‹ ŒuvresChapitre 88 sur 264 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce ne serait pas assez de vous avoir exposé dans les excès de l'enfant prodigue, l'image des dérèglements et des malheurs d'un pécheur voluptueux ; il faut vous proposer dans sa conversion le modèle et les consolations de sa pénitence. En effet, mes frères , il trouve , en revenant à la maison du père de famille , tout ce qu'il avait perdu dans ses égarements : son repentir répare toutes les suites de ses désordres ; et les mêmes démarches qu'il avait faites pour suivre des voies injustes deviennent comme le modèle de celles qu'il fait pour en sortir. Suivons l'histoire de notre Évangile , et nous allons remarquer toutes ces circonstances.

Le premier caractère de sa passion déplorable avait été de mettre comme un abîme entre lui et la grâce , par les ténèbres qu'elle avait répandues sur son esprit, par un dégoût affreux des choses du ciel , par l'asservissement des sens à l'empire de la volupté : Peregrè pro/ectus est in regionem longinquam. Or, la première démarche de sa pénitence éloigne tous ces obstacles.

Premièrement, elle lui ouvre les yeux sur l'état honteux où la passion l'avait réduit; elle le fait rentrer en lui-même : In se autem reversus. Le charme qui le fascinait tombe tout d'un coup; il est effrayé de se retrouver lui-même tel qu'il est, couvert d'opprobre, confondu avec les plus vils animaux, partageant avec eux leurs plaisirs et leur nourriture : ah ! c'est alors que toutes les idées fausses et flatteu-

VENDREDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

ses sous lesquelles il s'était jusque-là représenté la passion s'évanouissent. Cette prétendue constance , cette bonté de cœur, cette noblesse de sentiments , cette tendresse née avec nous, cette destinée des penchants, vaines expressions, dont la corruption tâche de couvrir la honte du vice; c'est alors que tout cela change de nom à ses yeux : il n'y voit plus qu'un emportement honteux ; que la dépravation d'un cœur livré par la justice de Dieu à ses propres désirs; qu'un avilissement qui le couvre de confusion : il ne se regarde plus que comme le rebut de son peuple, la honte de sa religion , l'opprobre de l'humanité , un monstre sur qui le Père céleste ne devrait plus jeter les yeux que pour le frapper, et ensevelir dans l'abîme sa personne et son ignominie : In se autem rcversus.

Et c'est ici où ce péclieur, touché et déjà éclairé , rappelle avec des larmes de componction, qui commencent à couler de ses yeux, cette première saison de sa vie où il vivait encore dans l'innocence , où élevé sous les yeux du père de famille , il goûtait encore les douceurs et l'abondance de sa maison : il compare la candeur et la tranquillité de ses premières mœurs, avec les chagrins et les amertumes des passions qui leur ont succédé : il voit qu'il n'y a eu d'heureux dans toute sa vie que ces premières années, ou son cœur, encore calme et innocent, n'avait pas éprouvé les troubles et les inquiétudes cruelles des engagements profanes; que ses joies alors étaient pures , ses désirs réglés et tranquilles , ses mœurs ordonnées et douces; que tous les malheurs ont fondu sur lui avec les étincelles impures qui allumèrent son cœur; et que depuis ce moment fatal , ses jours n'ont plus été marqués que par de noirs chagrins; sa vie toujours agitée et inquiète; ses plaisirs même tristes et sombres : In se autem reversas.

Mais , en second lieu , si ses ténèbres se dissipent , son dégoût affreux pour les choses du ciel se change en un saint désir de la vertu et de la justice. Combien de serviteurs dans la maison de mo7i père ont du pain en abondatice, et je suis ici à mourir de faim! Au lieu qu'autrefois la seule idée de la règle et de la vertu le faisait frémir; la seule présence des gens de bien le fatiguait ; la seule vue de la maison du père de famille lui était insupportable ; il commence à envier la destinée de ses serviteurs , de ces âmes fidèles qui lui sont attachées : il la compare à la sienne; leur abondance, à la faim qui le dévore ; la décence de leur situation , à l'opprobre de son état ; leur tranquillité, à ses inquiétudes ; l'estime ou ils vivent parmi les hommes , au mépris honteux OÙ il est tombé. Plus il examine la condition des

gens de bien , plus son état lui paraît insupportable. Quoi! se dit-il alors à lui-même, tandis que tant d'âmes fidèles jouissent des avantages de la maison paternelle, des secours de la religion , des consolations secrètes de la grâce, de l'estime même des hommes; qu'elles mangent le pain des enfants, et espèrent de n'être pas exclues de l'héritage ; je me vois ici en proie à des passions honteuses , dégoûté, déchiré, tyrannisé par mon propre cœur; vivant sans consolation , sans honneur même devant les hommes! Eh! jusques à quand une injuste faiblesse prévaudra-t-elle sur mon repos, sur mes lumières, sur mes véritables intérêts, et sur ma destinée éternelle? Quanti mercenarii in domo patris mei abundant panibus , ego autem hic famé pereo !

