‹ ŒuvresChapitre 66 sur 264 · POUR LE VENDREDI DE LA. PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE VENDREDI DE LA. PREMIÈRE SEMAINE DE CARÊME

SUR LA CONFESSION

In his jacchat multitudo magna languentium , cdscorum, claudoruni, aridorum, expectantium aquœ motmn.

Sous les galeries de la piscine étaient couchés par terre un grand nombre de malades, d'aveugles, de boiteux, de ceux qui avaient les membres secs , qui tous attendaient que l'eau fut remuée. (Je^vis , v, ;î.)

Quelle est cette piscine, mes frères, située près la porte des victimes? Quels sont ces malades que je vois à l'entour, et qui la plupart attendent en vain la guérison ? D'où vient qu'un paralytique de trentehuit ans tout seul recouvre une santé parfaite; et que dans cette foule de malades, Jésus-Christ va choisir le plus désespéré , tandis qu'il se refuse à des infirmités plus communes et moins invétérées?

On vous l'a dit souvent , mes frères , cette piscine mystérieuse teinte du sang des victimes , c'est

SUR LA CONFESSION

le bain sacré de la pénitence teint du sang de l'Agneau, qui purifie nos consciences, et qui guérit toutes nos langueurs : ces malades de toutes les sortes, qui attendent sous les galeries, et parmi lesquels à peine s'en trouve-t-il un seul qui mérite d'être guéri , nous représentent cette multitude de fidèles, qui tous les jours approchent de ce sacrement avec si peu de fruit : dans le paralytique guéri , TOUS voyez fimage d'un pécheur invétéré , lequel , touché du malheur de son état, s'attire des regards de miséricorde de la part de Jésus-Christ, et obtient la grâce d'une parfaite délivrance.

Or, d'où vient, mes frères, l'inutilité de ce remède divin à l'égard de tant de pécheurs qui en approchent? Les grâces de nos sacrements ont-elles perdu quelque chose de leur première vertu , par la suite des temps et par la durée des siècles ? les prémices du sang de Jésus-Christ fraîchement répandu étaient-elles plus puissantes pour la conversion des pécheurs , à la naissance de la foi , qu'elles ne le sont en ces derniers temps? et en est-il de la vertu de Dieu comme des choses humaines , lesquelles , parfaites dans leur commencement, souffrent toujours quelque chose de la loi fatale des temps|, et s'affaiblissent avec les années? D'où vient qu'on ne vit jamais tant de pécheurs autour de nos tribunaux , et que jamais on n'en vit sortir moins de pénitents? D'où vient que dans un siècle où la décadence des mœurs a rendu ce remède si nécessaire , où l'indulgence des ministres , et les adoucissements mêmes de la discipline l'ont rendu si facile et si familier, peu s'en faut qu'il ne soit devenu inutile? D'où vient enfin , que dans ces temps heureux , où sous les portiques de nos temples, les pénitents prosternés attendaient si longtemps la grâce de la réconciliation , nul presque ne descendait dans la piscine qu'il n'y retrouvât une seconde innocence ; et qu'aujourd'hui, où personne n'attend plus sur les bords de ce bai a sacré, où les anges de l'Église ne connaissent presqueplus de délai, et accordent aux premiers vœux des pécheurs la vertu de leur ministère , d'où vient que le remède lui-même semble prolonger nos maux , loin de les guérir?

J'en trouve trois raisons figurées par ces trois sortes de malades, dont l'Évangile fait aujourd'hui mention. Les premiers étaient des aveugles, cœcorum; et ce sont ces pécheurs, qui, en venant se découvrir au tribunal , ne se connaissent pas euxmêmes. Les secondsétaient des boiteux, f/a«rfo?'«»t; et ce sont ces pécheurs qui manquent de droiture et de sincérité dans la confession de leurs fautes. Enfin les derniers étaient ceux qui avaient les membres secs, arldorum; et ce sont ces pécheurs in-

sensibles, qui ne portent au tribunal aucun sentiment de douleur véritable.

Et voilà les trois défauts qui rendent la plupart des confessions inutiles, pour ne pas dire criminelles : un défaut de lumière dans l'examen, ca?conim : un défaut de sincérité dans la manifestation, claudorum : un défaut de douleur dans le repentir, aridorum. Suivons ce plan fondé surnotreÉvangile, et qui va nous fournir des instructions importantes sur une matière d'un si grand usage pour les fidèles. Implorons, etc. Ave, Maria.

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