‹ ŒuvresChapitre 46 sur 264 · I.E VENDREDI APRÈS LES CENDRES · texte numérisé non relu

I.E VENDREDI APRÈS LES CENDRES

qu elle sent sincèrement. Or, vous avez exigé mille conditions avant que de vous rendre; vous avez disputé toutes vos démarches; vous n'avez voulu avancer que jusqu'à un certain point; vous avez exigé que votre frère fît les premiers pas pour revenir à vous. La charité ne connaît pas toutes ces règles ; elle n'en a qu'une : c'est d'oublier l'injure, et d'aimer son frère comme soi-même.

Je conviens ç[u'il y a certaines mesures de prudence à observer; et que souvent des démarches trop précipitées et faites à contre-temps pourraient ne pas réussir et aigrir peut-être davantage notre frère. Mais je dis que la tharité doit régler ces mesures , et non pas la vanité : je dis et je répète que toutes ces réconciliations, qu'on a tant de peine à conclure ; où de part et d'autre on ne se relâche que jusqu'à un certain point, et avec tant de précautions si sévères et si précises; oii il entre tant d'expédients et tant de mystères , sont des fruits de la prudence de la chair; corrigent les manières, mais ne touchent point au cœur ; rapprochent les personnes , mais ne rapprochent pas les affections ; rétablissent les bienséances, mais laissent les mêmes sentiments; en un mot font cesser le scandale de la haine, mais n'en font pas cesser le péché. Aussi Jésus-Christ nous ordonne simplement de nous aller réconcilier avec notre frère. Fade reconciliarifratri tuo. (Matth. v, 27.) Il ne nous dit pas : N'avancez pas trop de peur que votre frère n'en abuse ; assurez-vous auparavant qu'il fera la moitié du chemin; ne le recherchez pas de peur qu'il ne regarde votre démarche comme l'apologie de ses plaintes , comme un aveu tacite de votre tort , et un arrêt que vous prononcez contre vous-même. Jésus- Christ nous dit simplement : Allez vous réconcilier avec votre frère. Il veut que la charité toute seule se mêle de nous raccommoder avec lui : il suppose que pour aimer nos frères nous n'avons pas besoin d'entremetteur, et que notre cœur doit se suffire à lui-même.

Telles sont les démarches des réconciliations ; aussi les motifs en étant presque toujours humains, les démarches vicieuses , les suites n'en peuvent être que vaines et de nul effet. Je dis les suites ;]car, mes frères, à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde? quel en est le fruit? qu'appelle-t-on s'être réconcilié avec son ennemi ? Le voici :

Vous nous dites en premier lieu que vous êtes réconcilié avec votre frère , que vous lui avez pardonné de bon cœur; mais que vous avez pris votre parti de ne le plus voir, et de n'avoir désormais aucun commerce avec lui, Et là-dessus vous vivez tran-

quille; vous croyez que l'Évangile ne prescrit rien de plus , et qu'un confesseur n'est pas en droit d'en exiger davantage. Or, je vous déclare que vous n'avez pas pardonné à votre frère, et que vous êtes encore à son égard dans la haine , dans la mort et dans le péché.

Car je vous demande : Craint-on de voir ce qu'on aime? et si votre ennemi est devenu votre frère, que peut avoir pour vous sa présence de si odieux et de si triste ? Vous dites que vous lui avez pardonné, que vous l'aimez ; mais que pour éviter tout accident, et de peur que sa présence ne vous réveille des idées fâcheuses , vous trouvez plus sûr de vous l'interdire. Mais quel est cet amour que la seule présence de l'objet aimé irrite contre lui , et enflamme de haine et de colère? Vous l'aimez! c'est-à-dire vous ne voudriez pas peut-être lui nuire et le perdre. Mais ce n'est pas assez ; la religion vous ordonne encore de l'aimer : car pour ne pas vouloir nuire à un ennemi, l'honneur, l'indolence, la modération, la crainte , le défaut d'occasion suffisent ; mais pour l'aimer, il faut être chrétien : et voilà précisément ce que vous ne voulez pas être.

