‹ ŒuvresChapitre 3 sur 264 · SUR LE BONHEUR DES JUSTES · texte numérisé non relu

SUR LE BONHEUR DES JUSTES

Beati qui liigent, qiioniam ipsi consolabuniur.

Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. (M\TTn. V, 5.)

Sire,

Si le monde parlait ici à la place de Jésus-Christ, sans doute il ne tiendrait pas à Votbe Majesté le même langage.

Heureux le prince, vous dirait-il, qui n'a jamais combattu que pour vaincre ; qui n'a vu tant de puissances armées contre lui que pour leur donner une paix glorieuse ; et qui a toujours été plus grand ou que le péril ou que la victoire!

Heureux le prince qui , durant le cours d'un règne long et florissant, jouit à loisir des fruits de sa gloire , de l'amour de ses peuples , de l'estime de ses ennemis, de l'admiration de l'univers, de l'avantage de ses conquêtes, de la magnilicence de ses ouvrages , de la sagesse de ses lois , de l'espérance auguste d'une nombreuse postérité; et qui n'a plus rien à désirer que de conserver longtemps ce qu'il possède!

Ainsi parlerait le monde ; mais , Sire , Jésus-Christ ne parle pas comme le monde.

Heureux, vous dit-il, non celui qui fait l'admiration de son siècle, mais celui qui fait sa principale occupation du siècle à venir, et qui vit dans le mépris de soi-même et de tout ce qui passe; parce que le royaume du ciel est à lui : Beati pauperes spifitu, qtioniam ipsorxim est regnitm cœlorum. (Matt. V, 3.)

Heureux, non celui dont l'histoire va immorta-

liser le règne et les actions dans le souvenir des hommes, mais celui dont les larmes auront effacé l'histoire de ses péchés du souvenir de Dieu même ; parce qu'il sera éternellement consolé : Beati qui lugent,quo7iiam ipsi consolabnntur. (Matt. v, 5).

Heureux, non celui qui aura étendu par de nouvelles conquêtes les bornes de son «mpire, mais celui qui aura su renfermer ses désirs et ses passions dans les bornes de la loi de Dieu; parc« qu'il possédera une terre plus d urable que l'empire de l'univers : Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. (Matt. v, 4. )

Heureux , non celui qui , élevé par la voix des peuples au-dessus de tous les princes qui l'ont précédé, jouit à loisir de sa grandeur et de sa gloire , mais celui qui , ne trouvant rien , sur le trône même , digne de son cœur, ne cheiche de parfait bonheur icibas que dans la vertu et dans la justice; parce qu'il sera rassasié ; Beati qui estiriunt et sititmt justitiam, quoniam ipsi saturabuntur. (]\Iatt. v, 6. )

Heureux, non celui à qui les hommes ont donné les titres glorieux de grand et d'invincible , mais celui à qui les malheureux donneront devant Jésus- Christ le titre de père et de miséricordieux; parce qu'il sera traité avec miséricorde : Beati miséricordes , quoniam ipsi misericordiam conseqtientur. (Matt. v, 7. )

Heureux enfln, non celui qui, toujours arbitre de la destinée de ses ennemis, a donné plus d'une fois la paix à la terre, mais celui qui a pu se la donnera soi-même, et bannir de son cœur les vices ei les affections déréglées qui en troublent la tranquillité; parce qu'il sera appelé enfant ile Dieu : Beati pacifici, quoniam filUDei vocabuntur. (Matt. v, 9.)

Voilà, Sire, ceux que Jésus-Christ appelle heureux ; et l'Évangile ne connaît point d'autre bonheur sur la terre que la vertu et l'innocence.

Grand Dieu ! ce n'est donc pas cette longue suite de prospérités inouïes dont vous avez favorisé la gloire de son règne, qui peut !« rfedre le p!a« h»u-

LA TOUSSAINT

reux des rois; c'est par là qu'il est grand, mais ce n'est pas par là qu'il est heureux. Sa piété a commencé sa félicité. Tout ce qui ne sanctifie pas Thomnie ne saurait faire le bonheur de l'homme. Tout ce qui ne vous met pas dans un cœur, 6 mon Dieu, n'y met ou que de faux biens qui le laissent vide, ou que des maux réels qui le remplissent d'inquiétude; et une conscience pure est la source unique des vrais plaisirs.

C'est à cette vérité, mes frères, que l'Église borne aujourd'hui tout le fruit de la solennité qu'elle nous propose. Comme l'erreur oij l'on est dans le monde, que la vie des saints a été triste et désagréable, estun des principauxartifices dont le monde se sert pour nous empêcher de les imiter ; l'Église , eu renouvelant aujourd'hui leur mémoire, nous fait souveni r en même temps que non-seulement ils jouissent d'une félicité immortelle dans le ciel , mais encore qu'ils ont été les seuls heureux de la terre , Beati, etc.; et que celui qui porte l'iniquité dans son sein y porte toujours le trouble et la frayeur; etque la destinée des gens de bien est mille fois plus douce et plus tranquille, en ce monde même, que celle des pécheurs.

Mais en quoi consiste le bonheur des justes en cette vie? Il consiste premièrement dans la manifestation de la vérité cachée aux sages du monde ; secondement dans le goût de la charité refusé aux amateurs du monde, dans les lumières de la foi qui adoucissent toutes les peines de l'âme fidèle, et qui rendent celles du pécheur plus amères : c'est mon premier point : dans les douceurs de la grâce, qui calment toutes les passions . et qui, refusées à un cœur corrompu, le laissent en proie à lui-même, c'est le dernier. Développons ces deux vérités si propres à rendre la vertu aimable, et les exemples des saints utiles. Mais avant que de commencer, implorons le secoursde l'Esprit-Saintpar l'intercession de Marie. Ave, Maria.

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