qu'il reçoit d'un ange; et par là il est abaissé en quelque sorte au-dessous de ces esprits bienheureux qui ne s'approchaient de lui auparavant que pour le servir et l'adorer. Troisièmement , il est humilié par le sommeil et par la fuite de ses disciples, que le spectacle de son agonie ne touche pas. Voilà les humiliations que le Sauveur souffre dans son agonie.
3" Pour expier le troisième désordre du péclié, qui est le plaisir injuste, la douleur violente de son âme, à la vue du supplice que son Père lui prépare, est la troisième circonstance de son agonie. La justice du Père présente dislinct'^raent et en même temps à l'âme du Sauveur tout l'appareil de la croix, la nuit du prétoire, les crachats, les soufflets , les fouets, les dérisions, le bois fatal. Ces images affreuses lacrucifientparavancejet une sueur de sang qu'on voit couler à terre, est le triste fruit des pénibles efforts qu'il fait pour porterie poids de ses maux. Voilà jusqu'où ce Dieu que nous croyons si bon , pousse pourtant sa vengeance contre son propre fds, qu'il voitchargéde nos crimes. ir Partie. Consoinmation de malice de la part des hommes. La malice des hommes est portée aujourd'liui dans son plus haut point.
1° Dans la faiblesse ou la perfidie des disciples, ou qui le \rahissent, ou qui l'abandonnent, ou qui le renoncent.
2° Dans la mauvaise foi des prêtres et des docteurs qui le jugent et qui le condamnent , sans que le repentii' de Judas les touche, quoique jamais témoignage ne fût moins suspect que le sien ; sans que le silence surnaturel de Jésus-Christ sur toutes les accusations dont on le charge, leur fasse la moindre impression.
3° Dans l'inconstance du peuple qui demande sa mort. Et jusqu'où ce peuple insensé ne pousse-t-il pas l'excès de sa légèreté, et combien de crimes ne commet-il pas en un seul? Premièrement, une injustice monstrueuse , préférant Barrabas, un insigne malfaiteur, au Sauveur des liommes. Secondement, une fureur aveugle; un magistrat païen n'ose passer outre à la condamnation de Jésus-Christ, et ce peuple furieux demande que son sang soit sur lui et sur toute sa postérité. Troisièmement , une noire ingratitude : autrefois touchés des bienfaits de Jésus-Christ , ils avaient voulu l'établir roi sur eux; aujourd'hui ils protestent hautement qu'ils n'ont point d'autre roi que César, et ils rejetlent le fils de David.
MASSILLON. — TOME I
4° Dans la faiblesse de Pilalc , qui malgré sa conscience et ses lumières, n'ose déclarer Jésus-Ciirist innocent. On voit dans la conduite de ce magistrat corrompu toutes les démarches d'une indigne lâcheté. Premièrement, il reconnaît qu'il n'a ni la connaissance nécessaire pour juger Jésus-Christ, puisqu'il ignore la loi sur laquelle roulent les accusations ; ni l'autorité, puisque César n'a pas établi les magistrats juges de la vérité et de la doctrine; cependant pour ne pas déplaire aux principaux des Juifs , il entreprend de juger Jésus-Cinist. Secondement, ce n'est pas la crainte de commettre une injustice , c'est la crainte de perdre les bomies grâces de César qui le touche. Troisièmement, c'est des ennemis déclarés du Sauveur qu'il s'informe quel est son crime. Quatrièmement, il inteiroge Jésus-Christ; il est touché et frappé de sa réponse; il déclare au peuple que cet homme n'est point criminel : cependant il ne le délivre pas. Cinquièmement, enfin effrayé des songes de sa femme , il s'avise de renvoyer Jésus-Christ à Hérode; sous prétexte que Jésus-Christ étant Galiléen , c'était à ce prince à juger de sa cause , quoiqu'il dût bien voir que ce n'était pas là que Jésus-Christ trouverait des défenseurs.
5° Dans la barbarie des soldats, qui déchirent la chair adorable du Sauveur, et qui ajoutent les insultes et les outrages les plus sanglants aux traitements les plus cruels.
IIP Partie. Consommation d'amour du côté de Jésus-Christ. En effet, ce n'est que dans son cœur, que nous devons cheicher les raisons et les motifs de son supplice ; ce ■n'est ni la perfidie d'un disciple, ni l'envie des prêtres, ni finconstance du peuple, ni la faiblesse de Pilate, ni la barbarie des bourreaux qui l'a mis à mort, c'est son amour; cet amour divin qui brûle son cœur, et le seul feu qui allume le bûcher où il va s'immoler.
Amour si ingénieux, qu'il trouve le secret de s'immoler sans cesse , même après sa mort.
Amour si désintéressé, qu'il veut souffrir tout seul, et demande qu'on épargne ses disciples! qu'il est plus touché des maux qui menacent l'infidèle Jérusalem, et en général des malheurs prêts à foudie sur nous et sur tous ceux auxquels leurs iniquités tendront l'effusion de soii sang inutile, que du supplice affreux qu'on lui prépare.
Amour si généreux , qu'attaché sur la croix , il prie pour ceux mêmes qui le crucifient; il recueille ce que leur barbarie lui laisse encore de forces , pour excuseï' leur attenta) auprès de son Père.
Amour si triomphant, que sur le pomt d'ex|îiier il se forme encore un disciple.
Amour si attentif et si respectueux jusques au dernier soupir, qu'il confie sa mère désolée au disciple bien-aiiné, et le disciple bien-aimé à sa mère.
Enfin ce divin Sauveur n'ayant plus rien à Htire pour nous sur la terre, il expire, déclarant que tout est consommé, et tlu côté de la justice de son Père , et du côté de la malice des hommes, et du côté de son amour.
ANALYSES DES SERMONS
LE JOUR DE PAQUES