Et, de bonne foi, voudriez-vous que Dieu vous aimât, à condition qu'il ne vous verrait jamais? Seriez-vous content de sa bonté et de ses miséricordes, s'il vous bannissait pour toujours de sa divine présence ? Car il vous traitera , vous le savez , comme vous aurez traité votre frère. Si le prince lui-même vous défendait de vous présenter jamais devant lui , vous croiriez-vous fort avant dans ses bonnes grâces? Vous dites tous les jours qu'un homme est disgracié , quand il ne lui est plus permis de paraître devant le maître ; et vous venez nous faire valoir que vous aimez votre frère et qu'il ne vous reste aucune aigreur contre lui , tandis que sa seule présence vous déplaît et vous irrite ?

Et quelle marque moins équivoque peut-on donner de son animosité contre son frère , que de ne pouvoir même souffrir sa présence ? c'est le dernier excès de l'aigreur et de la haine. Car il est des haines plus modcrées et plus tranquilles, qui du moins se cachent, se contraignent, empruntent les dehors de la politesse et de la bienséance; et qui, en refusant le cœur au devoir, ont assez d'empire sur elles pour donner les apparences au monde. Mais la vôtre est à un point qu'elle ne peut même se contraindre ; qu'elle ne connaît ni ménagement, ni bienséance; et vous voulez nous persuader qu'elle n'est plus! vous laissez paraître encore les marques les plus violentes de l'animosité, et vous voulez que nous les regardions comme les signes indubitables d'un amour chrétien et sincère!

DU PARDON DES OFFENSES

Mais d'ailleurs, les chrétiens sont-ils faits pour ne pas se voir et s'interdire toute société les uns avec les autres ? Les chrétiens ! les membres d'un même corps, les enfants d'un même père, les disciples d'un même maître, les héritiers d'un même royaume, les pierres d'un même édifice, les portions d'une même masse! Les chrétiens! la participation d'un même esprit, d'une même rédemption et d'une même justice ! Les chrétiens ! sortis du même sein , régénérés dans les mêmes eaux , incorporés dans la même Église, rachetés d'un même prix, sont-ils faits pour se fuir, se faire un supplice de se voir et ne pouvoir se souffrir les uns les autres? Toute la religion nous lie, nous unit ensemble; les sacrements auxquels nous participons, les prières publiques et les actions de grâces que nous chantons , le pain de bénédiction que nous offrons, les cérémonies du culte dont nous nous glorifions, l'assemblée des fidèles où nous assistons; tous ces dehors ne sont que les symboles de l'union qui nous lie ensemble. Toute la religion elle-même n'est qu'une sainte société, une communication divine de prières, de sacrifices, d'oeuvres et de mérites. Tout nous rassemble , tout nous lie, tout ne fait de nos frères et de nous qu'une famille, qu'un corps, qu'un cœur et qu'une âme, et vous croyez aimer votre frère et conserver avec lui les liens les plus sacrés de la religion , tandis que vous rompez même ceux de la société , et que vous ne pouvez souffrir sa seule présence !

Je dis bien plus : Comment pourrez-vous avoir avec lui la même espérance? car, par cette espérance commune, vous devez vivre éternellement avec lui, être heureux avec lui, vous faire un bonheur du sien, être réuni avec lui dans le sein de Dieu , et chanter avec lui les louanges éternelles de la grâce. Eh! comment pourriez-vous espérer d'être éternellement réuni avec lui , et faire de cette espérance la plus douce consolation de votre vie, s'il vous paraît si doux de vivre séparé de lui , et si sa présence seule est pour vous un supplice? Renoncez donc aux promesses et aux espérances de la foi; séparez-vous comme un anathème de la communion des fidèles; interdisez-vous l'autel et les mystères redoutables; bannissez-vous de l'assemblée des saints; ne venez plus offrir vos dons et vos prières , puisqae tous ces devoirs religieux, vous supposant réuni avec votre frère , deviennent des dérisions, si vous ne l'êtes pas, déposent contre vous à la face des autels , et vous annoncent de sortir de l'assemblée sainte , comme un publicain et un infidèle.

Peut-être effrayé de ces grandes vérités , vous

nous direz enfin , que vous prendrez sur vous de voir votre frère, de bien vivre avec lui; que vous ne manquerez point aux bienséances; mais que du reste vous savez à quoi vous en tenir, et qu'il ne doit pas beaucoup compter sur votre amitié.

