IL DISCOURS DE RÉCEPTION A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
L'auteur des Caractères ne parvint au fauteuil ' de l'Académie qu'après bien des obstacles ; encore fallut-il que Pélisson , qui était son concurrent , se retirât de la lice , et lui cédât les voix qui étaient favorables à l'éloquent défenseur de Fouquet. On fut très-attentif au discours de réception que La Bruyère devait prononcer selon l'usage > le jour de sa réception ^ la malignité s'attendait à y trouver de nou-
(1) Voyez la préface de IVdition grecque et française de The'ophraste , par M. Coray , Paris , 179g ; et Tavcriissement de M. SchwcighaBUser , dans Tcdition stéréotype du Théophraste traduit par La Bruyère , Paris, i8i5.
(a) Une des dernières et meilleures éditions de Théophraste , est celle de M. Schneider.
NOTICE. xiij
yeaux caractères : ne fût-ce que ceux des ennemis de Porateur ; mais en cela Tattente publique fut trompée. La Bruyère sut cacher à la tribune le chagrin que lui causaient ses antagonistes , et il loua noblement les grands écrivains qui alors ornaient PAcadémie. Cependaot on prit occasion de ce discours même pour susciter de nouvelles querelles' k Porateur. On peut voir par la préface que La Bruyère a mise à la tête de son discours , les intrigues qu'employa la haine pour le calomnier à Marly et à Chantilly , et pour empêcher même que son discours ne fût imprimé. Mais Pacadémicien qui fut reçu avec lui , déclara qu'il ne ferait imprimer son discours que si celui de La Bruyère paraissait également. Ainsi Pamitié et les égards des gens de lettres yi^rent le consoler de Panimosité de quelques adversairesw
m. DIALOGUES SUR LE QUIËTISME.
Trois ans après la mort de La Bruyère on publia sous son nom un ouvrage posthume , intitulé : Dialogues fur le Quiéiisme» Il paraît qu'il avait entrepris cet écrit théologique pour faire plaisir à Bossuet , dont le zèle poursuivait le quiétisme jusque dans' ses derniers retrancfaemens. Les dialogues devaient être au nombre de neuf ; mais il n'en a fait que sept, soit que fa mort ait interrompu ce travail, soit que l'auteur ait abandonné lui-même son projet. Ellies Dupin les publia avec deux dialogues de sa propre composition ; mais toute la célébrité du, nom de La Bruyère ne fut pas capable de donner de la vogue à des entretiens sur une controverse/ de mysticisme , et il n'a jamais paru que cette seule édition des Dialogues, aussi les connait-on si peu , qu'ils sont devenus une curiosité littéraire. Nous avons cru devoir les joindre à ses œuvres , d'abord parce qu'ils ne les grossissent pas beaucoup , et puis on y reconnaît un maître 'dans Part de dialoguer, quoiqu'il paraisse cacher l'écrivain , pour ne faire voir que le théologien. Parmi le petit nombre de littérateurs qui en ont parlé , nous citerons M. Yictorin Fabre , qui dans les notes de son éloge de La Bruyère porte le jugement, suivant sur cet ouvrage posthume : « Ces dialogues, malgré leur titre , sont loin de manquer d'esprit ; ils seraient divertissans s'ils étaient un peu moins longs. C'est une comédie fort gaie pour le fond , mais monotone pour la forme. Le principal personnnage , celui du moins qui parle le plus , est une dévote jeune et belle , placée entre un directeur quiétiste , et un docteur de Sorbonne , qu'on peut soupçonner d'un peu de propension au jansénisme. La situation est délicate pour une âme qui craint Phérésie! Le directeur, homme galant, explique à sa pénitente les mystères dix fidèle abandon , le baiser inté^ rieur, le mariage Se l'âme, et la consommation du mariage 5 comme quoi , cette âme ainsi mariée , voit Dieu dans tout , et en tout Dieu , aussi bien dans un diable q ue dans un saint , quoiqu'avec uù peu de diiTérence. ( Dialogue VII. ) Comme quoi elle est impeccable, c'est-à-dire pèche sans pécher ^ et comme quoi le simple regard vaut tout juste cinq jours entiers d'une mortification extérieure , et notez que le prévoyant casuiste y comprend aussi les nuits. Du reste c'est un bon homme qui enseigne à sa chère fille qu'il ne faut haïr personne, /et pas