Aussi , nies frères , notre heureux pénitent veut à l'instant entrer dans la société des justes , et grossir le nombre des serviteurs du père de famille : Fac me sicut unum de mercenariis tuis. Il ne s'en tient pas à de simples souhaits d'imitation , comme on fait tous les jours dans le monde envers les personnes dont on est forcé de respecter la vertu. Il ne se contente pas de dire, qu'elles ont pris le bon parti; qu'il n'y a que cela de solide; qu'on est heureux quand on peut leur ressembler; que tout le reste est bien peu de chose , et qu'on ne désespère pas de suivre un jour leur exemple. Vains discours, ô mon Dieu! dont on s'abuse soi-même , et qu'on ne tient que pour calmer les reproches secrets d'une conscience criminelle.

Notre prodigue touché ne renvoie pas à l'avenir : il ne loue pas la vertu , dans la vaine espérance d'en suivre un jour les règles saintes; il n'exagère pas les malheurs d'une vie criminelle, pour se persuader à lui-même qu'un jour il en sortira : la véritable douleur parle moins , et agit plus promptement ; il sent que ce moment est pour lui le moment du salut. Combattu par ces agitations infinies, qui partagent le cœur sur le point d'un changement, par cette vicissitude de pensées qui se défendent et qui s'accusent , cherchant les ténèbres et la solitude pour s'y entretenir plus librement avec lui-même, laissant couler des torrents de larmes sur son visage, n'étant plus maître de sa douleur, baissant les yeux de confusion , et n'osant plus les lever vers le ciel, d'où il attend néanmoins son salut et sa délivrance : Que tardai-je donc encore, dit-il d'une voix qui ne sort plus qu'avec des soupirs ? qui me retient encore dans les liens honteux que je respecte? Les plaisirs? ah! depuis longtemps il n'en est plus pour moi , et mes jours ne sont plus qu'ennui et qu'amertume. Les engagements profanes, et la

L'ENFANT PRODIGUE

constance mille fois promise? mais mou cœur m'appartenait-il pour le promettre, et de quelle fidélité vais-je me piquer envers des créatures qui n'en ont jamais eu pour moi ? Le bruit que mon changement va faire dans le monde? mais pourvu que Dieu l'approuve , qu'importe ce qu'en penseront les hommes ? ne faut-il pas que ma pénitence ait pour témoins tous ceux qui l'ont été de mes scandales? et d'ailleurs que puis-je craindre du public, après le mépris et la honte que m'ont attirés mes désordres? L'incertitude du pardon? ah! j'ai un père tendre et miséricordieux; il ne demande que le retour de son enfant, et ma présence seule réveillera toute sa tendresse.

.le me lèverai donc, surgam; je ferai un effort sur la honte qui me retient, et sur ma propre faiblesse : j'irai dans sa maison sainte, oili il est toujours prêt à recevoir et à écouter les pécheurs : Ibo adpatrem. Je suis un enfant ingrat, rebelle, dénaturé , indigne de porter son nom , il est vrai : mais il est encore mon père : Ibo adpatrem. J'irai répandre à ses pieds toute i'amertume de mon âme: et là , ne faisant plus parler que ma douleur, je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel, et devant vous; contre le ciel, par le scandale et le dérèglement public de ma conduite : contre le ciel, par les discours d'impiété et de libertinage que je tenais , pour me calmer et m'affermir dans le crime : contre le ciel , parce que , comme un vil animal , je n'ai jamais levé les yeux en haut pour le regarder, et me souvenir que c'était là ma patrie et mon ori. gine : contre le ciel, par l'abus honteux que j'ai fait de sa lumière , et de tous les jours qui ont composé le cours de ma vie triste et criminelle : Peccavl in cœlum. Mais ce qui a paru de mes désordres à la face du .soleil n'en est que le côté le plus supportable; les crimes qui n'ont eu que vous seul pour témoin sont bien plus dignes de votre colère ; j'ai péché encore devant vous : Peccavi in cœlum et coram te; devant vous , par tant d'œuvresde ténèbres , que votre œil invisible a éclairées en secret : devant vous, par les circonstances les plus honteuses, et dont le seul souvenir me trouble et me confond : devant vous, par l'usage indigne des dons et des talents dont vous m'aviez favorisé : devant vous enfin, par tant d'invitations secrètes toujours rejetées, vous qui m'aviez secouru dès mon enfance, et qui aviez été pour moi le meilleur de tous les pères ; j'ai été le plus ingrat et le plus dénaturé de tous les enfants : Peccavi in cxlum et coram te.