Vous ne manquerez point aux bienséances! Et vous croyez, mon cher auditeur, que c'est là pardonner, se réconcilier avec son frère et l'aimer comme soi-même? Mais la charité que l'Évangile vous ordonne est dans le cœur : ce n'est pas une simple bienséance, un vain extérieur, une cérémonie inutile ; c'est un sentiment réel , c'est un amour effectif, c'est une tendresse sincère et prête à se manifester par les œuvres. Vous aimez en Juif et en pharisien ; mais vous n'aimez pas en chrétien et en disciple de Jésus-Christ. La loi de la charité est la loi du cœur : elle règle les sentiments, elle change les inclinations , elle verse l'huile de la paix et de la douceur sur les plaies d'une volonté aigrie et blessée ; et vous en faites une loi toute extérieure, une loi pharisaïque et superficielle, qui ne règle que les dehors , qui ne concerte que les manières , qui s'accomplit par de vaines apparences.

Mais il ne vous est pas ordonné seulement de ne pas blesser envers votre frère les règles de l'honnêteté, et de lui rendre tous les devoirs que la société nous impose lesuns envers les autres: c'est le monde qui vous prescrit cette loi ; ce sont là ses règles et ses usages. Mais Jésus-Christ vous ordonne de l'aimer; et tandis que votre cœur est éloigné de lui, en vain accordez-vous les dehors à la bienséance. Vous refusez l'essentiel à la religion , et tout ce que vous avez par-dessus les pécheurs qui refusent de voir leurs frères, c'est que vous savez vous contraindre pour le monde, et vous ne savez pas vous faire violence pour le salut.

Et certes , mes frères , si les hommes n'étaient unis ensemble que par les liens extérieurs de la société , il suffirait sans doute de se rendre des devoirs extérieurs, et de maintenir ce commerce mutuel de soins, de politesses et de bienséances, qui font comme toute l'harmonie du corps politique. Mais nous sommes unis ensemble par les liens sacrés et intimes de la foi, de l'espérance, de la charité, de la religion. Nous formons au milieu du monde une société toute intérieure et toute séparée de la société civile que les législateurs ont établie. Ainsi, en remplissant à l'égard de vos frères les bienséances extérieures , vous satisfaites aux devoirs de la société civile , mais vous ne remplissez pas ceux de la religion; vous ne troublez pas l'ordre de apolitique, mais vous renversez l'ordre de la charité; vous êtes un bon citoyen, mais vous n'êtes pas un

lié

LE VENDREDI APRÈS LES CENDRES

citoyen du ciel ; vous êtes un homme du siècle , mais vous n'êtes pas un homme du siècle à venir : le monde peut vous absoudre , et n'en pas demander davantage; mais vous ne faites rien devant Dieu, parce que vous n'êtes pas dans la charité , et votre condamnation est certaine. Venez nous dire après cela que vous ne manquerez point aux bienséances , et que c'est tout ce que la religion exige de nous. Elle n'exige donc que des feintes, que des dehors, que de vaines apparences ? Elle n'exige donc rien de vrai, rien de réel, rien qui change le cœur? et le grand précepte de la charité , qui seul donne de la réalité à toutes nos œuvres , ne serait donc plus qu'un faux semblant , et une vaine hypocrisie ?

Aussi ne nous en croyez point là-dessus; consultez le public lui-même. Voyez si malgré toutes les apparences que vous gardez encore avec votre frère , ce n'est pas une opinion étabhe dans le monde, que vous ne l'aimez point : si le monde n'agit pas conséquemment à cette persuasion. Voyez si vos créatures , si tous ceux qui vous approchent et qui vous sont attachés, n'affectent pas de s'éloigner de votre frère. Voyez si tous ceux qui le haïssent , qui sont dans des intérêts opposés aux siens, ne recherchent pas votre amitié , ne forment pas avec vous des liaisons nouvelles, et si cette persuasion ne vous donne pas pour amis tous ceux qui ne le sont pas de votre frère. Voyez si ceux qui attendent de vous des grâces , ne commencent pas par l'abandonner, et s'ils ne croient pas vous faire leur cour en ne grossissant plus la sienne. Vous voyez que le monde vous connaît mieux que vous ne vous connaissez vous-même ; qu'il ne prend point le change sur vos sentiments ; et que malgré toutes ces vaines apparences envers votre frère, il est si vrai que vous êtes dans la haine et dans la mort, que le monde lui-même pense sur cela comme nous; lui que, partout ailleurs , nous avons toujours à combattre.

