POUR LE VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CABÈME
SUR L'ENFANT PRODIGUE
Pcrcfjré profcctus est in regionein longinquam, et ibt disiipavit substantiam suam vivcndo liizuriosé.
11 s'en alla dans un pays étranger fort éloigné , où il dissipa tout son bien en excès et en débauciies.
(Lt'C, XV, 13.)
La parabole du prodigue pénitent est un des traits de toute l'Écriture des plus consolants pour les pécheurs; et, comme je me propose aujourd'hui de vous en exposer toutes les circonstances, il me paraît nécessaire de vous en rapporter d'abord l'occasion.
Un grand nombre de publicains et de gens de mauvaise vie, touchés des paroles de grâce et de salut qui sortaient de la bouche du Sauveur, avaient renoncé à leurs dérèglements, et paraissaient à sa suite parmi ses disciples. Ce médecin céleste, qui n'était venu que pour ceux qui avaient besoin d'être guéris, honorait leurs maisons de ses visites , leurs personnes de sa familiarité, leurs tables mêmes de sa présence. Tant de bonté ne tarda pas de scandaliser l'orgueil des scribes et des pharisiens (car la fausse piété est toujours cruelle ) : ils trouvent à redire à l'étroite liaison qu'a Jésus-Christ avec des pécheurs ; et ne manquent pas de chercher dans une ressemblance de mœurs, la raison de cette conduite : ils le décrient dans l'esprit du peuple par l'endroit même qui aurait dû lui attirer davantage l'amour et le respect, et le font passer lui-même pour un pécheur, et pour un homme de bonne chère. A des reproches que l'envie toute seule formait,
à une dureté si indigne de ceux qui se disaient les pasteurs du troupeau , et dont la fonction principale était d'offrir des sacrifices pour les pécheurs , Jésus-Christ ne répond que par trois paraboles, qui toutes , sous des images différentes, renferment le même sens, et conduisent à la même vérité.
Tantôt il se représente sous l'image d'un pasteur, qui laisse là quatre-vingt-dix-neuf brebis , et court après une seule qui s'est égarée : tantôt sous la figure d une femme , qui semble faire peu de cas des neuf pièces d'argent qui lui restent , et cherche la dixième qu'elle a perdue , avec des soins et des inquiétudes que rien ne peut égaler : enfin, sous le symbole d'un père de famille, lequel ayant comme perdu le plus jeune de ses fils , que^a licence et les égarements de l'âge avaient fait errer longtemps dans des contrées étrangères , est transporté de joie à son retour, et lui donne des marques de tendresse qu'il n'avait jamais données à son aîné, jusque-là demeuré fidèle. Le but de toutes ces paraboles est de faire comprendre aux pharisiens que la conversion d'un seul pécheur cause plus de joie dans le ciel , que la persévérance d'un très-grand nombre de justes; et que les mêmes désordres qui avaient irrité Dieu contre nous, excitent sa clémence et sa pitié, dès qu'il en voit un repentir sincère dans nos cœurs.
Or, pour nous laisser dans cette dernière parabole une idée plus vive de sa bonté envers les pécheurs , Jésus-Christ nous y rapporte en détail les excès et les égarements où l'âge et les passions avaient jeté l'enfant prodigue. Il nous le dépeint , lié des chaînes d'un vice honteux ; et sur tous les autres vices, il choisit celui qui semble mettre de plus grands obstacles à sa grâce , et laisser à l'âme criminelle moins d'espérance de retour.
Pour entrer donc aujourd'hui dans les intentions du Sauveur, et animer les pécheurs qui m'écoutent à une sincère pénitence; par ces images vives et consolantes de la miséricorde de Dieu , je vous exposerai dans la première partie de cette homélie toutes les circonstances des égarements du prodigue, et vous y verrez jusqu'où va la force d'une passion honteuse dans le pécheur qui s'égare. Dans la dernière, je vous ferai remarquer toutes les démarches du père de famille en faveur de son fils retrouvé, et vous y admirerez avec consolation, jusqu'où va la bonté de Dieu envers un pécheur qui revient.
L'excès de la passion dans les égarements de l'enfantprodigue.L'e.xcèsdelamiséricordede Dieu dans
les démarches du père de famille.
Purifiez mes lèvres, ô mon Dieu! et tandis que
VENDREDI DE LA DEUXIEME SEMAINE
je raconterai les excès d'un pécheur voluptueux, fournissez-moi des expressions qui ne blessent pas une vertu dont je viens aujourd'hui inspirer l'amour à ceux qui m'écoutent : car le monde qui ne connaît plus de retenue sur ce vice, en exige pourtant beaucoup de nous dans le langage qui le condamne. Implorons, etc. Ave, Maria.