Quel changement, et quel exemple plein de consolation pour les pécheurs! la grâce abonde où le péché avait abondé. Il semble, ô mon Dieu! que

M.\SSILLON. — TOME I.

vous voulez être particulièreme?nt le père des ingrats , le bienfaiteur des coupables , le Dieu des pécheurs , le consolateur des pénitents. Aussi , comme si tous les titres pompeux qui expriment votre grandeur et votre puissance, n'étaient pas dignes de vous , vous voulez qu'on vous appelle le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, (n Cob. 1 , 3.) Non , mon cher auditeur, que l'abondance de vos iniquités n'alarme pas votre confiance : le médecin céleste se plaît à guérir les maux les plus désespérés : les plus grands pécheurs sont les plus dignes de sa piété et de sa miséricorde : sans doute il n'a permis que vous tombassiez dans ce gouffre, et qu'il ne manquât plus rien à vos malheurs, que pour faire éclater davantage en vous les richesses et la puissance de sa grâce. Et n'est-il pas plus grand en effet, lorsqu'il retire Jonas du fond de l'abîme , que lorsqu'il ne fait que soutenir Pierre, qui commençait seulement à enfoncer sur les eaux? Si vo<* péchés sont montés au plus haut point, ah! voilà peut-être le moment de sa grâce : peut-être la miséricorde de Dieu a marqué le premier signal de ses faveurs par le dernier degré de vos crimes : tout ce qu'il y a de plus à craindre dans nos maux, c'est la défiance du remède. Mais si le pardon accordé par le père de famille à notre prodigue ne vous touche pas assez, du moins que les consolations qui accompagnent sa pénitence , achèvent de vaincre vos résistances.

Oui, mes frères, c'est ici la troisième circonstance du retour de notre heureux pénitent : les fruits de l'iniquité avaient été pour lui amers comme de l'absinthe, les premières démarches de sa pénitence sont suivies de mille consolations.

Premièrement, consolation du côté des facilités qu'il trouve dans la sainte entreprise de son changement. Le père de famille aperçoit son fils de loin ; et le voyant faible, e.xténué, agité, et hors d'état presque de se soutenir, il court au-devant de lui. Il court, dit saint Ambroise; il se hâte d'aller audevant pour le soutenir, de peur qu'il ne trouve sur son chemin quelque obstacle qui l'arrête : Accurrit ne quis impediat. Il faut si peu de chose pour ébranler un pécheur dans ce commencement de sa carrière : c'est un homme qui a été battu longtemps des flots et de l'orage, qui en se relevant, voit encore tout tourner autour de lui , et est hors d'état de se soutenir, si une main secourable ne l'empêche de retomber. Une occasion, un dégoût, un obstacle, tout est capable alors d'éteindre dans une âme les premières opérations de la grâce. Le démon même , plus attentif que jamais à ne pas se laisser enlever des mains une proie qui lui échappe, répand mille

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nuages sur IV^^prit, et n'offre à une âme touchée, que des difficultés insurmontables dans sa nouvelle entreprise : difficultés du côté du monde, qu'elle voudrait encore ménager; difficultés du côté de ses prétentions et de ses espérances humaines, qu'elle craint de perdre ou de reculer; difficultés du côté de ses liaisons, de ses proches , de ses amis , de son rang, de sa naissance, de ses emplois; autant de fantômes que le démon réalise, qu'il grossit, qu'il \mnt vivement dans l'imagination , qu'il présente sans cesse à l'âme timide et irrésolue; de sorte que suspendue souvent entre ses frayeurs et ses bons désirs , entre ses résolutions et ses défiances , entre ses anciennes erreurs et ses nouvelles lumières, elle s'arrête quelquefois , elle délibère, elle se décourage, elle recule ; et après avoir supputé longtemps sa dépense et ses forces, selon le mot de l'Évangile, elle en demeure là, et ne jette pas même les premiers fondements de l'édifice.