Voilà à quoi se terminent la plupart des réconciliations qui se font tous les jours dans le monde. On se revoit, mais on ne se réunit pas; on se promet une amitié mutuelle, mais on ne se la rend pas ; on se rapproche, mais les cœurs demeurent toujours éloignés : et j'ai eu raison de dire que les haines sont éternelles, et que presque toutes les réconciliations sont des feintes; qu'on pardonne l'offense, mais qu'on n'aimejamais l'offenseur; qu'on cesse detraiter son frère comme un ennemi , mais qu'on ne le regarde jamais comme un frère.

Et voilà ce qui se passe tous les jours à nos yeux. On voit dans le monde des personnes publiques, des familles d'un grand nom , garder encore ensemble •ertaiaes mesures de bienséance qu'on ne peut rom-

pre sans scandale , et néanmoins vivre dans des îtitérêts différents, dans des sentiments publics et déclarés d'envie, de jalousie, d'animosité mutuelle; se croiser, se détruire, se regarder avec des yeux jaloux , faire chacun de ses créatures les partisans de ses ressentiments et de son aversion ; partager le monde, la cour, la ville; faire de ses dissensions domestiques la querelle du public : et établir cette opinion et ce scandale dans le monde , qu'on ne s'aime point; qu'on voudrait se détruire mutuellement; qu'on garde encore à la vérité les apparences , mais qu'au fond les affections et les intérêts sont pour toujours et sans retour éloignés. Et cependant de part et d'autre, on vit dans une réputation de piété etdans la pratique des bonnes œuvres ; on a des confesseurs distingués et d'une grande réputation dans le monde : et cependant, en se rendant encore mutuellement certains devoirs, et vivant d'ailleurs dan s un éloignement public et déclaré, on fréquente les sacrements , on est tous les jours dans le commerce des choses saintes, on approche de sang-froid de l'autel, on se présente fréquemment et sans scrupule au tribunal de la pénitence ; loin d'y confesser sa haine devant le Seigneur, et de gémir du scandale que le public en reçoit , on y fait des plaintes contre son ennemi; on l'accuse, loin de s'accuser soi-même ; on faitvaloir les devoirs extérieurs, qu'on lui rend, comme des marques que le cœur n'est pont aigri; que dirai-je? et les ministres de la pénitence eux-mêmes , qui auraient dû être les juges de notre naine, en deviennent souvent les apologistes, se partagent avec le public, entrent dans les animosités et dans les préventions de leurs pénitents , publient l'équité de. leur querelle , et font que le seul remède destiné à guérir le mal , ne sert qu'à le revêtir des apparences du bien , et le rendre plus incurable.

Grand Dieu ! vous seul pouvez fermer les plaies qu'une orgueilleuse sensibilité a faites à mon cœur en y nourrissant des haines injustes.

Faites , grand Dieu ! que j'oublie des offenses légères afin que vous puissiez oublier les crimes de toute ma vie.

Est-ce à moi , ô mon Dieu ! à être si sensible et si inexorable aux plus petits outrages, moi qui ai tant de besoin que vous usiez à mon égard d'indulgence et d'une grande miséricorde?

Les injures dont je me plains égalent-elles celles dont j'ai mille fois déshonoré votre grandeur suprême ? «

Faut-il , grand Dieu , que le ver de terre s'irrite et s'enflamme des moindres mépris , tandis que votre majesté souveraine souffre depuis si longtemps

SUR LA PAROLE DE DIEU

et avec tant de bonté , ses rébellions et ses offenses ?