Mais que fait alors l'amour toujours attentif du père de famille.' Il court vers son enfant; il se hâte de le soutenir; il le rassure contre ses frayeurs et sa propre faiblesse ; il calme ses agitations ; il dissipe ses nuages : Accurrit ne guis impediat. Ce n'est pas assez : il rassemble mille circonstances qui lui facilitent toutes ses démarches; il éloigne des occasions où sa faiblesse aurait pu échouer; il renverse les projets qui l'auraient exposé à de nouveaux périls; il ménage des événements qui lui deviennent de nouvelles facilités de rompre ses chaînes : Accurrit ne guis impediat; tout semble aider cette âme touchée, tout la soutient, tout la favorise ; ces montagnes qu'elle croyait être devant elle , et ne pouvoir jamais franchir, s'aplanissent comme par un soudain enchantement; ces impossibilités tant redoutées, s'évanouissent; plus elle avance, plus les voies se dégagent; et les obstacles eux-mêmes qui l'alarmaient, deviennent les facilités de sa pénitence : Accurrit ne guis impediat.

Secondement, consolation du côté des douceurs secrètes qu'on trouve dans les premières démarches d'une nouvelle vie. Le père de famille ne se contente pas de Courir au-devant de son fils retrouvé; il se jette à son cou, il l'embrasse, il le baise, son cœur peut à peine suffire à toute sa tendresse paternelle ; ses faveurs sont encore au-dessous de sa joie et de son amour : Cecidit super coUum ejus , et osculatus est eum. Il retrouve son fils qu'il avait perdu : Perierat,etiiiventusest : il le retrouve, à la vérité, sale, hideux, déchiré; mais ce qui devrait allumer 8es foudres , ne réveille que son amour : il ne voit en lui que ses malheurs; il ne voit plus ses crimes : Perierat, et inventus est : il n'a pas oublié

que c'est ici un enfant ingrat et rebelle; mais c'est ce souvenir même qui le touche : il voit revivre un enfant qui était mort à ses yeux ; il recouvre ce qu'il avait perdu. Cecidit svper coUuyn ejus, et osculatus est eum; image tendre et consolante de la joie que la conversion d'un seul pécheur cause dans le ciel , et des consolations secrètes que Dieu fait sentir à une âme de ces premières démarches de son retour vers lui ! Cecidit super collum ejus, et osculatus est eum. O clémence paternelle ! ô source inépuisable de bonté! ô miséricorde de mon Dieu! que vous revient-il donc du salut de la créature?

Troisièmement , consolation du côté de la participation aux saints mystères , dont on avait si longtemps vécu privé par ses dérèglements. Le père de famille fait tuer le veau gras, il appelle son fils retrouvé , à ce festin céleste ; il le nourrit de la viande des élus : Adducite vijulum saginatum ; inanducemus et epulemur. On avait vécu tant d'années sans Dieu , sans religion , sans espérance , éloigné de l'autel et des sacrifices, exclu comme un anathème de l'assemblée sainte, de la société des justes et de toutes les consolations de la foi ; quelle douceur de se retrouver au pied de l'autel saint avec ses frères , nourri du même pain , soutenu de la même viande , attendant les mêmes promesses, secouru de leurs prières , fortifié par leurs exemples , animé par l'harmonie des saints cantiques , qui accompagnent la solennité et l'allégresse de ce divin banquet ! Et cùm veniret, audivit syniphoniam et chorum. Ame heureuse! regrettez-vous alors les plaisirs honteux dont la grâce vient de vous dégoûter? voyez-vous encore dans le monde, où vous avez passé des jours si pleins d'amertume , quelque chose qui puisse vous rappeler à lui , et qui vous paraisse digne de votre coeur? et un seul jour passé dans la maison du Seigneur au pied de l'autel saint, n'est-il pas plus consolant pour vous, que les années entières passées dans les plaisirs et dans les assemblées des pécheurs?

Enfin , la dernière circonstance des égarements du prodigue avait été le mépris et l'avilissement où il était tombé : l'honneur et la gloire font le dernier privilège de sa pénitence. On le rétablit dans tous les droits dont il était déchu ; on le revêt d'une robe de dignité et d'innocence; on met à son doigt une marque de puissance et d'autorité; on lui donne même la préférence sur son aîné : c'est-à-dire , que la pitié fait oublier ce que nos passions avaient, ou d'insensé , ou de méprisable ; ou , pour mieux dire , n'en rappelle le souvenir, que pour donner plus de prix aux vertus qui leur ont succédé : elle change en estime et en respect le mépris que nos vices nous

SUR L'INCONSTANCE, etc

avaient attiré; elle nous rétablit dans tous les droits de notre naissance, de n«s titres, de nos dignités, avilis par nos dissolutions; elle nous tire de la boue et de l'obscurité de la débauche, pour nous rendre aux fonctions publiques; elle nous sépare de la société basse et honteuse des hommes obscurs et dissolus, pour nous réunir aux hommes sages et illustres de notre rang et de notre état; en un mot au lieu que nous étions comme le prodigue , l'opprobre du ciel et de la terre , elle nous rend la joie des gens de bien , la consolation des pasteurs , la gloire de la religion , l'admiration même des mondains , un spectacle digne des anges et des hommes.

Que faut-il donc encore , mon cher auditeur, pour vous animer à suivre cet exemple? Vous errez depuis longtemps, comme le prodigue, dans des contrées étrangères, livré à la honte et à l'opprobre de vos passions : pourquoi refuseriez-vous de vous jeter dans le sein que le Père céleste vous ouvre aujourd'hui avec tant de bonté? Il vous a souffert durant les emportements d'une jeunesse déréglée; il se promettait que ces premiers égarements passés , l'âge, l'expérience, sa grâce, ramèneraient enfin votre cœur : ce temps est venu ; qu'attendez-vous encore pour revenir à lui? Les premiers désordres de votre vie pouvaient trouver leur excuse dans la force des passions et de la licence de l'âge, mais à l'heure qu'il est , qu'y a-t-il qui puisse vous excuser ? des années qui s'écoulent, la plus belle saison de votre vie qui vous échappe, la jeunesse éteinte, un visage détruit , et vous annonçant tous les jours par son changement, qu'il est temps enfin de changer à votre tour ; le monde tous les jours moins agréable, parce que tous les jours vous lui plaisez moins; tout ce qui vous environne, ou vous ennuyant par un long usage, ou vous faisant entendre en s'éloignant peu à peu de vous, qu'il ne faut plus compter sur un monde où vous ne servez plus que d'un appareil incommode, et qu'il est insensé de courir encore après ce qui vous fuit, et de vous obstiner à fuir un Dieu qui court au-devant de vous : qu'attendez-vous encore?

Et au fond , quelle vie malheureuse menez-vous ? sans foi, sans religion, sans la consolation des sacrements, sans pouvoir vous adresser à Dieu dans vos prières , sans aucune joie véritable dans le cœur, lassé des plaisirs que vous poursuivez , ennuyé d'un monde où vous ne traînez plus que le poids de vos dégoûts et de vos crimes! qu'attendez-vous pour finir vos peines et vos malheurs avec vos désordres? Les mystères samts qui approchent; le temps de propitiation où nous sommes entrés; toute l'Église occupée de la conversion des pécheurs; la voix

de ses ministres qui vous cxhoiteat de toutes parts à la pénitence; vous-même ému, ébranlé de tout cet appareil de religion , qu'attendez-vous ? Porterez-vous jusqu'au festin pascal, jusqu'à la solennité de la résurrection , vos impuretés et votre ignominie ? serez-vous un anathème au milieu de vos frères , séparé de l'autel et des sacrifices , tandis qu'ils participeront tous à l'azyme sacré, et qu'ils célébreront le jour du Seigneur?

Quelle joie pour vous, mon cher auditeur, si entrant aujourd'hui dans des sentiments de componction ; si prenant au sortir d'ici des mesures solides de pénitence; si vous adressant à quelque homme de Dieu aux pieds duquel vous alliez mettre ce poids d'iniquité qui vous accable; nous vous voyons assis à la table du Père céleste aux jours solennels que nous attendons! Quelle joie, si nous lui entendons dire : Mon fils était mort, et il est ressuscité : il était perdu , et il est retrouvé ! Que de divines consolations vont se répandre alors dans votre âme ! Les cantiques célestes des esprits qui sont autour du trône de Dieu, solenniseront ce jour heureux : les saints qui sont sur la terre , en béniront les richesses de la miséricorde divine : les hommes pécheurs eux-mêmes admireront votre changement, et seront ébranlés par l'exemple de votre pénitence. Puissiez-vous , mon cher auditeur, vous laisser toucher à des motifs si pressants; et vous, ô Dieu ! faire que mes souhaits ne soient pas vains; écouter la préparation de mon cœur, et mes vœux ardents pour le salut de mes frères; et répandre un esprit de componction sur les pécheurs qui m'écoutent, afin que revenus de leurs voies égarées, ils vous trouvent prêt à les recevoir dans le sein de votre gloire et de votre immortalité.

^4insi soit-il.

SERMON

POUR LE TROISfl:ME DIMANCHE DE CA.RÊME.

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