Qui suis-je pour être si touché des intérêts de ma gloire; moi qui n'ose jeter les yeux devant vous sur mon ignominie secrète ; moi qui mériterais d'être l'opprobre des hommes et le rebut de mon peuple ; moi qui n'ai rien de louable, même selon le monde, que le bonheur de lui avoir caché mes hontes et mes faiblesses; moi que les outrages les plus sanglants épargneraient encore, et traiteraient avec indulgence; moi enfin qui n'ai plusde salut à espérer, si vous n'oubliez vous-même votre propre gloire que j'ai tant de fois outragée ?

Mais , non, grand Dieu ! vous mettez votre gloire à pardonner au pécheur, et je mettrai la mienne à pardonner à mon frère. Acceptez, Seigneur, ce sacrifice que je vous fais de mes ressentiments. îse jugez pas de son prix par les offenses que j'oublie , mais par l'orgueil qui les avait grossies et me les avait rendues si sensibles. Et puisque vous avez promis de remettre nos fautes, dès que nous les remettons à nos frères, accomplissez. Seigneur, vos promesses. C'est dans cette espérance que j'ose compter sur vos miséricordes éternelles.

Ainsi soïtril.

SERMON

POUB LE PBEMIER DIMANCHE DE CAREME.

SUR LA PAROLE DE DIEU

Non in solo pane vivit homo , sed in omni verbo quodprocedit de are Dei.

L'homme ne vit pas seulement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. (Matth. iv, 4.)

Rien ne marque mieux la puissance et la sublimité de la parole de l'Évangile, que les images dont Jésus-Christ se sert pour nous en prédire les effets. Tantôt c'est un glaive sacré qui va séparer le père de l'enfant, l'époux de l'épouse, le frère de la sœur, l'homme de lui-même ; captiver tout esprit sous le joug de la foi , assujettir les césars , triompher des sages et des savants, et élever l'étendard de la croix sur les débris des idoles et des empires ; et par là nous est représentée sa force, à laquelle le monde entier n'a pu résister.

Tantôt c'est un feu divin porté en un instant dans toute la terre, qui va dissoudre les montagnes, dépeupler les villes , peupler les forêts , réduire en cendres les temples profanes , embraser les hommes , et les faire courir à la mort comme des insensés

aux yeux des nations; et sous ces traits paraboliques , nous est figurée la promptitude de ses opérations et la rapidité de ses victoires.

Tantôt c'est un levain mystérieux , qui rassemble et réunit toute la masse, qui en lie toutes les portions , qui leur imprime une force et une vertu communes; qui confond les distinctions de juif et de gentil , de grec et de barbare , et leur donne à tous le même nom et le même être : et ici vous comprenez quelle est sa sainteté et sa vertu secrète , qui a purifié tout l'univers , et de tous les peuples n'en a fait qu'un peuple.

Une autre fois c'est une semence , qui , paraissant d'abord se perdre sur la terre , croît ensuite et multiplie jusqu'au centuple. Et voilà le principe de sa fécondité : non l'ouvrier qui sème , mais l'auteur invisible qui donne l'accroissement.

Mais aujourd'hui Jésus-Christ la compare au pain qui sert de nourriture à l'homme, non in solo pane vivit homo; et par là il veut nous apprendre que la parole de l'Évangile est une nourriture forte et solide, pernicieuse souvent à ceux qui la reçoivent dans un cœur malade et corrompu, et utile seulement aux âmes qui s'en nourrissent avec une sainte avidité , et qui portent ici un cœur préparé pour l'entendre.

Pour me renfermer donc dans cette idée , je ne dirai rien des merveilles que cette parole, annoncée par douze pauvres , opéra autrefois dans tout l'univers. Je passerai sous silence la sainteté de sa doctrine, la sublimité de ses conseils, la sagesse de ses maximes ; en me bornant à l'instruction et à ce qui peut vous rendre utile la parole de l'Évangile que nous vous annonçons, je vous apprendrai premièrement, quelles sont les dispositions qui doivent vous conduire en ce lieu saint pour l'entendre; et secondement, dans quel esprit vous devez ensuite l'écouter : deux devoirs non-seulement négligés, mais inconnus à la plupart des fidèles qui accourent en foule au pied de ces chaires chrétiennes ; et la source la plus commune du peu de fruit de notre ministère. Implorons, etc. Jve, Maria.

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